MARCHES AILLEURS EN BELGIQUE

Marches folkloriques en Belgique ailleurs qu'en Entre-Sambre-et-Meuse

PLAN

0 Les marches anciennes et l’armée belge

0.0 Généralités

0.1 L’Ommegang de Bruxelles

0.2 L’armée belge en 1790, 1915, 1830

0.3 L’armée belge entre 1830 et 1914

1 Les marches ailleurs en Belgique

1.0 Les anciennes compagnies

1.1 Les compagnies actuelles

1.1.1 Rochefort

1.1.2 Marbais

1.1.3 Lembeek

1.1.4 Ronse

1.1.5 Gildes et sociétés de tir, Gilden en schutterijen, Schützvereine

1.1.5.1 Visé

1.1.5.2 Ailleurs

 

2 Sociétés possédant des caractéristiques propres aux marches folkloriques

 

0 Les marches anciennes et l’armée belge

0.0 Généralités

Joseph Roland, Escortes militaires et processions, in: EMVW, 1954, n°73-76

En Europe, il existe des marches militaires et folkloriques en Suisse, en Savoie, au Pays basque, en Autriche, en Provence,…

En Belgique, il y a eu des marches à Furnes, à Louvain, à Huy, à Andenne, …, Stavelot, Virton

Jean Fraikin, Le tour Sainte-Croix à Marbais, Trad. Wallonne, 1985/2, p.8-24

 

(p.11) « En général, la pratique du tour est attestée bien avant le christianisme ; celui-ci aurait donc repris à son profit des manifestations païennes fermement implantées. »

 

J. Roland, Les « marches  » militaires de l’ESM, EMVW, TV, 57-58, 1950, p.257-295

 

(p.266) Les premières escortes armées sont les serments d’archers et d’arbalétriers qui ont pour mission de

a) défendre les cités, les bourgs,

b) rendre les honneurs dans toutes les circonstances solennelles de la vie communautaire

 

Ainsi à Namur au 13e s., à Mons et à Ath au 14 e s., à Visé au 16e s., etc.

 

(p.268) Ensuite viennent les arquebusiers et les mousquetaires (début XVe s.) (portant une couleuvrine (> arquebuse (16e s.) > mousquet (16e s.)).

A Dinant, Ciney, Fosse, Walcourt, Châtelet, Thuin, Binche, Ath, Chimay, etc.).

 

(p.270) Ensuite des milices bourgeoises et rurales, chargées du maintien de l’ordre.

 

(p.285) Enfin, les associations de jeunesse (compagnies), chargées d’organiser les fêtes.

 

Joseph Roland, in : EMVW, 1954, n°73-76, p.75-93

 

(p.75) LES FÊTES

 

Escortes militaires et processions

Plusieurs coutumes actuelles parmi les plus populaires et les plus spectaculaires sont, nées à la fin du moyen âge, à une époque où la vie communautaire avait atteint un tel degré de développement que riiomnie n’avait de réelle valeur que dans la mesure où il faisait partie d’un groupe social comme une corporation, une frairie, un serment, une commune ou une paroisse.

Au XVe siècle, la noblesse et la bourgeoisie aisée saisissent toutes les occasions qui se présentent pour organiser des fêtes et leur donner un cachet splendide, ne faisant en cela qu’imiter les ducs de Bourgogne et spécialement Philippe le Bon. Qu’on relise les détails de ce que fut le fameux Banquet du Faisan, offert par le Grand Duc d’Occident dans l’espoir de décider les grands personnages chrétiens à partir à la croisade contre les Turcs, et l’on sera émerveillé autant par la splendeur des décors que par l’ingéniosité et l’habileté des techniciens qui travaillèrent à la mise au point de cette fête, véritable féerie.

Les processions, manifestations publiques du culte, vont devenir à leur tour l’occasion, le prétexte à un déploiement extraordinaire de luxe où la fantaisie, le burlesque et 3e pieux se côtoient sans offusquer. En pays flamand, on les appelle « Ommegangen » : l’un des plus fameux fut celui de Bruxelles. Il en existait dans toutes les villes de province, en Wallonie comme en Flandre, les uns plus riches, les autres pins modestes. Ils sont moins connus et moins réputés en pays vallon : cependant Jules boRgneT et Léopold deviLLERS ont décrit ce que furent les processions de Namur et de Mons sous l’Ancien Régime.

Aux XIXe et XXe siècles, les Mais, les Marches, les Géants, les Dragrons, les Hommes sauvages, les Chinchins, les Chinels, s’ils restent des éléments importants de notre (p.76) vie populaire actuelle, ne sont pour tant que les pâles vestiges d’un passé révolu.

Les processions s’organisent sous la surveillance des autorités religieuses et civiles, et se caractérisent par la variété des groupes et par la somptuosité des costumes, comme c’est encore le cas notamment à Bruges, lors de la procession du Saint-Sang. Habituellement, le clergé remplit le rôle d’initiateur, de directeur et de modérateur, taudis que le peuple, groupé par quartier ou par métier, exerce celui de réalisateur et d’acteur. Le pouvoir civil n’inter­vient que dans les cas exceptionnels, quand il s’agit de prendre des mesures d’ordre ou de salubrité publique.

Dans sa partie principale, la procession est le récit vivant des épisodes essentiels de l’histoire du. Monde présentés de la manière la plus pittoresque et la plus dramatique. Les monuments et les murs de la Cité lui servent de décors et elle se déploie majestueusement à travers les rues, sous les yeux attendris et émerveillés de la foule.

Sans doute, n’est-il pas facile de contenir dans de justes limites les initiatives populaires et l’exubérance de la jeu­nesse : les règlements et les interdictions émanant des auto­rités civiles et religieuses le prouvent abondamment ! Cependant, ne parlons pas trop vite d’abus. Pour en  juger d’une manière objective, il faut surtout tenir compte de la mentalité de l’époque. Le moyen âge est si différent de notre temps, et si semblable pourtant par certains côtés ! Aujourd’hui connue alors, lien de tel pour enseigner et édifier les fidèles que de les émouvoir par la représentation d’un spectacle, ou, mieux encore, que de les inviter à être eux-mêmes les acteurs du drame. Que vaut un sermon sur la Passion du Christ, même prononcé par un émule de Bossuet, à côté de la Passion telle qu’elle est jouée de nos jours à Marcinelle, à Ligny, à Jambes ouOberammergau, ou telle que les Montois ou les Namurois la jouèrent au XVIe et au XVIIe siècles, lorsqu’ils dressaient les « hourds » dans les principaux quartiers de leur ville, et que ses quatre ou cinq cents acteurs lestaient trois jours entiers dans le «jeu», sous l’impression des émotions les, plus sublimes ?

Et cependant il eût fallu si peu de chose pour provoquer le rire et rater l’effet : une barbe qui se détache, une per­ruque qui tombe, un manque de coordination des efforts au moment où l’on dresse la croix. A ce point de vue. comme en d’autres, les Théophiliens du Professeur G. Cohen sont à féliciter pour avoir mis tous ces détails bien au point : (p.77) le Christ est mis en croix et la croix est dressée sur la scène en un temps record, de sorte que l’émotion atteint son parcoxysme sans faiblir un seul instant.

Il ne faut pas oublier non plus qu’entre ie moyen âge ci nous, il v a eu la Réforme et le Jansénisme, et que leur réaction dans le sens de l’austérité et du puritanisme me trouva des échos dans les milieux catholique . Ce qui n’était autre­fois qu’un objet d’étonnement deviendra un objet de scan­dale. Enfin au XVIIIe siècle, les adeptes du rationalisme ne ménageront ni leurs moques es ni leurs sarcasmes à l’égard de ce qui touche à la religion et en particulier ‘le ce qui peut paraître de la superstition. Aussi voyons-nous les autorités civiles et religieuses rivaliser de sévérités dans leurs ordonnances et leurs décrets. Presque lotîtes les processions se dépouilleront progressivement des groupes que nous appellerions aujourd’hui folkloriques, pour ne laisser subsister que le cortège exclusivement religieux.

(p.78) Au XIXe  siècle,  sous l’influence  du  Romantisme, qui s’intéresse aux aspects pittoresques de la vie des peuples, quelques-uns de ces personnages (les Géants), ou de ces troupes (les Marcheurs), ou de ces scènes (le combat du lumeçon) revivront, mais ce ne sera pas toujours à l’occasion d’une procession.

On n’a pas manqué d’étudier les origines de ces coutumes, et notamment de celles qui sont restées populaires aujour­d’hui. Or, il ne faut pas oublier que la question des origines est l’une des plus difficiles qui soient, qu’il s’agisse d’ailleurs d’une   coutume   ou   d’une   institution.   Presque   toujours, malgré de laborieuses recherches, les historiens sont obligés d’avouer leur ignorance. Exemple : nous ne saurons proba­blement jamais où,  à quel moment, et à quelle occasion parut le premier géant ; qui il était, quel cerveau le conçut, quelles mains le façonnèrent. Nous ne saurons probablement pas davantage quelle est la ville qui peut, se vanter d’avoir organisé les premiers serments, à quelle date, et si, dès les débuts, ceux-ci précédaient les cortèges civils et religieux, Henri Pirenne et d’autres historiens ont passé leur vie à étudier l’origine des villes. Et après un demi-siècle d’efforts, nous restons dans le domaine des hypothèses ; tout au plus pouvons-nous espérer serrer la vérité d’un peu plus près !

Le problème des origines peut paraître d’ailleurs moins important que celui de la signification, du pourquoi d’une coutume ? Exemple : quel sens faut-il donner au combat du Lumeçon de Mons? Pourquoi des « marcheurs » accom­pagnent-ils les processions en certains endroits ? Lorsqu’il s’agit d’une coutume encore vivante, il suffit, pour répondre, d’interroger les acteurs. Je ne sais si les acteurs du Combats du Lumeçon ont une opinion sur le sens de leur Jeu ; histo­riquement, plusieurs explications sont possibles. Si j’inter­roge les « marcheurs », j’apprendrai que le plus grand nombre a vraiment conscience de rendre les honneurs ; ce qui n’empêche qu’une minorité ne pense qu’à son amuse­ment. Voilà pour aujourd’hui ! Mais je puis avoir la curiosité de me demander si la signification d’une coutume n’a pas varié dans le temps ?  Comment répondre aveccertitude si  nous n’avons pas le témoignage des contemporains ? Or  ces  témoignages  sont assez rares, mais d’autant plus précieux. L’explication, qui serait préposée, on leur absence, même si elle est conforme au bon sens, même si elle satisfait (p.79) notre logique actuelle, ne dépassera jamais la valeur d’une hypothèse.

Ainsi, on a souvent écrit que les marcheurs du XVIIe siècle avaient accompagné les reliques pour les protéger des malfaiteurs. A toutes les citations que nous avons fournies (1),qui contredisent cette opinion, et qui sont tirées des archives, nous voudrions ajouter l’avis d’un théologien qui a vécu dans la seconde moitié du XVIIe siècle, c’est-à-dire pendant la période la plus troublée du siècle de malheurs. Il s’agit d’un prédicateur capucin, appelé Louis de bouyignes, qui écrit « en faveur des Curez. Prédicateurs, Confesseurs, et Catéchistes » un ouvrage en trois tomes, intitulé Miroir de l’Ame Chrétienne, publié à Namur. en 1673.

« Certains Hommes armez, pratiquent une autre cérémonie ès Processions, y causant grand tintamarre par des décharges ou salves de canons : mousquets et arquebuses, à dessein de faire honneur (2) aux Images, et Reliques des Saints, mais singulièrement au Très-adorable Sacrement île l’Autel, qui cache et contient le Saint des Saints, nôtre Sauveur et Rédemp­teur Jésus-Christ. Il est bien vrai que l’Ecriture ne fait men­tion de cette Catholique pratique, mais il ne faut pas s’étonner, attendu que l’intention de composer la poudre à canon, et le secret de forger des armes à feu, sont plus de treize cens ans postérieurs aux Ecritures Saintes : je pense que nos révoltes [;=les protestants] n’ont garde de nous blâmer en cecy, car toutes les Nations di: Monde, pour lionnorer leurs Souverains d’un honneur civil, pour rendre hommage à leurs Princes, ci témoigner leurs bien-i’eillances à leurs Seigneurs, pra­tiquent journellement le même devoir.

» Si un Roy va visiter une Ville de ses appartenances, les Habitants armez luy vont à la rencontre, pour le recevoir arec salve de mousqueterie : et à son entrée, on ne  manque de lâcher l’artillerie eu signe de réjouissance. Or si ce respect se rend à des hommes mortels, pourquoi ne le rendrions nous pas au Souverain Seigneur de tout l’Univers ? devant qui les Roys et les Empereurs, ne sont que des faibles moucherons, et des chetifs vermisseaux de terre. Omnes gentes quasi non

(1) Les « marches » militaires de l’Entre-Sambre-et-Meuse (Enquêtes, 1. 5, p. 25 -296 et 320-392 ; tiré à part aux Editions du Musée de la Vie Wallonne, 1951). Voir spécialement p. 272 et sv. des Enquêtes, ou p. 18 et sv. du tiré à part.

(2) C’est nous qui soulignons.

(p.80) sint, sic sunt ante cum. Si nous déferons cet honneur à nos Princes et Seigneurs, il est plus que raisonnable, que nous le deferions aux Saints du Paradis, dont le moindre devance en dignité et grandeur, les plus éclatants monarques, suivant ces paroles, que l’Oracle de la Vérité avance au sujet de saint Jean-Baptiste : Qui autem minor est in regno Caelorum. major est illo. » (Extrait un Discours XXVI, p. 403-404.)

« Se mettre sous les armes »: et exécuter des feux de salve, telle est donc la manière habituelle, au XVIIe siècle, de rendre les honneurs aux dignitaires civils, au Saint Sacrement et aux Saints. En réalité, la signification du geste n’a pas varié depuis les origines. Partout où ils existent, les serments sont obligés, lors d’une cérémonie, d’être présents, en groupes ordonnés, costumés et en armes. Plus tard, les compagnies bourgeoises, les milices rurales et les compagnies de la Jeunesse adopteront la même atti­tude. Nos « marches » actuelles sont donc des survivances de la tradition des escortes militaires qui remontent au moyen âne. Cependant, comme tout ce qui vit subit la loi du devenir, il y a quelque chose qui a varié au cours des siècles, c’est la manière ou si l’on veut, la forme. Il y eut deux variations essentielles : les décharges, les déguisements.

Les décharges : celles-ci sont venues s’ajouter au XVIe siècle, dès que les armes à feu furent devenues d’un usage courant ; les compagnies armées de fusils exécuteront des feux de salve et les canonniers tireront un coup de canon. — Le déguisement : au XVIIIe siècle l’esprit religieux se relâche, la procession devient une occasion d’amusement et dégénère facilement en une sorte de cortège carnavalesque, on désire se déguiser d’une manière originale ou inattendue: des abus réels se produisent qui appellent des sanctions. (…) Dans le dernier quart du XIXe siècle et plus encore peut-être dans la première moitié du XXe siècle, la coutume prolifère, en dépit des deux guerres mondiales, dont on aurait pu craindre qu’elles portent un coup mortel à de nombreuses traditions et à la nôtre en particulier.

(p.81) Ces considérations ne font que confirmer et préciser, s’il en était besoin, les thèses que nous avons exposées ici même en 1951.

Aux exemples d’escortes armées cités dans notre étude, on pourrait en ajouter d’autres, moins par souci d’être complet que pour insister sur la dispersion géographique de cette coutume dans les provinces de l’actuelle Belgique :

A Fumes: «Le cortège de la procession qui sortait le malin, était ordinairement accueilli, sur son passage, par des salves de mousqueterie et par des coups de canon, » (])

A Louvain : « Les arquebusiers, précédés d’un homme perché sur deux longues jambes de bois et portant un enfant sur le dos, II représentait Saint-Christophe avec l’Enfant Jésus. Il était accompagné de l’ermite Cucufas portant une lanterne. De petits diablotins traînaient des caissons et des canons qu’ils déchargeaient, lorsque le curé donnait la bénédiction. » (2)

A Huy : « La procession était autrefois accompagnée de tous les serments qui. la cérémonie terminée, marchaient, comme dit Melart, en bel équipage et arroy vers le marché, où ils se rangeaient un ordre de bataille, deslaschans force coups de harquebuses, des­quelles ils faisovent aussi une sah’e à une trou e de cavaliers, conduits par un saint Georges et très bien armez, de là ils se reti­raient, le reste se passant en mutuels banquets et fastes qui duraient entra lesdits arbcdestriers principalement plusieurs jours. » (3)

A Andenne : « La prévôté doit ordonner au maïeur de foire-mettre la Jeunesse sous les armes pour la procession, si elle le trouve à propos, comme jour du Saint Sacrement.

» …Après l’office la Jeunesse fait une décharge devant l’église puis on- en fait une devant la porte de mesdames doyenne et prévôté lesquelles font donner à boire à la Jeunesse aux frais du Cha­pitre. » (4)

(1) de reinsbeRg-DÜRINGSfeld, Calendrier Belge, fêtes religieuses et civiles, usages, croyances et pratiques populaires des Belges anciens et modernes. Bruxelles, 1861 et 1862, t. I, p.307

(2Ibid., t.  II, p.  139.

(3)  Ibid., t. I, p. 393.

(4)   toussaint,  Vie de Sainte Begge, Namur, 1835, p. 32.

 (p.82) En 1715, lorsqu’on ramena la châsse de Namur à Andenne « les, jeunes hommes furent à la Meeuse sans être commandes, avec leurs armes. Ils firent plusieurs décharges. » (1)

A Stavelot : « Joyeuse entrée du Prince» [= Gérard de Groesbcek, prince-abbé]. « 1577, 8° de juin, les sujets fuent recevoir sous les armes le Prince Groesbeek entre Neuville et Francorcliamps, le conduisant jusqu’à devant la grande église [=église abbatiale] de Stavelot où il fut reçu par les Prieurs [=de Malmedy et de Stavelot] el le Chapitre en corps et conduit dans ladite église, estant accompagné du Comte de Rensbruck, du Comte de Hozémont et des SSrs. Woestenraedt et Lynden, chanoines de St. Lambert, avec grand nombre de gentilshommes… » (-)

« Ordre de l’office et procession faite à Stavelot pour la solennité du l’élévation des sacrés ossements de St Poppon, Abbé 35 dudiî lieu […] Deux campaignies de bourgeois en armes avec cincq drappeaux, tambours et instrumens, costoyans le Saint-Sacrement, reliques et procession, et les honnorants de plusieurs descharges et salves… » (3).

« Act de Possession [= de Guillaume de Bavière] — 1650, 15° de Novembre, Sa Grâce arriva le 14° à St-Vitli où les deux Prieurs la furent trouver. Elle, partit le 15° accompagnée des prélats suivons scavoir de Léonard de Colchon abbé de Seligenstat, Henry Ducker abbé de Verden el Helmstadt et Josepli Huff abbé de Murhart. Le Potestat Baron de Fraipont accompagné de plusieus/ gentilshommes et de 500 sujets sur les armes la vint rencontrer à la cense de Malfaz et le conduisirent jusqu’au Pont d’Amblève… » (4)

A Virton : Dans le « Compte rendu par le mayeur Jean Balon, de Virton pour l’année 1622-1623 » :

« … déboursé douzes francs pour la pouldre deli’rez aux Jeunes gens qui ont conduict le St-Sacrement. » (5)

 

(1) Ibid., p.30.

(2) Archives de l’Etat à Liège ; Chapitre de Stavelot. Reg. n°28. Dû à M. le Chanoine Baix.

(3) V. LEGRAND, Notes sur le culte de saint Poppon, abbé de Stavelot, extrait de La Chronique arch. du pays de Liège, 1942-43.

(4) F. DANDRIFOSSE, La Joyeuse Entrée du prince-abbé Delmotte, à Stavelot et à Malmedy, dans folklore Mahnedy-Saint-Vith, t. VII, 1937, p. 53-61.

(5) D’après note de L. veRHULST prise dans les Notices histo­riques sur VIRTON par P. rOGER, citée par E. P. FoUSS dans Le Pays gaumais, 11, p. 99-100 (compte rendu de notre étude).

 

(p.83) A Fosses, pour en revenir à l’Entre-Sambre-et-Meuse, selon L. Gougaud, la marche saint Feuillen aurait lieu au moins depuis l’année 1549 (1).

D’après un registre de la cure de Bioul, « Dimanche 16 juil­let 1583, fut porté en procession St FeuiIlien de Fosses, avec grande solennité de compagnies de soldats pour avoir de beau et chaud temps, ce qu’il advint depuis bien haud. » (-)

En 1687, Fosses va célébrer la victoire remportée par les Chrétiens sur les Turcs. En vertu « des ordonnances envoyées par son altesse Sérénissime de faire la réjouissance des batailles remportées par la Victoire des créstiens contre le Turcque, messieurs ont résoubs de livrer une aisme de bierre pour rafrechissemenl à la compagnie portant armes à la procession qui se ferai dimanche prochain à ce sujet, ordonnant de plus d’envoyer le rarlet de ville faire le tour de la communaulté pour stmoncer les armes comme aussy aux bourgmestres d’achapter de la poudre pour tirer les canons qu’il convient faire nettoyer auparavant. »

Cinquante et une livres de poudre à canon et une livre trois quarterons de fine pour amorcer furent achetées pour 31 florins.

Le 6 septembre, les cations furent nettoyés et les hommes préposés à celle besogne reçurent une gratification de cinq pots de bière, auxquels l’on ajouta de la bière pour un florin puis encore une aisrne de bière «ratissante» pour XV florins (3).

Ponr le XIXe siècle dans notre pays, il ne manque pas d’autre part d’allusions à des faits analogues à nos marches qui ont surtout repris avec vigueur dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, mais qui ont dû exister plus d’une fois aussi ailleurs. Aux exemples de Rochefort et d’Alle-sur-Sernois cités dans notre première étude, il faudrait ajouter Soignies sans doute, à en croire cette mention pittoresque de l’abbé Letellier dans l’Armonaquc dé Mons pour 1876 : « gueulard fusil à canon évasé par le bout ; tromblon ; fusil en général : Tournez vo tièsse à gauche et desclaquïe (faites claquer) vo gueulard, disait jadis, de distance en distance, à ses soldats.

 

(l) L. gougaud, Les Saints Irlandais hors d’Irlande, Louvain. 1936. p. 99-100. Renseignement ahnableuieitt communiqué par M. le Chanoine Baix.

(2) E. peeteRs, Le Folklore en Belgique, 1er voluine 1950, p. 2 de la présentation (non paginée) de « La Marche septennale de Fosses ».

(3) Renseignements inédits provenant des Archives de Fosses, aimablement communiqués par M. Joseph Noël.

 

(p.84) la  capitaine  de  la garde d’honneur de la procession de Soignies» (p.  79)  (]).

Ajoutons que, concernant la persistance de la coutume pendant le Régime français. M. E. FIVET a publié dans Etudes d’Histoire et d’Archéologie Namuroises dédiées à F. Courtoy (1952), sous le titre La marche de saint Feuillen à Fosses sous le Consulat, une intéressante correspondance échangée entre les maires de Fosses, de Walcourt et de Dinant avec le Préfet du Département de Sambre-et-Meuse, pendant les années 1802 à 1805. Il en résulte que la marche de Walcourt obtint l’autorisation d’accompagner la pro­cession de la Trinité en 1802, 1803, 1804, 1805 ; que celle de Saint Feuillen reçut la même autorisation en 1802 et en 1803 ; mais à partir de juin 1805, celle-ci fut refusée à Dinant et à Marche [en-Famenne], et cela par ordre des autorités supérieures tant civiles que militaires.

De sorte que si les marches furent autorisées pendant quatre années (de 1802 à 1805) dans quelques localités du Namurois, cela tient, à la complaisance du Préfet Pérès, qui désirait être agréable à ses administrés dans la mesure où cela ne lui occasionnait aucune difficulté. Mais le jour

 

 

(*) Renseignement communiqué par M. Elisée legros, qui, pour des commandements de ce genre déjà signalés dans notre étude, t. 5 des Enquêtes, p. 378, n. 1 (ou p. 100 du tiré à part), renvoie aussi à la description même de la procession de Gerpinnes par James van DRUNEN. En pays wallon, p. 163-168 de la réédition de 1935 (p. 165 : Li  fièsse dè costé dnosse mayeûr.’). — Notons que R. piNon (L’Athénée, sept.-oct. 1952, p. 149-150). dans son compte rendu de notre étude, a ajouté quelques marches — plus ou moins intermittentes et récentes — à notre tableau que nous n’avions pas voulu exhaustif. Comment pourrait-on l’être du reste, en une matière aussi mouvante et parfois difficile à contrôler  ». E. legRos (Bull. Comm. Topon. et Dialect., 2o. 1952, p. 375) signale par exemple que la marche d’Onhaye n’était plus qu’un, souvenir dès le début de ce siècle. Mais tout récemment le curé d’Onhaye a invité des marcheurs à la pro­cession, où l’escorte armée revivrait donc comme a revécu la «procession sous les armes» de Rochefort à N.-D. de Foy, mentionnée aussi comme disparue dès 1870.

 

Voir encore, dans les Enquêtes les additions et corrections, t. 5, in fine, ainsi que, pour l’historique d’une marche (depuis 1852), une brochure anonyme : Harmonie Royale de la « Marche Saint-Eloi », Châtelet, 70e anniversaire de sa fondation (1802-1827).

 

(p.85) où le Commandant de la 25e division militaire interdit aux Dinantais de marcher. Pérès fait observer l’ordre. Il s’en réfère à l’autorité supérieure à Paris, mais un Conseiller d’Etat qui répond que ces escortes doivent être assimilées aux anciens serments, comme les compagnies d’arc, d’arque­buse, etc. lesquelles ne sont plus tolérées. Comme la docu­mentation de M. Fivet s’arrête en 1805, il semble qu’on soit en droit de conclure que les marches furent désormais interdites (1).

Une coutume toute pareille à la nôtre existe aussi en d’autres pays- On la trouve notamment en Suisse, en Autriche, et on la signale aussi — au moins pour une époque récente — au pays basque et en Provence.

Nous avons sous les yeux un article illustré intitulé : « Fête-Dieu en Pays Basque, signé par Louis labat, paru au commencement de ce siècle, dans un périodique dont nous ne connaissons pas le nom, et d’où nous extrayons le passage suivant :

«Tous les villages basques lèvent ainsi, chaque année, à la fête-Dieu une sorte de milice volontaire, dont la fonction est de rehausser l’éclat des cérémonies religieuses et d’escorter la Pro­cession. Quand vient l’époque, les jeunes gens s’assemblent, distri­buent les emplois et les grades. De grands débals s’agitent souvent pour le choix du capitaine, qui est toujours un des plus influents parmi les etchecojauns ou maîtres de domaines. Chacun apporte son fusil. Les costumes, ici du moins, sont la propriété de la jeunesse ; mais il y a des localités où on les loue. Plus ou moins riches selon les endroits, ils prennent des formes assez diverses.

» … En tête, les sapeurs, ceints du tablier blanc, coiffés d’une sorte de shako cylindrique sans visière, la hache sur l’épaule. Puis le tambour-major, qui balance un énorme plumet en liant de sa coiffure et dont la canne, lorsqu’elle ne s’enlève pas dans un tourbilIon de moulinets, rythme gravement la marche ; le tambour, les deux clairons, le joueur de chirula, tenant d’une seule main son flûteau de buis percé de trois trous, qui rend des sons vifs et grêles ; le capitaine, un garçon rosé, blond et dodu, visiblement heureux de sa tunique, rouge passementée, de son béret rouge frangé d’or,

 

(1 ) Pages 905 à 918 ; cette conclusion est eu contradiction avec celle de M. Fivet qui croit « qu’un moment interrompues par la révolution, [nos marches] continuèrent à se dérouler dans nos provinces  sous  la  domination  française».   C’est  ce  qu’il  faudrait démontrer !

 

(p.86) de ses épaulettes, du beau sabre neuf qui lui bat 1es jambes et qui est, s’il vous plaît, le propre sabre d’ordonnance de M. le capitaine des douanes ; le lieutenant, moins chamarré, maigre et nerveux sous la blouse écarlate ; le sergent, que distinguent sa blouse bleue et ses galons d’argent ; les porte-enseigne, au nombre de trois,l’un parlant le drapeau de la commune aux couleurs françaises, les deux mures des drapeaux fantaisistes, cravatés d’innombrables banderoles, foulards, écharpes. mouchoirs de suie, prêtés à l’enn par les jeunes filles ; enfin, les hommes, tous en veston noir, pan­talon de coutil eî béret rouge galonné de blanc, le pompon de laine blanclie jeté coquettement sur l’oreille. » (‘)

 

(‘) Il s’agit d’une coutume observée plus spécialement à Itsatsou.

L’auteur commence ainsi : Un tableau de Mlle Marie Garay, qui figura avec honneur en 1899 au Salon des Artistes français, nous montre la grande place du village basque au moment la procession de la Fête-Dieu quitte l’église. C’est une chose singulière et qui paraît d’un autre âge. On y sent se manifester la foi ingénue, l’âme candide et fervente d’un peuple qui a oppsé jusqu’ici aux  influences du dehors l’âpre barrière de ses monts.

(p.87) De même, la « bravade » de Saint-Tropez (département du Var) est « une cérémonie à la fois militaire et religieuse qui commémore, en même temps, l’anniversaire de l’arrivée de l’esquif contenant le corps du saint décapité à Pise par ordre de Néron et la résistance de la ville de Saint-Tropez aux attaques des pirates venus de haute mer, repoussés victorieusement grâce à l’intervention divine ».

D’un article qui la décrit, extrayons ces précisions :

Cela commence le 16 mai par ce qui s’appelle la petite Bravade. On sort de son église la statue du saint, en la promène en ville suivie des mousquetaires et des gardes-saint en costume Révolution et des marins en costume de la Marine nationale, armés les uns d’archaïques tromblons 1es autres de vieux fusils, et l’on parcourt la ville en rendant les honneurs militaires, c’est-à-dire en lâchant des salves devanrt la maison de chaque notable.

C’est au début de la première journée qu’a lieu, place de la mairie, la traditionnelle remise de la pique avec un cérémonial aussi compliqué que celui de la relève de la gaqrde à Buckingham Palace. Le maire remet la pique au capitaine de ville, nommé officiellement le lundi de Pâques, lequel commandera Ia ville pendant les trois jours de fête : il confie la drapeau au porte-enseigne, aux sons des airs traditionnels de la « Marche du capitaine » et de Ia « Marche du drapeau » jouées par les fifres et les tambours. Le saint est rentré dans son église vers 8 h. du soir.

La lendemain, après Ia messe dite « des mousquetaires», magni­fique cérémonie qui se déroule dans une église surpeuplée où les uniformes côtoient les costumes provençaux et où toute l’assistance reprend en chœur les cantiques et les airs de Ia Bravade, la procession s’organise. Les statues de sainte Agnès, de sainte Philomène, de sainte Ursule, celles de saint Elme, de saint Pierre, patron des pêcheurs, et de saint Joseph, patron des charpentiers, précèdent celle de saint Trope: suivie de ses gardes-saint. Toutes les jeunes filles en costume provençal, les petites filles, gracieuses dans leurs lourdes jupes piquées et sous leurs coiffes amidonnées, défilent aux (…) qui a eu beau jeu là derrière à défendre contre elles, pendant des   siècles,   ses  mœurs,   ses   croyances   et   ses pratiques.

» J’ai eu la curiosité, après avoir vu le tableau, d’aller le voir vivre sur les lieux mêmes. J’ai choisi, pour en avoir le spectacle, qui est réglé dans tout le pays par des usages immémoriaux et uniformes, le joli village d’Itsatsou, posé entre Massa et Mondaarain, … ». Article aimablement communiqué par M. l’abbé Janus curé d’Onhaye.

 

(p.88) sons des cantiques et des airs militaires à travers la vieille cité aux rues étroites et tortueuses.

L’après-midi a lieu la grande Bravade. Même cérémonial que la veille, mais plus long. avec arrêts et saluts devant la maison du chaque bravade. Avant l ren’rée à l’église, vers 11 h. du soir. Sur la place de l’hôtel de ville, le caipitaine de ville et le porte-enseigne rendent au saint un dernier hommage appuyé de formidables déchargess générales; puis, avec le rituel du début, ils rendent au maire la pique et le drapeau. Enfin, le saint est rentré dans l’église illuminée de cierges. La statue est replacée dans sa niche, et, toujours aux sons des fifres et des tambours, chaque bravadeur défile devant  l’autel, salue le saint, baise la statue et dit : « A l’an qué ven » (à l’année prochaine). C’est là la partie la plus extravagante et la plus émouvante de la fête ; on y voit de vieux « mangeurs de curé » s’incliner devant leur patron avec une émotion et un respect sincères.

Le lendemain, messe à la chapelle Ste-Anne, ravissante église romane située sur une colline dominant le golfe. Cette messe est suivie d’une farandole de Provençales et de marins qui se déroule sur un air extraordinairement entraînant. La farandole s’étire, se resserre comme un long ruban multicolore. Puis les bravadeurs se réunissent une dernière fois pour boire le vin d’honneur offert par le maire et à l’issue duquel est choisi le capitaine de ville de l’année suivante. Enfin, après avoir beaucoup chanté et beaucoup bu, on se sépare, et les libations privées se poursuivent toute la journée et toute la nuit.

Pour bien saisir la portée de cette fête, il faut avoir compris l’atmosphère particulière de cette ville, où les classes sociales n’existent pas. Que vous savez capitaine au long cours, professeur de faculté ou manœuvre à l’usine des torpilles, du moment que vous êtes Tropézien vous êtes sur le même plan. Etre bravadeur est un honneur convoité, une manière de lettres de noblesse accordées avec circonspection.

Chacun des exécutants n’est pas un acteur en représentation, mais un patriote profondément convaincu de son importance et de sa dignité.

C’est parce que chaque Tropézien, qu’il soit de droite ou de gauche, croyant ou impie, aime son saint patron comme une personne ei croit à ses vertus plus qu’à lui-même, que cette cérémonie, en dehors de sa couleur locale et de sa beauté extraordinaire, touche le coeur autant qu’elle enchante les yeux (1).

 

(1) Article   signé   Constance   coline,   paru   dans   Plaisir France,   juillet-août   1948,   et   aimablement   communiqué   par M. J. Noël, correspondant du Musée à Fosse-la-ville.

 

(p.89) En Suisse, les processions avec escortes militaires, dans les vieux uniformes des anciens Etats des Bourbons sont bien connues pour une vallée du Haut-Valais, le Lötschental. Nous devons à l’obligeance du Révérend Prieur Siegen, de Kippel, de pouvoir reproduire l’image de ces soldats rendant les honneurs. L’usage doit être ancien, en effet, « depuis des siècles, beaucoup de Lötscher ont trouvé leur subsistance dans le service de mercenaire. L’année de la bataille de Lerida (1644), sept sont tombés en Catalogne seulement. Dans les archives paroissiales de Kippel, on conserve une bannière de soie avec la croix rouge sur fond blanc (croix savoyarde) et l’année 1625; ce sont des mercenaires vraisemblablemenl qui l’ont rapportée. Depuis 1510, le Lötschertal, aux côtés du pays de Loèche, était entré dans une capitulation

 

(p.90) (= convention) avec Louis XII de France. Les mercenaires originaires du Lötschental ont fait la parade dans les cours royales de Versailles et de Naples. Revenus dans leur patrie, ils ont conservé et utilisé leurs uniformes pour rendre les honneurs militaires à un roi plus élevé, le Maître des maîtres : dans les dernières années encore, des soldats de la Garde Suisse au Vatican se sont à l’occasion joints au cortège dans leurs uniformes » (1).

 

(1) J. sIegEn. Das Lötschental, Collect. Vergessene Räler. Lausanne (1949?). p. 155-156. (Communiqué aimablement par M. R. Wildhaber, de Bâle). — M. Wildhaber nous signale aussi, pour l’Appenzell, Iso kELLER, Das Appenzellerland, Berne.

 

(p.91) La coutume n’est pas isolée en Suisse, pas plus que la suivante ne l’est en Autriche (1). Il n’est peut-être pas sans intérêt à propos de celle-ci de reproduire un «reportage», qui en fournit une explication montrant le rapport établi, dans la tradition populaire, avec les armées de Napoléon.

En Autriche, le petit village de Lessach-en-Lungau voit, trois fois par année, la sortie d’un groupe de grenadiers, le 5 juin à l’occasion de la Fête-Dieu ; le 29 juin à l’occasion de la Saint-Pierre-et-Paul et enfin le 14 octobre, jour de la fête patronale. Ceux-ci accompagnent la procession et

1954 (Schweizer Heimatbücher, 58) ; voir p. 34. vue d’une procession avec 2 soldats en uniforme ancien, précédant le Saint-Sacrement. Il nous envoie aussi une vue de militaires rendant les honneurs à la procession de l’île de Reichenau (lac de Constance).

(1) Ceci apparaît dans une lettre qu’a bien voulu nous adresser M. Arthur Haberlandt, le folkloriste autrichien bien connu.

 

(p.92) exécutent des feux de salve exactement comme nos marcheurs. Voici l’explication traditionnelle de cette coutume, telle qu’elle nous est rapportée par une coupure de presse (1).

« Venant de Bavière en 1810, Napoléon établit son bivouac dans la vallée. Dans la soirée, l’apparition des feux dans la montagne lui fit craindre la présence de l’armée autrichienne et une petite patrouille fut envoyée en reconnaissance. Les grenadiers qui la composaient ne trouvèrent que des paysans qui célébraient joyeusement leur fête patronale. El comme le petit vin blanc était bon et les filles accueillantes, ils firent ripaille toute la nuit. En redescendant dans la vallée, au petit jour, les troupes avaient levé le campt et, se trouvant perdus dans la nature, ils remontèrent ici pour s’y installer. Et depuis, ils prirent part, en uniforme,

 

(1) M. aRthaud, dans Le Soir illustré, du 28-VII-1949, — Communiqué au Musée de la Vie Wallonne par M. R. Pinon.

L’agence « Lynx », de Paris, nous a aimablement autorisés à reproduire une des illustrations de cet article.

 

(p.93) aux fêtes du village. D’autres les ont imités, la tradition s’est étendue, en hommage à la correction et à la gentillesse avec lesquelles les troupes françaises ont traité la population. »

Malheureusement, on ne nous dit pas si la coutume qui aurait été introduite vers 1810/1811 par des grenadiers français fut en tous points une nouveauté, et si, sous l’Ancien. Régime, les villages de la région n’avaient pas l’habitude d’escorter en armes les processions. Telle quelle cependant, et c’est cela qui importe, elle est significative d’une mentalité, d’un état d’âme. Les Bernier de Lessach sont sem­blables aux Ferdinand Legros de Lesves et à tous leurs compagnons qu’ils soient de Fosses, de Gerpinnes, de  »Valcourt, d’Itsatsou ou d’ailleurs ; tous ont subi avec ravissement la nostalgie de leur souvenirs, le prestige de l’uniforme et de la parade, la poésie du panache et la gri­serie de la poudre. Il ne leur déplairait pas de savoir que leurs arrière-petits-enfants sont loin de les avoir oubliés !

Joseph Roland

 

Joseph Roland, in : EMVW, 1954, n°73-76, p.75-93

 

(p.75) LES FÊTES

 

Escortes militaires et processions

Plusieurs coutumes actuelles parmi les plus populaires et les plus spectaculaires sont, nées à la fin du moyen âge, à une époque où la vie communautaire avait atteint un tel degré de développement que riiomnie n’avait de réelle valeur que dans la mesure où il faisait partie d’un groupe social comme une corporation, une frairie, un serment, une commune ou une paroisse.

Au XVe siècle, la noblesse et la bourgeoisie aisée saisissent toutes les occasions qui se présentent pour organiser des fêtes et leur donner un cachet splendide, ne faisant en cela qu’imiter les ducs de Bourgogne et spécialement Philippe le Bon. Qu’on relise les détails de ce que fut le fameux Banquet du Faisan, offert par le Grand Duc d’Occident dans l’espoir de décider les grands personnages chrétiens à partir à la croisade contre les Turcs, et l’on sera émerveillé autant par la splendeur des décors que par l’ingéniosité et l’habileté des techniciens qui travaillèrent à la mise au point de cette fête, véritable féerie.

Les processions, manifestations publiques du culte, vont devenir à leur tour l’occasion, le prétexte à un déploiement extraordinaire de luxe où la fantaisie, le burlesque et 3e pieux se côtoient sans offusquer. En pays flamand, on les appelle « Ommegangen » : l’un des plus fameux fut celui de Bruxelles. Il en existait dans toutes les villes de province, en Wallonie comme en Flandre, les uns plus riches, les autres pins modestes. Ils sont moins connus et moins réputés en pays vallon : cependant Jules boRgneT et Léopold deviLLERS ont décrit ce que furent les processions de Namur et de Mons sous l’Ancien Régime.

Aux XIXe et XXe siècles, les Mais, les Marches, les Géants, les Dragrons, les Hommes sauvages, les Chinchins, les Chinels, s’ils restent des éléments importants de notre (p.76) vie populaire actuelle, ne sont pour tant que les pâles vestiges d’un passé révolu.

Les processions s’organisent sous la surveillance des autorités religieuses et civiles, et se caractérisent par la variété des groupes et par la somptuosité des costumes, comme c’est encore le cas notamment à Bruges, lors de la procession du Saint-Sang. Habituellement, le clergé remplit le rôle d’initiateur, de directeur et de modérateur, taudis que le peuple, groupé par quartier ou par métier, exerce celui de réalisateur et d’acteur. Le pouvoir civil n’inter­vient que dans les cas exceptionnels, quand il s’agit de prendre des mesures d’ordre ou de salubrité publique.

Dans sa partie principale, la procession est le récit vivant des épisodes essentiels de l’histoire du. Monde présentés de la manière la plus pittoresque et la plus dramatique. Les monuments et les murs de la Cité lui servent de décors et elle se déploie majestueusement à travers les rues, sous les yeux attendris et émerveillés de la foule.

Sans doute, n’est-il pas facile de contenir dans de justes limites les initiatives populaires et l’exubérance de la jeu­nesse : les règlements et les interdictions émanant des auto­rités civiles et religieuses le prouvent abondamment ! Cependant, ne parlons pas trop vite d’abus. Pour en  juger d’une manière objective, il faut surtout tenir compte de la mentalité de l’époque. Le moyen âge est si différent de notre temps, et si semblable pourtant par certains côtés ! Aujourd’hui connue alors, lien de tel pour enseigner et édifier les fidèles que de les émouvoir par la représentation d’un spectacle, ou, mieux encore, que de les inviter à être eux-mêmes les acteurs du drame. Que vaut un sermon sur la Passion du Christ, même prononcé par un émule de Bossuet, à côté de la Passion telle qu’elle est jouée de nos jours à Marcinelle, à Ligny, à Jambes ouOberammergau, ou telle que les Montois ou les Namurois la jouèrent au XVIe et au XVIIe siècles, lorsqu’ils dressaient les « hourds » dans les principaux quartiers de leur ville, et que ses quatre ou cinq cents acteurs lestaient trois jours entiers dans le «jeu», sous l’impression des émotions les, plus sublimes ?

Et cependant il eût fallu si peu de chose pour provoquer le rire et rater l’effet : une barbe qui se détache, une per­ruque qui tombe, un manque de coordination des efforts au moment où l’on dresse la croix. A ce point de vue. comme en d’autres, les Théophiliens du Professeur G. Cohen sont à féliciter pour avoir mis tous ces détails bien au point : (p.77) le Christ est mis en croix et la croix est dressée sur la scène en un temps record, de sorte que l’émotion atteint son parcoxysme sans faiblir un seul instant.

Il ne faut pas oublier non plus qu’entre ie moyen âge ci nous, il v a eu la Réforme et le Jansénisme, et que leur réaction dans le sens de l’austérité et du puritanisme me trouva des échos dans les milieux catholique . Ce qui n’était autre­fois qu’un objet d’étonnement deviendra un objet de scan­dale. Enfin au XVIIIe siècle, les adeptes du rationalisme ne ménageront ni leurs moques es ni leurs sarcasmes à l’égard de ce qui touche à la religion et en particulier ‘le ce qui peut paraître de la superstition. Aussi voyons-nous les autorités civiles et religieuses rivaliser de sévérités dans leurs ordonnances et leurs décrets. Presque lotîtes les processions se dépouilleront progressivement des groupes que nous appellerions aujourd’hui folkloriques, pour ne laisser subsister que le cortège exclusivement religieux.

(p.78) Au XIXe  siècle,  sous l’influence  du  Romantisme, qui s’intéresse aux aspects pittoresques de la vie des peuples, quelques-uns de ces personnages (les Géants), ou de ces troupes (les Marcheurs), ou de ces scènes (le combat du lumeçon) revivront, mais ce ne sera pas toujours à l’occasion d’une procession.

On n’a pas manqué d’étudier les origines de ces coutumes, et notamment de celles qui sont restées populaires aujour­d’hui. Or, il ne faut pas oublier que la question des origines est l’une des plus difficiles qui soient, qu’il s’agisse d’ailleurs d’une   coutume   ou   d’une   institution.   Presque   toujours, malgré de laborieuses recherches, les historiens sont obligés d’avouer leur ignorance. Exemple : nous ne saurons proba­blement jamais où,  à quel moment, et à quelle occasion parut le premier géant ; qui il était, quel cerveau le conçut, quelles mains le façonnèrent. Nous ne saurons probablement pas davantage quelle est la ville qui peut, se vanter d’avoir organisé les premiers serments, à quelle date, et si, dès les débuts, ceux-ci précédaient les cortèges civils et religieux, Henri Pirenne et d’autres historiens ont passé leur vie à étudier l’origine des villes. Et après un demi-siècle d’efforts, nous restons dans le domaine des hypothèses ; tout au plus pouvons-nous espérer serrer la vérité d’un peu plus près !

Le problème des origines peut paraître d’ailleurs moins important que celui de la signification, du pourquoi d’une coutume ? Exemple : quel sens faut-il donner au combat du Lumeçon de Mons? Pourquoi des « marcheurs » accom­pagnent-ils les processions en certains endroits ? Lorsqu’il s’agit d’une coutume encore vivante, il suffit, pour répondre, d’interroger les acteurs. Je ne sais si les acteurs du Combats du Lumeçon ont une opinion sur le sens de leur Jeu ; histo­riquement, plusieurs explications sont possibles. Si j’inter­roge les « marcheurs », j’apprendrai que le plus grand nombre a vraiment conscience de rendre les honneurs ; ce qui n’empêche qu’une minorité ne pense qu’à son amuse­ment. Voilà pour aujourd’hui ! Mais je puis avoir la curiosité de me demander si la signification d’une coutume n’a pas varié dans le temps ?  Comment répondre aveccertitude si  nous n’avons pas le témoignage des contemporains ? Or  ces  témoignages  sont assez rares, mais d’autant plus précieux. L’explication, qui serait préposée, on leur absence, même si elle est conforme au bon sens, même si elle satisfait (p.79) notre logique actuelle, ne dépassera jamais la valeur d’une hypothèse.

Ainsi, on a souvent écrit que les marcheurs du XVIIe siècle avaient accompagné les reliques pour les protéger des malfaiteurs. A toutes les citations que nous avons fournies (1),qui contredisent cette opinion, et qui sont tirées des archives, nous voudrions ajouter l’avis d’un théologien qui a vécu dans la seconde moitié du XVIIe siècle, c’est-à-dire pendant la période la plus troublée du siècle de malheurs. Il s’agit d’un prédicateur capucin, appelé Louis de bouyignes, qui écrit « en faveur des Curez. Prédicateurs, Confesseurs, et Catéchistes » un ouvrage en trois tomes, intitulé Miroir de l’Ame Chrétienne, publié à Namur. en 1673.

« Certains Hommes armez, pratiquent une autre cérémonie ès Processions, y causant grand tintamarre par des décharges ou salves de canons : mousquets et arquebuses, à dessein de faire honneur (2) aux Images, et Reliques des Saints, mais singulièrement au Très-adorable Sacrement île l’Autel, qui cache et contient le Saint des Saints, nôtre Sauveur et Rédemp­teur Jésus-Christ. Il est bien vrai que l’Ecriture ne fait men­tion de cette Catholique pratique, mais il ne faut pas s’étonner, attendu que l’intention de composer la poudre à canon, et le secret de forger des armes à feu, sont plus de treize cens ans postérieurs aux Ecritures Saintes : je pense que nos révoltes [;=les protestants] n’ont garde de nous blâmer en cecy, car toutes les Nations di: Monde, pour lionnorer leurs Souverains d’un honneur civil, pour rendre hommage à leurs Princes, ci témoigner leurs bien-i’eillances à leurs Seigneurs, pra­tiquent journellement le même devoir.

» Si un Roy va visiter une Ville de ses appartenances, les Habitants armez luy vont à la rencontre, pour le recevoir arec salve de mousqueterie : et à son entrée, on ne  manque de lâcher l’artillerie eu signe de réjouissance. Or si ce respect se rend à des hommes mortels, pourquoi ne le rendrions nous pas au Souverain Seigneur de tout l’Univers ? devant qui les Roys et les Empereurs, ne sont que des faibles moucherons, et des chetifs vermisseaux de terre. Omnes gentes quasi non

(1) Les « marches » militaires de l’Entre-Sambre-et-Meuse (Enquêtes, 1. 5, p. 25 -296 et 320-392 ; tiré à part aux Editions du Musée de la Vie Wallonne, 1951). Voir spécialement p. 272 et sv. des Enquêtes, ou p. 18 et sv. du tiré à part.

(2) C’est nous qui soulignons.

(p.80) sint, sic sunt ante cum. Si nous déferons cet honneur à nos Princes et Seigneurs, il est plus que raisonnable, que nous le deferions aux Saints du Paradis, dont le moindre devance en dignité et grandeur, les plus éclatants monarques, suivant ces paroles, que l’Oracle de la Vérité avance au sujet de saint Jean-Baptiste : Qui autem minor est in regno Caelorum. major est illo. » (Extrait un Discours XXVI, p. 403-404.)

« Se mettre sous les armes »: et exécuter des feux de salve, telle est donc la manière habituelle, au XVIIe siècle, de rendre les honneurs aux dignitaires civils, au Saint Sacrement et aux Saints. En réalité, la signification du geste n’a pas varié depuis les origines. Partout où ils existent, les serments sont obligés, lors d’une cérémonie, d’être présents, en groupes ordonnés, costumés et en armes. Plus tard, les compagnies bourgeoises, les milices rurales et les compagnies de la Jeunesse adopteront la même atti­tude. Nos « marches » actuelles sont donc des survivances de la tradition des escortes militaires qui remontent au moyen âne. Cependant, comme tout ce qui vit subit la loi du devenir, il y a quelque chose qui a varié au cours des siècles, c’est la manière ou si l’on veut, la forme. Il y eut trois variations essentielles : les décharges, les déguisements, et le culte de Napoléon (sic).

Les décharges : celles-ci sont venues s’ajouter au XVIe siècle, dès que les armes à feu furent devenues d’un usage courant ; les compagnies armées de fusils exécuteront des feux de salve et les canonniers tireront un coup de canon. — Le déguisement : au XVIIIe siècle l’esprit religieux se relâche, la procession devient une occasion d’amusement et dégénère facilement en une sorte de cortège carnavalesque, on désire se déguiser d’une manière originale ou inattendue: des abus réels se produisent qui appellent des sanctions. — Enfin, le culte de Napoléon : après la crise de la fin du XVIIIe siècle et du début du XXe, la coutume ne suivit que sporadiquement, sauf dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, où l’on constate une préférence marquée pour les costumes qui rappellent l’épopée napoléonienne. Dans le dernier quart du XIXe siècle et plus encore peut-être dans la première moitié du XXe siècle, la coutume prolifère, en dépit des deux guerres mondiales, dont on aurait pu craindre qu’elles portent un coup mortel à de nombreuses traditions et à la nôtre en particulier.

(p.81) Ces considérations ne font que confirmer et préciser, s’il en était besoin, les thèses que nous avons exposées ici même en 1951.

Aux exemples d’escortes armées cités dans notre étude, on pourrait en ajouter d’autres, moins par souci d’être complet que pour insister sur la dispersion géographique de cette coutume dans les provinces de l’actuelle Belgique :

A Fumes: «Le cortège de la procession qui sortait le malin, était ordinairement accueilli, sur son passage, par des salves de mousqueterie et par des coups de canon, » (])

A Louvain : « Les arquebusiers, précédés d’un homme perché sur deux longues jambes de bois et portant un enfant sur le dos, II représentait Saint-Christophe avec l’Enfant Jésus. Il était accompagné de l’ermite Cucufas portant une lanterne. De petits diablotins traînaient des caissons et des canons qu’ils déchargeaient, lorsque le curé donnait la bénédiction. » (2)

A Huy : « La procession était autrefois accompagnée de tous les serments qui. la cérémonie terminée, marchaient, comme dit Melart, en bel équipage et arroy vers le marché, où ils se rangeaient un ordre de bataille, deslaschans force coups de harquebuses, des­quelles ils faisovent aussi une sah’e à une trou e de cavaliers, conduits par un saint Georges et très bien armez, de là ils se reti­raient, le reste se passant en mutuels banquets et fastes qui duraient entra lesdits arbcdestriers principalement plusieurs jours. » (3)

A Andenne : « La prévôté doit ordonner au maïeur de foire-mettre la Jeunesse sous les armes pour la procession, si elle le trouve à propos, comme jour du Saint Sacrement.

» …Après l’office la Jeunesse fait une décharge devant l’église puis on- en fait une devant la porte de mesdames doyenne et prévôté lesquelles font donner à boire à la Jeunesse aux frais du Cha­pitre. » (4)

(1) de reinsbeRg-DÜRINGSfeld, Calendrier Belge, fêtes religieuses et civiles, usages, croyances et pratiques populaires des Belges anciens et modernes. Bruxelles, 1861 et 1862, t. I, p.307

(2Ibid., t.  II, p.  139.

(3)  Ibid., t. I, p. 393.

(4)   toussaint,  Vie de Sainte Begge, Namur, 1835, p. 32.

 (p.82) En 1715, lorsqu’on ramena la châsse de Namur à Andenne « les, jeunes hommes furent à la Meeuse sans être commandes, avec leurs armes. Ils firent plusieurs décharges. » (1)

A Stavelot : « Joyeuse entrée du Prince» [= Gérard de Groesbcek, prince-abbé]. « 1577, 8° de juin, les sujets fuent recevoir sous les armes le Prince Groesbeek entre Neuville et Francorcliamps, le conduisant jusqu’à devant la grande église [=église abbatiale] de Stavelot où il fut reçu par les Prieurs [=de Malmedy et de Stavelot] el le Chapitre en corps et conduit dans ladite église, estant accompagné du Comte de Rensbruck, du Comte de Hozémont et des SSrs. Woestenraedt et Lynden, chanoines de St. Lambert, avec grand nombre de gentilshommes… » (-)

« Ordre de l’office et procession faite à Stavelot pour la solennité du l’élévation des sacrés ossements de St Poppon, Abbé 35 dudiî lieu […] Deux campaignies de bourgeois en armes avec cincq drappeaux, tambours et instrumens, costoyans le Saint-Sacrement, reliques et procession, et les honnorants de plusieurs descharges et salves… » (3).

« Act de Possession [= de Guillaume de Bavière] — 1650, 15° de Novembre, Sa Grâce arriva le 14° à St-Vitli où les deux Prieurs la furent trouver. Elle, partit le 15° accompagnée des prélats suivons scavoir de Léonard de Colchon abbé de Seligenstat, Henry Ducker abbé de Verden el Helmstadt et Josepli Huff abbé de Murhart. Le Potestat Baron de Fraipont accompagné de plusieus/ gentilshommes et de 500 sujets sur les armes la vint rencontrer à la cense de Malfaz et le conduisirent jusqu’au Pont d’Amblève… » (4)

A Virton : Dans le « Compte rendu par le mayeur Jean Balon, de Virton pour l’année 1622-1623 » :

« … déboursé douzes francs pour la pouldre deli’rez aux Jeunes gens qui ont conduict le St-Sacrement. » (5)

 

(1) Ibid., p.30.

(2) Archives de l’Etat à Liège ; Chapitre de Stavelot. Reg. n°28. Dû à M. le Chanoine Baix.

(3) V. LEGRAND, Notes sur le culte de saint Poppon, abbé de Stavelot, extrait de La Chronique arch. du pays de Liège, 1942-43.

(4) F. DANDRIFOSSE, La Joyeuse Entrée du prince-abbé Delmotte, à Stavelot et à Malmedy, dans folklore Mahnedy-Saint-Vith, t. VII, 1937, p. 53-61.

(5) D’après note de L. veRHULST prise dans les Notices histo­riques sur VIRTON par P. rOGER, citée par E. P. FoUSS dans Le Pays gaumais, 11, p. 99-100 (compte rendu de notre étude).

 

(p.83) A Fosses, pour en revenir à l’Entre-Sambre-et-Meuse, selon L. Gougaud, la marche saint Feuillen aurait lieu au moins depuis l’année 1549 (1).

D’après un registre de la cure de Bioul, « Dimanche 16 juil­let 1583, fut porté en procession St FeuiIlien de Fosses, avec grande solennité de compagnies de soldats pour avoir de beau et chaud temps, ce qu’il advint depuis bien haud. » (-)

En 1687, Fosses va célébrer la victoire remportée par les Chrétiens sur les Turcs. En vertu « des ordonnances envoyées par son altesse Sérénissime de faire la réjouissance des batailles remportées par la Victoire des créstiens contre le Turcque, messieurs ont résoubs de livrer une aisme de bierre pour rafrechissemenl à la compagnie portant armes à la procession qui se ferai dimanche prochain à ce sujet, ordonnant de plus d’envoyer le rarlet de ville faire le tour de la communaulté pour stmoncer les armes comme aussy aux bourgmestres d’achapter de la poudre pour tirer les canons qu’il convient faire nettoyer auparavant. »

Cinquante et une livres de poudre à canon et une livre trois quarterons de fine pour amorcer furent achetées pour 31 florins.

Le 6 septembre, les cations furent nettoyés et les hommes préposés à celle besogne reçurent une gratification de cinq pots de bière, auxquels l’on ajouta de la bière pour un florin puis encore une aisrne de bière «ratissante» pour XV florins (3).

Ponr le XIXe siècle dans notre pays, il ne manque pas d’autre part d’allusions à des faits analogues à nos marches qui ont surtout repris avec vigueur dans l’Entre-Sambre-et-Meuse, mais qui ont dû exister plus d’une fois aussi ailleurs. Aux exemples de Rochefort et d’Alle-sur-Sernois cités dans notre première étude, il faudrait ajouter Soignies sans doute, à en croire cette mention pittoresque de l’abbé Letellier dans l’Armonaquc dé Mons pour 1876 : « gueulard fusil à canon évasé par le bout ; tromblon ; fusil en général : Tournez vo tièsse à gauche et desclaquïe (faites claquer) vo gueulard, disait jadis, de distance en distance, à ses soldats.

 

(l) L. gougaud, Les Saints Irlandais hors d’Irlande, Louvain. 1936. p. 99-100. Renseignement ahnableuieitt communiqué par M. le Chanoine Baix.

(2) E. peeteRs, Le Folklore en Belgique, 1er voluine 1950, p. 2 de la présentation (non paginée) de « La Marche septennale de Fosses ».

(3) Renseignements inédits provenant des Archives de Fosses, aimablement communiqués par M. Joseph Noël.

 

(p.84) la  capitaine  de  la garde d’honneur de la procession de Soignies» (p.  79)  (]).

Ajoutons que, concernant la persistance de la coutume pendant le Régime français. M. E. FIVET a publié dans Etudes d’Histoire et d’Archéologie Namuroises dédiées à F. Courtoy (1952), sous le titre La marche de saint Feuillen à Fosses sous le Consulat, une intéressante correspondance échangée entre les maires de Fosses, de Walcourt et de Dinant avec le Préfet du Département de Sambre-et-Meuse, pendant les années 1802 à 1805. Il en résulte que la marche de Walcourt obtint l’autorisation d’accompagner la pro­cession de la Trinité en 1802, 1803, 1804, 1805 ; que celle de Saint Feuillen reçut la même autorisation en 1802 et en 1803 ; mais à partir de juin 1805, celle-ci fut refusée à Dinant et à Marche [en-Famenne], et cela par ordre des autorités supérieures tant civiles que militaires.

De sorte que si les marches furent autorisées pendant quatre années (de 1802 à 1805) dans quelques localités du Namurois, cela tient, à la complaisance du Préfet Pérès, qui désirait être agréable à ses administrés dans la mesure où cela ne lui occasionnait aucune difficulté. Mais le jour

 

 

(*) Renseignement communiqué par M. Elisée legros, qui, pour des commandements de ce genre déjà signalés dans notre étude, t. 5 des Enquêtes, p. 378, n. 1 (ou p. 100 du tiré à part), renvoie aussi à la description même de la procession de Gerpinnes par James van DRUNEN. En pays wallon, p. 163-168 de la réédition de 1935 (p. 165 : Li  fièsse dè costé dnosse mayeûr.’). — Notons que R. piNon (L’Athénée, sept.-oct. 1952, p. 149-150). dans son compte rendu de notre étude, a ajouté quelques marches — plus ou moins intermittentes et récentes — à notre tableau que nous n’avions pas voulu exhaustif. Comment pourrait-on l’être du reste, en une matière aussi mouvante et parfois difficile à contrôler  ». E. legRos (Bull. Comm. Topon. et Dialect., 2o. 1952, p. 375) signale par exemple que la marche d’Onhaye n’était plus qu’un, souvenir dès le début de ce siècle. Mais tout récemment le curé d’Onhaye a invité des marcheurs à la pro­cession, où l’escorte armée revivrait donc comme a revécu la «procession sous les armes» de Rochefort à N.-D. de Foy, mentionnée aussi comme disparue dès 1870.

 

Voir encore, dans les Enquêtes les additions et corrections, t. 5, in fine, ainsi que, pour l’historique d’une marche (depuis 1852), une brochure anonyme : Harmonie Royale de la « Marche Saint-Eloi », Châtelet, 70e anniversaire de sa fondation (1802-1827).

 

(p.85) où le Commandant de la 25e division militaire interdit aux Dinantais de marcher. Pérès fait observer l’ordre. Il s’en réfère à l’autorité supérieure à Paris, mais un Conseiller d’Etat qui répond que ces escortes doivent être assimilées aux anciens serments, comme les compagnies d’arc, d’arque­buse, etc. lesquelles ne sont plus tolérées. Comme la docu­mentation de M. Fivet s’arrête en 1805, il semble qu’on soit en droit de conclure que les marches furent désormais interdites (1).

Une coutume toute pareille à la nôtre existe aussi en d’autres pays- On la trouve notamment en Suisse, en Autriche, et on la signale aussi — au moins pour une époque récente — au pays basque et en Provence.

Nous avons sous les yeux un article illustré intitulé : « Fête-Dieu en Pays Basque, signé par Louis labat, paru au commencement de ce siècle, dans un périodique dont nous ne connaissons pas le nom, et d’où nous extrayons le passage suivant :

«Tous les villages basques lèvent ainsi, chaque année, à la fête-Dieu une sorte de milice volontaire, dont la fonction est de rehausser l’éclat des cérémonies religieuses et d’escorter la Pro­cession. Quand vient l’époque, les jeunes gens s’assemblent, distri­buent les emplois et les grades. De grands débals s’agitent souvent pour le choix du capitaine, qui est toujours un des plus influents parmi les etchecojauns ou maîtres de domaines. Chacun apporte son fusil. Les costumes, ici du moins, sont la propriété de la jeunesse ; mais il y a des localités où on les loue. Plus ou moins riches selon les endroits, ils prennent des formes assez diverses.

» … En tête, les sapeurs, ceints du tablier blanc, coiffés d’une sorte de shako cylindrique sans visière, la hache sur l’épaule. Puis le tambour-major, qui balance un énorme plumet en liant de sa coiffure et dont la canne, lorsqu’elle ne s’enlève pas dans un tourbilIon de moulinets, rythme gravement la marche ; le tambour, les deux clairons, le joueur de chirula, tenant d’une seule main son flûteau de buis percé de trois trous, qui rend des sons vifs et grêles ; le capitaine, un garçon rosé, blond et dodu, visiblement heureux de sa tunique, rouge passementée, de son béret rouge frangé d’or,

 

(1 ) Pages 905 à 918 ; cette conclusion est eu contradiction avec celle de M. Fivet qui croit « qu’un moment interrompues par la révolution, [nos marches] continuèrent à se dérouler dans nos provinces  sous  la  domination  française».   C’est  ce  qu’il  faudrait démontrer !

 

(p.86) de ses épaulettes, du beau sabre neuf qui lui bat 1es jambes et qui est, s’il vous plaît, le propre sabre d’ordonnance de M. le capitaine des douanes ; le lieutenant, moins chamarré, maigre et nerveux sous la blouse écarlate ; le sergent, que distinguent sa blouse bleue et ses galons d’argent ; les porte-enseigne, au nombre de trois,l’un parlant le drapeau de la commune aux couleurs françaises, les deux mures des drapeaux fantaisistes, cravatés d’innombrables banderoles, foulards, écharpes. mouchoirs de suie, prêtés à l’enn par les jeunes filles ; enfin, les hommes, tous en veston noir, pan­talon de coutil eî béret rouge galonné de blanc, le pompon de laine blanclie jeté coquettement sur l’oreille. » (‘)

 

(‘) Il s’agit d’une coutume observée plus spécialement à Itsatsou.

L’auteur commence ainsi : Un tableau de Mlle Marie Garay, qui figura avec honneur en 1899 au Salon des Artistes français, nous montre la grande place du village basque au moment la procession de la Fête-Dieu quitte l’église. C’est une chose singulière et qui paraît d’un autre âge. On y sent se manifester la foi ingénue, l’âme candide et fervente d’un peuple qui a oppsé jusqu’ici aux  influences du dehors l’âpre barrière de ses monts.

(p.87) De même, la « bravade » de Saint-Tropez (département du Var) est « une cérémonie à la fois militaire et religieuse qui commémore, en même temps, l’anniversaire de l’arrivée de l’esquif contenant le corps du saint décapité à Pise par ordre de Néron et la résistance de la ville de Saint-Tropez aux attaques des pirates venus de haute mer, repoussés victorieusement grâce à l’intervention divine ».

D’un article qui la décrit, extrayons ces précisions :

Cela commence le 16 mai par ce qui s’appelle la petite Bravade. On sort de son église la statue du saint, en la promène en ville suivie des mousquetaires et des gardes-saint en costume Révolution et des marins en costume de la Marine nationale, armés les uns d’archaïques tromblons 1es autres de vieux fusils, et l’on parcourt la ville en rendant les honneurs militaires, c’est-à-dire en lâchant des salves devanrt la maison de chaque notable.

C’est au début de la première journée qu’a lieu, place de la mairie, la traditionnelle remise de la pique avec un cérémonial aussi compliqué que celui de la relève de la gaqrde à Buckingham Palace. Le maire remet la pique au capitaine de ville, nommé officiellement le lundi de Pâques, lequel commandera Ia ville pendant les trois jours de fête : il confie la drapeau au porte-enseigne, aux sons des airs traditionnels de la « Marche du capitaine » et de Ia « Marche du drapeau » jouées par les fifres et les tambours. Le saint est rentré dans son église vers 8 h. du soir.

La lendemain, après Ia messe dite « des mousquetaires», magni­fique cérémonie qui se déroule dans une église surpeuplée où les uniformes côtoient les costumes provençaux et où toute l’assistance reprend en chœur les cantiques et les airs de Ia Bravade, la procession s’organise. Les statues de sainte Agnès, de sainte Philomène, de sainte Ursule, celles de saint Elme, de saint Pierre, patron des pêcheurs, et de saint Joseph, patron des charpentiers, précèdent celle de saint Trope: suivie de ses gardes-saint. Toutes les jeunes filles en costume provençal, les petites filles, gracieuses dans leurs lourdes jupes piquées et sous leurs coiffes amidonnées, défilent aux (…) qui a eu beau jeu là derrière à défendre contre elles, pendant des   siècles,   ses  mœurs,   ses   croyances   et   ses pratiques.

» J’ai eu la curiosité, après avoir vu le tableau, d’aller le voir vivre sur les lieux mêmes. J’ai choisi, pour en avoir le spectacle, qui est réglé dans tout le pays par des usages immémoriaux et uniformes, le joli village d’Itsatsou, posé entre Massa et Mondaarain, … ». Article aimablement communiqué par M. l’abbé Janus curé d’Onhaye.

 

(p.88) sons des cantiques et des airs militaires à travers la vieille cité aux rues étroites et tortueuses.

L’après-midi a lieu la grande Bravade. Même cérémonial que la veille, mais plus long. avec arrêts et saluts devant la maison du chaque bravade. Avant l ren’rée à l’église, vers 11 h. du soir. Sur la place de l’hôtel de ville, le caipitaine de ville et le porte-enseigne rendent au saint un dernier hommage appuyé de formidables déchargess générales; puis, avec le rituel du début, ils rendent au maire la pique et le drapeau. Enfin, le saint est rentré dans l’église illuminée de cierges. La statue est replacée dans sa niche, et, toujours aux sons des fifres et des tambours, chaque bravadeur défile devant  l’autel, salue le saint, baise la statue et dit : « A l’an qué ven » (à l’année prochaine). C’est là la partie la plus extravagante et la plus émouvante de la fête ; on y voit de vieux « mangeurs de curé » s’incliner devant leur patron avec une émotion et un respect sincères.

Le lendemain, messe à la chapelle Ste-Anne, ravissante église romane située sur une colline dominant le golfe. Cette messe est suivie d’une farandole de Provençales et de marins qui se déroule sur un air extraordinairement entraînant. La farandole s’étire, se resserre comme un long ruban multicolore. Puis les bravadeurs se réunissent une dernière fois pour boire le vin d’honneur offert par le maire et à l’issue duquel est choisi le capitaine de ville de l’année suivante. Enfin, après avoir beaucoup chanté et beaucoup bu, on se sépare, et les libations privées se poursuivent toute la journée et toute la nuit.

Pour bien saisir la portée de cette fête, il faut avoir compris l’atmosphère particulière de cette ville, où les classes sociales n’existent pas. Que vous savez capitaine au long cours, professeur de faculté ou manœuvre à l’usine des torpilles, du moment que vous êtes Tropézien vous êtes sur le même plan. Etre bravadeur est un honneur convoité, une manière de lettres de noblesse accordées avec circonspection.

Chacun des exécutants n’est pas un acteur en représentation, mais un patriote profondément convaincu de son importance et de sa dignité.

C’est parce que chaque Tropézien, qu’il soit de droite ou de gauche, croyant ou impie, aime son saint patron comme une personne ei croit à ses vertus plus qu’à lui-même, que cette cérémonie, en dehors de sa couleur locale et de sa beauté extraordinaire, touche le coeur autant qu’elle enchante les yeux (1).

 

(1) Article   signé   Constance   coline,   paru   dans   Plaisir France,   juillet-août   1948,   et   aimablement   communiqué   par M. J. Noël, correspondant du Musée à Fosse-la-ville.

 

(p.89) En Suisse, les processions avec escortes militaires, dans les vieux uniformes des anciens Etats des Bourbons sont bien connues pour une vallée du Haut-Valais, le Lötschental. Nous devons à l’obligeance du Révérend Prieur Siegen, de Kippel, de pouvoir reproduire l’image de ces soldats rendant les honneurs. L’usage doit être ancien, en effet, « depuis des siècles, beaucoup de Lötscher ont trouvé leur subsistance dans le service de mercenaire. L’année de la bataille de Lerida (1644), sept sont tombés en Catalogne seulement. Dans les archives paroissiales de Kippel, on conserve une bannière de soie avec la croix rouge sur fond blanc (croix savoyarde) et l’année 1625; ce sont des mercenaires vraisemblablemenl qui l’ont rapportée. Depuis 1510, le Lötschertal, aux côtés du pays de Loèche, était entré dans une capitulation

 

(p.90) (= convention) avec Louis XII de France. Les mercenaires originaires du Lötschental ont fait la parade dans les cours royales de Versailles et de Naples. Revenus dans leur patrie, ils ont conservé et utilisé leurs uniformes pour rendre les honneurs militaires à un roi plus élevé, le Maître des maîtres : dans les dernières années encore, des soldats de la Garde Suisse au Vatican se sont à l’occasion joints au cortège dans leurs uniformes » (1).

 

(1) J. sIegEn. Das Lötschental, Collect. Vergessene Räler. Lausanne (1949?). p. 155-156. (Communiqué aimablement par M. R. Wildhaber, de Bâle). — M. Wildhaber nous signale aussi, pour l’Appenzell, Iso kELLER, Das Appenzellerland, Berne.

 

(p.91) La coutume n’est pas isolée en Suisse, pas plus que la suivante ne l’est en Autriche (1). Il n’est peut-être pas sans intérêt à propos de celle-ci de reproduire un «reportage», qui en fournit une explication montrant le rapport établi, dans la tradition populaire, avec les armées de Napoléon.

En Autriche, le petit village de Lessach-en-Lungau voit, trois fois par année, la sortie d’un groupe de grenadiers, le 5 juin à l’occasion de la Fête-Dieu ; le 29 juin à l’occasion de la Saint-Pierre-et-Paul et enfin le 14 octobre, jour de la fête patronale. Ceux-ci accompagnent la procession et

1954 (Schweizer Heimatbücher, 58) ; voir p. 34. vue d’une procession avec 2 soldats en uniforme ancien, précédant le Saint-Sacrement. Il nous envoie aussi une vue de militaires rendant les honneurs à la procession de l’île de Reichenau (lac de Constance).

(1) Ceci apparaît dans une lettre qu’a bien voulu nous adresser M. Arthur Haberlandt, le folkloriste autrichien bien connu.

 

(p.92) exécutent des feux de salve exactement comme nos marcheurs. Voici l’explication traditionnelle de cette coutume, telle qu’elle nous est rapportée par une coupure de presse (1).

« Venant de Bavière en 1810, Napoléon établit son bivouac dans la vallée. Dans la soirée, l’apparition des feux dans la montagne lui fit craindre la présence de l’armée autrichienne et une petite patrouille fut envoyée en reconnaissance. Les grenadiers qui la composaient ne trouvèrent que des paysans qui célébraient joyeusement leur fête patronale. El comme le petit vin blanc était bon et les filles accueillantes, ils firent ripaille toute la nuit. En redescendant dans la vallée, au petit jour, les troupes avaient levé le campt et, se trouvant perdus dans la nature, ils remontèrent ici pour s’y installer. Et depuis, ils prirent part, en uniforme,

 

(1) M. aRthaud, dans Le Soir illustré, du 28-VII-1949, — Communiqué au Musée de la Vie Wallonne par M. R. Pinon.

L’agence « Lynx », de Paris, nous a aimablement autorisés à reproduire une des illustrations de cet article.

 

(p.93) aux fêtes du village. D’autres les ont imités, la tradition s’est étendue, en hommage à la correction et à la gentillesse avec lesquelles les troupes françaises ont traité la population. »

Malheureusement, on ne nous dit pas si la coutume qui aurait été introduite vers 1810/1811 par des grenadiers français fut en tous points une nouveauté, et si, sous l’Ancien. Régime, les villages de la région n’avaient pas l’habitude d’escorter en armes les processions. Telle quelle cependant, et c’est cela qui importe, elle est significative d’une mentalité, d’un état d’âme. Les Bernier de Lessach sont sem­blables aux Ferdinand Legros de Lesves et à tous leurs compagnons qu’ils soient de Fosses, de Gerpinnes, de  »Valcourt, d’Itsatsou ou d’ailleurs ; tous ont subi avec ravissement la nostalgie de leur souvenirs, le prestige de l’uniforme et de la parade, la poésie du panache et la gri­serie de la poudre. Il ne leur déplairait pas de savoir que leurs arrière-petits-enfants sont loin de les avoir oubliés !

Joseph Roland

 

Maurice Piron, Anthologie de la littérature wallonne, éd. Pierre Mardaga, 1979

 

ANONYME

[Retour à Liège du prince-évêque] (1631-1636)

Quatre dialogues wallons imprimés, de 1631 à 1636

 

(p.37)  Lès Lîdjwès k’mincint-à d’hièrdjî

Leûs muskèts come tos-arèdjîs.

 

NB Les décharges de mousqueterie faisaient partie du cérémonial d’honneur dans les fêtes d’autrefois.

 

0.1 L’Ommegang de Bruxelles

 0.1.1 La ville médiévale, théâtre de l’Ommegang

 

C’est au Xe siècle, à Saint-Géry, que commence l’histoire de Bruxelles avec la présence du château du Duc Charles de France, au centre des terres du Comté de Bruoscela.

Cette île formée par les bras de la rivière Senne se développe dans les années qui suivent grâce à un essor agricole important. Le transit des marchandises est assuré par la navigation sur la Senne.

L’île Saint-Géry se caractérise par le va-et-vient des paysans du comté qui déposent dans les entrepôts du château les produits récoltés sur les terres du Duc. En franchissant l’un des trois ponts sur la Senne, ils doivent payer une taxe aux receveurs du roi.

Sous la dynastie des Ducs de Brabant, à partir de 1200, le lieu devient une place commerciale fréquentée par les marchands qui circulent sur la route entre Bruges et Cologne. Les Ducs de Brabant établissent résidence sur les hauteurs du Coudenberg, et le marché s’établit désormais sur le marais asséché de l’actuelle Grand Place.

Bruxelles édifie sa première enceinte de pierre, à partir de 1267, sur un périmètre de 4 km. Elle englobe l’île Saint-Géry, la place du marché qui deviendra la Grand-Place, le chapitre Sainte-Gudule qui contenait les reliques de la sainte sur la colline du Treurenberg et le château ducal sur le Coudenberg. Derrière ces remparts hauts de 7 mètres, la vie s’organise autour de ces pôles, qui incarnent les pouvoirs que sont la politique, l’économie et la religion.

La paix s’installe durablement et l’industrie se développe. Les bourgeois s’enrichissent, conquièrent des droits politiques iéportants, forment une aristocratie marchande. Les métiers s’organisent en corporations et revendiquent le pouvoir au nom de la prospérité qu’ils assurent, notamment dans l’industrie drapière dont le renom s’étend à toute l’Europe.

Comme près de 40.000 personnes sont établis hors des murs, la nouvelle ville, devenue trop petite, decide de les englober dans une nouvelle enceinte. Elle s’édifie à partir de 1351 sur les contours de l’actuelle pentagone.

Et pendant ce temps, en 1348, une statue miraculeuse arrive à Bruxelles et est accueillie au Sablon par les Arbalétriers, ou est-ce une légende ?

(Ommegang – Brussel – op de Grote Markt)

0.1.2 Récit légendaire, miroir de l’histoire

 

Une récit légendaire, relaté en 1484 par un chanoine du prieuré du Rouge-Cloître, éclaire la présence d’une statue miraculeuse à Bruxelles en l’an 1348.

Ce récit évoque les aventures d’une anversoise, Béatrice Soetkens, qui voit apparaître la Vierge en songe, la suppliant de sauver une effigie en bois à son image, conservée tant bien que mal dans une église d’Anvers. Béatrice se voit forcée de dérober la statue avec l’aide de la Vierge qui paralyse le sacristain. Béatrice fait restaurer la statue, mais la Vierge lui revient en rêve pour lui demander de placer la statue dans la chapelle des Arbalétriers à Bruxelles. Béatrice arrive par bateau d’Anvers avec la statue et est accueillie par les Arbalétriers et le Duc de Brabant en personne.

Comment cette légende s’inscrit-elle dans l’histoire ? En 1348 sont célébrées les noces de Marguerite, fille de Jean III, duc de Brabant avec le Comte de Flandre Louis de Maele. Les clauses du contrat de mariage impliquent la mainmise sur les villes d’Anvers et Malines, ce qui s’avère très dangereux pour le commerce bruxellois, car il risque d’entraver la libre circulation sur l’axe Escaut-Senne, qu’emprunte justement Béatrice et sa précieuse cargaison. La statue de la Vierge est promenée pour la première fois dans les rues de Bruxelles en 1356, alors que Bruxelles est dans la ligne de mire de l’armée de Louis de Maele, établie sur les hauteurs de Scheut. Le premier Ommegang s’apparent à une prière collective, mettant la population et les arbalétriers sous la protection de la Vierge à la veille d’un grand danger pour la ville.

Le terme Ommegang, circumambulantio en latin, signifie marcher autour en néerlandais. La procession est répétée chaque année le dimanche avant la pentecôte. A l’origine, elle forme une boucle depuis la chapelle pour y revenir, encerclant les limites de la cité à l’intérieur de la première enceinte.

(Brussel – Ommegang / De Kolveniers van St Kristoffel vuren een salvo af) (s.r.)

0.1.3 L’Ommegang devient festif

 

Les processions religieuses sont des évènements forts répandus dans les villes au Moyen Age, mais ils n’évoluent pas tous de la même façon. A Bruxelles, la procession annuelles des Arbalétriers du Sablon connaît un destin extraordinaire : elle supplante celle de la principale église de la ville, la cathédrale Sainte-Gudule, et devient de plus en plus festive et fastueuse. Les représentants des métiers et des corporations se rendent dorénavant sur la Grand Place, où des réjouissances sont organisées. Les chevaliers de l’Ordre de la Toison d’Or, illustre l’ordre de chevalerie fondé en 1430 par le Duc de Bourgogne, défilent également dans le cortège.

En 1379, la duchesse Jeanne de Brabant offre aux enfants des costumes pour qu’ils participent déguisés en diable. En 1412, la guilde des Arbalétriers oblige ses membres à défiler en uniforme. Le théâtre s’inscrit dans la fête, par ordonnance en 1448, obligeant les corporations à représenter les ducs de Brabant en constituant des groupes dont chacun dépeint un prince et sa suite. L’ordonnance de 1448 prévoit aussi que chaque année se jouera sur la Gtand-Placew l’une des 7 joies de la Vierge, sur une estrade édifiée par la Ville. Plus solennellement, les prélats des grandes abbayes du Brabant sont désormais invités. Les géants apparaissent à la même époque sans doute, accompagnés d’animaux féériques ou exotiques, de figures imaginaires et monstrueuses.

L’Ommegang devient tellement important pour la ville qu’il est présenté Charles Quint en 1549, qui profite de l’occasion pour présenter à ses sujets des Pays-Bas leur prince l’infant Philippe, le fils que lui a donnée Isabelle de Portugal. De cet évènement nous possédons des informations précieuses, relatées par le chroniqueur espagnol don Juan Cristobal Calvete de Estrella, qui accompagne l’empereur Charles Quint le futur Philippe II.

L’Ommegand de 1615 est aussi une source unique de connaissance, car il est illustré par une série de huit tableaux peints par Denis Van Alsloot, peintre de la cour d’Albert et Isabelle. C’est la première iconographie de l’évènement.

0.1.4 La version moderne de 1930

Les troubles religieux qui s’intensifient à partir de 1570 provoquent le déclin de l’Ommegang, qui prend son enthousiame et est suspendu à plusieurs reprises. La tradition se perd dirant le XVIIIe siècle, pour reprendre à quelques occasions au XIXe siècle.

La renaissance de l’Ommegang date de 1930 et s’intégre aux festivités du centenaire de la Belgique. Albert Marinus, sous l’égide du Bourgmestre Adolphe Max et sous l’impulsion du Grand Serment royal de Saint-georges et de l’abbé françois Desmet, recrée l’Ommegang de Bruxelles sur le modèle de celui qui défila en 1549 en l’honneur de Charles Quint. C’est pourquoi la version actuelle de l’Ommegang, à travers celle de 1930, se base sur les témoignages de celui de 1549, et sur les tableaux peints en 1615.

L’Ommegang moderne tel que recréé en 1930 comprote quelques changements : la partie religieuse proprement dite est supprimée tandis que les représentants des Chambres de Rhétorique et des délégués d’autres villes brabançonnes sont inclus dans l’évènement.

Interrompu durant la seconde guerre mondiale, l’Ommegang est fêté chaque année depuis 1957.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est organisé par deux ASBL : l’Ommegang Oppidi Bruxellensis, détentrice des traditions et du patrimoine, et l’Ommegang Brussels Events qui se charge de l’immense organisation opérationnelle de l’évènement. Près de 1 200 hommes, femmes et enfants, francophones et néerlandophones, y participent.

Source : OMMEGANG behind the scenes, août 2021

(Ommegang de Bruxelles, in: Albert Marinus, Le folklore belge, T.3, s.d.)

(Ommegang (= Tour) de Bruxelles, fin du 16e siècle: géants, chars, archers, arquebusiers exécutant un feu de salve, s.r.)

 

0.2 L’armée belge en 1790, 1915, 1830

Petite histoire des uniformes de l'armée belge

(/Jo Gérard/, LB, 13/11/1987)

1789-1790 La Révolution belgique appelée (erronément, sous la pression d’historiens français) brabançonne

le bataillon des Canaris (Namur)

(VA, 09/1980s)

Jean Galer, Mon Namur, in : L’ Effort coopératif, 5, 1973, p.16

 

Les Canaris étaient-ils les dignes précurseurs des MOLONS ? Tout permet de le penser. En 1789, la révo­lution brabançonne éclata. Un déta­chement militaire namurois prit le nom de Canaris. Il comportait des hommes de constitution normale, mais égale­ment des faibles non admis dans l’ar­mée. On les groupa en un corps spécial, dont l’uniforme était taillé dans un tissu jaunâtre. D’où le nom de Canaris. Ils se distinguèrent très souvent et cela devint un honneur de faire partie de ce corps d’armée. Leur cris de ralliement était JO, JO. Il a survécu jusqu’à nos jours : l’un des surnoms attribués encore aujourd’hui aux Namurois est celui de DJODJO.

 

NAMUR – LE BATAILLON DES CANARIS

 

1. COORDONNEES

Dates : ce groupe se manifeste à l’occasion des principales fêtes namuroises, et notamment lors des fêtes de Wallonie (au mois de septembre); il participe également à des manifestations fol­kloriques à l’étranger.

Type : marche militaire

 

2. DESCRIPTION

Le bataillon des Canaris (uniforme jaune, tricorne de feutre noir, fu­sil à baïonnette) défile dans les rues de la ville au son du fifre et du tambour lors des manifestations folkloriques où il illustre le XVIIIe siècle. Il fait revivre le célèbre bataillon namurois des « Braves Canaris » de la Révolution brabançonne.

Ce détachement remplit également le rôle de garde d’honneur locale lorsqu’il s’agit d’accueillir des visiteurs de marque ou de rendre hommage à des citoyens méritants. Il participe, en outre, aux mani­festations patriotiques.

 

3. HISTORIQUE

Ressuscités lors des fêtes de Wallonie en 1972, les Canaris évoquent un bataillon namurois célèbre qui se constitua lors de la Révolution brabançonne. En 1709, lorsque les provinces belges se révoltèrent con­tre Joseph II, elles recrutèrent des volontaires pour constituer une armée dite « des Patriotes ». Lorsqu’on forma le régiment de Namur, certains volontaires furent d’abord refusés pour insuffisances physi­ques (défaut de taille, faiblesse de constitution), ou pour défaut d’âge. Comme ils voulaient à tout prix servir, on finit par les incor­porer dans une compagnie spéciale. Par mesure d’économie, car on n’at­tendait pas beaucoup d’eux, on les habilla avec un drap de rebut de couleur jaune, d’où leur surnom de « canaris ». Ce sobriquet devint bien tôt un nom glorieux car ces petits soldats vêtus de jaune, qui étaient l’objet des moqueries des autres combattants, firent preuve de tant d’audace et de courage que la seule vue de leurs uniformes, disent les chroniques de l’époque, suffisait à mettre l’ennemi en fuite. On les appela désormais « les braves canaris ».

Ils étaient commandés par Jean-Baptiste Dumonceau.

 

Les Canaris de Namur et les Patriotten de Turnhout

(VA, 2010s)

(VA, 22/07/2013)

(2014 – le bataillon des Canarais (1789-1790) devant Manneken Pis)

Namur - le régiment d'Infanterie des Etats-Unis Belgiques (1790)

1815 - armée belgo-hollandaise

(in: Le Jour, 12/08/2012)

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