régionalisation Belgique falsification histoire

La régionalisation, une catastrophe

La propagande en faveur des Régions : falsification de l’histoire de Belgique

Podcast Spotify

par justitia-veritas.be | Contre-histoire de la Belgique

https://open.spotify.com/episode/5Mppjex3hLJUKI52ldjuwS

Plan

0.   Introduction

En un demi-siècle, la Belgique unitaire a été démontée pièce par pièce. Communautés culturelles en 1970, Régions en 1980, État fédéral en 1993 : chaque réforme a été présentée comme l’aboutissement naturel d’une histoire. Flamands et Wallons auraient toujours été deux peuples distincts. La révolution de 1830 aurait été l’œuvre des Wallons et des Bruxellois. Pendant la guerre, la Flandre aurait collaboré et la Wallonie résisté. Et l’État belge lui-même ne serait qu’un accident, né d’un trait de plume des grandes puissances.

Ce récit est devenu si familier qu’on ne le questionne plus. Ce dossier le confronte aux documents : coupures de presse, livres d’historiens, manuels scolaires, mémoires universitaires et archives, rassemblés pendant des décennies. Ils racontent une histoire plus dérangeante.

La première idée de couper la Belgique en deux régions administratives ne vient ni de Flandre ni de Wallonie : elle est mise en œuvre par l’occupant allemand en 1917, dans le but avoué d’affaiblir le pays. Vingt ans plus tard, ce sont les deux partis fascistes, Rex et le VNV, qui inscrivent « l’État fédéral » en tête de leur accord secret. Des figures majeures du Mouvement wallon ont tenu des propos racistes ou antisémites, et certaines ont négocié avec le régime de Vichy jusqu’en 1943. Quant aux chiffres de l’épuration, ils contredisent l’image d’une collaboration exclusivement flamande.

Après 1945, une partie des historiens, des responsables politiques et des manuels scolaires francophones a diffusé une histoire « régionalisée » de la Belgique. D’autres historiens, francophones comme néerlandophones, l’ont contestée, documents à l’appui. Ce sont ces documents que l’on retrouvera ici.

Le texte s’appuie uniquement sur les sources. Chaque petit numéro renvoie au document correspondant, reproduit en entier dans la section Sources en fin de page : le lecteur peut vérifier chaque affirmation par lui-même.

0.1   Un mot né en 1845

Commençons par un mot. On parle volontiers de la Wallonie comme d’une réalité millénaire, avec son histoire, ses héros et ses frontières. Pourtant, le mot lui-même est récent. En 1956, le linguiste liégeois Maurice Piron, spécialiste incontesté de la question, a recherché ses premières apparitions. Sa conclusion est nette : si l’adjectif « wallon » est ancien, le nom « Wallonie » « n’apparaît pas avant le milieu du XIXe siècle ». Il naît en 1845, presque simultanément sous la plume de deux auteurs, le Liégeois Ferdinand Hénaux et le Namurois Joseph Grandgagnage [1].

Avant cette date, les journaux de 1830 et 1831 parlent de « pays wallon » ou de « provinces wallonnes ». Rien d’étonnant, explique Piron : « On conçoit mal du reste comment le mot aurait pu exister avant la création, en 1830, de l’État belge. » Et il ajoute cette phrase capitale : « c’est par rapport à la Belgique, pays à dualité ethnique et linguistique, que Wallonie se définit et prend son sens » [1]. Autrement dit, ce n’est pas la Wallonie qui a précédé la Belgique : c’est la Belgique qui a fait naître le mot Wallonie.

0.2   « Nul n’est neutre » : la réponse d’un historien

Un historien peut-il raconter ce passé en toute neutralité ? En janvier 2005, l’auteur de ce dossier pose la question à Paul Wynants, alors doyen aux Facultés universitaires de Namur, après l’une de ses interventions dans La Libre Belgique. La réponse est franche : « En matière de recherche scientifique, nul n’est “neutre”. » Les historiens ont leurs convictions religieuses, politiques ou linguistiques, et « l’honnêteté intellectuelle leur commande de le reconnaître lorsqu’ils expriment une position personnelle » [2].

Wynants cite lui-même les « sympathies flamingantes » de Lode Wils, les « convictions monarchistes » de Francis Balace ou le « passé communiste » de José Gotovitch. Et il ajoute un aveu intéressant : ce que les Flamands reprochent à l’historiographie francophone, ce n’est pas sa francophilie, mais « l’orientation majoritairement belgiciste (sinon “belgicaine”) » de la production du sud du pays [2]. Le lecteur pourra juger sur pièces, au fil des documents qui suivent, si ce constat se vérifie.

1.   Aux sources de la division

Avant d’être un projet politique, la division de la Belgique a été une idée. Elle s’est nourrie de théories raciales à la mode dans l’entre-deux-guerres, de la francophilie d’une partie des élites wallonnes et, surtout, de la stratégie délibérée de l’occupant allemand pendant les deux guerres mondiales. Cette première partie retrace ces racines.

1.1   Quand on parlait de « race wallonne »

Charleroi, 26 mai 1957. Douze ans après la découverte des camps de la mort, le Congrès national wallon tient ses assises. À la tribune, Roger Pinon prononce un discours publié l’année suivante dans la revue L’Ethnie wallonne. Il y pose une question : « Possédons-nous une base racique stabilisée ? » Sa réponse tient en une description physique : « Le type du Wallon est l’homme de taille moyenne, aux cheveux châtains ou foncés, de même que les yeux, avec une protubérance occipitale presque nulle, des crêtes sourcilières développées, une face large. Ce type s’écarte du Flamand, plus grand de taille, blond de cheveux, aux yeux bleus, avec une protubérance occipitale très accentuée et une face allongée » [3].

Pinon va plus loin. Il cite une étude d’un médecin liégeois selon laquelle « plus de 50 p.c. des Flamands sont prognathes, alors que plus de 85 p.c. des Wallons sont orthognathes », c’est-à-dire que la mâchoire des uns avancerait davantage que celle des autres. Il en conclut à une « stabilisation de la race » wallonne. Il compare même les démarches : celle du Wallon serait « plus lourde que la française, mais plus légère que la flamande » [3]. L’auteur de ce dossier présente Pinon comme un universitaire liégeois.

Ce discours n’est pas un accident isolé. En 1945, au lendemain même de la guerre, le conservateur du Musée archéologique de Charleroi, E. Debaille, publiait une brochure au titre éloquent : Nos vrais ancêtres. La fin d’une légende… germanique ! Il y affirmait que « la race wallonne (…) ne provient aucunement d’une souche germanique », mais qu’elle appartient « au type alpin du grand anthropologue français Montandon ». Il concluait : « Il importe donc de ne pas laisser s’accréditer la légende apocryphe attribuant aux Wallons une origine subnordique, car il y va de l’avenir de notre race » [4].

Et dès 1931, un jeune homme promis à un sinistre avenir célébrait lui aussi la « race wallonne ». Dans sa préface au Florilège wallon publié aux éditions Rex, Léon Degrelle écrivait : « Race wallonne, tu te complais à savourer le génie de tes enfants mais tu n’oses point y ajouter les fleurs vives de l’amoureuse admiration. » Il voulait montrer « qu’à côté de la splendeur flamande, il est aussi, chez nous, un avant-poste latin » [5].

La comparaison avec un ouvrage de référence de l’époque est éclairante. Le Larousse de 1933 utilise exactement la même grille anthropologique : au sud, l’élément « celtique, brun, de taille petite ou moyenne, à tête courte » ; au nord, l’élément « germanique, blond, de grande taille, à tête et à face longues, aux yeux bleus ». Mais il en tire la conclusion inverse : la population belge se compose « de métis issus du mélange » de ces deux éléments, et « si le sort de la patrie est en jeu, il n’y a plus de Flamands et de Wallons, il n’y a que des Belges » [6]. Avec les mêmes prémisses, l’un conclut à l’unité, l’autre à la séparation.

1.1.1   Pour aller plus loin

La question du racisme dans le conflit communautaire n’est pas une lubie. Elle a fait l’objet en mars 1998 d’un colloque organisé à l’initiative du MRAX, dont les actes ont été publiés sous le titre « Le racisme : élément du conflit Flamands-francophones ? ». La même année, la ministre bruxelloise Brigitte Grouwels faisait état dans La Libre Belgique de travaux de chercheurs de l’UCL ayant découvert « des éléments relevant du racisme culturel dans les écrits du FDF » [7].

1.2   Jules Destrée, l’icône et ses zones d’ombre

Des rues, des places, des écoles et un institut de recherche portent son nom. Jules Destrée (1863-1936), avocat et député socialiste de Charleroi, puis ministre des Sciences et des Arts, est le grand ancêtre du Mouvement wallon. On retient de lui une phrase, tirée de sa « Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre », publiée en août 1912 : « Sire, il n’y a pas de Belges ». Elle est citée dans les discours, les manuels et les commémorations comme l’acte de naissance de la conscience wallonne.

Les documents racontent une histoire beaucoup plus nuancée, et parfois beaucoup plus sombre. Destrée a relativisé puis renié sa formule. Il a fini sa carrière en défenseur de l’unité belge. Et il a tenu des propos racistes et antisémites que l’institut qui porte son nom a longtemps passés sous silence.

1.2.1   « Sire, il n’y a pas de Belges » : une phrase sortie de son contexte

On cite rarement la phrase en entier. Destrée écrit au roi Albert : « Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges, mis à part le monde officiel et une espèce de Belges, peu intéressante, qui semble avoir additionné les défauts des deux races, en perdant leurs qualités. » Cette « espèce de Belges », ce sont les Bruxellois, dont il dit : « Ce n’est pas un peuple, mais un agglomérat de métis » [8][11]. La phrase fondatrice du Mouvement wallon contient donc aussi une charge méprisante contre les habitants de la capitale.

Surtout, Destrée revient très vite sur sa formule. En 1914, dans un livre paru à Paris sous le titre Wallonie, il précise sa pensée : « Mon pays, c’est la Wallonie. Il est politiquement incorporé dans un pays plus grand : la Belgique. (…) J’aime mon pays. J’aime aussi la Belgique dont il fait partie. » Il se défend d’être rattachiste et s’interroge : « Est-ce à dire qu’il n’y ait pas de Belges, en Belgique, ainsi que je l’ai un peu exagérément affirmé, par une outrance nécessaire, dans la “Lettre au roi” ? » [9].

Sa réponse, écrite au début de 1914, sonne comme une prophétie : « Nous sommes les petits-fils des révolutionnaires de 1830 ; trois générations d’une vie magnifiquement ardente ont établi entre Flamands et Wallons des liens assez solides, ont engendré des souvenirs exaltants, ont donné naissance à un patriotisme commun qui n’est pas toujours de convention. Je pense que la moindre alerte extérieure le rendrait évident et agissant » [9]. Quelques mois plus tard, l’invasion allemande lui donne raison. Il reprend ce passage dans Wallons et Flamands en 1922 [10], et La Libre Belgique résumera : en 1923, Destrée « aura la probité de reconnaître qu’en niant l’existence des Belges dans sa lettre au Roi datant de 1912, il s’était trompé » [12].

Pendant la guerre, Destrée plaide la cause de la Belgique à l’étranger. Et le 16 mars 1929 [14], il signe avec le député anversois Camille Huysmans le « Compromis des Belges », rejoint par des députés wallons et flamands, dont Achille Van Acker. Le texte proclame : « La Belgique est une nécessité nationale et internationale. » Ses signataires « dénoncent comme funeste toute propagande tendant à la constitution de deux États séparés, ou au rattachement de la Wallonie à la France, de la Flandre aux Pays-Bas » [8].

De ce parcours, on ne retient pourtant qu’une phrase. En 1981, La Libre Belgique observe qu’on ne cite de la Lettre au roi que « des extraits soigneusement choisis en fonction des thèses du F.D.F., du Rassemblement wallon et de certains P.S. » [11]. Et le culte se poursuit : en 2024, à Gilly, une nouvelle place Destrée était en cours d’aménagement devant la maison citoyenne de Charleroi [13].

1.2.2   Un patriote belge… et raciste

En août 1995, l’historien Jean-Philippe Schreiber, chargé de recherches au FNRS (ULB), dresse dans Le Soir un portrait qui bouscule la légende. Réduire Destrée à « la » phrase, dit-il, « c’est un peu court ». Avant 1914, Destrée défend une Belgique « francophone, mais où l’on respecte les deux communautés », pensée « typique de la bourgeoisie de l’époque » qui voit dans le flamand « le dialecte des masses populaires ». S’il écrit au roi, c’est qu’il voit en lui « la seule personne capable de mettre un frein aux revendications flamandes ». Conclusion de l’historien : « Jules Destrée n’est certainement ni séparatiste ni rattachiste. C’est un patriote », et la guerre renforcera ce patriotisme [14].

Mais Schreiber relève un autre trait « méconnu » : « son antisémitisme et son dégoût pour le métissage ». Chez Destrée, comme chez son maître Edmond Picard, « l’antisémitisme se teinte de considérations raciales ». C’est au nom de cette « haine des métis » qu’il traite les Bruxellois d’« agglomérat de métis » ayant « additionné les défauts des deux races » [14][8].

Enfin, l’historien signale un fait troublant. En 1981, quand l’Institut Jules Destrée publie une nouvelle édition de la Lettre au roi, « il en élaguera certains passages où Destrée affirme clairement son patriotisme ». L’historiographie wallonne, explique Schreiber, « n’a gardé de Destrée que ce qui lui convenait, en évacuant les côtés les moins souriants de l’homme ». Et il pose la question que personne ne veut poser : « Destrée n’était-il pas tout compte fait, plus belge que wallon ? » [14].

1.2.3    La lettre à Zola (1898)

Janvier 1898. La France est déchirée par l’affaire Dreyfus et Émile Zola vient de publier « J’accuse ». Le 29 janvier, Jules Destrée lui répond par une lettre ouverte dans Le Peuple, le quotidien du Parti ouvrier belge. Le texte est d’une violence qui laisse sans voix : « La vérité est que les Juifs sentent leur influence, leur prestige, leur caisse, en péril, et qu’ils cherchent à la sauver. » Destrée prétend ne pas en vouloir aux Juifs pour leur religion, mais il ajoute : « Ce que j’ai pu étudier de l’histoire me porte à penser que leur race a des facultés opposées et nuisibles à la nôtre, qu’elle ne paraît pas lui être assimilable aisément » [15].

Il assume le mot : dans la lutte contre « l’argent acquis sans travail », écrit-il, « je suis antisémite, résolument ». Il se réjouit qu’« au jour des liquidations qui s’approchent », le peuple fasse « rendre gorge » aux « sangsues avides », et conclut par un jeu de mots sinistre : les Juifs « sont pour les principes de 89 – mais de 89 pour cent ! » [15].

Pendant plus d’un siècle, ce texte reste dans l’ombre. Il faut attendre août 2014 pour que Philippe Destatte, directeur général de l’Institut Jules Destrée, le publie intégralement sur son blog. Il y voit « une faute politique de Jules Destrée », qui « fait l’amalgame entre l’antisémitisme et l’anticapitalisme », et la replace dans « la tradition d’antisémitisme social de tout le mouvement ouvrier ». Le titre de son article retrace l’évolution du personnage : « de l’antisémitisme de principe au philosémitisme humaniste » [16]. L’aveu est tardif, et il vient de l’institution même qui, en 1981, avait élagué la Lettre au roi.

1.2.4    Entre la France et l’Allemagne

Le cœur de Destrée penche vers Paris. L’Institut qui porte son nom lui prête cette formule : « La Wallonie est le morceau de France » [17]. L’Histoire de la Wallonie publiée en 2004 cite son discours devant le coq de Jemappes, monument de la victoire révolutionnaire française de 1792 : « Pour ces jours à venir, appuyons-nous sur la France ; faisons mieux connaître son histoire glorieuse. (…) Chante, coq gaulois ! Coq wallon ! » [19].

Pendant ce temps, c’est l’Allemagne qui rêve de diviser la Belgique. En 2004, La Libre Belgique rappelle, à propos de la Première Guerre mondiale, que le projet allemand visait, « sinon l’annexion pure et simple, (…) en tout cas la vassalisation » du pays, que devait faciliter notamment « la transformation de l’État unitaire belge en État fédéral » [18]. C’est à ce projet que la partie suivante est consacrée.

1.2.5    L’Institut Destrée, regard tourné vers Paris

L’Institut Jules Destrée, fondé pour défendre la Wallonie, n’a pas seulement entretenu la mémoire de son patron. Il a aussi diffusé une lecture de l’histoire entièrement tournée vers la France. En 1973, il publie Notre passé wallon de Maurice Bologne, préfacé par le président de Wallonie libre. Le livre s’ouvre sur la formule de Destrée, « la Wallonie est le morceau de France », et relit chaque époque à travers ce prisme [20].

La révolution brabançonne de 1789, première affirmation d’une nation belge, « n’intéresse guère la Wallonie ». La révolution liégeoise, au contraire, est « heureuse », et l’armée de Dumouriez « ramena la liberté » grâce à la victoire de Jemappes en 1792. Le régime hollandais aurait voulu extirper le français, « expression d’une civilisation étrangère et odieuse ». En 1830, Bologne insiste sur les cocardes tricolores et les cris de « Vive la France » des émeutiers, et sur le pétitionnement « gallomane » en faveur du rattachement. Et il impute la capitulation de 1940 à un grand quartier général « flamandisé », « animé d’un esprit de défaitisme épouvantable », avant de rappeler que les soldats flamands furent libérés tandis que les Wallons restaient prisonniers [20]. On verra plus loin que les chiffres de 1940 ne disent pas cela.

Le même Institut est pourtant obligé de reconnaître certains faits. En 1996, Philippe Destatte défend le choix du 27 septembre comme fête de la Communauté française, mais il cite l’historien américain J.W. Rooney, qui a « battu en brèche l’exaltation du rôle des Wallons dans les Journées de Septembre » : parmi les morts et blessés identifiés, « la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands » [21]. La même année, à l’Institut, un historien résume l’état d’esprit d’une phrase : « Nous n’avons pas de fibre nationale ! » [22].

1.3   Une idée née chez l’occupant

D’où vient l’idée de couper la Belgique en deux entités, l’une flamande et l’autre wallonne ? Pas d’un congrès wallon, ni d’un rassemblement flamand. Elle apparaît pour la première fois comme programme d’État dans les bureaux de l’occupant allemand, en 1917, avec un objectif clairement affiché : affaiblir la Belgique et l’arrimer à l’Allemagne. Vingt ans plus tard, ce sont les deux partis fascistes du pays qui la reprennent. Le 10 avril 1937, Le Pays réel, journal de Rex, publie l’accord conclu entre Léon Degrelle et Staf De Clercq, chef du VNV. Il commence par ces mots : « Rex défend le programme suivant : la transformation du régime unitaire belge en un État fédéral » [23].

L’historien Jo Gérard pose en 1988 la question qui fâche : « Plutôt fâcheux et combien compromettants, les précurseurs du régime dont nous dotèrent les partis depuis 1980… Pourquoi se crurent-ils obligés de réaliser les souhaits de Rex et du V.N.V. ? » [23].

1.3.1    1917 : von Bissing coupe la Belgique en deux

Tout commence dès les premières semaines de l’occupation. Le 2 septembre 1914, le chancelier allemand Bethmann-Hollweg donne une consigne écrite : « Nous devons soutenir d’une façon aussi apparente que possible le mouvement culturel flamand, et nouer des contacts avec certaines personnalités flamandes. » Le baron von der Lancken, nommé en février 1915 à la tête de la « Section politique » du gouverneur général, est chargé de mettre ce programme en œuvre. L’historien Jo Gérard le décrit comme le véritable « père du séparatisme belge » [25].

La méthode est patiente. Dès décembre 1914, un conseiller recommande d’accorder aux Flamands des lois linguistiques et une université unilingue à Gand ; on favorise les « activistes », ces flamingants qui acceptent de collaborer. En février 1917, ceux-ci forment un « Conseil de Flandre » qui réclame « une indépendance complète et absolue » de la Flandre ; Berlin reçoit leur délégation le 3 mars 1917 [25]. Jo Gérard rappelle aussi, d’après le réquisitoire prononcé en 1920 par l’avocat général Straetmans, combien certains dirigeants activistes se sont enrichis grâce à l’occupant [25].

Puis vient la décision. Le 21 mars 1917, le gouverneur général von Bissing signe un arrêté : « Il est formé en Belgique deux régions administratives », l’une comprenant les provinces flamandes et les arrondissements de Bruxelles et de Louvain, l’autre les provinces wallonnes et l’arrondissement de Nivelles. « L’administration de la première de ces régions sera dirigée de Bruxelles ; celle de la deuxième région, de Namur » [24]. Von Bissing le précise lui-même : le découpage prend « pour base la limite linguistique » [24]. Pour la première fois, la Belgique est coupée en deux le long de la frontière des langues.

Le 6 avril 1917, von Bissing rend compte à l’empereur Guillaume II. Il a institué « une commission qui doit préparer la division de l’ancien royaume de Belgique en partie flamande et partie wallonne ». Les ministères wallons seront transférés à Namur, en commençant par celui de l’Industrie et du Travail ; l’organisation judiciaire suivra. Il ne cache pas son intérêt pour la Wallonie, qui « vaut même plus pour l’Allemagne que la Flandre, à cause de son industrie », et livre ce jugement : « La population wallonne est plus facile à manier et à diriger que la flamande » [24].

Les buts de guerre sont explicites. Le 7 mars 1917, le chancelier écrit au maréchal Hindenburg : « Quoi qu’il arrive, une Belgique dont l’organisation intérieure est séparée et dont la majorité flamande est délivrée de la domination de la minorité wallonne, orientée vers la France, sera plus aisément rendue utile aux intérêts allemands que l’État belge dans sa constitution actuelle. » Le 7 février 1918, Ludendorff demande au chancelier de « favoriser, par tous les moyens, l’opposition entre Flamands et Wallons afin d’ébranler le moral », et par là la force combative de l’armée belge [24][25].

La propagande suit. L’état-major allemand recommande d’« accentuer fortement ce qui sépare les Flamands des Wallons » et inonde le front de journaux et de tracts destinés aux soldats flamands [25][26]. Les Allemands jouent aussi la carte inverse : au printemps 1915 circule un faux « Appel aux Wallons » qui proclame « Vive l’annexion de la Wallonie à la France !! ». Selon l’historien Bruno Yammine, l’occupant diffuse également la fable d’une campagne antiflamande dans la presse francophone, et l’un des tracts qui irritent le plus les flamingants s’avérera « de fabrication allemande » [27].

Les Allemands tentent même une « Wallonenpolitik ». Elle échoue. L’historien Paul Delforge, dans une étude de plus de 500 pages publiée par l’Institut Jules Destrée, montre que l’occupant envisagea de rouvrir l’université de Liège et de relancer des journaux, mais que l’Assemblée wallonne s’opposa à ces invitations ; les militants wallons voulaient bien une « séparation administrative », « mais sûrement pas une autonomie octroyée et peu démocratique » [28]. En 1919, des parlementaires wallons, dont Destrée et Troclet, constatent que la « séparation administrative », « une mesure “boche” », a été « tuée par la guerre » [29].

La suite du siècle montre que l’idée n’est pas morte avec la défaite allemande. La Libre Belgique résume en 2004 le projet de 1914-1918 : la « vassalisation » de la Belgique, que devait faciliter « la transformation de l’État unitaire belge en État fédéral » [30]. Et pendant la Seconde Guerre mondiale, rapporte Pourquoi Pas ?, une rencontre à Berlin mettra Degrelle face au général allemand Berger, qui travaille à « l’annexion pure et simple de la Belgique au Reich » [31].

1.3.2    1936 : le pacte secret de Degrelle et De Clercq

Entre les deux guerres, le flambeau passe aux partis d’extrême droite. Léon Degrelle, jeune Ardennais fondateur de Rex, se présente d’abord comme un patriote belge. Mais dès 1931, sa préface au Florilège wallon publié aux éditions Rex chante la « race wallonne », « race plus modeste qu’ingrate », et présente la Wallonie comme « un avant-poste latin » face à « la splendeur flamande » [32].

Le 6 octobre 1936, Degrelle signe avec Staf De Clercq, chef du Vlaamsch Nationaal Verbond (VNV), un accord secret dont l’historien flamand Jos Vinks a publié le texte intégral. Son premier article engage Rex à défendre « la transformation de l’actuel État unitaire belge en un État fédéral », tel que défini dans un exposé prononcé à Liège et approuvé par 25 000 rexistes wallons. Un « Grand Bruxelles » devra mettre fin à la politique de francisation. Le VNV, de son côté, accepte « l’État fédéral belge », sans renoncer pour autant à sa « conception thioise » (dietse), c’est-à-dire le rêve d’une grande Néerlande. Les deux partis forment un état-major commun, prévoient la fusion de Rex-Flandre dans le VNV, et s’engagent au secret [33].

Ces deux hommes ne sont pas des démocrates égarés. L’historien Maurice De Wilde a établi que Degrelle ne refusa l’aide financière « ni de l’Italie, ni de l’Allemagne ». Dès avril 1933, quelques mois après l’arrivée de Hitler au pouvoir, il assiste aux fêtes du premier mai à Berlin, billets et visa offerts par l’ambassade allemande. Après le succès de Rex aux élections de mai 1936 (21 députés et 12 sénateurs), il est reçu par Mussolini et son ministre Ciano, qui lui accorde « une aide financière massive » [34]. Le mémoire de Pascale Leyder montre comment Rex s’implante dans les années 1930 jusque dans les bourgs de la province de Luxembourg, avec des meetings à Bastogne, Libramont, Saint-Hubert ou Houffalize [35].

Sous l’Occupation, l’alliance se concrétise. Le 10 mai 1941, selon Jo Gérard, un nouvel accord Rex-VNV partage la Belgique « en deux communautés, la flamande et la wallonne », considérées comme « les chasses gardées de Staf de Clercq et de Léon Degrelle » [24].

1.3.3    Des mots venus de l’Ordre nouveau

Les mots aussi ont une histoire. Dans un article de 1982 consacré aux « Kollabos » de 1942, Jo Gérard écrit : « Incontestables précurseurs du vocabulaire politique d’aujourd’hui, c’est à Degrelle et à Staf De Clercq qu’on doit la vulgarisation de termes tels que “Communauté culturelle”, “Droit du sol”. » Le 11 juillet 1942, passant ses troupes en revue devant la Bourse de Bruxelles, le chef du VNV leur déclare : « Ce défilé signifie que non seulement nous revendiquons mais que nous allons reconquérir Bruxelles pour notre communauté ! » Gérard ajoute que De Clercq avait obtenu en 1942 la création d’un « Grand Bruxelles », « préfiguration de l’actuelle agglomération » [36].

La presse collaborationniste de 1942 tient déjà le langage de la séparation. Jo Gérard rapporte qu’elle félicitait Henri De Man d’avoir compris « qu’il est impossible de supplanter la conscience nationale flamande ou wallonne par une conscience nationale belge », et proclamait que « la construction artificielle de 1830 n’a plus de raison d’être ». Le même article révèle qu’en 1942, l’occupant indemnise 955 anciens activistes de 1914-1918, dont certains touchent des centaines de milliers de francs [36].

Dans son dossier de 1963, Jo Gérard tire la conclusion : « l’actuel vocabulaire fait de termes tels que “communauté flamande” ou “communauté wallonne”, “droit du sol”, “Autonomie administrative” bref, toute cette terminologie provient, directement, du programme allemand de séparatisme établi en 1914-1918 et poursuivi en 1940-1944 ». Même le « Compromis des Belges », ajoute-t-il, fut relancé par le journaliste collaborationniste Robert Poulet dans Le Nouveau Journal du 12 mai 1942, « avec l’accord de la Propaganda Abteilung » [25].

1.4  La Wallonie aussi a collaboré

Une Flandre collaboratrice, une Wallonie résistante : l’image est solidement installée dans les esprits. Elle a pourtant été nuancée par les historiens eux-mêmes. En 1998, José Gotovitch, directeur du Centre d’études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (CEGES), déclare au Soir : « Il y a eu des collaborateurs wallons tout aussi forcenés que les Flamands, voire plus agressifs puisque dans un milieu hostile. » Il ajoute qu’ils étaient « isolés dans une population qui les vomissait », alors qu’en Flandre ils ont bénéficié d’une « relative compréhension », « sans dire pour autant que toute la Flandre a été collaboratrice » [37].

Les documents qui suivent montrent l’ampleur de cette collaboration francophone, armée et politique, puis un épisode longtemps tu : les négociations de militants wallons avec le régime de Vichy pour obtenir le rattachement de la Wallonie à la France.

1.4.1    Rex, la Légion Wallonie et l’Ordre nouveau

Pour gagner la faveur de Hitler, Léon Degrelle va jusqu’à proclamer que les Wallons sont de « purs Germains », selon un lexique flamand de la collaboration. Officier de la Légion Wallonie, unité de volontaires qui combat sur le front de l’Est, il prône un vague « État bourguignon ». Condamné à mort par contumace, il finira ses jours en Espagne [38]. La même source décrit la « Jeunesse légionnaire », née en 1943 de la fusion de cinq mouvements de jeunesse wallons de l’Ordre nouveau. Entièrement sous influence SS, elle recrute pour la Waffen-SS ; la Hitlerjugend lui fournit 3 000 uniformes gratuits [38].

Pendant que Degrelle combat en Russie, Victor Matthys dirige Rex. En mars 1943, il crée le Département Sécurité et Information, chargé de cartographier les opposants politiques, les résistants présumés et les réfractaires au travail obligatoire, et de transmettre ces informations à la Geheime Feldpolizei et à la Sipo-SD. Ses membres, note l’hebdomadaire Knack, se muent vite en extorqueurs, escrocs et voleurs [39].

Qui étaient ces collaborateurs ? Pas seulement des bourgeois d’extrême droite. En 2008, l’historienne Flore Plisnier publie une étude sur la collaboration armée en Belgique francophone. Selon le CEGES, « une des contributions les plus originales de ce travail est d’avoir démontré que le gros du contingent de la collaboration armée vers la fin de l’Occupation provenait de la population ouvrière du sud du pays, en particulier du Hainaut. Soit de l’électorat traditionnel du parti socialiste ». Le monde catholique, de son côté, ne pourrait plus ignorer que l’attirance pour les régimes d’ordre a conduit une partie de ses adeptes à suivre Degrelle [40].

Dans la province de Luxembourg aussi, la collaboration a eu ses tueurs. Le mémoire de Jean-Michel Bodelet évoque les rexistes entrés au service de la Sipo-SD après l’installation de son antenne à Arlon en août 1943, comme A. Lambert, de Bourcy [41]. Les photographies publiées par Eddy De Bruyne montrent Victor Matthys haranguant la Jeunesse légionnaire devant le portrait de Degrelle en 1944 [42].

Une encyclopédie de la collaboration francophone

 

L’Encyclopédie de l’Occupation, de la Collaboration et de l’Ordre nouveau en Belgique francophone, publiée en 2016 par Eddy De Bruyne avec une préface de l’historien Francis Balace, donne la mesure du phénomène. On y trouve un « Cabinet wallon », créé au ministère de l’Intérieur, dont la tâche est « de préparer la mainmise de Rex sur la Wallonie ». On y trouve aussi une « Centrale anti-juive pour la Flandre et la Wallonie », installée à Bruxelles en mars 1941, qui « élabore la liste des Juifs non en règle avec les ordonnances allemandes et les dénonce à la SipoSd ». Ou encore l’AGRA, les « Amis du Grand Reich allemand », fondée à Liège le 13 mars 1941 par des rexistes « sympathisants inconditionnels » de l’Allemagne nazie [43].

Images de la Légion

 

Les photographies d’époque, avec leurs légendes d’origine, montrent les cadres de la Légion Wallonie. Elles racontent aussi la fin de l’aventure : dans les premiers jours qui suivent la capitulation allemande, certains légionnaires, « munis de faux papiers d’identité », traversent l’Allemagne, la France, l’Espagne et le Portugal pour rejoindre l’Amérique du Sud. En juin 1944, les familles des volontaires du NSKK sont invitées à se procurer un document leur garantissant la protection de l’armée allemande et du mouvement rexiste [44][45].

Les SS wallons parlent

 

Soixante ans plus tard, ils parlent. En 2011, l’historien Daniel-Charles Luytens publie une cinquantaine de témoignages d’anciens de la Légion Wallonie. « Tout comme en Flandre, en 1941, c’est par centaines que ces jeunes Belges francophones sont partis pour le front de l’Est », rappelle L’Avenir. Leur motivation, explique l’historien : combattre le bolchevisme. Leur regard sur le passé ? « Leur idéal est resté intact. Ils ne renient rien » [46].

Les témoignages sont sans fard. Raymond Lemaire refuse qu’on présente les légionnaires comme des « valets de l’Allemagne » [47]. René-Joseph Ladrière se souvient : « Le 29 août 1941, lors d’une cérémonie en plein air, nous avons prêté serment au Führer, mais entouré de drapeaux à la Croix de Bourgogne » [48].

D’autres ont continué le combat après la Libération. Eddy De Bruyne a consacré un livre aux « commandos wallons d’Hitler », ces agents laissés derrière les lignes alliées en septembre 1944. Il y raconte notamment le parcours d’un ancien capitaine-commandant aux Chasseurs ardennais devenu dénonciateur en 1943, puis agent de la Gestapo infiltré dans la Résistance [49]. Et près de Liège, au château de Wégimont, la SS a installé entre 1942 et 1944 un Lebensborn, « maternité des Ardennes » où naquirent des enfants conçus par des SS flamands, wallons et allemands [50].

1.4.2    Vichy, les rattachistes et l’« omerta »

Pendant des décennies, une rumeur circule : des militants wallons réfugiés en France auraient entretenu des contacts avec le régime de Vichy. Deux thèses s’opposent. Pour Philippe Destatte, l’attitude de ces exilés est « clairement anti-allemande » et leurs contacts ne semblent pas se poursuivre au-delà de 1942. Pour Chantal Kesteloot, au contraire, « le rattachement de la Wallonie à la France est une revendication qui leur tient tellement à cœur qu’ils sont prêts à négocier avec un gouvernement dont on peut à tout le moins contester la légitimité » [51].

En 2004, l’historien Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique, tranche le débat. Il a reçu, dans des circonstances mystérieuses, une petite malle de documents : des centaines de lettres, de coupures de presse et de projets d’articles [55]. Confrontés aux archives de Vichy du Quai d’Orsay, ils permettent selon lui « d’apporter une réponse définitive » : il n’y a eu de la part de ces exilés « aucune opposition à la politique de collaboration du gouvernement de Pétain », et leurs contacts avec Vichy « se sont poursuivis jusqu’à la fin de l’été 1943, avec un seul but : convaincre les autorités françaises du moment du bien-fondé du rattachement de la Wallonie à la France » [51].

Le premier personnage est l’abbé Jacques Mahieu, ancien curé de Roux et fondateur en 1939 du Parti wallon indépendant. Le 18 juin 1940, le jour même de l’appel du général de Gaulle, il écrit au maréchal Pétain « au nom du peuple wallon ». Dans un mémoire intitulé Réunion de la Wallonie à la France, il propose le rattachement de la Wallonie à la France et de la Flandre à la Hollande, et suggère même d’abandonner le Congo à l’Allemagne en compensation [51]. Il propose aussi un « transfert des populations » : les immigrants « nantis d’un nom germanique » devraient adopter un nom français dès leur installation, « de cette manière, on effacera un peu à la fois les traces de germanisme dans les nouveaux territoires français » [51].

Le second est l’imprimeur liégeois Georges Thone, figure majeure du Mouvement wallon. Hasquin montre qu’il transmet à Vichy, dès 1941, rapports et renseignements politiques sur la Belgique occupée, et qu’il va jusqu’à signaler les agissements de compatriotes belges en France, « au risque même de mettre leur sécurité en danger ». En février 1942, il assiste à un congrès de la Légion française des combattants et en ressort admiratif de « la profonde et magnifique sagesse du Maréchal ». Le 17 avril 1943, la banque Worms vire 150 000 francs sur son compte, « moyennant la signature de certificats d’arryenneté » [sic]. Thone écrit alors qu’il se considère comme français, et qu’il a dû se reconnaître « tristement Belge » [51][52].

Le verdict de l’historien est sans appel : Thone est « collaborateur par conviction car il est aussi un “pétainiste” aveugle, un “maréchaliste” convaincu ». Il méprise la Résistance, dont il décrit les actions comme des « exploits de gangsters ». Et Hasquin conclut : « Le doute n’est plus permis, Thone, Mahieu et quelques autres ont été des “collaborateurs” dans le sens le plus péjoratif du terme. » Pourtant, « une pesante loi du silence, telle une chape de plomb » a recouvert ces faits, parce que « Thone avait barre sur un nombre impressionnant de personnalités » et que « le Mouvement wallon avait intérêt à occulter la duplicité de plusieurs de ses ténors » [51].

Ce silence n’était pas une ignorance totale. Dès 1984, l’historienne Marie-Françoise Gihousse citait une lettre du résistant William Ugeux constatant depuis Londres « les liens douteux entre certains rattachistes et Vichy » [53]. Le Soir présente en 2004 Thone comme « un des fondateurs du Rassemblement wallon » [52]. L’auteur de ce dossier ne cache pas son dégoût devant ces faits [54].

Hasquin lui-même refuse toute généralisation. En 2011, il précise à l’hebdomadaire Knack que ces séparatistes formaient « une petite minorité », et que si la Wallonie a compté beaucoup de collaborateurs, c’étaient « de vrais fascistes » et non des nationalistes wallons, alors qu’en Flandre la collaboration fut surtout l’affaire du Mouvement flamand [55][56]. Knack note d’ailleurs que cette mise à nu d’un épisode « peu glorieux » lui a été reprochée dans les milieux militants wallons [55]. La revue flamande Delta salue la fin d’un mythe et relève que l’Encyclopédie du Mouvement wallon, parue en 2001, donne l’impression que la Wallonie n’a connu que des résistants, et ne mentionne même pas Léon Degrelle [57].

Une étude qui dérange

 

La publication déclenche une volée de protestations dans le courrier des lecteurs. L’ancien ministre François Perin conteste que Thone ait fondé le Rassemblement wallon : il ne fit partie d’aucune de ses instances, et après la guerre il était… gaulliste, par « idée fixe » du rattachement à la France « quelle que soit la nature du pouvoir politique » [58]. L’ancien sénateur du Rassemblement wallon Yves de Wasseige s’indigne de l’amalgame : collaborer avec Vichy, « surtout avant 1942, n’est évidemment pas de même nature que collaborer avec les autorités d’occupation allemandes » ; il rappelle que l’Encyclopédie du Mouvement wallon consacrait déjà deux pages à Thone [59]. Claude Thayse assure que les faits étaient « connus depuis très longtemps » et que le rôle de Thone au RW s’était borné à un soutien financier [60].

Aucune de ces lettres ne conteste les documents eux-mêmes : les certificats d’aryanité, le chèque de la banque Worms, les lettres à Pétain. Elles discutent l’importance des hommes, pas la réalité des faits.

1.4.3    L’épuration en chiffres

Reste à regarder les chiffres de la répression de l’après-guerre. Ils ont été publiés et commentés par l’historien Willequet. La répression de l’incivisme a donné lieu à 346 283 dossiers, mais 84 % des enquêtes furent négatives ou faisaient double emploi : il y eut en réalité 57 052 poursuites et 53 005 condamnations [62].

Les chiffres les plus lourds surprennent. Sur 1 247 condamnations à mort, 548 concernent des Flamands et 699 des francophones. Parmi les 242 condamnés effectivement exécutés, on compte 105 condamnés des arrondissements flamands, 122 des arrondissements wallons et 15 de Bruxelles. Les détentions perpétuelles sont au nombre de 1 022 au nord et de 817 au sud. Seules les peines légères, de moins de trois ans, révèlent « une nette prépondérance flamande » : 14 115 contre 8 013 [62]. La revue Reflector le résumait dès 1971 : « après la guerre, plus d’inciviques wallons que flamands ont été exécutés (122 contre 105) » [61].

Un dernier chiffre en dit long : « les Wallons se montrèrent beaucoup plus dénonciateurs que les Flamands : 0,82 pour mille, contre 0,32 » [62].

Ces faits sont-ils entrés dans la mémoire officielle ? La revue flamande Secessie relève en 2002 que l’Encyclopédie du Mouvement wallon, publiée avec des fonds publics par l’Institut Jules Destrée, ne consacre aucun article à la collaboration, contrairement à son équivalent flamand. L’historien Alain Colignon en avait écrit un, qui n’a pas été publié. Conclusion de la revue : « Dans l’historiographie belge, la collaboration doit rester un phénomène exclusivement flamand » [63]. La revue Delta fait le même constat à propos de l’Encyclopédie dirigée par Hervé Hasquin : on y a l’impression que la Wallonie n’a compté que des héros de la Résistance, et Léon Degrelle n’y figure pas [64].

2.   Depuis 1945 : une histoire réécrite ?

Après la Libération, le terrain change. Il n’est plus question de races ni d’occupants, mais de dates, de fêtes, de frontières, de symboles et de manuels. Pièce par pièce, une autre histoire de Belgique se met en place dans une partie du monde francophone : une révolution de 1830 wallonne et bruxelloise, une Wallonie « romane et latine » tournée vers Paris depuis toujours [110], une Belgique artificielle et une Flandre étrangère à Bruxelles.

Cette deuxième partie confronte ce récit aux faits, en commençant par les idées reçues les plus répandues, puis en suivant les grands chantiers de la mémoire : 1830, Bruxelles et la frontière linguistique, le rôle des historiens et des responsables politiques, la Question royale, les regards du nord du pays, la France et, pour finir, la construction de l’histoire nationale elle-même.

2.1  Sept idées reçues

L’auteur du dossier a dressé la liste de sept idées reçues, diffusées selon lui depuis trois décennies pour « brouiller les pistes sur notre Histoire commune » [65]. Les documents permettent de les vérifier une à une.

Première idée reçue : en 1940, les Allemands auraient libéré les prisonniers de guerre flamands et gardé les wallons. On l’entend encore dans bien des familles. Les historiens Jacques de Launay et Jacques Offergeld ont pourtant établi que 100 000 prisonniers belges s’étaient évadés des camps provisoires et que 400 000 furent libérés en juin 1940 « en qualité de spécialistes, Wallons et Flamands, – soit au début plus de Wallons que de Flamands, contrairement à une légende antiflamande qui perdure jusqu’à ce jour ». Au début d’octobre 1940, il restait en Allemagne 225 000 prisonniers : 145 000 Flamands et 80 000 Wallons [66]. L’auteur du dossier en témoigne à son échelle : dans son village d’Ardenne, presque tous les hommes, des Wallons, sont revenus [66].

Deuxième idée reçue : l’incivisme aurait été massivement flamand. On a vu au point 1.4.3 ce qu’il en est : davantage de condamnés wallons que flamands ont été exécutés après la guerre, 122 contre 105 [67].

Troisième idée reçue : les francophones se seraient installés dans la périphérie bruxelloise « dans le respect total des communautés locales ». L’auteur oppose à cette affirmation des témoignages recueillis autour de lui, comme celui d’anciens employés de banque selon qui, encore dans les années 1960, les employés néerlandophones des banques bruxelloises étaient obligés de parler exclusivement français au travail [68].

Quatrième idée reçue : la phrase de Destrée, « Sire, il n’y a pas de Belges », résumerait sa pensée. On a vu qu’il l’a lui-même qualifiée d’« outrance » et reniée [69][9]. Cinquième : le 27 septembre serait une fête wallonne, alors que les combattants de 1830 étaient majoritairement des Bruxellois flamands ; Pourquoi Pas ? s’amusait dès 1983 de l’historien qui oserait un jour analyser l’origine de nos « grandes fêtes communautaires » [70].

Les deux dernières sont des exemples parlants. Roland de Lassus, régulièrement présenté comme un musicien « francophone », est en réalité, rappelle La Libre Belgique en 1994, « communautairement inclassifiable » : il est avant tout « une des gloires artistiques des Pays-Bas catholiques » [71]. Et Bruxelles, présentée comme une ville francophone de toujours, conserve à la Bibliothèque royale plus de deux cents manuscrits de littérature moyen-néerlandaise du XVe siècle, « éloquent témoignage du lointain enracinement de la culture flamande dans la capitale » [72].

2.2   1830, une révolution « wallonne » ?

Chaque Communauté a sa fête. Les Flamands célèbrent le 11 juillet, les francophones le 27 septembre. Deux dates choisies pour leur valeur symbolique, et qui, regardées de près, racontent tout autre chose que ce qu’on leur fait dire. Un lecteur de La Libre Belgique le résumait en 1988 : « Pourquoi, diable, nos politiciens ont-ils besoin de s’accaparer des victoires purement belges pour justifier l’existence de leur région artificielle ? » [73].

Le 11 juillet 1302, aux Éperons d’or, près de Courtrai, les milices communales flamandes écrasent la chevalerie de Philippe le Bel. Une victoire flamande contre la France ? L’historien Jo Gérard rappelle la composition des armées. Dans le camp français, on trouve des troupes hennuyères et un contingent brabançon. Du côté « flamand », des Brabançons encore, les Mosans de Jean de Namur, « les Wallons » de Guillaume de Juliers et les hommes du comté de Looz. Conclusion : « Elle fut une victoire essentiellement belge » [74]. Pourquoi Pas ? ajoute que le comte de Namur et le chanoine liégeois Guillaume de Juliers combattaient du côté flamand, et que nombre d’aristocrates luttaient aux côtés des milices [82].

Le 27 septembre 1830, à l’aube, les troupes hollandaises retranchées dans le parc de Bruxelles évacuent silencieusement leurs positions. Qui avait tenu les barricades depuis le 23 ? L’historien Jacques Logie a étudié les registres des hôpitaux bruxellois. À l’hôpital Saint-Jean, sur 144 blessés, il compte 79 Bruxellois, 32 Flamands et 19 Wallons ; à l’hôpital Saint-Pierre, 57 Bruxellois, 23 Flamands et 21 Wallons. Sa conclusion : « On ne peut donc attribuer à l’une ou l’autre partie du pays le monopole de l’esprit révolutionnaire » [75].

L’historien américain J.W. Rooney, dans la Revue belge d’histoire contemporaine en 1981, va plus loin : parmi les insurgés tombés au combat qu’il a identifiés, « la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands ». Même Philippe Destatte, à l’Institut Jules Destrée, le reconnaît [76], tout comme Maurice Bologne : « ce ne furent pas les Wallons et les francophones de Bruxelles qui couvrirent de leur sang les barricades, mais des Bruxellois parlant le flamand » [77].

Pourquoi Pas ? explique en 1983 la raison toute simple de cette situation. Le recensement de 1829 montre que l’agglomération bruxelloise est alors flamande à 80 %. Lors des combats décisifs des 23 et 24 septembre, les Wallons, en dehors des Liégeois de Rogier, « ne sont que quelques dizaines » : pour venir de Namur, de Mons ou de Charleroi, il fallait faire la route à pied ou à cheval, et ils n’affluèrent qu’à partir du 25 ou du 26. Le premier choc fut supporté par le petit peuple bruxellois : « sur cent combattants, quatre-vingts ne parlaient que le flamand des Marolles, de Saint-Josse, de Molenbeek, du Bas de la Ville » [82][79].

Les contemporains, eux, ne s’y trompaient pas. Le 27 septembre 1832, Léopold Ier remet sur la place Royale des drapeaux d’honneur aux 99 communes qui s’étaient le plus distinguées pendant la révolution. La liste mêle Andenne, Arlon, Bastogne, Charleroi, Liège, Mons, Namur, Tournai ou Verviers à Aalst, Anvers, Bruges, Gand, Hasselt, Courtrai, Louvain, Ostende ou Roulers. « Le choix des cités et des villages illustre et confirme le caractère national de la fête du 27 septembre », conclut Pourquoi Pas ? [82].

Cela n’a pas empêché de nombreux responsables francophones de présenter 1830 comme l’œuvre des seuls Wallons et Bruxellois. En 1980, le bourgmestre Georges Désir proclame qu’en 1830 « naissait la solidarité Wallonie-Bruxelles » [81]. En 1981, Jean-Pierre Poupko (FDF) affirme que « les Wallons ont rejoint les Bruxellois dans leur combat pour l’indépendance » ; La Libre Belgique lui rappelle que 70 % au moins des Bruxellois sur les barricades parlaient flamand, et cite le rôle du clergé flamand, des rebelles d’Anvers ou du romancier Henri Conscience, volontaire de 1830 [79][80]. En 1988, à la RTB, Valmy Féaux, président de l’Exécutif wallon, explique à un enfant que la révolution fut l’œuvre des Wallons et des Bruxellois ; un lecteur l’invite à descendre dans la crypte de la place des Martyrs, où sont gravés les noms et les communes d’origine des 467 combattants inhumés [83]. Et en 2005, Jean-Claude Van Cauwenberghe affirme que les journées de septembre représentent pour les Wallons la création d’un État « fondé sur la langue française » [84].

Le débat ne s’arrête pas là. Lors d’un colloque organisé en 2002, José Fontaine, de la revue wallonne Toudi, rappelle que des mouvements eurent aussi lieu à Liège et dans le Hainaut, tandis que l’historienne Anne Morelli juge que « les fêtes nationales sont des jours d’identification contre les autres » [85]. Sylvie Lausberg reproche à Guido Fonteyn de relire l’histoire sociale « à l’aune des tensions communautaires actuelles » [78]. Et la naissance même de la Belgique reste disputée : Marc Walckiers rappelle qu’elle fut une « révolte tout à fait populaire et spontanée », précédée d’une pétition de 350 000 Belges contre Guillaume Ier [86] ; Jean Bartelous montre que l’État belge fut « beaucoup plus toléré par l’Europe que voulu » [89]. À l’inverse, Claude Demelenne soutient en 2011 que nombre de manifestants de 1830 venus des provinces wallonnes arboraient des cocardes tricolores et préféraient la réunion à la France [87]. D’autres documents évoquent les malheurs de Bouillon sous le régime hollandais [88], les thèses de François Perin [90][91] ou une histoire de Belgique écrite par une historienne strasbourgeoise ne lisant pas le néerlandais [92].

Les symboles suivent le même chemin. Un décret du député RW Fernand Massart impose le coq wallon aux côtés du drapeau national [93]. Les armoiries du nouveau Brabant wallon, en 1995, associent « deux coqs dominant un lion » [94]. Et en 1997, un lecteur namurois s’étonne que, le 11 novembre, les bâtiments de la Région wallonne ne soient pas pavoisés aux couleurs nationales : « Seuls les bâtiments de l’État fédéral ne manquent jamais à leur devoir » [95].

2.3   Bruxelles, les Fourons et la frontière linguistique

La frontière linguistique sépare-t-elle deux peuples ? C’est le fondement des lois de 1980 : l’existence en Belgique de « deux “communautés”, de deux “peuples” différents ». L’historien F.E. Stevens y voit en 1983 « une aberration ». Cette frontière, explique-t-il, n’est pas propre à la Belgique : elle traverse toute l’Europe occidentale, de nos régions jusqu’au nord de l’Italie, séparant les langues germaniques et romanes [96].

Stevens passe en revue les théories sur son origine. L’idée de Godefroid Kurth, selon laquelle les Germains se seraient arrêtés devant la forêt charbonnière, ne tient pas : les Francs sont descendus jusqu’aux Pyrénées. Il retient l’explication avancée par les historiens gantois R. De Maeyer et Jan Dhondt : la frontière suit à peu près la limite entre les sols sablonneux du nord et les terres limoneuses du sud, où la colonisation romaine fut plus dense et le latin mieux enraciné. Pour lui, l’Europe est habitée « par le même peuple » composé de deux éléments, et nos principautés, « presque toutes à cheval sur la “frontière” linguistique », se sont rapprochées au-delà de leurs rivalités. Sa conclusion est sans appel : « les lois de 1980 sont, vues sous cet angle, un grave crime de lèse-histoire ! » [96].

D’autres auteurs défendent la thèse inverse. François De Coudenberg affirme que Bruxelles ne fut jamais flamande, et que ni Bruxelles ni sa périphérie n’ont fait partie de la Flandre « avant la duperie de la fixation de la frontière linguistique » [97][98].

Le tracé actuel, lui, est récent. Selon les historiens Jean-Pierre Nandrin et Els Witte, l’année 1932 est charnière : les partis flamands modérés réclament alors le bilinguisme pour l’ensemble du pays, mais les Wallons « ne sont guère favorables à l’idée d’installer des écoles néerlandophones sur leur sol ». « Il a donc fallu tracer une frontière répondant à ce souhait d’unilinguisme », explique Els Witte : les lois de 1932 « préfigurent le tracé de frontière de 1962-1963 ». En 1947, Evere, Berchem-Sainte-Agathe et Ganshoren sont rattachées au régime bilingue de Bruxelles, alors que « personne n’avait osé publier les résultats du recensement » [99]. Le militant flamand Willy Kuijpers retrace l’histoire de ces recensements linguistiques, dont seul le premier, en 1846, est jugé fiable, et la campagne flamande qui aboutit aux lois de 1962-1963 [100].

L’affaire des Fourons a empoisonné la vie politique pendant trente ans. Comment ces villages ont-ils été transférés de la province de Liège à celle du Limbourg ? L’ancien ministre de l’Intérieur Arthur Gilson, auteur du projet de loi, a livré sa version en 1987. En commission de la Chambre, le socialiste Demets réclame le transfert de Mouscron-Comines au Hainaut. L’ancien bourgmestre socialiste de Liège, Gruselin, renchérit en proposant un principe rigoureux, « toute commune flamande dans une province flamande, et toute commune wallonne dans une province wallonne », ce qui impliquait le transfert des Fourons. « Tous les francophones de la commission firent chorus. » Gilson affirme avoir été le seul à s’y opposer, « par deux fois ». Quelques semaines plus tard seulement, des voix s’élevèrent pour réclamer le maintien des Fourons à Liège, ce que les Flamands vécurent comme « une duperie » [101].

Le caractère linguistique des Fourons, rappelle la revue flamande Alternatief, n’avait d’ailleurs jamais été contesté avant le recensement de 1947. Même le bourgmestre wallingant Dodemont déclarait en 1977 que « la nature des Fourons est flamande-platdiets » [102].

L’université de Louvain, elle, est scindée en 1968 [161]. Le slogan « Walen buiten » reste comme une blessure côté francophone. Mais la revue Delta rappelle, d’après la biographie de Pierre Harmel, que des personnalités francophones préparaient la scission dès 1963, et que la valeur des terrains autour d’Ottignies grimpa en flèche [103]. Le 14 juillet 1966, le conseil communal d’Ottignies lançait déjà la création d’une ville universitaire sur le plateau de Lauzelle [104].

D’autres documents complètent le tableau : un lecteur du Soir qualifie en 1991 les communes à facilités de communes « honteusement annexées par la Flandre » [105], alors que la toponymie d’Overijse, par exemple, est néerlandaise depuis toujours [106]. Un autre rappelle que la Belgique compte trois langues mais une seule culture, « gréco-latino-chrétienne teintée de germanisme » [107]. Et la présentatrice du Concours Reine Élisabeth se souvient qu’en 1959, le public l’avait chahutée parce qu’elle annonçait les horaires des trams en deux langues [108].

2.4   Historiens et politiques à la manœuvre

Le récit régionaliste n’est pas né tout seul. Il a ses auteurs, ses institutions et ses relais. Le premier d’entre eux est l’historien namurois Félix Rousseau. En 1977, dans Wallonie, terre romane, il écrit : « Historiquement parlant, parmi les habitants de la Belgique actuelle, seuls les Wallons descendent des anciens Belges, puisque les Flamands ont pour ancêtres des envahisseurs germains qui s’établirent dans le Nord de la Gaule aux IVe et Ve siècles de notre ère. » Et encore : « Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis 7 siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française » [109].

La presse relaie. En 1979, Vers l’Avenir titre : « Wallon, tu es roman et latin ! » et présente la Wallonie comme une province de la civilisation latine, chargée de la défendre contre des agresseurs « qui, TOUJOURS, venaient de l’Est et du Nord » [110]. Le professeur Léopold Génicot (UCL), dans Racines d’espérance (1986), décrit la période française dans l’« euphorie » : les réformes du régime français auraient été « mieux acceptées » dans les départements wallons, et il regrette qu’aucun monument ne célèbre le maréchal français Gérard, qui chassa les Hollandais d’Anvers [111]. Jo Gérard lui répond qu’on peut raconter le passé des Flamands et des Wallons sans sacrifier l’objectivité scientifique « à un ombrageux mininationalisme » [112].

Le message descend jusque dans les écoles. En 1987, un instituteur présente un travail intitulé « Wallonie, région d’Europe », dont le programme est éloquent : « Histoire : la Belgique est un état artificiel… et accidentel » [113]. La même année, Paul-Henry Gendebien affirme que les Wallons « sont un peu comme les Lapons du marché commun. Ils n’ont pas besoin d’État pour exister » [114]. Des lecteurs de La Libre Belgique répondent au professeur François Perin, chantre d’un « nationalisme wallingant » qui a besoin d’« ennemis extérieurs » [115][116], ou s’étonnent de l’hommage rendu à l’ancien ministre François Bovesse, dont la campagne contre le bilinguisme fut « hélas, couronnée de succès » alors que, rappelle un lecteur, « le bilinguisme était, à l’époque, accepté par l’immense majorité des Flamands » [117].

L’Institut Jules Destrée joue un rôle central dans cette entreprise. En 1990, Le Soir présente un ouvrage de son directeur Philippe Destatte, publié pour les dix ans de la Région, comme « résolument “sudiste” mais pas moins objectif pour autant » [118]. Dans L’identité wallonne (1991), Destatte écrit que Waterloo, où « de nombreux Français de Wallonie sont tombés », devait « mettre un terme à notre situation légale de citoyens français ». Il évoque « deux peuples dans le même Etat » et conclut que « le facteur culturel fondamental que constitue l’appartenance française de la Wallonie est inséparable de la relation politique que la Région entretient avec son grand État voisin » [119].

En 1996, Paul Delforge, conseiller à l’Institut, donne aux fonctionnaires de la Région wallonne un séminaire sur l’histoire du territoire. Ses notes citent des textes regrettant le « dénigrement presque systématique » de la période française dans l’enseignement et affirmant que « les Belges appartiennent à deux communautés culturelles absolument distinctes, l’une d’essence latine, l’autre d’inspiration germanique » [123]. Un almanach publié en 1993 par le cabinet du ministre-président Guy Spitaels évoque même des « îlots francophones » aux États-Unis [121].

Paradoxe : l’Institut publie aussi en 1993 les textes d’Élie Baussart, fondateur de La Terre wallonne et militant de l’autonomie régionale. Or Baussart écrivait en 1945 : « La Wallonie n’est que la moitié de ce tout petit pays qu’est la Belgique (…). Donc, pas de repliement sur nous-mêmes, ce qui serait un signe de faiblesse et une cause d’appauvrissement. Des Belges authentiques en Belgique, de bons Européens en Occident (…), c’est le plus sûr moyen d’être d’excellents Wallons » [120].

Des voix contestent ce récit. Un lecteur rappelle en 1992 qu’« il n’a jamais existé aucune entité géographique ou politique dénommée “Wallonie” » au fil des siècles, et que des Picards ou des Gaumais ne se considèrent pas comme wallons [122]. Lors de la présentation de l’Encyclopédie du Mouvement wallon en 2001, Jean-Claude Van Cauwenberghe affirme qu’« il n’est guère de village, de commune qui n’ait eu sa ligue wallonne » ; La Libre Belgique s’interroge sur le nombre de ces ligues qui « ne furent que des coquilles vides » [124], et un correspondant de la revue Delta conteste que le Mouvement wallon ait jamais eu « des racines dans la population » [125].

En 2004 paraît une nouvelle Histoire de la Wallonie, sous la direction de Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper. Ses auteurs affirment : « Notre démarche n’est pas militante » ; Philippe Raxhon précise qu’ils s’inscrivent « dans une tradition historiographique wallonne » [126]. L’ouvrage décrit l’entrée de Dumouriez à Liège en 1792, accueilli comme par une « seconde nation française ». Les avantages du régime français y sont présentés comme « de loin plus nombreux que ses inconvénients », et la guerre des Paysans de 1798 comme ce que les historiens du XIXe siècle « qualifièrent pompeusement de “Vendée belge” » [127].

Hervé Hasquin, historien et homme politique libéral, juge en 2007 que les francophones vivent « dans le leurre et la duperie » : « On vit dans un grand bluff » [128]. En 2011, il date de la grande grève de 1960 le basculement des esprits en Wallonie et juge qu’une Wallonie indépendante serait « un projet absurde » : il n’y existe, selon lui, pas de sentiment national [129]. L’ancien ministre-président Valmy Féaux publie de son côté une Histoire politique du Brabant wallon [130].

La mémoire elle-même devient un champ de bataille. Le Congrès national wallon de 1945, souvent présenté comme un grand moment démocratique, fut selon José Mespouille « honteusement manipulé » : tout était arrangé d’avance, et le fédéralisme choisi « par les ténors de la politique, avant l’ouverture du Congrès » [131]. En 1990, José Happart affirme que l’enquête sur la fusillade de Grâce-Berleur (1950) aurait été étouffée ; l’avocat des familles rappelle qu’un non-lieu avait été prononcé en 1955 après une instruction approfondie [132][133].

En 1989, José Happart invite tous les bourgmestres de Wallonie à planter un arbre de la liberté pour le bicentenaire de la Révolution française, afin de prouver leur attachement « à la Communauté de langue française ». Le bourgmestre de Fosses-la-Ville, Roger Viroux, refuse : « Je ne veux pas commémorer une révolution étrangère qui nous a valu une invasion suivie de 20 ans d’occupation accompagnée d’un pillage systématique de notre pays. » Il pensera plutôt aux jeunes gens « embrigadés de force dans les armées de l’occupant », et plantera un arbre le 21 juillet [134].

D’autres documents montrent la politique au quotidien : l’amnistie et les Fourons [135], la « déglingue communautaire » des institutions culturelles décrite par Pourquoi Pas ? dès 1983 [136], ou des élus wallons affirmant que « la Flandre a raté la révolution industrielle » [137][138]. Et en 2009, l’historien Paul Wynants dresse un bilan sévère : « La Belgique unitaire est morte à la fin des années soixante. » Le fédéralisme, « instauré par bonds successifs depuis 1970, n’est pas un succès. Il n’a pas réussi à stabiliser notre système politique, ni à inverser le processus de dislocation qui mine l’État » [139].

2.5   Les guerres et la Question royale

En octobre 1798, les campagnes belges se soulèvent contre l’occupant français et sa conscription : c’est la guerre des Paysans. Deux siècles plus tard, Paul Vaute s’étonne que ce bicentenaire passe presque inaperçu [140].

La Première Guerre mondiale a laissé d’autres traces. Le journaliste flamand Daniel Vanacker, auteur de plusieurs livres sur l’activisme, explique que de jeunes radicaux gantois, libéraux comme catholiques, passèrent à la collaboration dès octobre 1914. Ils admiraient la culture allemande et méprisaient la française, dans une ville de Gand alors très francophile [141]. En 1940, à Arlon, seuls les prisonniers inscrits sur les listes du « Sprachverein » obtinrent un retour anticipé en Belgique ; les autres, comme les autres Belges francophones, restèrent captifs [142].

La Question royale est souvent présentée comme le premier grand affrontement entre Flamands et Wallons. Les chiffres disent autre chose. Lors de la consultation populaire du 12 mars 1950, Léopold III obtient 57,68 % de « oui », majoritaire dans sept provinces sur neuf [146]. En Wallonie, deux provinces sur quatre, Namur et Luxembourg, votent pour le retour du roi. Pour la Ligue des vétérans de Léopold III, la fracture « réside essentiellement dans le caractère industriel des bassins Sambre et Meuse » : c’est « un clivage social », comme le montre l’arrondissement d’Anvers, seul de sa province à voter contre le roi [143]. En 2005, la Ligue demande au gouvernement de « rétablir l’honneur » du souverain [144].

Un ouvrage de 2001 consacré à Léopold III précise la répartition des votes : 72 % de « oui » en Flandre, 42 % en Wallonie et 48 % dans l’arrondissement de Bruxelles. Or, « le mode de dépouillement choisi est bel et bien le mode régional » [146]. Le choix du mode de comptage a donc lui-même contribué à faire de la Question royale une question communautaire.

D’autres documents évoquent des mémoires oubliées : celle du gouverneur René Greindl, gouverneur ad interim de la province de Luxembourg de 1940 à 1944, dont le nom n’est pas gravé dans la salle du conseil provincial d’Arlon [145] ; la contestation par la revue Delta de la qualification de « fasciste » appliquée à Joris Van Severen [147] ; ou un lecteur rappelant qu’en 1938, 17 ministres suffisaient à diriger la Belgique [148].

2.6   Vu du Nord

Que dit-on de tout cela au nord du pays ? Le dossier contient de nombreux textes publiés en néerlandais, et ils ne sont pas tous du côté qu’on imagine.

En 2000, la revue Ons Leven interroge Roger Viroux, ancien professeur de langues germaniques, d’italien et de wallon, qui leur répond dans un néerlandais impeccable. Pour lui, on a « complexé » les Wallons en leur faisant croire que leur langue n’était qu’un « patois », et que le français était une langue supérieure. Le système a fait des Wallons des unilingues francophones, au détriment de leur propre langue et de la connaissance des autres. Il rappelle que la Wallonie n’a appartenu à la France que pendant l’occupation de 1793-1814, et réclame une heure de wallon par semaine à l’école [149].

La revue Delta, de son côté, renvoie dos à dos les deux nationalismes. En 2001, elle critique un essai historique publié par le Vlaams Blok, qui projette une Flandre éternelle dans le passé, exactement comme on reprochait à Pirenne de le faire pour la Belgique. L’adhésion des provinces wallonnes à l’Union d’Arras en 1579, souligne-t-elle, n’était pas une « trahison » liée à la langue [150]. En 2009, elle démonte un chiffre de Bart De Wever selon lequel la Flandre, avec 58 % de la population, paierait 64 % des impôts : il s’agit de l’impôt des personnes physiques, ce qui montre seulement que le revenu moyen est plus bas au sud [152].

Delta rappelle aussi que le mot « Wallonie » ne date que du XIXe siècle, que la région de Malmedy était appelée « Welsch-Preussen », et que l’historien arlonais Godefroid Kurth se disait non pas wallon, mais belge germanophone [151]. Un ouvrage néerlandais signale enfin que de nombreux Wallons servaient dans les armées des Provinces-Unies entre 1579 et 1713 [153].

2.7   Et la France dans tout ça ?

Le rôle de la France dans la crise belge est rarement évoqué. En 2004, La Libre Belgique publie pourtant des documents diplomatiques britanniques de 1968, au moment de la crise de Louvain. Dès le 13 février 1968, l’ambassade de Grande-Bretagne à Bruxelles écrit à Londres que « les Wallons constituent la prochaine sérieuse cible de la subversion française ». Un rapport de mars 1968, pris très au sérieux à Londres, précise que « la Sûreté belge s’inquiète de l’encouragement français à l’activisme wallon » [154]. L’article évoque le rôle que le général de Gaulle aurait pu jouer.

L’auteur du dossier rapproche ces faits d’autres épisodes de la politique française. En Alsace-Lorraine, après 1871, une ligue créée par Gambetta est « généreusement financée par la France » ; après 1918, les habitants sont classés en quatre catégories de cartes d’identité selon l’origine de leurs parents, la carte D étant réservée aux descendants d’Allemands ou d’Autrichiens, « même s’ils étaient nés depuis 1870 en Alsace-Lorraine » [155][156]. Il cite aussi le rapport de la FIDH et de Human Rights Watch sur le génocide rwandais, selon lequel l’opération Turquoise, présentée comme humanitaire, était « largement équipée d’armement lourd » [157].

2.8   Pirenne et le roman national

La Belgique est-elle née en 1830, d’un accident de l’histoire ? Plusieurs historiens montrent que l’unité de nos régions est bien plus ancienne. Christophe de Fossa rappelle en 1982 que « la centralisation de ce que sera la Belgique remonte au XVe siècle » : dès le deuxième tiers de ce siècle, « les princes des Pays-Bas vont s’efforcer sans relâche » d’introduire une législation commune à leurs petits États. Il dénonce les historiens qui « sacrifient à dame régionalisation » en usant d’un déterminisme qu’ils reprochent à leurs prédécesseurs [158]. R. De Buysscher rappelle que le duc Jean Ier de Brabant fut le premier à accorder des privilèges en langue thioise, Bruxelles étant la première ville à en bénéficier [159].

Henri Pirenne, lui, est allé beaucoup plus loin. Ce Verviétois, professeur à Gand, publie entre 1900 et 1932 une Histoire de Belgique en sept volumes qui fait de lui « le père fondateur du sentiment national belge ». Sa thèse : « La Belgique est une nécessité de l’Histoire, non un accident » [162]. Il fait remonter l’identité belge au traité de Verdun, en 843 ; son œuvre devient la bible de l’enseignement, mais on lui reprochera d’avoir travaillé « à la grosse louche », en ignorant les particularismes régionaux, dont la principauté de Liège [160].

Le Vif/L’Express rappelle un fait souvent oublié : c’est la Flandre qui, la première, « largue Pirenne ». La première Geschiedenis van Vlaanderen paraît un an après sa mort, et son Histoire de Belgique, traduite en néerlandais dans les années 1950, « devient vite invendable ». Le « pirennisme » résistera plus longtemps chez les historiens francophones [162]. Le journaliste flamand Marc Reynebeau, dans une histoire de Belgique publiée en 2006, rappelle de son côté qu’écrire l’histoire « n’est pas une activité neutre ou abstraite », et que la scission de l’université de Louvain fut plongée « dès le départ dans les eaux communautaires » [161].

2.8.1    2015 : Le Vif et « la grande manipulation »

En juillet 2015, Le Vif/L’Express consacre un long dossier à la manière dont « la Belgique s’est inventé une histoire ». Selon Hervé Hasquin, « Non, la Belgique n’est pas un accident de l’Histoire » : telle est « la mission que les élites dirigeantes et académiques du jeune État » assignèrent aux historiens pendant près d’un siècle [162]. L’article montre comment l’historiographie du XIXe siècle a d’abord décrété le Belge d’origine germanique, pour se protéger de la France, avant d’inventer avec Edmond Picard une « âme belge » faite de germanité et de romanité.

Le second article est consacré aux célèbres images « Nos Gloires » des années 1950, 534 chromos à collectionner en échange de timbres découpés sur les produits de grande consommation. L’hebdomadaire y voit une « ultime opération de propagande belgicaine ». L’abbé Schoonjans, qui en rédige les textes, n’a qu’une bible, l’Histoire de Belgique de Pirenne. Les historiens interrogés relèvent que la principauté de Liège y est presque absente et que la France y tient le rôle du méchant : le sans-culotte est « la pire créature que nos régions auraient eu à subir » [163].

Ce dossier présente comme une manipulation l’histoire nationale belge. Il est intéressant de le lire à la lumière de ce qui précède : la critique du « roman national » belge est légitime, mais elle peut aussi servir à en écrire un autre, régional cette fois.

3.   Ce qu’on apprend à l’école

En juillet 2015, Le Vif/L’Express consacre un long dossier à la manière dont « la Belgique s’est inventé une histoire ». Selon Hervé Hasquin, « Non, la Belgique n’est pas un accident de l’Histoire » : telle est « la mission que les élites dirigeantes et académiques du jeune État » assignèrent aux historiens pendant près d’un siècle [162]. L’article montre comment l’historiographie du XIXe siècle a d’abord décrété le Belge d’origine germanique, pour se protéger de la France, avant d’inventer avec Edmond Picard une « âme belge » faite de germanité et de romanité.

Le second article est consacré aux célèbres images « Nos Gloires » des années 1950, 534 chromos à collectionner en échange de timbres découpés sur les produits de grande consommation. L’hebdomadaire y voit une « ultime opération de propagande belgicaine ». L’abbé Schoonjans, qui en rédige les textes, n’a qu’une bible, l’Histoire de Belgique de Pirenne. Les historiens interrogés relèvent que la principauté de Liège y est presque absente et que la France y tient le rôle du méchant : le sans-culotte est « la pire créature que nos régions auraient eu à subir » [163].

Ce dossier présente comme une manipulation l’histoire nationale belge. Il est intéressant de le lire à la lumière de ce qui précède : la critique du « roman national » belge est légitime, mais elle peut aussi servir à en écrire un autre, régional cette fois.

3.1   Quand les politiques s’en mêlent

Le mouvement commence au nord. En 1990, le président de la Volksunie, Jaak Gabriëls, dépose au Conseil flamand une proposition de décret pour introduire l’histoire du Mouvement flamand comme matière obligatoire dans l’enseignement secondaire : « s’étendre un peu moins sur l’histoire nationale et un peu plus sur l’histoire flamande », résume Le Soir. Un autre élu VU propose une chaire universitaire consacrée au Mouvement flamand, qui devrait contribuer à « un comportement flamand sain et plus conscient » [164].

Au sud, la Région wallonne et l’Institut Jules Destrée publient en 1998 un cahier pédagogique, La Wallonie, préfacé par une inspectrice de la Communauté française et des responsables de l’enseignement provincial et diocésain. On y lit que c’est « la République française qui réalise l’amalgame des différentes provinces et prépare la Belgique de 1830 ». Le cahier reprend un texte de Félix Rousseau : « Il n’y a jamais eu de culture wallonne. Ce n’est pas le dialecte qui a créé le trait d’union entre tous les Wallons, mais bien le français, autrefois comme aujourd’hui. » L’auteur du dossier relève qu’une carte de l’Europe y oppose le breton au français ou le gallois à l’anglais, mais ne mentionne que le français en Wallonie, et que la littérature en langue wallonne n’est pas évoquée [165].

Le projet de décret sur la transmission de la mémoire, en 2008, suscite la réaction d’un lecteur qui juge ce « devoir de mémoire » « à géométrie variable » [166]. L’Université de Mons propose aux élèves du secondaire des exposés de Philippe Destatte sur la Révolution industrielle en Wallonie et sur les efforts de redressement de la Région [167]. Et en 2012, le Parlement wallon devient officiellement « territoire de mémoire » [168].

3.2   Le débat chez les historiens et les lecteurs

En mai 2012, Le Vif/L’Express publie un dossier intitulé « Wallons-Flamands, le couple raté ». Dans le courrier des lecteurs du 8 juin, plusieurs réactions contestent sa thèse. Gilles Vanden Burre juge ses conclusions « tout à fait malhonnêtes intellectuellement » : conclure que le « divorce est annoncé », c’est tomber « dans le simplisme primaire ». Marc Walckiers rappelle que dès 1837, le jeune État belge admit « l’exigence des Belges du nord » d’être administrés dans leur langue, et que « ce sont bien les deux guerres mondiales qui ont suscité les dissensions entre Belges du nord et du sud ». Vincent Laborderie, doctorant à l’UCL, dénonce « un nationalisme francophone qui s’ignore » [169].

L’historien flamand Lode Wils (KU Leuven) va dans le même sens. En 2020, il rappelle à Knack que la révolution de 1830 ne fut pas une révolte du Sud francophone contre le Nord néerlandophone : la question linguistique n’y joua qu’un rôle très secondaire, et le français était aussi la langue de la cour à La Haye. Il ajoute, à rebours des idées reçues : on a « collaboré beaucoup plus en Flandre qu’en Wallonie », parce que le climat politique wallon « était bien plus patriotique que le climat flamand » [170].

En 2019, Wils est plus explicite encore : « La propagande mensongère flamingante a parfaitement fonctionné. » Toute la population croit que la Belgique est née en 1830, alors que personne ne prétendrait que la France est née en 1789 La Belgique, explique-t-il, s’est formée pendant quatre siècles depuis Philippe le Bon en 1430, et est devenue une nation par la révolution brabançonne de 1789 et la révolution belge de 1830 [171]. Un politologue compare même le référendum du Brexit à la consultation de 1950 sur Léopold III [172].

3.3   Les manuels scolaires à la loupe

Ouvrons maintenant les manuels. Le dossier en conserve quatre, utilisés dans l’enseignement francophone, de 1961 à 2011. Ils montrent comment, d’une génération à l’autre, la place de l’histoire de Belgique s’est réduite au profit de l’histoire de France, puis d’une lecture communautaire du passé.

3.3.1   Un manuel belge… d’histoire de France (1961)

L’Histoire générale de Franz Hayt, éditée par Wesmael-Charlier dans la collection Roland, est un classique des écoles belges des années 1960. Les sept pages conservées dans le dossier portent toutes sur l’histoire de France : Richelieu, Louis XIV, l’armée royale, Louis XV, les abus de l’Ancien Régime, l’Europe napoléonienne. Elles s’achèvent sur la Caravelle, avion de ligne français (voir les images dans la section Sources).

3.3.2   Racines du futur (1993)

Racines du futur, publié en 1993 sous la direction du professeur Léopold Génicot, répartit ses documents entre la Belgique, la France et le reste du monde. L’auteur du dossier y relève des choix révélateurs : on y lit l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, mais aucune analyse du discours de Paul Reynaud contre les Belges ; on y trouve plusieurs documents sur l’« anti-américanisme » et un texte affirmant qu’il n’y a pas en Algérie de sentiment de revanche envers la France. La collaboration y est illustrée par Vichy, Rex et le VNV, mais pas par la Norvège de Quisling [173].

3.3.3  Construire l’Histoire

Construire l’Histoire, manuel du secondaire publié chez Didier Hatier, pose franchement la question : « Belgique, Flandre, Wallonie. Réalités anciennes ou constructions récentes ? » Sa réponse est que jusqu’à l’indépendance, les différences linguistiques « ne posent pas de problème », et que « les problèmes linguistiques de la Belgique remontent donc à l’indépendance » [174].

Pour nourrir la réflexion des élèves, le manuel convoque notamment des voix qui doutent de la Belgique. Luc Van den Brande dénonce les transferts financiers vers la Wallonie et réclame « une autonomie maximale » des régions [175]. François Perin affirme que « faire remonter le sentiment national belge au-delà même de la Révolution française est une fiction pure » et que la Belgique « est une construction de la diplomatie européenne en 1830 » [176]. Yves Leterme, dans un entretien à Libération, déclare que les francophones « ne sont pas en état intellectuel d’apprendre le néerlandais » et que « la Belgique est née d’un accident de l’histoire » [178]. Les textes d’Henri Pirenne et de Godefroid Kurth sur la patrie belge y figurent comme témoins d’une époque révolue [177].

3.3.4   Ma première histoire de Belgique (2011)

Ma première histoire de Belgique, publiée en 2011, s’adresse aux plus jeunes. Le texte est simple, mais certaines formules retiennent l’attention. Sous le régime hollandais, « pour être notaire ou avocat par exemple, il faut parler le néerlandais, même en Wallonie » [179]. À la Belle Époque, « la Wallonie est une des régions les plus industrialisées du monde. De nombreux Flamands viennent y travailler » [180]. Plus loin, à propos de la Belgique d’aujourd’hui : « les Flamands, devenus plus riches que les Wallons, veulent que leur argent reste en Flandre » [181]. Et la révolte de 1798 contre l’occupant français est résumée ainsi : « En Flandre, on a appelé ce soulèvement la Guerre des Paysans » [182].

L’auteur du dossier conteste ces formulations : elles présentent les Flamands comme un bloc homogène, et réduisent à une affaire flamande un soulèvement contre la conscription française qui toucha aussi d’autres régions, comme le Luxembourg [127][182].

4.   Pour compléter

Quelques documents complètent ce dossier. Ils évoquent la grève de l’hiver 1960-1961, à Liège, où André Renard étouffa une grève de la rédaction de son propre journal [183], et à Poulseur, où seule la Coop restait ouverte [185] ; une consultation citoyenne sur l’avenir des institutions, qui ne laisse pas envisager une Belgique fédérale à base provinciale, sans les Régions [184] ; l’influence d’un lobby pangermaniste, la Fondation Niermann, dans les cantons de l’Est [186] ; la diversité sociale des collaborateurs francophones, venus de tous les milieux [187] ; et des références savantes sur la guerre des Paysans [188].

5.   Conclusion

Au terme de ce parcours, plusieurs constats s’imposent, tous tirés des documents.

L’idée de diviser la Belgique en deux entités administratives, fondées sur la frontière linguistique, a été mise en œuvre pour la première fois par l’occupant allemand en 1917, avec l’objectif déclaré d’affaiblir le pays [24]. Elle a été reprise en 1936 par Rex et le VNV, qui inscrivent « l’État fédéral » en tête de leur accord secret [33]. Une partie du vocabulaire de la régionalisation est attestée dans la presse et la propagande de l’Ordre nouveau [25][36].

Les grandes figures du Mouvement wallon ne correspondent pas toujours à leur légende. Jules Destrée a renié sa célèbre formule et signé le Compromis des Belges, mais il a aussi tenu des propos antisémites et racistes [9][14][15]. Georges Thone et l’abbé Mahieu ont négocié avec Vichy jusqu’en 1943 [51]. Et la mémoire officielle a longtemps fait silence sur ces faits [14][51][63].

La collaboration n’a pas été une affaire exclusivement flamande : davantage de condamnés wallons que flamands ont été exécutés après la guerre [62]. La révolution de 1830 n’a pas été une révolution wallonne : les registres des hôpitaux et les listes des morts montrent une majorité de Bruxellois, dont beaucoup parlaient flamand [75][76]. Et les 99 communes honorées en 1832 venaient de tout le pays [82].

Enfin, une partie de l’historiographie et de l’enseignement francophones a diffusé depuis 1945 une lecture de l’histoire centrée sur la France et sur la région [109][119][165]. D’autres historiens, francophones et flamands, l’ont contestée avec des arguments solides [96][158][170][171]. Comme l’écrivait Jules Destrée lui-même, en 1914 : « Si quelque voisin menaçait notre indépendance, Flamands et Wallons se trouveraient instantanément unis pour lui tenir tête » [9].

6.   Sources

Les documents sont reproduits ci-dessous dans l’ordre du plan. Le numéro entre crochets est celui auquel renvoie le texte ; les titres en italique « Titre donné par l’auteur » reprennent les intitulés du dossier d’origine.

Abréviations des sources de presse utilisées dans le dossier : LB = La Libre Belgique ; LS = Le Soir ; VA = Vers l’Avenir ; AL = L’Avenir du Luxembourg ; DH = La Dernière Heure ; PP = Pourquoi Pas ? ; DS = De Standaard ; DW et AO = abréviations utilisées par l’auteur ; s.r. = sans référence ; s.d. = sans date.

Sources — 0.1   Un mot né en 1845

[1] Maurice Piron, « Les premières mentions du mot Wallonie », La Vie wallonne, n° 275, 1956, p. 209-211

On a pu établir sans peine que, si Wallon est ancien, Wallonie n’apparaît pas avant le milieu du XIXe siècle. On conçoit mal du reste comment le mot aurait pu exister avant la création, en 1830, de l’Etat belge. Qu’on le veuille ou non : c’est par rapport à la Belgique, pays à dualité ethnique et linguistique, que Wallonie se définit et prend son sens. Antérieurement à l’époque où Wallonie est entré peu à peu dans l’usage, on se servait, pour désigner la partie romane du pays, d’expressions telles que pays wallon (journal L’Industrie, 12 juin 1831) et surtout provinces wallonnes (Journal de Liège, 23 janvier 1831, 5 mai 1831, etc. ; Journal d’Anvers, 5 janvier 1831 ; Fr. Rouveroy, Le petit Bossu, 4e éd., 1830, p. 48 [la 1re éd. est de 1827], L. Renard, Nécrologie du Dr Sauveur dans la Revue belge, t. VIII, 1838 ; etc.).

On croit d’ordinaire que Wallonie a été mis en circulation, en 1858-1859, par certains membres de la Société liégeoise de littérature wallonne et que, tombé presque aussitôt dans l’oubli, il ne fut repris qu’en 1886 par le poète Albert Mockel qui en fit le titre de la revue littéraire qu’il fondait à Liège. La réalité est moins simple. On en jugera par les attestations suivantes que nous avons réunies et que nous produisons dans leur ordre chronologique.

Ainsi qu’on va le voir, le mot Wallonie — jusqu’à plus ample informé — naît en 1845, presque simultanément sous la plume de deux auteurs : le Liégeois Ferdinand Hénaux et le Namurois (établi à Liège) Joseph Grandgagnage, l’oncle du linguiste. Il est difficile de dire si l’un a influencé l’autre.

Sources — 0.2   « Nul n’est neutre » : la réponse d’un historien

[2] Paul Wynants, doyen de la Faculté des Sciences économiques, sociales et de gestion (FUNDP, Namur), lettre à l’auteur, 6 janvier 2005

Monsieur,

Merci de (re)lire une de mes interventions publiées dans La Libre Belgique.

Votre conception de la déontologie historienne m’étonne : elle relève d’une vision positiviste de la discipline, qui n’a plus cours depuis longtemps. En matière de recherche scientifique, nul n’est « neutre ». Pas plus que les spécialistes d’autres sciences humaines, les historiens ne sont ne sont (sic) des asexués (aux plans religieux, politique, linguistique…). Mais l’honnêteté intellectuelle leur commande de le reconnaître lorsqu’ils expriment une position personnelle : ce que j’ai fait en annonçant la couleur. Si cela ne vous plaît pas, c’est votre droit. Mais si vous voulez donner des leçons à la profession, vous allez avoir du travail : il vous faudrait reprocher à Lode Wils ses sympathies flamingantes, à Francis Balace ses convictions monarchistes, à José Gotovitch son passé communiste, etc.

Quant à la portée du mot « francophile », je vous renvoie au dictionnaire : la sympathie pour la France n’inclut pas nécessairement une « admiration inconditionnelle » (ou un attachement aveugle). La sagesse populaire ne dit-elle pas, au contraire, que qui aime bien châtie bien ?

Enfin, si la francophilie inspirait l’historiographie francophone, il y a longtemps que nos compatriotes flamands nous le reprocheraient ! Non, Monsieur, ils nous reprochent autre chose qui, cette fois, est vraie : l’orientation majoritairement belgiciste (sinon « belgicaine ») de la majeure partie de notre production du sud du pays…

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Paul WYNANTS

Sources — 1. Aux sources de la division

Sources — 1.1 Quand on parlait de « race wallonne »

[3] Roger Pinon, discours prononcé au Congrès national wallon de Charleroi, 26 mai 1957, publié dans L’Ethnie wallonne, 1958, p. 5-6

Titre donné par l’auteur : « Roger Pinon, professeur à l’ULg, régionaliste et raciste, jamais inquiété… »

L’ Ethnie wallonne: la Race wallonne: (pp.5-6)

(p.5) « Possédons-nous une base racique stabilisée?

Le fonds de la population wallonne est constituée par des brachycéphales d’origine néolithique, auquel il faut ajouter un mince apport gaulois, puis franc, de race dolicocéphale. …

… Le type du Wallon est l’homme de taille moyenne, aux cheveux châtains ou foncés, de même que les yeux, avec une protubérance occipitale presque nulle, des crêtes sourcilières développées, une face large.

Ce type s’écarte du Flamand, plus grand de taille, blond de cheveux, aux yeux bleus, avec une protubérance occipitale très accentuée et une face allongée. Il s’écarte du Français brachycéphale, par la taille notamment, qui est plus grande. » (p.5)

Selon une étude du Dr. Jorissenne, de Liège, “plus de 50 p.c. des Flamands sont prognathes, alors que plus de 85 p.c. des Wallons sont orthognathes.

Or, dans les régions industrielles, 40 p.c. au moins des noms de familles sont d’origine germanique. La différence de pourcentage entre les noms de familles germaniques et le prognathisme probable des ancêtres marque la résorption de ce caractère racique, et la stabilisation de la race. » (p.6)

« Notre démarche est généralement plus lourde que la française, mais plus légère que la flamande. » (p.6)

[4] E. Debaille (conservateur du Musée archéologique de Charleroi), Nos vrais ancêtres, 1945 – La fin d’une légende… germanique !!! (Points de vue et documentation du wallon, dir. E. Lempereur), p. 21

(p.21) En outre, nos mœurs, notre caractère, notre langue, tout nous apparente aussi à nos frères néolithiques du Sud.

On peut donc conclure que la race wallonne (à part dans les îlots encadrant les charbonnages) ne provient aucunement d’une souche germanique, mais qu’elle appartient incontestablement au type alpin du grand anthropologue français Montandon, et que les préhistoriens désignent sous le nom de race néolithique.

Il importe donc de ne pas laisser s’accréditer la légende apocryphe attribuant aux Wallons une origine subnordique, car il y va de l’avenir de notre race.

[5] Léon Degrelle, introduction à : Amand Géradin, Florilège wallon, éditions Rex, 1931

“On a trop aimé la Wallonie et trop peu aimé les Wallons, ces Wallons humbles et glorieux, … Race wallonne, tu te complais à savourer le génie de tes enfants mais tu n’oses point y ajouter les fleurs vives de l’ amoureuse admiration.”

“En demandant au magnifique poète wallon Amand Géradin de réunir et de présenter les plus belles oeuvres de ses devanciers ou de ses compagnons de combat, j’ai voulu montrer aux Belges et aux étrangers, qu’à côté de la splendeur flamande, il est aussi, chez nous, un avant-poste latin où, deux mille ans après Virgile, des gens simples et forts ont gardé l’habitude de chanter la Beauté sur leurs pipeaux.”

Note : Le texte complet de cette introduction figure au point 1.3.

[6] Larousse, 1933, article « Belges »

BELGES. La population de la Belgique se compose surtout de métis issus du mélange de deux éléments ethniques.

L’élément celtique, brun, de taille petite ou moyenne, à tête courte, à face arrondie, prédomine à l’est, dans la Wallonie, L’élément germanique, blond, de grande taille, à tête et à face longues, aux yeux bleus, à peau rosée, prédomine à l’ouest, dans les Flandres, Dans le Brabant, les deux éléments semblent s’équilibrer.

Malgré leurs constants démélés, les partis flamands et wallons se sont toujours trouvés côte à côte lorsqu’il s’est agi de lutter contre la domination étrangère : si le sort de la patrie est en jeu, il n’y a plus de Flamands et de Wallons, il n’y a que des Belges.

Sources — Pour aller plus loin

[7] Note de l’auteur

Concernant des études sur le racisme en politique belge, voici tout d’abord deux sources:

– “Le racisme: élément du conflit Flamands – francophones?”, Anne Morelli, Ludo Dierickx, Dieter Lesage, e.a., éditions Labor et EPO, 328 pp., 698 BEF

(Ce sont les conclusions d’un colloque organisé en mars 1998 à l’initiative du Mrax);

– un article publié dans la Libre Belgique du 4/12/98, intitulé “Grouwels grommelle”’, où madame Grouwels, ministre bruxelloise, assure que des “chercheurs de l’UCL avaient découvert des éléments relevant du racisme culturel dans les écrits du FDF”; dans une émission radiophonique, on a parlé d’un mémoire de licence ou d’une thèse de doctorat écrite par un ou des chercheurs travaillant à la Faculté de sociologie ou de sciences politiques; je ne possède pas davantage de renseignements actuellement mais la consultation par Internet des travaux publiés à l’UCL pourrait préciser cette information.

réjrac

Sources — 1.2 Jules Destrée, l’icône et ses zones d’ombre

Sources — « Sire, il n’y a pas de Belges » : une phrase sortie de son contexte

[8] Marcel Grégoire (avocat honoraire), « Jules Destrée et la Belgique », carte blanche, Le Soir, 20 février 1986

Le11 février dernier, Le Soir rappelait la lettre que Jules Destrée écrivait au roi le 15 mai 1912. Il lui disait effectivement : « Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands; il n’ y a pas de Belges, mis à part le monde officiel et une espèce de Belges, peu intéressante, qui semble avoir additionné les défauts des deux races, en perdant leurs qualités », à savoir les Bruxellois. « Ce n’est pas un peuple, mais un agglomérat de métis ». Dans sa lettre, Destrée envisageait la séparation des deux peuples d’une manière ambiguë. D’une part, c’était « un danger pour l’unité nationale, un danger pour notre royaume »; d’autre part « si c’était la séparation complète, pourquoi ne pourrait-elle pas se réaliser dans la concorde et l’harmonie ? ». Et d’approuver le roi d’avoir préconisé « la force par l’union, par l’entente loyale et cordiale».

Ce qu’on oublie généralement, c’est ce qui a suivi.

D’abord, à peine deux ans après l’envoi de cette lettre, de 1914 à 1918, l’attitude de la population belge, mises à part de rares exceptions, allait infliger à Destrée le plus cuisant et, aussi, le plus heureux des démentis. Lui-même donnait d’ailleurs l’exemple en allant, pendant la guerre, plaider à l’étranger la cause de la Belgique.

Plus tard, en mars 1929, il élaborait, comme « député de Charleroi », avec « Camille Huysmans, député d’Anvers, tous deux anciens ministres des Sciences et des Arts », le Compromis des Belges (1), qu’avaient signé, du côté wallon les députés wallons parmi lesquels Brunet, Hubin, Mathieu, Pierard, Troclet et Van Malleghem, et les députés flamands Anseele, Bouchery, Doms, Eekelers, Soudan et Achille Van Acker.

On y lit notamment :

« La Belgique est une nécessité nationale et internationale. » Autrement dit, « l’Etat politique, assez artificiellement composé et qui n’est pas une nationalité » dont parlait la lettre de 1912, demeure une nécessité et nationale et internationale.

«Il semble urgent, si l’on veut conserver l’Etat belge, d’établir la base d’une entente cordiale entre Flamands et Wallons. »

Cela dit

« 1 Les soussignés dénoncent comme funeste toute propagande tendant à la constitution de deux Etats séparés, ou au rattachement de la Wallonie à la France, de la Flandre aux Pays-Bas;

» 2 Ils reconnaissent que tous les services officiels de l’Etat… doivent employer en Flandre le néerlandais, en Wallonie le français… »

» Ils recommandent à leurs concitoyens, pour les rapports particuliers, la plus grànde- bienveillance et les égards les plus courtois pour les Wallons en Flandre, pour les Flamands en Wallonie;

» 3 Ils voient, dans les autonomies provinciale et communale, tradition trop oubliée de nos pays, le moyen le plus efficace de faire respecter la libre volonté des citoyens; »

» 5 Une situation spéciale sera réservée à l’agglomération bruxelloise, selon les désirs de celle-ci ;

» 6 … D’une manière générale, les soussignés chercheront la concorde dans la liberté et s’efforceront de ne rien écrire ou de ne rien dire qui puisse blesser les susceptibilités de la région à laquelle ils n’appartiennent pas;

[9] « Jules Destrée et la Belgique », La Libre Belgique, 4 mars 1976

A l’occasion de l’exposition commémorative que Charleroi a consacrée à Jules Destrée, plusieurs journaux (surtout ceux reflétant les vues du Rassemblement wallon) ont rappelé la fameuse “Lettre au Roi” de 1912, dans laquelle le leader socialiste wallon déclarait notamment : “Sire, il n’y a pas de Belges”. Parce que Jules Destrée – qui devait ensuit devenir ministre du Roi – affirmait ainsi, en une formule-choc, la prise de conscience wallonne, certains en font hâtivement le pionnier du fédéralisme, voire du séparatisme.

Il est utile à cet égard de relire ce que Destrée écrivait en 1914, dans un ouvrage paru à Paris sous le titre “Wallonie”. Il précise sa pensée en ces termes : “Mon pays, c’est la Wallonie. Il est politiquement incorporé dans un pays plus grand : la Belgique. Et la Belgique elle-même est une petite nation qui vit nécessairement de la vie de ses grands voisins et participe à la civilisation de l’Europe occidentale. J’aime mon pays. J’aime aussi la Belgique dont il fait partie. J’aime encore tout ce que je puis comprendre de la merveilleuse activité humaine de la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre. Mais c’est un sentiment qui n’est vraiment puissant et chaud qu’à son centre, et qui va se refroidissant à mesure qu’il s’élargit.”

Destrée se défend aussi d’être rattachiste, écrivant : “Les Flamands affirment leur affinité avec la culture germanique, les Wallons affirment leur affinité avec la culture française, mais ni les uns ni les autres ne souhaitent ni n’admettent sans révolte la suppression de leur indépendance.” Et de conclure, afin d’éviter toute équivoque :

“Est-ce à dire qu’il n’y ait pas de Belges, en Belgique, ainsi que je l’ai un peu exagérément affirmé, par une outrance nécessaire, dans la « Lettre au roi » ? Agacé par les déclarations faciles et les indignations de commande de ceux que j’ai appelés plus haut les patriotes conventionnels, j’ai voulu alors marquer fortement ce qu’avait de précaire et de superficiel la nationalité belge. J’ai voulu montrer qu’une union de moins d’un siècle n’était que peu de chose en présence d’une distinction de plus de quinze siècles, qu’il n’y avait là qu’un vernis léger qui, au moindre choc, devait laisser apercevoir l’infrastructure profonde. Mais ce peu de chose, au point de vue de l’histoire, n’est pas peu de chose pour nous. Nous sommes les petits-fils des révolutionnaires de 1830; trois générations d’une vie magnifiquement ardente ont établi entre Flamands et Wallons des liens assez solides, ont engendré des souvenirs exaltants, ont donné naissance à un patriotisme commun qui n’est pas toujours de convention. je pense que la moindre alerte extérieure le rendrait évident et agissant. Si quelque voisin menaçait notre indépendance, Flamands et Wallons se trouveraient instantanément unis pour lui tenir tête. Mais aussitôt le danger passé, ils retourneraient à leurs querelles.”

Ces lignes prémonitoires furent écrites au début de 1914. Plutôt que de parier – comme l’hebdomadaire “Forces Wallonnes” – de la “fidélité wallonne de Jules Destrée”, pourquoi ne pas parler de sa triple fidélité: wallonne, belge et même européenne?

Note : Citation de Destrée tirée de son livre « Wallonie » (Paris, 1914).

[10] Jean Cleeremans (Bruxelles), « Pourquoi a-t-on fédéralisé la Belgique ? », courrier des lecteurs, La Libre Belgique, 28 novembre 1991

Dans le numéro de la Libre du vendredi 22 écoulé, V.d.W. répond à cette question en citant notamment a lettre au Roi de Jules Destrée, datant de 1912, où il écrivait: « Il n’y a pas de Belges ». Mais V.d.W.

oublie — il est vrai que les militants wallons évitent d’y faire allusion — que Destrée s’est rétracté dans son livre « Wallons et Flamands », publié en 1922, où on lit ceci : « Peut-on dire qu’il n’y a pas de Belges en Belgique, ainsi que je l’ai exagérément affirmé en 1912 par une outrance nécessaire dans la lettre au Roi. Nous sommes les petits-fils de révolutionnaires de 1830. Trois générations d’une vie magnifiquement ardente ont établi entre Flamands et Wallons des liens assez solides, ont engendré des souvenirs exaltants, ont donné naissance à un patriotisme commun, qui n’est pas toujours de convention ».

[11] J.G., « L’histoire travestie : Jules Destrée et la solidarité Bruxelles-Wallonie », La Libre Belgique, 8 octobre 1981

En 1912, dans sa fameuse « Lettre au Roi » dont on ne cite actuellement que des extraits soigneusement choisis en fonction des thèses du F.D.F., du Rassemblement Wallon et de certains P.S., Jules Destrée écrit à propos des Bruxellois: « (…) Cette population de la capitale n’est point un peuple : c’est un agglomérat de métis. »

[12] Idem

“En 1923, Jules Destrée aura la probité de reconnaître qu’en niant l’existence des Belges dans sa lettre au Roi datant de 1912, il s’était trompé.”

[13] « Charleroi / Gilly. La place Destrée est en voie d’achèvement », L’Avenir, 22 juin 2024

À Gilly, l’esplanade principale de la maison citoyenne est quasiment terminée. La moitié de l’espace a été pavée et l’autre a été plantée d’arbres et de fleurs, ce qui change complètement la perception du lieu. C’est encore plus spectaculaire à l’arrière du bâtiment administratif, dont l’enveloppe extérieure a été rénovée : sur la place Destrée, la voirie est finie, les plantations et cheminements du parc sont réalisés.

Un auvent métallique a pris place devant l’ancienne piscine tandis que sur la place elle-même, les ouvriers sont à pied d’œuvre. L’élément déterminant c’est la dalle

«rose » qui devrait être finie avant les congés de la construction, le 12 juillet prochain. On en est aujourd’hui à quatre travées faites sur treize. Idéalement, deux sont coulées chaque semaine mais vu la météo de ces dernières semaines, l’exécution a été ralentie. On n’en a coulé qu’une par semaine, dans le meilleur des cas.

« Pour envisager la finalisation des accès au chantier le long du magasin Zeeman, il faut que la dalle soit finie et que le béton ait & pris », précise-t-on au cabinet de Paul Magnette, le bourgmestre en charge de l’Aménagement urbain.

C’est dire comme le timing s’annonce serré avant les congés de l’été.

À ce stade, rien ne permet de penser que l’inauguration devra être reportée : elle reste prévue en septembre, nous dit-on, si du moins la météo ne vient pas allonger le calendrier.

Note : Document placé par l’auteur dans le dossier Destrée : la mémoire de Jules Destrée dans l’espace public.

Sources — Un patriote belge… et raciste

[14] Bernard Padoan, « Jules Destrée, patriote et raciste », Le Soir, 12 août 1995 (entretien avec l’historien Jean-Philippe Schreiber, ULB-FNRS)

Sire (. .. ), laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité: il ny a pas de Belges. De Jules Destrée, on ne retient bien souvent que cette phrase, tirée de sa célèbre “Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre”, adressée à Albert Ier en 1912. Pour Jean-Philippe Schreiber, docteur en philosophie et lettres de l’ULB et chargé de recherches au FNRS (1), « c’est un peu court». Une lecture attentive de la « Lettre», ainsi que des écrits antérieurs et postérieurs de Destrée l’ont amené à la conclusion que l’homme dont le Mouvement wallon a fait sa figure de proue n’était peut-être pas tout à fait celui que l’on croit. On a beaucoup exagéré le trait en ce qui concerne Jules Destrée, surtout quant à sa pensée avant guerre, présentée comme nationaliste wallonne, voire séparatiste, explique l’historien. Certes, Destrée aime avant tout la Wallonie, dont il contribuera à faire découvrir le patrimoine. Mais c’est l’ïdée qu’il se fait de la Belgique qu’ il défend en s’adressant au roi. Une Belgique francophone, mais où l’on respecte les deux communautés. C’est une pensée typique de la bourgeoisie de l’époque, dont Destrée fait partie. Celle-ci voit dans le français la langue de l’élite, et dans le flamand le dialecte des masses populaires. Ce que Destrée craint, c’est que les revendications flamandes qui se font jour à l’époque ne mettent en péril la nation telle qu’il la conçoit, c’est-à-dire francophone. Il est d’ailleurs significatif que Destrée se soit adressé au roi, symbole même de l’unité du pays. Il voit en lui la seule personne capable de mettre un frein aux revendications flamandes et d’empêcher que, par réaction, les Wallons ne se cabrent, provoquant l’éclatement du pays. Jules Destrée n’est certainement ni séparatiste ni rattachiste. C’est un patriote, explique Jean-Philippe Schreiber, et son patriotisme sera encore renforcé par l’expérience de la guerre. Il y voit les masses ouvrières, tant flamandes que wallonnes, défendre ensemble la patrie contre d’autres ouvriers, allemands ceux-là. C’est un bouleversement intellectuel considérable pour de nombreux penseurs socialistes, comme Destrée ou Henri De Man. Malgré l’artificialité de l’état belge, Flamands et Wallons ont réussi à construire une nation psychologique. Les nuances apportées à la pensée de Destrée avant la guerre permettent de mieux comprendre comment, après guerre, il se « convertit » à l’unitarisme. Devenu ministre des Arts et des Sciences, Destrée exalte désormais, sans contradiction apparente, le roi Albert et le cardinal Mercier, les deux symboles de la Belgique unitaire.

DESTRÉE ANTISÉMITE

Un autre trait méconnu de la personnalité de Jules Destrée, c’est son antisémitisme et son dégoût pour le métissage. Certes, l’antisémitisme fait partie du bagage intellectuel du temps, explique Jean-Philippe Schreiber. A l’époque, on assimile les Juifs à la finance, à la ploutocratie et au cosmopolitisme. Mais, chez Destrée, comme chez son maître, Edmond Picard, l’antisémitisme se teinte de considérations raciales. Il faut cependant rester honnête en disant que cet aspect de la personnalité de Destrée ne revêt pas un caractère fondamental dans son oeuvre. Il n’empêche que c’est au titre de sa haine des métis que Jules Destrée aura des mots très durs pour… les Bruxellois, qui ont, selon lui, “additionné les défauts des deux races (flamande et wallonne), en perdant leurs qualités “.

MYTHE ET RÉALITÉ

Destrée patriote, Destrée antisémite… Drôle de portrait pour une figure légendaire du Mouvement wallon. L’homme a peut-être été victime des généralisations abusives d’une histoire vulgarisatrice qui n’a retenu de lui que “la» phrase de sa fameuse “Lettre». Il est intéressant de noter qu’en 1981, lorsque l’institut Jules Destrée (le bien-nommé) publia une nouvelle édition de la « Lettre », il en élaguera certains passages où Destrée affirme clairement son patriotisme. Pour Jean-Philippe Schreiber, cela s’explique par le fait que l’historiographie wallonne est encore fort (trop?) imprégnée d’un esprit offensif, pas assez dégagée du politique. La Wallonie est moins riche identitairement que la Flandre. Elle se cherche des personnages et n’a gardé de Destrée que ce qui lui convenait, en évacuant les côtés les moins souriants de l’homme et en se refusant de faire une lecture complète de la “Lettre au roi”. Dans quelques décennies, lorsque l’historiographie wallonne sera moins marquée, elle fera une lecture plus équilibrée de Destrée. Et – pourquoi pas? – se posera “la» question: Destrée n’était-il pas tout compte fait, plus belge que wallon?

Quelques repères

– 16 février 1921: Jules Destrée préside la séance d’inauguration de l’Académie royale de langue et de littérature française.

– 16 mars 1929: Jules Destrée et Camille Huysmans signent le “Compromis des Belges”, dénonçant “comme funeste toute propagande tendant à la constitution de deux États séparés”.

Sources — La lettre à Zola (1898)

[15] Jules Destrée, lettre à Émile Zola, Le Peuple, 29 janvier 1898 (cité par Ph. Destatte, voir ci-dessous)

La vérité est que les Juifs sentent leur influence, leur prestige, leur caisse, en péril, et qu’ils cherchent à la sauver. Et c’est à cette besogne-là que je ne veux contribuer d’aucune manière.

Ne m’accusez point, pour ces paroles, d’antisémitisme sectaire. Je n’en veux point aux Juifs à raison de leur religion; ce serait assurément monstrueux. Ce que j’ai pu étudier de l’histoire me porte à penser que leur race a des facultés opposées et nuisibles à la nôtre, qu’elle ne paraît pas lui être assimilable aisément, si ce n’est à très longue échéance.

Je dois sans doute aimer l’humanité entière, mais cet amour ne peut m’empêcher de voir les inconvénients qui résultent de la juxtaposition de deux fractions, non identiquement évoluées, de cette humanité.

Mais ce que je vois surtout dans le mouvement qui se lève, malgré des erreurs, des déviations, des apparences superficielles qui peuvent égarer, c’est la guerre à L’ARGENT ACQUIS SANS TRAVAIL. Et dans ce sens, je suis antisémite, résolument. Le Juif a de merveilleux dons d’enrichissement. La spéculation est son triomphe, cette spéculation qui déplace stérilement les richesses, sans en créer jamais. Je ne suis pas fâché que cela soit mis en évidence. Je considère comme très salutaire que la classe ouvrière puisse comprendre qu’une combinaison de bourse peut amener de terribles baisses de salaire et des grèves comme des désastres. Je suis très heureux de voir dénoncer à l’opinion l’immoralité de ces richesses colossales, leur abominable emploi, la nécessité de restitutions prochaines.

L’antisémitisme a cela de bon. Il a même ceci d’excellent : c’est qu’au jour des liquidations qui s’approchent, le peuple ne distinguera pas entre le banquier juif et le financier catholique, et fera rendre gorge indistinctement à toutes les sangsues avides qui se sont gorgées de son sang, à tous les capitalistes rapaces, qui sans travailler, auront amassé des fortunes en faisant travailler les autres.

L’antisémitisme porte dans ses flancs l’anticapitalisme, et c’est pourquoi les conservateurs cléricaux se montrent si réservés : ils admettraient bien qu’on exproprie les Juifs, mais ils appréhendent justement ce jour-là, en vertu des prémisses posées par eux-mêmes, où on leur demandera des comptes analogues.

Voilà ce que je voudrais signaler à mes amis socialistes qui sont tentés à vous acclamer, ne fut-ce que par esprit de réaction contre vos insulteurs de sacristie : il faut qu’ils se gardent de transformer ce passionnant débat en une question cléricale : c’est autrement profond et autrement intéressant pour nous! Il faut se méfier des emballements généraux car, on l’a remarqué depuis longtemps, les Juifs, lorsqu’ils ne peuvent acheter les consciences, savent admirablement faire appel aux profits de leurs intérêts, aux sentiments altruistes et nobles de ceux qu’ils veulent exploiter. Nous ne devrions jamais oublier qu’ils sont pour les principes de 89 – mais de 89 pour cent!

[16] Philippe Destatte, « Jules Destrée, de l’antisémitisme de principe au philosémitisme humaniste », blog phd2050, 11 août 2014 — https://phd2050.wordpress.com/2014/08/11/destree/

Cette prise de position, qui fait l’amalgame entre l’antisémitisme et l’anticapitalisme, est une faute politique de Jules Destrée. Ce faisant, le député de Charleroi reste attaché à la tradition d’antisémitisme social de tout le mouvement ouvrier – y compris de la démocratie chrétienne [13] –, depuis Pierre-Joseph Proudhon, Charles Fourier, Karl Marx, Gustave Defnet, Louis Bertrand, Jean Volders et tant d’autres,

Note : Résumé de la thèse de Ph. Destatte (ajouté) : Destrée aurait fait preuve d’un « antisémitisme de principe » de janvier 1898 à mars 1899, date à laquelle il désavoue lui-même sa position. Dans les années 1930, il condamne fermement les persécutions nazies (discours du 26 mars 1933, lettre du 19 janvier 1934, tribune « Pour les Juifs » dans Le Soir du 7 septembre 1935), ce qui en ferait un « philosémite humaniste de premier plan ». Ph. Destatte qualifie de légères ou de mauvaise foi les analyses de M. Liebman, J.-Ph. Schreiber et B. Padoan citées plus haut.

Sources — Entre la France et l’Allemagne

[17] Jules Destrée, cité par Maurice Bologne, Notre passé wallon, Institut Jules Destrée, 1973, p. 9

« (…) La Wallonie est le morceau de France (sic) ».

[18] P.V., « Jules Destrée dans les batteries allemandes », La Libre Belgique, 28 juin 2004

Sinon l’annexion pure et simple, c’est en tout cas la vassalisation – un ‘Tributärstaat’ – que devaient faciliter la multiplication des liens économiques et commerciaux avec l’Empire ainsi que la transformation de l’Etat unitaire belge en Etat fédéral, accompagnée d’une action culturelle intense en Flandre.

Note : L’extrait décrit le plan allemand de 1914-1918 (voir aussi le point 1.3).

[19] Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper (dir.), Histoire de la Wallonie, Privat, 2004, p. 275 : « Destrée devant le coq de Jemappes »

(…) Pour ces jours à venir, appuyons-nous sur la France ; faisons mieux connaître son histoire glorieuse, (…). Jamais la France ne fut insensible à la justice et à la beauté, ce sont aussi nos déesses. (…) Mais voici le coq de Jemappes. Chante, coq gaulois ! Coq wallon ! (…) !

Sources — L’Institut Destrée, regard tourné vers Paris

[20] Maurice Bologne, Notre passé wallon, Institut Jules Destrée, 1973 (préface de Jean Pirotte, président de Wallonie libre)

Titre donné par l’auteur : « La francophilie à l’Institut Destrée, un désastre intellectuel… »

Jules Destrée : « (…) La Wallonie est le morceau de France (sic) ». (p.9)

(p.62) Henri IV proposa, en 1605, une alliance aux Provinces-Unies, moyennant la reconnaissance du droit de garder le comté de Flandre et la Wallonie (sic).

(p.63) En 1634, Richelieu conclut de nouveaux accords avec les Provinces-Unies.

(…) « Prise à nouveau d’inquiétude (sic) à l’approche des armées françaises, la Hollande rompit cet accord. »

(p.64) Comme toujours, dans la Principauté, le parti populaire se tournait vers le Sud et le parti conservateur vers le Nord. (…)

(p.65) Les régiments wallons du roi d’Espagne étaient formés de soldats recrutés dans les régions de langue française (sic) comprises dans les Pays-bas et le pays de Liège.

(p.66) Certains historiens attachent une importance considérable (sic) à la révolution brabançonne qui éclata à la fin du mois d’octobre 1789.

Elle n’intéresse guère la Wallonie. (sic)

(p.68) L’HEUREUSE RÉVOLUTION LIÉGEOISE

Tout autre est la Révolution liégeoise qui se fit aux couleurs rouge et jaune, origine du drapeau wallon.

C’est dans la lutte des révolutionnaires liégeois marchant contre les Kaiserlicks (avril 1790) qu’est né le célèbre Valeureux Liégeois, deux ans avant la Marseillaise. Ils avaient pour devise « Etre libre ou mourir » et pour symbole le vieux Perron. Leurs chefs s’appelaient Bassenge, Chestret de Haneffe et Fabry. (…).

L’armée de Dumouriez ramena la liberté (sic) grâce à la victoire de Jemappes (6 novembre 1792) remportée sur les troupes autrichiennes commandées par le Hennuyer François de Croix, comte de Clairfayt.

Tandis qu’une Convention nationale liégeoise votait la réunion du pays de Liège à la France (22 février 1793), Dumouriez, poussé par l’ambition de se constituer un royaume, reprenait à son compte l’idée d’un Etat belgique et convoquait des assemblées chargées de choisir une Convention belge. Il rencontra cependant l’hostilité des populations rétrogrades de la région thioise et il n’y eut de majorité démocratique réelle que dans les régions wallonnes.

Les Thiois firent bon accueil à la restauration autrichienne (1793-1794) mais le retour de l’armée française, à la suite de la victoire de Fleurus (26 juin 1794), fut considéré par eux sans la moindre joie.

(p.69) L’incorporation à la République, le Ier octobre 1795, des ex-Pays-Bas autrichiens et de la ci-devant principauté de Liège fut bien accueillie par le peuple wallon, mais il n’en fut pas de même dans la région thioise.

La fameuse guerre des paysans (boerenkrijg au Nord, Klöppelkrieg à l’Est) n’est rien d’autre que la révolte thioise contre le régime français. Elle n’intéresse pas la Wallonie (sic), si ce n’est toutefois par le fait qu’elle fut matée par le général wallon Jardon originaire de Verviers.

Les chefs de ces chouans thiois (sic) sont le Bruxellois Charles-François Jacquemin, dit de Loupoigne, qui séjournera à Alost, Afflinghem, Louvain ou Neerijse d’où il terrorise (sic) le Brabant wallon, le baron de Meer, seigneur de Moorsel, le baron de Hartemberg d’origine souabe, l’industriel Emmanuel-Benoît Rollier de Rupelmonde, Jean-Corneille Elen de Montaigu, le curé Lampertz de Weiswampach, Jean-Baptiste Caymaex de Berlaar et Emmanuel-Joseph Van Gansen de Westerloo.

Le résultat de la période française fut de mettre fin au particularisme provincial de l’ancien régime, et particulièrement d’atténuer fortement, pour les Wallons, la distinction antérieure entre les « Belges » et les « Liégeois », devenus citoyens d’une même patrie pour la première fois dans leur histoire et, par-dessus le marché, d’une patrie conforme aux aspirations de la plus grande partie (sic) des habitants. (…)

(p.70) Des observateurs plus perspicaces se rendaient pourtant compte de la différence de comportement entre les Thiois et les Wallons. Le préfet du département de l’Ourthe, Micoud d’Unions, écrivait en 1813 que « les peuples qui ne parlent pas français sont en général contre nous » et que « tous les Flamands et les Allemands des départements réunis s’insurgeront dès que les ennemis auront passé le Rhin ». (…)

La défaite définitive de Napoléon à Waterloo (18 juin 1815) fit entrer cette décision dans la réalité et c’est ainsi que la Wallonie (sic) actuelle fut incorporée contre son gré au nouvel Etat, à l’exception de Malmedy qui subissait un sort plus cruel(sic) encore par son annexion à la Prusse.

Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur l’époque impériale, il n’en reste pas moins que le souvenir de l’Empereur est resté vivace (sic) en Wallonie où Napoléon est un personnage de légende : les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse en sont un témoignage certain (sic).

(p.72) XII. NAISSANCE DE L’ÉTAT BELGE

L’ANNEXION A LA HOLLANDE

L’annexion des provinces belges et liégeoises aux Pays-Bas après la défaite napoléonienne allait renforcer le sentiment français (sic) de la population wallonne en raison notamment des tentatives de néerlandisation dont elle devint l’objet. La résistance opposée à ces tentatives par la classe dirigeante et le clergé thiois allait la maintenir dans l’illusion (sic) que nous venons de signaler, à savoir celle d’une communauté belge homogène.

Guillaume d’Orange avait en effet pris des arrêtés qui proclamaient la langue flamande (sic) langue nationale, et toléraient l’usage du français, langue étrangère, « dans quelques parties de la Belgique où le flamand n’est pas usité », car pour lui la langue française était l’expression d’une civilisation étrangère et odieuse (sic) qu’il fallait extirper du royaume.

Les mesures prises par le Roi visaient en tout premier lieu à empêcher l’emploi de la langue française dans les provinces flamandes, considérant à juste titre que c’est dans cette région que la néerlandisation offrirait la moindre résistance; mais l’opposition des francophones fut telle que Guillaume dut reculer peu de temps avant la révolution, le 4 juin 1830 exactement, date où un arrêté permit à nouveau l’emploi de la langue française dans les régions flamandes.

Bien entendu, tout (sic) était fait pour favoriser l’emploi du néerlandais et c’est depuis lors qu’on l’enseigne dans les écoles wallonnes. (…)

Les francophones des régions thioises se moquaient de la « ridicule prétention des Hollandais » de vouloir les néerlandiser : « Jamais il n’existera rien de plus absurde, de plus incohérent, que votre langue néerlandaise, écrivait un certain Belgicus en 1829; attachée à une particule du globe, ignorée du reste du monde, elle n’a pas même l’avantage d’être comprise d’une province à l’autre. » (sic)

(p.75) La plupart des personnalités libérales dirigeantes étaient des Wallons ou des Flamands totalement francisés, comme Louis De Potter, qui subissaient l’influence intellectuelle et politique de la France. Nombre d’entre eux avaient fait leurs humanités en France. Ils suivaient avec passion le déroulement de la politique française et s’enthousiasmaient pour les doctrines de Royer-Collard, de Benjamin Constant ou de Lamennais.

(p.76) La Révolution belge

« La voie légale nous est ouverte », écrivait encore au début d’août le journal de Charles Rogier (Le Politique). Seul un petit groupe de démocrates groupés autour d’Alexandre Gendebien aurait voulu déclencher une insurrection avec l’aide de la France, mais Louis-Philippe n’eut pas de peine à les dissuader (fig. 6).

Le parallélisme entre les événements de Paris et de Bruxelles est frappant : de part et d’autre, ce sont les ouvriers imprimeurs qui sont à la tête de l’émeute et c’est au chant de la Marseillaise et de la Parisienne que les premières manifestations ont eu lieu.

L’émeute commença à Bruxelles dans la soirée du 24 août et, fait caractéristique, les (sic) manifestants portaient une cocarde aux couleurs françaises à leur chapeau et criaient « Vive la France » (sic) et « Vive la liberté ». (p.77) Le lendemain eut lieu la fameuse représentation de la Muette de Portici au théâtre de la Monnaie, tandis que les manifestations de la veille reprenaient sur la place et dans les rues avoisinantes. C’est alors que l’émeute devint insurrection et que des drapeaux rouges se mêlèrent aux couleurs françaises.

Le 26 août, le drapeau bleu-blanc-rouge est hissé à l’Hôtel de Ville, en présence de milliers de personnes enthousiastes, mais tous les insurgés ne poursuivaient pas le même but et la bourgeoisie prit peur devant la destruction de fabriques, de maisons et de boutiques. Elle constitua une garde bourgeoise chargée de maintenir l’ordre. Son premier soin fut d’adopter les couleurs rouge, jaune et noir (dans le sens horizontal) de la république des Etats belgiques unis et de faire enlever les couleurs françaises.

Comme l’écrira Louis De Porter dans ses Souvenirs personnels (I, 118), le « conflit s’était élevé entre les bourgeois qui ne voulaient que la conservation de leur bien-être, n’importe comment ni sous qui, et le peuple qui voulait l’indépendance et la liberté à tout prix, entre celui-ci qui demandait des armes pour combattre les Hollandais et ceux-là qui les refusaient de peur que le peuple ne pillât les boutiques ».

Le 27 août, la grande bourgeoisie semblait maîtresse de la situation et la première Brabançonne célébrera cette victoire sur le peuple.

Cependant, le mouvement s’était étendu aux régions wallonnes. De graves désordres avaient éclaté à Liège et à Verviers les 27, 28 et 29 août et les émeutiers, qui s’étaient attaqués aux machines et aux propriétés, arboraient eux aussi les couleurs françaises (sic), mais comme à Bruxelles, une Commission de sûreté les fit remplacer par les couleurs locales.

(p.78) L’opposition crut le moment venu d’obtenir le redressement de ses griefs et l’état-major de la garde bourgeoise chargea des gens comme Lesbroussart et Gendebien d’envoyer une Adresse au Roi. Lors d’une entrevue entre les chefs de la garde bourgeoise et le Prince d’Orange, le 31 août, ce dernier leur reprocha d’arborer « des couleurs factieuses », entendez par là des couleurs brabançonnes. « Nous n’avons pris ces couleurs, répondit Rouppe, que comme signe de ralliement et pour éviter qu’on n’arborât partout (sic) le drapeau tricolore français ». Le Prince ayant persisté à manifester son mécontentement, tous les délégués s’empressèrent de les mettre en poche.(…)

Le 7 septembre, des volontaires liégeois, conduits par Charles Rogier, ouvriers pour la plupart, bien armés et pleins d’enthousiasme révolutionnaire, entraient à Bruxelles au chant de la Marseillaise (sic).

Tandis que les modérés se contentaient de demander une séparation administrative entre le Nord et le Sud, Louis De Potter lança le mot d’ordre d’une république fédérative indépendante et l’aile avancée de l’opposition créait, à l’instigation des Liégeois, la Réunion centrale ou Réunion populaire où, selon White, « toute proposition (p.79) d’opposition à la volonté populaire, fût-elle même juste et politique, était déclarée antinationale et attirait sur ses auteurs les accusations dangereuses de traître et de partisan de la Hollande ».

(p.80) Il y a peu (sic) de Flamands, dit R. Demilin… Gand est nettement dominée par les Orangistes… Lierre et Malines ne bougent pas (sic)… Bruges rentre aussitôt dans le calme. Louvain seul fait exception.

(p.82) Comme en 1789, c’est dans le pays de Verviers que le sentiment français est le plus prononcé et, après le vote du 4 octobre proclamant l’indépendance, c’est de cette ville que partira, dès le 21 octobre, un nouveau mouvement de réunion à la France, qui s’exprimera au Congrès National le mois suivant. (NDLR : Le travail de collabos francophiles.)

Le 22 novembre, par 174 voix contre 13, la monarchie fut préférée à la république pour des raisons d’opportunité et les réunionistes, de Stassart en tête, lancèrent la candidature du roi des Français, Louis-Philippe en personne.

Il semble qu’elle s’opposât déjà à la candidature de Léopold de Saxe-Cobourg, qualifié d’« homme du parti anglais ».

Un pétitionnement populaire s’organisa en faveur de cette réunion à peine déguisée et c’est évidemment de Verviers qu’il partit; de là il gagna la Wallonie entière. Les sources officielles ne donnet le nom que d’une seule localité flamande : Fumes. Comme l’écrivait le comte de Celles, le pétitionnement provenait des « provinces gallomanes », et cela malgré le bruit que le ministre français des Affaires étrangères, Sebastiani, aurait déclaré que « la France n’accepte point et n’acceptera pas la réunion de la Belgique à ses provinces ». Il s’agissait bien en effet de toute la Belgique et non de sa partie française de langue et de civilisation, en vertu de la théorie des frontières naturelles alors en cours, c’est-à-dire les frontières de l’ancienne Gaule.

C’est ce qu’exprimait, à la séance du n janvier 1831, le député montois Blargnies lorsqu’il disait que « l’homme ne peut détruire ce qu’a fait la nature » et que « la nature (p.83) a voulu que la Belgique fût une partie des Gaules … La France et la Belgique sont unies (sic) par le langage, les mœurs (sic) , les habitudes, les nécessités de leur commerce et d’une défense commune… Il n’est que deux modes d’existen pour la Belgique, concluait-il, elle doit être l’avant-garde de la France où celle de ses ennemis ».

« Ce n’est pas, comme on dit, quelques habitants demandent la réunion à la France, c’est une population tout entière (sic) », affirmait le député verviétois Davigiu à la même séance.

Pour ne pas allonger outre mesure cet exposé cependant fort schématisé, nous passerons sous silence les circonstances qui firent opposer les candidatures (napoléoniennes) du duc de Leuchtenberg au fils de Louis Philippe, le duc de Nemours, quand il apparut clairement que le roi des Français refuserait la couronne de Belgique pour lui-même. Toujours est-il que le 3 février 1831, après deux tours de scrutin, Nemours l’emporte sur Leuchtenberg, une majorité écrasante (sic) de Wallons ayant voté pour lui.

Trois candidats avaient été en présence : Nemour, Leuchtenberg et Charles d’Autriche. Au premier tour, Nemours a récolté 89 voix, surtout wallonnes (…); Leuchtenberg a récolté 67 voix et Charles 35, dont 30 proviennent des provinces flamandes. Au deuxième tour, ils obtenaient respectivement, 97, 74 21 voix.

Le président du Congrès.Surlet de Chokier.proclama Louis-Charles-Philippe d’Orléans, duc de Nemours roi des Belges et les cris de « Vive le duc de Nemours, vive le Roi ! » furent aux mêmes instants répétés par une foule immense (sic) assemblée aux abords du palais, lit-on dans le compte rendu des discussions du congrès national.

(p.84) Le 12 août, une armée française de 50.000 hommes commandée par le maréchal Gérard lui impose /à Guillaume d’Orange/ un armistice et sauve le jeune Etat d’une défaite qui aurait entraîné sa disparition.

Les premières années du Royaume reflètent les sentiments des Wallons (sic) qui avaient joué un rôle de première importance dans la Révolution : le Roi épousa la fille du roi de France, la langue française fut la langue officielle ; bref, on rêva d’une Belgique française.

Quoi d’étonnant ? Les historiens sont unanimes (sic) à le reconnaître et Henri Pirenne tout le premier : sans les Wallons et les Liégeois en particulier, il est permis de croire que la Belgique ne serait pas née.

La réalité, quoi que l’on fasse, ne perd pas ses droits et cette réalité allait vite exiger que l’on tînt compte de son existence. L’illusion d’une « nation belge » francophone allait se dissiper rapidement sous les coups du (p.85) flamingantisme, expression de l’existence d’une « nation flamande » sur le territoire unitaire. (NDLR En réalité, les fransquillons refusaient l’épanouissement des néerlandophones dans leur langue…)

Grâce au développement de la démocratie, basée sur la loi du nombre, cette « nation » allait faire peser son poids de plus en plus dans la balance belge jusqu’à effacer les traces de ce qui fut la Belgique de 1830.

(p.86) XIII. NAISSANCE DU MOUVEMENT FLAMAND

LA RÉACTION FLAMANDE

Les (sic) Révolutionnaires se proposaient, on le voit, à l’origine, de réunir la Belgique à la France, tout au moins sous forme d’une monarchie commune, mais ils échouèrent à cause de l’opposition unanime des Grandes Puissances et s’efforcèrent alors de créer une Petite France (sic) à côté de la grande et de faire de la capitale un Petit Paris (sic).

On attribue (sic) à Charles Rogier, à tort ou à raison, ce programme typique de l’esprit qui animait les Belges de cette époque : « Les efforts de notre gouvernement doivent tendre à la destruction de la langue flamande pour préparer la fusion de la Belgique avec notre grande patrie, la France ».

Que Rogier ait ou non écrit ces lignes à Palmerston, tout se passa comme si le premier gouvernement belge s’était assigné ce but. Il n’interdit pas de parler les patois (sic) (p.87) flamands, mais il fit en sorte que la connaissance du français fût indispensable pour occuper une situation dans l’Etat, bien que la population du royaume se composât de 57,9 % de néerlandophones et de 40,2 % de francophones (sic). Cela s’explique par le fait que les classes dirigeantes flamandes étaient de culture française depuis des siècles.

(p.88) L’année 1840 marque la fin de la Belgique orientée vers la France; elle n’avait duré que dix ans. Dès 1841, en effet, le roi Léopold charge Jean-Baptiste Nothomb de constituer un gouvernement « préservé du mauvais esprit de Paris ».

De 1836 à 1844 six projets qui tendaient à resserrer les relations commerciales entre la Belgique et la France, tous favorables à la Belgique, ont échoué par hostilité à l’influence française. (…)

Le 22 juillet de l’année suivante, naît le chant de lutte du flamingantisme, le Vlaamsche Leeuw, composé sur le modèle du Rhin Allemand contre les bellicistes français. Il fera scandale pendant quelques années, mais moins d’un siècle plus tard, toute la Flandre (sic) l’entonnera. (…)

(p.89) Charles Rogier tenta de tenir tête à l’orage qui menaçait de détruire l’œuvre de la Révolution. A nouveau ministre dans le gouvernement libéral de 1857, il a beau proclamer que la nécessité de l’unité du pays empêche de reconnaître le flamand (sic) comme langue officielle, on ne l’entend plus et, en 1861, il devra céder la place à Van den Peereboom, député d’Ypres, élu avec l’appui des flamingants, ardent flamingant lui-même.

Le recensement officiel était, en effet, venu indiquer aux politiciens la voie à suivre pour obtenir les suffrages populaires : sur 1000 habitants du royaume, 423 parlent le français (sic) exclusivement et 498 des patois (sic) flamands.

(p.90) Note sur le bilinguisme flamand

Le problème du bilinguisme traditionnel des Flamands instruits, qu’ils voudraient imposer par réciprocité aux Wallons traditionnellement unilingues (sic), est exposé d’une façon exhaustive dans l’ouvrage de Jacques des Cressonnières intitulé Essai sur la Question des Langues dans l’Histoire de Belgique. Bruxelles, Lamberty, 1919.

(p.91) XIV. NAISSANCE DU MOUVEMENT WALLON

LA RÉACTION WALLONNE

Léopold II inaugure le 15 août 1887, à Bruges, un monument aux chefs des communiers flamands, Breydel et De Coninck, qui assassinèrent, en 1302, tous ceux qui ne savaient pas prononcer schild ende vriend, c’est-à-dire les gens de langue française.

Cette cascade de conquêtes avait fini par inquiéter les (sic)è Wallons. Ceux que les nécessités de la vie avaient établis à Bruxelles, mis en contact plus direct avec les Flamands, furent les premiers à s’émouvoir. Ils fondèrent, en 1888, une société de propagande wallonne sous la présidence de l’avocat Termonia. Les Liégeois les suivirent avec une fédération wallonne présidée par leur bourgmestre J. d’Andrimont. En 1884 déjà, un rédacteur de La Meuse écrivait à l’occasion de la constitution d’un gouvernement catholique homogène s’appuyant sur une majorité flamande : « C’est le régime de la persécution (sic) des Wallons qui commence. »

(p.92) Les Flamands se sont mis avec ardeur à détruire (sic) plusieurs siècles d’influence française, tandis que les (sic) Wallons restent sentimentalement attachés au rêve de 1830 : la Petite Belgique, sœur (sic) de la France.

(p.94) En 1902, le comte Albert du Bois lance à un million d’exemplaires sn ‘Catéchisme des Wallons’ pour préconiser la réunion de la Wallonie à la France.

(p.98) Après la guerre /14-18/, la Belgique française renaîtrait, plus belle, plus grande, débarrassée (p.99) de l’horripilante question des langues.

(…)

(p.100) L’ILLUSION PERDUE

L’opinion wallonne crut que tout rentrait dans l’ordre et c’est par des quolibets et des moqueries qu’elle accueillit, en 1921, l’élection de cinq nationalistes flamands. Elle voyait dans cette manifestation électorale la dernière convulsion (sic) du flamingantisme mourant, le dernier spasme de l’agonie.

Le réveil fut douloureux, car c’est le 31 juillet de cette même année 1921, pendant que les « braves gens » pensaient à de paisibles vacances, que fut votée une loi sur l’emploi des langues en matière administrative favorable aux revendications flamandes. Cette loi fut baptisée Loi Von Bissing par l’opinion wallonne parce qu’elle faisait penser aux ordonnances que le gouverneur allemand avait prises à la requête du Conseil de Flandre.

L’Assemblée wallonne riposta en faisant introduire au Sénat un projet de loi qui avait pour but d’instaurer le bilatéralisme en vertu duquel une loi ne pouvait être promulguée que si elle avait été votée par une majorité flamande, d’une part, et une majorité wallonne, d’autre (p.101) part. Le Sénat le rejeta le 19 octobre. Le suffrage universel que les Wallons (sic) avaient été si ardents à réclamer jouait en faveur des Flamands, plus nombreux et plus décidés.

Après la loi von Bissing, l’Université von Bissing. (sic)

C’est le nom que les Wallons avaient donné à l’Université de Gand flamandisée sous l’occupation. Les gouvernements belges flamandisèrent à leur tour cette université en deux temps. La flamandisation partielle fut acquise le 31 juillet 1923 et la flamandisation intégrale le 21 octobre 1930, juste au moment où l’on célébrait le centenaire de la révolution belge !

L’armée ne fut pas épargnée. Une loi de septembre 1928 avait établi des régiments wallons et flamands; en 1938, une autre loi créait des divisions flamandes et wallonnes, mais exigeait de l’officier qui veut devenir major la connaissance approfondie des deux langues.

Vinrent ensuite, à partir de 1932, les lois établissant l’unilinguisme en Flandre et en Wallonie.

(p.108) (…) d’après M. Spaak, le grand quartier général flamandisé était animé d’un esprit de défaitisme épouvantable (sic).

Il n’est pas surprenant, dès lors, que cette tragédie ait abouti à la reddition de Léopold III, malgré les avis de son gouvernement.

Que se passa-t-il ensuite ? Cela c’est une autre histoire qui débuta par le fait que peu de temps après, les soldats flamands furent libérés par le vainqueur, tandis que les (sic) soldats wallons étaient enfermés pour de longues années dans les camps allemands.

[21] Philippe Destatte, « Quitter la confusion et rendre sa fête à la Wallonie », DW/FdeW, spécial septembre 1996, p. I-II

Au delà de cette sélection – qui en vaut une autre pour la Communauté française et qui veut mettre en avant la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles -, les historiens se sont interrogés sur la pertinence de l’événement que constituerait la date du 27 septembre 1830 : il ne se serait rien passé ce jour-là, a-t-on dit, en voyant dans ce choix la main des politiques, la turpitude des historiens à leur solde et, pour tout dire, un mythe à déconstruire. Le choses sont pourtant, sous ce plan-là, assez claires. Dans une brochure rédigée dès 1976 par Hervé Hasquin et Georges Van Hout, et largement diffusée dans les écoles ainsi que dans le public par Paul de Stexhe, nouveau Président du Conseil culturel, on lit, sous le titre, Pourquoi le 27 septembre ?, que, dans la nuit du 26 au 27, entre trois et quatre heures du matin, les Hollandais parviennent à évacuer le parc, silencieusement et dans un ordre parfait, s’épargnant ainsi la reddition. Cette fuite consacre la victoire de Bruxelles et des volontaires wallons. […] .

Le mythe, assurément, n’est pas là où d’aucuns ont cru le dénicher… Ainsi, non seulement le Conseil culturel n’a pas essayé de vendre un événement sanglant du 27 septembre mais, d’autre part, l’historien américain Rooney* a battu en brèche l’exaltation du rôle des Wallons dans les Journées de Septembre, en mettant en évidence le fait que, parmi les noms des morts et des blessés qu’il a identifiés comme étant les insurgés tombés au combat, la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou ..des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands (6).

Note : Référence citée : J.W. Rooney, « Profil du combattant de 1830 », Revue belge d’histoire contemporaine, t. 12, 1981, p. 479-504.

[22] Defay, historien, à l’Institut Jules Destrée, Liège, 11 octobre 1996

« Nous n’avons pas de fibre nationale ! » (sic)

Sources — 1.3 Une idée née chez l’occupant

[23] Jo Gérard, Oui ! La Belgique existe, je l’ai rencontrée, 1988

Titre donné par l’auteur : « Degrelle / Rex contre la Belgique unie »

“Le 10 avril 1937, le journal rexiste ‘Le Pays réel’ publia le texte de l’accord conclu entre Léon Degrelle et Staf Declercq, président du V.N.V., le parti nationaliste flamand de l’époque. L’accord commence par ces termes: “Rex défend le programme suivant: la transformation du régime unitaire belge en un Etat fédéral.” Plutôt fâcheux et combien compromettants, les précurseurs du régime dont nous dotèrent les partis depuis 1980 … Pourquoi se crurent-ils obligés de réaliser les souhaits de Rex et du V.N.V.?”

Sources — 1.3.1 1917 : von Bissing coupe la Belgique en deux

[24] Jo Gérard, « Les Allemands ont inventé le séparatisme belge », La Libre Belgique, 19 septembre 1996

Les inventeurs du séparatisme ne visaient qu’ un objectif: affaiblir la Belgique pour mieux la soumettre à l’impérialisme étranger, celui de Guillaume II en 1914-18, celui d’ Adolf Hitler en 1940-44.

Le 21 mars 1917, le général von Bissing, gouverneur général de la Belgique occupée, signait un arrêté ainsi conçu: “Il est formé en Belgique deux régions administratives, dont l’une comprend les provinces d’ Anvers, de Limbourg, de Flandre Orientale et de Flandre Occidentale ainsi que les arrondissements de Bruxelles et de Louvain; l’autre, les provinces de Hainaut, de Liège, de Luxembourg et de Namur, ainsi que l’ arrondissement de Nivelles.

L’administration de la première de ces régions sera dirigée de Bruxelles; celle de la deuxième région, de Namur. Sont réservées toutes les dispositons qui seront destinées à assurer l’exécution du présent arrêté, notamment au point de vue de l’ organisation administrative des deux régions et de la remise des affaires.”

L’ambitieux plan de von Bissing

Le général von Bissing est, en 1917, le gouverneur militaire de la Belgique occupée. … Le 6 avril 1917, le général von Bissing adresse à Guillaume II le programme complet du séparatisme qu’ il veut infliger à notre pays. Voici le texte intégral et saisissant de cette lettre:

“Conformément aux indications de Votre Majesté, j’applique toute mon énergie à développer le plus rapidement possible la politique flamande (Flamenpolitik) ordonnée par Votre Majesté. Après m’ être entendu sur les mesures à prendre, le 17 du mois passé, avec le représentant du chancelier, le secrétaire d’ Etat à l’Intérieur, j’ai institué une commission qui doit préparer la division de l’ ancien royaume de Belgique en partie flamande et partie wallonne. Comme premier pas, j’ai, d’après l’ avis de cette commission, divisé, par ordonnance du 21 écoulé, le territoire du gouvernement général en deux régions administratives, une flamande et une wallonne. En prenant pour base la limite linguistique, ces deux territoires sont bornés par les frontières des provinces et il n’ y a que le Brabant qui sera divisé en deux.

A mesure que l’avancement des travaux le permettra,les ministères wallons seront transférés à Namur, tandis que les Flamands resteront à Bruxelles. Suivant nos prévisions, on commencera par le déplacement du ministère wallon de l’ Industrie et du Travail à Namur. Dès maintenant, on prend des mesures pour trouver des locaux à Namur. La séparation des ministères belges sera suivie d’ autres mesures de séparation. Il convient de signaler particulièrement l’ organisation judiciaire.

Les espérances fondées sur la création d’une Flandre délivrée de l’influence des

Wallons seront, espérons-le, réalisées et serviront alors certainement les intérêts allemands.

Aux mesures de séparation des autorités belges se joindra la nomination de deux chefs d’administration allemands, pour la Flandre et la Wallonie, et cette désignation va même se faire, dès maintenant.

Je me permets cependant, d’ajouter qu’ il ne serait pas bon d’abandonner à son sort la Flandre délivrée de la domination de la Wallonie, ou encore de la considérer comme un objet de marchandage dans les pourparlers de paix qui sont imminents. Si l’Empire allemand n’ y prend garde, le sort de la Wallonie sera celui d’un ennemi de l’Allemagne, entièrement francisé. Une Wallonie rendue à l’ influence française deviendrait automatiquement un instrument de domination anglaise et servirait de prétexte aux visées anglaises sur les côtes de la Flandre…

L’extension de la puissance allemande et de l’influence allemande en Wallonie ne me paraissent pas moins importante qu’en Flandre. Economiquement, la Wallonie vaut même plus pour l’Allemagne que la Flandre, à cause de son industrie, en particulier à cause de ses charbonnages que j’ai maintenus en pleine activité. Assurément, la valeur économique des Flandres grandira considérablement lorsque les trésors en charbon de la Campine seront exploités. Il faut montrer, en outre, qu’il y a entre Flamands et Wallons beaucoup de relations économiques qui doivent continuer après la séparation, si l’on ne veut pas que tous deux, ou au moins l’un des deux, ne subissent des dommages. La population wallonne est plus facile à manier et à diriger que la flamande. Les Flamands sont naturellement plus lourds et plus enclins à la résistance. Les Wallons sont plus légers et, s’ils gagnent beaucoup, s’ils ont quelques avantages sociaux, s’ils peuvent jouir de la vie, ils sont faciles à gouverner. En conséquence, je considère comme un devoir envers Votre Majesté et envers la patrie de faire remarquer qu’il faut avoir soin de conserver une Wallonie bien organisée à côté d’une Flandre bien organisée.

EBRANLER L’ARMEE BELGE

Le séparatisme appliqué par von Bissing fait partie d’ un programme dont l’ exécution est systématiquement voulue par les plus hautes autorités du Reich. Dès le 7 mars 1917, le chancelier van Bethmann-Hollweg écrivait au maréchal Hindenburg: “…Quoi qu’il arrive, une Belgique dont l’ organisation intérieure est séparée et dont la majorité flamande est délivrée de la de la domination de la minorité wallonne, orientée vers la France, sera plus aisément rendue utile aux intérêts allemands que l’Etat belge dans sa constitution actuelle.”

(…) Le 7 février 1918, (…) Ludendorff, écrit au chancelier de l’Empire: “ Je me permets d’envoyer à Votre Excellence la copie d’un mémoire de l’amiral commandant le corps de marine, traitant de la politique flamande. L’amiral Schröder, qui est depuis plus de trois ans, en Flandre, doit indiscutablement être considéré comme une personnalité à même de juger de la question flamande. Je ne puis que prier à nouveau Votre Excellence de fa voriser., par tous les moyens, l’opposition entre Flamands et Wallons, afin d’ébranler le moral et, par là, la force combative de l’armée belge composée de plusieurs divisions. Le gouverneur général, Freiherr von Falkenhausen (1), me fit savoir, qu’il considère comme un réel renforcement de la cause flamande en ce moment la réception de ses chefs par Votre Excellence et l’assurance que Votre Excellence est disposée à maintenir les buis du chancelier précédent, et à protéger le caractère propre du peuple flamand, qui nous est apparenté, contre l’oppression des Wallons et des Français. Dans l’intérêt de l’action militaire, je serais tout spécialement reconnaissant à Votre Excellence si elle pouvait se résoudre à agir dans ce sens. »

(1) Il avait succédé au général von Bissing, mort à la fin de 1917, comme gouverneur militaire de la Belgique occupée.

Deux hommes vont appliquer, de 1940 à 1944, les directives séparatistes allemandes en Belgique. Ils utiliseront un vocabulaire et lanceront des idées très semblables à celles que propagent, aujourd’hui, certains extrémistes. Ces deux agents du Reich furent Léon Degrelle et Staf Declercq …

Le 10 mai 1941 fut signé l’ accord Rex-VNV qui partageait la Belgique en deux communautés, la flamande et la wallonne respectivement considérées, comme les chasses gardées de Staf de Clercq et de Léon Degrelle.

[25] Jo Gérard, « Le dossier noir du séparatisme belge », Le Dossier du mois, n° 4, 1963, p. 12-19

I. Ce cher baron von der Lancken

Ce cher baron von der Lancken, voyez-le en août 1914 : il a quarante-sept ans, la taille bien prise, une élégance de guêpe prussienne et belliqueuse. Il appartient à une vieille famille de junkers. Il a fait d’excellentes études d’histoire, de droit et d’économie politique à Lausanne.

Il adore Chartres et Florence.

C’est un guerrier très cultivé et qui, lors du siège d’Anvers par les troupes de Guillaume II, insistera pour que l’artillerie de sa Majesté Impériale ménage la cathédrale.

Le baron est adjoint au gouverneur général von Bissing qui représente l’empereur en Belgique occupée.

Le 13 février 1915, von der Lancken est nommé chef de la « Section Politique » créée par von Bissing.

Il a dans ses compétences, la politique religieuse, la politique flamande et la presse. Autour de lui, toute une équipe de fonctionnaires actifs, zélés, discrets.

Le baron va devenir un personnage très important encore que trop oublié, de notre histoire nationale. Pourquoi ?

Le père du séparatisme belge

Lorsqu’il s’installa dans ses bureaux de la Section Politique, à Bruxelles, le baron von der Lancken se vit remettre par von Bissing un dossier portant la mention « Geheim » (Secret).

Il l’ouvrit et y trouva, d’abord, une lettre du chancelier von Bethmann – Hollweg adressée à M. von Sandt, un fonctionnaire tatillon qui était le chef de l’administration civile allemande, en Belgique.

Ce von Sandt, quel rond de cuir, lent, précautionneux, toujours entre le garde-à-vous et le parapluie !

Le baron von der Lancken lit la missive du chancelier : « Nous devons soutenir d’une façon aussi apparente que possible le mouvement culturel flamand, et nouer des contacts avec certaines personnalités flamandes ».

A ces directives datées du 2 septembre 1914, étaient joints de curieux rapports rédigés par un capitaine de la Landwehr, le docteur Dirr, membre de la Diète bavaroise.

Le docteur Dirr avait analysé la mentalité en Flandre occupée.

Le 23 décembre 1914, il est convoqué à Bruxelles, car le chancelier du Reich von Bethmann-Hollweg venait d’insister, une semaine plus tôt, sur : « L’intérêt qu’avait l’Allemagne à s’acquérir auprès d’une forte partie de la population belge, une position de protecteur naturel et d’ami véritable..

(p.13) « Il faut qu’un service spécial assume cette tâche et accorde une attention approfondie et persévérante au problème flamand. »

Le docteur Dirr, à la veille de Noël 1914, parle donc devant von Bissing et von der Lancken. M déclare que les Allemands doivent accorder aux Flamands des lois scolaires, des lois linguistiques et une université unilingue à Gand.

Le gouverneur von Bissing approuve mais recommande la plus extrême prudence et il ajoute textuellement : « Pour gagner complètement ou partiellement les Flandres, il convient de suivre des voies plus paisibles, purement pratiques, celles de la politique réaliste. Ce résultat présuppose, un petit travail de tous les jours, un travail réfléchi, patient, persévérant, prudent. Ce dernier ne devait pas porter atteinte au principe directeur essentiel du mouvement flamand à l’égard de nous autres, Allemands. Ce principe est formulé dans de multiples déclarations de milieux flamands influents et peut être brièvement défini de la façon suivante : Seuls des individus isolés désirent le rattachement à l’Allemagne. La grande majorité des sujets flamands veulent être des Germains à culture hollande-flamande, mais ne veulent pas devenir des Allemands authentiques parlant le haut-allemand. Ils veulent que soit assurée l’autonomie nationale des Néerlandais ».

» Le mouvement flamand se donne pour objectif le relèvement matériel et spirituel du rameau flamand par le, moyen de la langue maternelle. Il reconnait les Allemands du Reich comme un peuple ami, apparenté aux Flamands, mais il ne voit nullement en lui un compatriote. »

En pleine action

Les directives du gouverneur von Bissing ne demeureront pas lettre morte.

Elles aboutiront à la création du « Conseil de Flandre », le 4 février 1917. Il rassemblera les activistes Tack, Borms, Heynderickx, Kimpe, Picard, Doussy qui avaient formé un Comité d’Action.

Dès le 28 janvier 1917, von der Lancken adresse à Berlin un rapport sur cet organisme.

Voici ce document étonnant : « Le 7 janvier eut lieu à Bruxelles, sous la direction du directeur-général de l’Instruction Publique, M. Tack, une réunion de quarante-six hommes de confiance de tout le pays flamand et où les différentes tendances activistes étaient représentées. Des membres du corps professoral de l’Université de Gand étaient également présents.

» A cette réunion, on s’est arrêté à la formule suivante :

» Les Flamands en Belgique exigent pour la Flandre une indépendance complète et absolue, un gouvernement autonome et le développement immédiat de toutes les mesures qui peuvent faire atteindre ce but.

» La réunion a élu un conseil exécutif qui prépare la convocation d’une assemblée plus importante de délégués du mouvement flamand activiste pour le 4 février 1917. C’est à l’approbation de ces délégués qu’on soumettra la formule d’union, et un exposé des motifs adressé aux puissances neutres ainsi qu’un manifeste à adresser au gouverneur général et au Chancelier.

» Le Comité des chefs s’est entendu à cet effet avec la section politique. Les débats ont montré que les chefs flamands ont parfaitement conscience de la portée de leurs actes. En particulier, ils savent très bien que leur conduite sera considérée par le Gouvernement belge du Havre comme révolutionnaire. Malgré cela, ils sont décidés à poursuivre leur but. En conformité avec les déclarations concernant la Belgique et la Flandre faites par M. le Chancelier au Reichstag, le 5 avril 1915, et avec la politique flamande du Gouverneur général approuvée par le Chancelier, ils se déclarent disposés à suivre, avec leurs adeptes, l’Allemagne sur la voie qui peut conduire le peuple flamand à la plus grande indépendance possible. S’il était impossible de prendre une décision finale en ce qui concerne le sort futur de la Belgique et de la Flandre, ainsi que la réorganisation de l’Etat sur cette base, les chefs flamands sont pourtant d’avis qu’on pourrait hâter les mesures qui conduisent à la réalisation de ce but, notamment, la séparation administrative. Mais comme la séparation administrative n’offre pas assez de garantie pour l’avenir, il convient de préparer encore pendant la guerre et par les moyens appropriés la future autonomie de la Flandre, autant que cela se peut.

» C’est relativement à cette revendication et pour l’exécution pratique des possibilités offertes que les activistes veulent entrer en pourparlers avec le Gouvernement général et la direction de l’Empire. Dans ce but, ils se proposent de former un comité nommé par une espèce d’assemblée nationale et de lui confier la direction des négociations.

» La question de savoir si l’autonomie doit se faire sous forme de fédération dans une Belgique future ou sous forme d’Etat indépendant, doit être écartée afin de maintenir l’union entre les activistes.

» Les représentants des groupes les plus avancés de la Jeune-Flandre ont admis cette restriction ; ce groupe, comme on le sait, veut la complète disparition de l’Etat Belge.

» C’est ainsi qu’on est parvenu à arrêter une action commune de tous les groupes sur la base d’une idée politique commune et dans un but déterminé. Ce fait est d’une grande importance politique. Les dirigeants du mouvement activiste sortent ainsi du cadre de la constitution de l’Etat Belge et affirment la volonté de l’établissement d’un nouveau gouvernement et d’une nouvelle forme d’Etat pour la Flandre et éventuellement pour la Belgique si l’Allemagne y prête la main.

» On peut être certain que la prochaine assemblée à laquelle assisteront de nombreux hommes de confiance de tout le pays flamand, approuvera les propositions et les proclamations préparées par le Comité des dirigeants.

* L’intention des chefs est de faire émettre par l’assemblée, le vœu que le Comité à nommer par elle soit reçu par M. le Gouverneur général et par M. le Chancelier, pour leur soumettre ses décisions et de commencer les pourpar-ler à ce sujet. »

Le 3 mars 1917, von Bethmann-Hollweg reçoit à Berlin, une délégation du Conseil de Flandre et l’assure que : « L’Empire allemand s’occupera encore de la Flandre après la conclusion de la paix ».

De jolis messieurs

Les activistes étaient-ils tous des « idéalistes » fourvoyés dans une politique dangereuse par amour pour la Flandre ?

Pour dissiper ce mythe, il suffit de lire un document quasi-inconnu de nos jours, le discours que prononça en octobre 1920, l’avocat général Straetmans, à la réouverture des tribunaux belges.

Ce haut magistrat déclara : « Tack était, avant la guerre, professeur à l’athénée royal d’Ixelles. C’est cet individu qui, plus d’une fois, a déclaré, dans des réunions activistes, que les Flamands devaient une grande reconnaissance aux Allemands, que les Allemands versaient leur sang pour les Flamands, et qu’on devait admettre les réquisitions d’ouvriers faites par les Allemands, si la situation militaire les exigeait absolument.

« Tack fut président de la délégation qui se rendit à Berlin, président du premier Conseil de Flandre, et président de la Commission des fondés de pouvoir.

» II fut nommé directeur général de l’enseignement supérieur au ministère flamand des sciences et des arts, au traitement initial de 10.000 francs (1) ; comme professeur à l’Université de Gand, il avait 6.000 francs et une indemnité de 4.000 francs pour un cours d’encyclopédie.

(p.14) » Voilà donc un traitement fixe de 20.000 francs. Il avait, en outre, les jetons de présence pour les séances du Conseil de Flandre et des commissions, des frais de voyage et de propagande. Et, alors qu’il est professeur à l’Université de Gand, et qu’il doit donc se rendre régulièrement dans cette ville pour donner ses cours, il trouve moyen de se faire payer des états de frais pour des déplacements de Bruxelles à Gand, en qualité de directeur de l’enseignement supérieur !

» Les professeurs de l’Université de Gand recevaient une indemnité variant de 600 francs à deux mille francs, pour compenser la suppression du minerval.

» Ils avaient également une indemnité de vie chère.

» Ne perdons pas de vue que les activistes touchaient ces traitements et indemnités, pendant la guerre, à un moment où le traitement de base d’un premier président de cour d’appel était encore de 11.250 francs.

» II n’est pas sans intérêt de constater que certains chefs activistes, tels que Tack, étaient ravitaillés par des camions allemands.

» Non seulement Tack était payé pour sa propagande mais son fils mineur, habitant avec lui, étudiant à l’université de Gand, figure également dans les documents saisis comme ayant touché la somme de 2.725 francs du chef de propagande en faveur de l’université de Gand.

» Le docteur Dumon, de Bruges, a pu, grâce à son activisme réaliser un véritable miracle financier. Bien que docteur, il devint le fournisseur attitré des Allemands pour les denrées alimentaires, tabacs, etc…

» Lorsqu’il débuta dans les affaires, il disposait d’un capital de 6.140 francs dont 5.000 lui avaient été prêtés par un tiers. C’était en novembre 1914. Il pouvait se rendre en Hollande pour y acheter des quantités considérables de marchandises ; d’après le receveur des douanes de West-Cappelle, il introduisait, au moins trois trains de marchandises par semaine, rien que par cette station-frontière.

» Ces marchandises étaient exemptes des droits de douane. Mieux valait, d’après Dumon, frustrer le fisc belge que de devoir majorer le prix de vente aux Allemands, à raison des droits dûs.

« II s’ingéniait, écrit-il, dans une requête, à faire tout ce qu’il pouvait pour assurer de notables quantités de marchandises aux armées allemandes et pour empêcher qu’elles ne fussent fournies pour la consommation des Belges.

» Dans ces conditions, il n’y a rien d’étonnant à ce que, disposant d’un capital initial de 6.140 francs, il ait fait des bénéfices dépassant 1.500.000 francs.

« Dumon était, naturellement, un activiste exalté.

» Karel Heynderickx, dont le désintéressement était hautement vanté par tous et par lui-même, a eu avec les Allemands, une correspondance volumineuse au sujet de la fixation de ses traitements et émoluments.

» II n’a accepté les fonctions de professeur à l’Université d’abord, de secrétaire général au ministère de l’intérieur ensuite, que lorsque les conventions lui donnant les garanties désirées furent couchées sur le papier ; des assurances verbales ne lui suffisaient pas.

» Et Heynderickx, le secrétaire communal de la petite ville de Saint-Nicolas, avait obtenu, comme secrétaire général, un traitement initial de 12.000 francs, une indemnité annuelle de 5.000 francs et, comme professeur à l’Université, 7.000 francs soit donc un traitement total de 24.000 francs. Il avait en outre, une indemnité mensuelle de vie chère de 158 francs, jetons de présence, etc…

» En cas de perte d’emploi, on lui assurait une rente viagère de 10.650 francs. Cette somme représentait ce qu’il était censé gagner à Saint-Nicolas comme secrétaire communal, comme assesseur au conseil d’arbitrage, comme secrétaire du Davidsfonds et comme agent principal de la Société d’Assurances « Les Propriétaires Réunis ». Mais il est avéré que certains des chiffres qu’il a indiqué pour servir de base au calcul de la garantie sont exagérés et qu’il gagnait moins de 10.650 francs.

(1) II s’agit de francs à multiplier par 30 pour connaître leur valeur actuelle.

» Comme personnification du désintéressement, le personnage est vraiment peu réussi…

» Voilà le soit-disant idéalisme de Messieurs les activistes, pris sur le vif.

» Les chiffres cités résultent des pièces saisies. Or, nous n’avons certainement pas toutes les pièces puisqu’à l’approche de la débâcle allemande, on a brûlé des quantités énormes de papiers, tant du côté allemand que chez les activistes, et que la plus grande partie des archives activistes, fut transférée à Leipzig.

» Il est donc permis d’affirmer que les avantages signalés ne constituent qu’une partie de ceux dont ils jouissaient en réalité.

» Ces Messieurs persuadés que les Allemands seraient victorieux, et avec eux, l’activisme, étaient convaincus qu’ils occupaient définitivement les places qu’ils s’étaient distribuées et que, plus tard, ils pourraient s’en attribuer et en distribuer d’autres encore.

» L’activisme n’était en réalité, qu’une escroquerie politique.

» Les activistes furent des instruments aux mains des ennemis ; ils devaient d’après le programme allemand, indiqué par le testament politique de von Bissing, créer et attiser des dissensions entre Belges, pour que notre patrie, divisée, devînt plus sûrement la proie de l’ennemi.

» Nous osons formuler le vœu que ceux qui ont la charge de diriger les destinées de notre chère Belgique, se souviennent de ce que voulaient les Allemands ; il importe de ne pas exécuter leur programme. »

Mais au discours de l’avocat général Straetmans joignons une autre révélation, en l’occurence la lettre qu’un fonctionnaire allemand, le Docteur Asmis écrivit, le 9 octobre 1918 à von der Lancken : « Je vous serais reconnaissant si vous vouliez m’informer si les livres et les actes de votre administration financière contiennent des paiements faits aux activistes et si ces sommes ont été portées dans les livres de façon à pouvoir être facilement reconnaissables. Dans ce cas, je vous prie d’ordonner la disparition de tels paiements. Une personnalité flamande me raconta, cet après-midi, que les livres de l’administration financière portaient entre autres, une remarque au sujet des 5.000 marks touchés par le docteur Borms pour son voyage à Berlin. De telles annotations dans les livres pourraient être fatales aux Flamands intéressés, dans le cas d’une vérification des livres par le Gouvernement belge, à son retour. A mon avis, il est du devoir du Gouvernement allemand de protéger dans la mesure du possible les Flamands des désavantages résultant de leur collaboration avec nous ».

Quelques jours plus tard, le 30 octobre 1918, le docteur Asmis donnait dans une autre lettre, ces directives prouvant l’intention délibérée de l’Allemagne d’entretenir, même après la guerre, des germes de discorde en Belgique : < II faut insister pour que ne quittent le pays que ceux qui, par suite de leur activité politique et de leurs relations “avec les autorités allemandes et des personnes allemandes, auraient à craindre pour leur vie.

> Chacun doit pouvoir juger s’il se trouve dans ce cas. Il est cependant de l’intérêt de la continuation du mouvement flamand qu’il reste au pays le plus grand nombre d’activistes possibles. Ceux-ci pourraient se soustraire aux attaques et persécutions de la foule en se tenant cachés pendant les premiers jours de tumulte qui suivront la rentrée victorieuse du Gouvernement Belge. »

Les quelques documents que nous venons de publier démontrent clairement que le séparatisme fut, en Belgique, une création allemande.

II. LES DESSOUS D’UNE CERTAINE PROPAGANDE

On s’imagine généralement, que les méthodes modernes de propagande par le cinéma et par la presse ne datent que de la guerre 1940-1944.

Les nazis inondèrent, à cette époque, la Belgique, de journaux, d’illustrés et de films dans le double but de nous diviser irrémédiablement en Flamands et en Wallons et de nous persuader de la toute-puissance éternelle du Illme Reich.

Nous allons prouver, aujourd’hui, que ces méthodes étaient déjà abondamment utilisées et dans les mêmes intentions, eh 1914-1918.

(p.15) Les Allemands avaient créé une « Pressezentrale » une section centrale de la presse dont le rapport von der Lancken du mois de février 1918 précise bien les objectifs et le fonctionnement :

« La nouvelle direction chercha aussi à rester en contact avec la «Conférence de la Presse» qui se tient régulièrement à Berlin, deux fois par semaine, en partie par l’intermédiaire du ministère des Affaires Etrangères, en partie par l’intermédiaire du ministère de l’Intérieur, suivant que les choses à traiter étaient du domaine de l’un ou de l’autre de ces départements. Par cette innovation, les représentants des journaux allemands purent recevoir, par exemple, des directives concernant le mouvement activiste wallon qui commençait à se manifester, déjà avant la publication de l’appel dans la presse allemande ; il en fut de même pour la démission du premier ministre belge et le manifeste du « Raad van Vlanderen » au peuple allemand. Cette façon d’influencer fut continuée personnellement à l’occasion de la présence du chef de la Pressezentrale qui prit souvent contact avec le chef du service d’information du ministère des Affaires étrangères, les chefs de l’« Office de guerre pour la Presse » ainsi qu’avec les attachés militaires du ministère des Affaires étrangères. »

Toutefois, le baron von der Lancken n’est pas entièrement satisfait, il est même déçu par le patriotisme des journalistes flamands :

« La presse activiste flamande répond bien à son but qui est de faire de l’agitation en faveur de l’affranchissement du peuple belge. Cependant, elle ne s’entend pas encore fort bien à étendre le cercle de ses lecteurs par une meilleure présentation des sujets et des informations dont elle dispose. Il est donc très compréhensible que cette presse n’a pas encore pris un style qui lui est propre et dépend fortement du concours des autorités allemandes qui s’occupent de la presse. Ceci résulte de ce que les journalistes flamands qui travaillaient dans la presse belge avant la guerre ont refusé jusqu’à présent d’entrer dans la rédaction de feuilles activistes ».

Des buts précis

Si les Allemands soutiennent des journaux à leur dévotion, c’est avec l’espoir de préparer l’opinion belge au plan von Bissing tel que le gouverneur général le développe dans la lettre qu’il adresse, le 6 avril 1917, à Guillaume II, lui-même :

« Conformément aux indications de Votre Majesté, j’applique toute mon énergie à développer le plus rapidement possible la politique flamande (Flamenpolitik) ordonnée par Votre Majesté. Après m’être entendu sur les mesures à prendre, le 17 du mois passé, avec le représentant du chancelier, le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, j’ai institué une Commission qui doit préparer la division de l’ancien royaume de Belgique en partie flamande et partie wallonne. Comme premier pas, j’ai, d’après l’avis de cette Commission, divisé, par ordonnance du 21 écoulé, le territoire du gouvernement général en deux régions administratives, une flamande et une wallonne. En prenant pour base la limite linguistique, ces deux territoires sont bornés par les frontières des provinces et il n’y a que le Brabant qui sera divisé en deux.

» A mesure que l’avancement des travaux le permettra, les ministères wallons seront transférés à Namur, tandis que les flamands resteront à Bruxelles. Suivant nos prévisions, on commencera par le déplacement du ministère wallon de l’Industrie et du Travail à Namur. Dès maintenant, on prend des mesures pour trouver des locaux à Namur. La séparation des ministères belges sera suivie d’autres mesures de séparation, il convient de signaler particulièrement l’organisation judiciaire. Aux mesures de séparation des autorités belges se joindra la nomination de deux chefs d’administration allemands pour la Flandre et la Wallonie et cette désignation va même se faire dès maintenant.

» Les espérances fondées sur la création d’une Flandre délivrée de l’influence des Wallons seront, espérons-le réalisées et serviront, alors, certainement les intérêts allemands.

« Je me permets, cependant d’ajouter qu’il ne serait pas bon d’abandonner à son sort la Flandre délivrée de la domination de la Wallonie, ou encore, de la considérer comme un objet de marchandage dans les pourparlers de paix qui sont imminents. Si l’empire allemand n’y prend garde, le sort de la Wallonie sera celui d’un ennemi de l’Allemagne, entièrement francisé. Une Wallonie rendue à l’influence française deviendrait automatiquement un instrument de domination anglaise et servirait de prétexte aux visées anglaises sur les côtes de la Flandre. L’extension de la puissance allemande et de l’influence allemande en Wallonie ne me paraissent pas moins importantes qu’en Flandre. Economiquement, la Wallonie vaut même plus pour l’Allemagne que la Flandre à cause de son industrie, en particulier à cause de ses charbonnages que j’ai maintenus en pleine activité. Assurément, la valeur économique des Flandres grandira considérablement lorsque les trésors en charbon de la Cam-pine seront exploités. Il faut noter, en outre, qu’il y a entre Flamands et Wallons beaucoup de relations économiques qui doivent continuer après la séparation, si l’on ne veut pas que tous deux ou au moins l’un des deux, ne subissent des dommages. La population wallonne est plus facile à manier et à diriger que la flamande. Les Flamands sont naturellement plus lourds et plus enclins à la résistance. Les Wallons sont plus légers, et s’ils gagnent beaucoup, s’ils ont quelques avantages sociaux, s’ils peuvent jouir de la vie, ils sont faciles à gouverner. En conséquence, je considère comme un devoir envers Votre Majesté et envers la Patrie de faire remarquer qu’il faut avoir soin de conserver une Wallonie bien organisée à côté d’une Flandre bien organisée. »

Les projets de von Bissing sont l’objet des préoccupations constantes des dirigeants allemands.

Le 7 mars 1917, le chancelier von Bethmann-Hollweg écrit au maréchal von Hindenburg :

« Les intérêts allemands que nous poursuivons avec cette politique apparaissent clairement. Le sort de la Belgique dépend du succès final de nos armes. Quoi qu’il arrive, une Belgique dont l’organisation intérieure est séparée et dont la majorité flamande est délivrée de la domination de la minorité wallonne, orientée vers la France, sera plus aisément rendue utile aux intérêts allemands que l’Etat Belge dans sa constitution actuelle.

» Ce but sera atteint d’autant plus vite que nous parviendrons à mettre les Flamands de notre côté… »

Et dans ses « Souvenirs de guerre » Ludendorff dira : – Notre propagande flamande avait commencé à prendre dans l’armée Belge. Il nous arrivait assez souvent des déserteurs dont les témoignages montraient que le mouvement flamand diminuait l’hostilité de l’armée belge à notre égard. »

D’ailleurs, le 7 février 1918, Ludendorff signait la lettre que voici adressée au chancelier d’Empire : « Je me permets d’envoyer à votre Excellence la copie d’un mémoire de l’amiral commandant le Corps de Marine, traitant de la politique flamande. L’amiral von Schröder qui est, depuis plus de trois ans, en Flandre, doit indiscutablement être considéré comme une personnalité à même de juger de la question flamande. Je ne puis que prier à nouveau Votre Excellence de favoriser, par tous les moyens, l’opposition entre Flamands et Wallons afin d’ébranler le moral et, par (p.16) là, la force combattive de l’armée belge composée de plusieurs divisions.

» Le gouverneur général, Freiherr von Falkenhausen, me fit savoir qu’il considère comme un réel renforcement de la cause flamande, en ce moment la réception de ses chefs par Votre Excellence et l’assurance que Votre Excellence est disposée à maintenir les buts du précédent chancelier et de protéger le caractère propre du peuple flamand qui nous est apparenté, contre l’oppression des Wallons et des Français.

» Dans l’intérêt de l’action militaire, je serais tout spécialement reconnaissant à votre Excellence, si elle pouvait se résoudre à agir dans ce sens. »

De son côté, le général von Lossberg, chef d’état-major du 4me corps d’armée, écrit au Kronprinz Rupprecht, le 6 janvier 1918 : « Sub. 1°. Une propagande à l’armée belge est possible et promet des résultats. Les divergences qui ont surgi, ces derniers temps, entre Flamands et Wallons peuvent être rendues plus profondes, les difficultés du gouvernement belge qui se trouve sous l’influence française peuvent être augmentées. Ainsi, une propagande adroite pourrait agir de façon déprimante sur la mentalité de la partie flamande de l’armée belge.

» Sub. 2°. La propagande doit accentuer fortement ce qui sépare les Flamands des Wallons, notamment appuyer sur toute injustice ou abandon que les Flamands ont dû souffrir de la part des Wallons, avant et pendant la guerre. Il faut que l’on démontre aux soldats flamands que la politique francophile a précipité la Belgique dans le malheur, qu’elle est cause de toutes les souffrances actuelles et que la France et l’Angleterre ont abusé et abuseront encore dans l’avenir de la Belgique comme bouc émissaire contre l’Allemagne, si les Flamands ne parviennent pas à une complète indépendance.

» Comme moyens appropriés, il y a lieu de considérer la presse flamande du pays occupé et les publications spéciales des organisations activistes. Parmi ces dernières, ce sont surtout les sociétés d’ouvriers et les associations professionnelles qui, par des revendications énergiques, pourront gagner une forte influence sur les soldats belges. Il faut accorder moins de valeur à la collaboration des classes supérieures de la société. La collaboration d’Allemands, officiers du service de renseignements, officiers, reporters de guerre, peut être utile et doit être employée, mais ne doit pas être rendue publique.

» De plus, des éclaircissements souvents répétés aux soldats belges sur la vie, le travail et le salaire des prisonniers de guerre belges, en Allemagne, par la parole et l’image, influenceront avantageusement les soldats. A cet effet, s’il y a un moyen quelconque, il y aura lieu de travailler, en dehors du lancement de tracts de l’autre côté des lignes, en empruntant le chemin de la Hollande. »

Par la presse et par le film

L’Oberleutnant von Heimburg chargé d’organiser la propagande activiste dans l’armée belge démasque froidement ses batteries et il déclare : « Le but que nous poursuivons par notre propagande flamande au front belge est un but militaire. Nous inondons le front belge de quantité de journaux flamands, entre autres du périodique belge « Door Vlaanderen heen ». Cette feuille a pour but d’exacerber la nostalgie du soldat flamand et cela par la reproduction d’intérieurs flamands ; avec une mention tendancieuse par exemple : « Joseph reviens ! Tes parents t’attendent ! » Ces photos ont réellement été prises dans des familles dont les fils sont au front belge. Cette photo tombera peut-être avec le journal, dans les mains du Joseph en question. Mais en voyant cela, n’importe quel soldat flamand, généralement très peu éduqué, se sentira pris de nostalgie. Dans cette même feuille, on énumère les griefs nombreux des Flamands. Joignez le sentiment du mécontentement provoqué par ceci au sentiment de nostalgie : le moral s’en trouvera fort abattu. Nous soutenons, aussi, indirectement, tous les journaux flamands en pays occupé, et nous favorisons la création de journaux nouveaux. Dans ces journaux se trouveront des articles de personnalités très influentes dans le mouvement flamand d’avant-guerre, articles traitant des griefs flamands en général, et plus particulièrement des plaintes envoyées à ces meneurs par des soldats prisonniers en Allemagne au sujet des traitements infligés aux Flamands dans l’armée belge. Lorsque ces journaux tombent dans les mains de membres actifs et intellectuels du mouvement flamand d’avant-guerre, ils diront : « II est impossible que ces activistes soient des traîtres. Des hommes comme Borms, Depla, Heynderickx, Augustijns, De Clerck, Dosfel et autres, ne peuvent être des renégats : c’est impossible. Borms lui-même n’avait-il pas poussé ses adeptes à s’engager dans l’armée belge ? » D’autre part, la variété et la profusion des journaux flamands accréditeront l’idée que le mouvement activiste est beaucoup plus important que les journaux belges ne veulent le leur laisser croire. Tous ces faits et réflexions feront que ces lecteurs intellectuels se grouperont, verront beaucoup plus vite le plus petit grief et le grossiront malgré eux. Quant au soldat plus simple qui lira ces journaux, il croira encore beaucoup plus vite tout ce qu’il y trouvera, et la moindre punition ou réprimande qu’il encourra, il l’imputera au seul fait d’être Flamand. Grâce à tout ceci, il se créera de l’autre côté un autre mouvement flamand pareil à celui de ce côté-ci. Or, ce mouvement flamand ne pourra évidemment en aucune façon être toléré par l’autorité militaire belge. Le résultat en sera la création d’un mouvement clandestin, et par le fait même, il y aura du frottement, de l’effervescence et du mécontentement dans l’armée belge. Sa cohésion, son unité, son moral en souffriront grandement pendant qu’elle s’occupera d’elle-même, elle ne s’occupera pas de nous. De toute façon, nous pourrons tenir un front de 50 km avec un nombre très restreint de régiments contre une armée ennemie de beaucoup supérieure en nombre, et en cas d’une offensive allemande, cette armée démoralisée et très réduite dans sa discipline et sa valeur combattive, n’opposerait que peu de résistance ou bien devrait être remplacée par des Anglais ou des Français ce qui signifierait pour ceux-ci une perte de 80.000 à 100.000 hommes ce qui n’est pas à dédaigner. J’espère que nous réussirons. »

Le 12 août 1918, l’Oberleutnant allemand Picht, dans un rapport sur les moyens à utiliser pour hâter la division de la Belgique, écrit : « Pour le cinéma, l’histoire et les paysages des Flandres présentent une matière heureuse et à peine entamée. L’Universum-Film A.G. récemment fondée qui est en relation avec le « Bild und Filmamt » serait probablement disposée a entreprendre une action dans ce sens.

» Des représentations spéciales consacrées à la Flandre attireraient, vraisemblablement, un nombreux public. »

Le 29 août 1918, l’officier-de renseignements Hauptmann Staehle envoie cette lettre à l’état-major général de Berlin : « L’utilisation des films comme moyen tout particulièrement efficace pour la propagande du mouvement flamand en Allemagne, dans les pays neutres et dans les pays occupés, est considérée ici comme souhaitable et très urgente. Le récent développement du mouvement flamand dans l’armée belge et dans le pays occupé offre de la matière pour une action cinématographique intense et dramatique. Le projet d’un pareil film se trouve ici. Il devrait être pris à Courtrai et environs, en partie pour des raisons topographiques, en partie parce que l’activité dans le camp des prisonniers de cet endroit donnera matière à être filmée, en partie encore parce que des prisonniers qui ont déjà collaboré à des représentations de propagande peuvent servir de figurants.

» Un entretien préalable entre l’officier qui règle les tournées de propagande des prisonniers et le directeur et le régisseur de la société cinématographique en question au sujet de la possibilité et des conditions du film serait nécessaire.

» L’entreprise pourrait se faire sur des bases purement commerciales, puisque les frais (petit nombre d’acteurs, petits frais pour accessoires) ne seraient pas élevés. » L’activiste J. Wannyn, révèle M. Wullus Rudiger dans son livre « Flamenpolitik », avait constitué une société dans le ’ but de tourner des films, de louer et de représenter ceux-ci, et d’établir des salles de cinémas. Le 7 septembre 1918, il s’adressait au capitaine allemand Staehle pour le mettre au courant du projet d’adaptation cinématographique du célèbre roman d’Henri Conscience « Le lion des Flandres », et pour demander son concours.

Il expliquait qu’un consortium avait réuni l’argent nécessaire à la représentation. Il estimait les frais à 50.000 francs. On aurait besoin de milliers de figurants, notamment pour la (p.17) dernière partie, le « clou » : la bataille des Eperons d’Or ». Il avait consulté des chefs activistes d’Anvers et de Bruxelles, entre autres, Borms, et tous étaient enchantés du projet. L’adaptation cinématographique avait été faite par le sous-officier allemand Mùller, du théâtre allemand de Gand, et on avait prévu comme metteur en scène, M. Maximilien Moris, directeur du même théâtre, très avantageusement connu comme régisseur en Allemagne et même à l’étranger. Comme acteurs étaient prévus ceux du théâtre en question et des acteurs flamands en renom. Le matériel technique avait été promis par l’« Office de la Photographie et du Cinéma ». On le voit : ici encore, d’après les vœux des chefs activistes eux-mêmes, la plus grande fraternité, la plus grande aide mutuelle entre les activistes et les Allemands. La victoire de l’Allemagne n’était-elle, d’ailleurs, pas la leur?…

Mais du côté allemand on fit des difficultés parce qu’une firme de Berlin avait l’intention de s’occuper de la chose et pour des motifs d’ordre militaire, notamment à cause du danger d’espionnage, à l’occasion des déplacements de nombreux figurants et techniciens.

Mais les vrais Flamands ?

Malgré tous leurs efforts, les Allemands ne parvenaient pas à répandre le séparatisme et à y rallier les masses flamandes.

A Wevelgem, les Allemands avaient organisé une représentation théâtrale et y conduisirent des soldats flamands prisonniers mais activistes.

Le résultat fut bien décevant à en juger par cette note de l’Oberleutnant Picht : « II n’y avait au théâtre que des femmes d’activistes courtraisiens, des Allemands, les familles de trois prisonniers citoyens de Wevelgem, et quatre ou cinq habitants. A la sortie du théâtre, on lança des pierres aux soldats activistes ; on les hua, on leur cracha au visage, on les traita de traîtres. Un cabaretier de l’endroit refusa de servir à boire et ne le fit que sur l’injonction formelle des Allemands. Un des prisonniers dut à l’intervention des Allemands de n’avoir pas été lynché. On sut plus tard que le curé de Wevelgem voulant empêcher que ses fidèles ne donnent dans le piège des activistes, leur avait défendu, dans son sermon du matin, d’assister à la représentation, sous prétexte que la pièce était licencieuse. »

Hugo Verriest, le célèbre prêtre et poète flamand disait à des activistes qui le questionnaient dans sa retraite d’Ingooigem : « Je suis trop vieux. Je suis comme un patriarche qui se repose d’un rude labeur. Je ne puis comprendre ni approuver la séparation administrative. Ensuite, comme Belge, comme Flamand, comme Catholique, je ne pourrais me pardonner de me séparer du Roi. »

Mais, après l’armistice, un journal séparatiste, le Vlamenland parut à Berlin et on pouvait lire dans un numéro de décembre 1918 : « L’activisme restera pour la Belgique, ce que la Pologne et la Finlande furent pour la Russie, ce que l’Irlande fut pour l’Angleterre : un danger pour la Belgique, aussi longtemps que la Flandre n’est pas déclarée autonome, avec langue unique. »

En juillet 1920, le même journal écrivait : « Le soutien moral dont bénéficie le caractère racique menacé de la race flamande, rencontre grâce à notre action une estime sans cesse croissante. Jamais, il ne fut plus pressant, qu’à cette époque de lutte acharnée. Si on réussit à délivrer les marches-frontières (Grenzmarken) germaniques en Flandre, de la pression romaine (Welschen) la cause de l’Allemagne s’en trouvera servie dans une grande mesure. »

III. LES HERITIERS DE REX ET DU V.N.V.

Deux hommes vont appliquer, en 1940-44, les directives séparatistes allemandes en Belgique. Ils utiliseront un vocabulaire et lanceront des idées, hélas, très semblables à celles que propagent, aujourd’hui, certains extrémistes.

Ces deux agents du Reich furent Léon Degrelle et Staf De Clercq.

Le premier était un tribun exalté, un ambitieux sans scrupules et un admirateur passionné de Hitler qui lui dira un jour : « J’aurais aimé avoir un fils tel que vous. »

L’autre, le leader du V.N.V., se présentait sous l’aspect d’un petit homme trapu, lyrique et imprégné de la mystique germanique du sol, de la langue et de la race.

Dès le 2 décembre 1940, Staf De Clercq démasque ses batteries au cours d’un meeting à Anvers où il proclame :

• A l’époque où la Belgique était maîtresse du territoire, nous avions à lutter pour nos frontières, car l’Etat Belge était notre ennemi. Ceux qui auront désormais à déterminer nos frontières ne sont plus nos ennemis. L’expression

« frontières » a une toute autre signification dans l’ordre national-socialiste. Nous avons pour devoir de placer notre confiance dans le Führer. Ce qu’il fera sera bon pour tout notre peuple.

» La Flandre est en marche vers son destin qui est néerlandais et allemand. Les soldats flamands du front, pendant la guerre mondiale, aussi bien que les activistes et les nationalistes flamands, se sont toujours élevés contre la violation des institutions néerlandaises et germaniques. D’où notre lutte pour notre séparation d’avec la Wallonie et la France. »

Le 10 mai 1941 fut signé l’accord Rex-V.N.V. qui partageait la Belgique en deux communautés, la flamande et la wallonne respectivement considérées, désormais, comme les chasses gardées de Staf De Clercq et de Léon Degrelle.

Staf De Clercq, chef du V.N.V. (au mur, un portrait du grand patron).

Le lendemain de cet accord, Léon Degrelle développait devant la presse collaborationniste des thèses fédéralistes qui ressemblent un peu trop aux idées lancées aujourd’hui par le Mouvement Populaire Wallon. Qu’on en juge : « C’est pour permettre aux Nationalistes de Flandre de prendre conscience, en toute indépendance, des intérêts de leur peuple que nous avons donné notre approbation la plus amicale à l’unification des mouvements flamands, scellée aujourd’hui.

» Ce sera à ce parti unique flamand à rendre au peuple flamand la conscience de son génie et à préparer son avenir.

» De toute manière, il faudra abandonner la prétention de vouloir, du dehors de la Flandre, dicter aux Flamands une ligne de conduite. C’est à eux seuls à décider ce que la Flandre sera.

» La question de la cohabitation des Flamands et des Wallons ne se fut jamais posée avec une telle netteté si la Flandre n’avait pas été jusqu’à 1940 victime de tant d’incompréhension, de bêtise et de mépris.

» Les fautes du passé pèsent sur le présent. En ce qui concerne l’avenir, il ne sera pas le résultat de concessions faites avec regret ou avec commisération.

» II n’y aura de fédération flamande-wallonne que si on la veut de part et d’autre. Aux partisans de cette fédération de la rendre possible, utile et désirable. »

Quant à Staf De Clercq, son langage fut identique à celui de l’actuelle « Volksunie » – Aux Wallons, nous ne contestons nullement le droit de vivre et le droit au développement populaire, mais les temps doivent être définitivement révolus où ils disposaient de nos possibilités de vie et de développement et où ils avaient leur mot à dire. Ceci sera notre affaire. Et quant à ceux de nos nationaux qu’une (p.18) cohabitation forcée nous a fait perdre, pour eux, parle bien haut, en nous, la voix du sang. Ce qui nous appartient doit nous revenir. Ceci est une nécessité inéluctable sur laquelle nous devons axer notre action. »

De son côté, Henri de Man, le président du parti socialiste, passé à l’Ordre Nouveau, déclarait dans un discours à Charleroi : « Bien entendu, le fédéralisme présuppose plusieurs conditions. La première c’est que les décisions concernant les intérêts communs ne devraient plus reposer sur la base individualiste du suffrage universel, mais bien sur l’égalité des deux communautés linguistiques ou populaires. Cette revendication s’impose autant dans l’intérêt des Wallons que dans celui des Flamands. Sous le régime du suffrage universel, une majorité flamande pourrait imposer sa volonté à une minorité wallonne ; par contre, avec une unité administrative Flandre faisant pendant à une unité administrative Wallonie l’égalité serait garantie. A cette condition, ce n’est pas seulement l’autonomie culturelle qui devient possible, mais aussi l’autonomie administrative des deux communautés populaires dans la plupart des domaines de la vie politique, sans pour cela empêcher qu’existent pouvoir exécutif commun et la fonction de protecteur et d’arbitre du monarque, source de toute autorité. »

Enfin, un autre collaborateur des Allemands, le journaliste Robert Poulet, poussait, aussi, à la roue du fédéralisme, le 12 mai 1941, dans un éditorial du « Nouveau Journal » • « L’échange de blancs-seings auquel ont procédé les co-contractants rexistes et V.N.V. d’avant-hier ne vaut évidemment que pour eux-mêmes et leurs mouvements ; mais il ne reflète pas mal la démarche que tous les bons esprits de ce pays sont prêts à faire. « Flamands, décidez vous-mêmes de votre sort » ; « Wallons, choisissez librement votre destinée » ; quitte, le lendemain, à s’apercevoir que la logique, que la géographie, que l’économie, que les convenances européennes, que la sensibilité populaire même, sous certains de ses aspects, postulent un « compromis des Belges » sur un terrain, sur un plan, dans un esprit beaucoup plus pareils à ce qu’ils furent, avant 1790 qu’à ce que nous avons connus à partir de 1830. »

Le mardi 2 septembre 1941…

Pour appuyer la campagne de division des Belges, le V.N.V. organisa, le 2 septembre 1941, une manifestation à Bruxelles. Deux journalistes patriotes MM. Ooms et Delandsheere nous ont laissé une description de ces … festivités :

« Avec la complicité de l’occupant et sous son patronage, s’est déroulée aujourd’hui une manifestation tendant à faire croire que Bruxelles, capitale de l’ensemble du pays, doit être considérée comme un fief flamand.

» Pour le prouver, les chefs V.N.V. avaient fait venir à Bruxelles tous leurs adeptes. Brigades noires, gardes en uniforme, groupes d’hommes, de femmes, d’enfants chantant et dansant se sont dirigés vers la Grand’Place. La Maison Flamande était le centre de cette agitation tumultueuse.

» Une tribune avait été dressée devant l’Hôtel de ville pour recevoir les « autorités ».

» Y ont pris place, avec de nombreux officiers allemands représentant le pouvoir occupant et la Wehrmacht : les flamingants les plus notoires comme le secrétaire général Leemans, le commissaire aux prix Beeckman, l’abbé Cyriel Verschaeve flanqué de ses deux collègues au conseil culturel, les professeurs Van Roosbroeck et J. Van de Wiele, les gouverneurs Grauls et Lysens ; le Dr Borms ; Elias, Bourgmestre de Gand ; F. Daels ; Van Thillo ; Ernest Van den Berghe ; Edgard Delva ; R. Speleers ; le chef de la Corporation de l’Agriculture Meeuwissen ; Tack, commandant la Garde Flamande ; Hendrickx, directeur général de l’Office national du Travail et autres V.N.V. de seconde zone.

» La cérémonie comprenait une partie musicale et une partie oratoire. Le Président général de la Ligue nationale du chant flamand, M. Karel Peeters, s’est attaché à montrer comment la conscience nationale trouvait son expression dans le chant. Et il n’a pas manqué de saisir cette occasion pour affirmer sa certitude que la ville de Bruxelles finirait par appartenir aux Falmands.

» Le même thème a été développé avec plus de fougue par le sieur Wies Moens qui a dit sa confiance dans cette conquête d’une ville « où avait travaillé Ruysbroeck et où reposaient les cendres de Breughel ».

» Des sonneries de trompettes thébaines, des chants de Tinel et Peter Benoit, des hymnes repris en chœur par la foule figuraient au programme de cette manifestation spectaculaire. Une compagnie de gardes flamands défila sur la Grand’Place au son d’une marche de Meulemans qui dirigeait l’exécution musicale. »

Les Flamands qui ne marchent pas…

A l’écrasante majorité de 90 % de ses membres, le corps professoral de l’université flamande de Gand adressa aux professeurs de l’Université de Bruxelles, fermée par les nazis, cette émouvante lettre : « Nous considérons les mesures prises contre l’Université libre de Bruxelles comme un aspect de l’intervention directe de l’autorité occupante dans la vie intellectuelle et culturelle de notre pays au mépris du droit des gens. Le sort fait aujourd’hui à Bruxelles sera demain, si nous ne soutenons votre résistance, celui de Louvain. Gand et Liège n’échapperont pas plus aux manœuvres de l’envahisseur.

» II n’est pas douteux que la nomination des professeurs récusés par vous n’a été qu’un moyen pour tenter de briser la résistance sans cesse grandissante dans notre pays.

» Vous n’ignorez pas que le corps professoral des Universités d’Etat n’a aucune compétence en matière de nomination. Ceci ne nous a pas permis d’adopter une attitude semblable à celle de votre conseil d’administration en ce qui concerne les professeurs récemment nommés par l’ennemi et encore vis-à-vis de quelques autres, ceux qui depuis l’occupation se sont comportés comme des serviteurs complaisants de l’envahisseur.

» En tant que professeurs de l’Université de Gand, liés à notre peuple par notre milieu et par nos contacts avec les étudiants, nous pouvons vous donner l’assurance que la majorité écrasante des Flamands ainsi que la grande majorité des professeurs de Gand est, de te façon la plus formelle, adversaire de l’attitude à la Ouislirig de la minorité dont une infime partie par conviction, mais la plus grande partie pour des raisons de bas intérêt, vont instaurer l’Ordre Nouveau.

» Aujourd’hui, comme par le passé, l’autorité occupante veut provoquer la division de notre pays afin de mettre notre peuple au service de sa propre conquête de la suprématie mondiale. Ces desseins doivent être déjoués.

» Votre résistance a créé, parmi nous, une meilleure compréhension. Cette compréhension réciproque qui existe à Gand, nous souhaitons la renforcer par une meilleure compréhension entre Gand et Bruxelles, non sans insister sur l’immense intérêt qu’il y aurait à englober nos collègues de Louvain et de Liège. L’union de nos quatre universités apparaîtrait indiscutablement aux yeux de toute la population de notre pays dressée contre l’occupant comme un symbole… Votre résistance cessera d’avoir un caractère local pour prendre un caractère national. Nous comprenons mieux, de jour en jour, que la libération de notre pays ne dépend pas uniquement de la force des armées extérieures à nos frontières, mais dépend également de notre propre action et du soutien que nous apportons dans ses formes les plus diverses, à la résistance de tout le pays. Vous avez donné l’exemple de la volonté de lutte, chers Collègues, et c’est dans cet esprit que nous voulons, dans l’avenir, nous trouver à vos côtés et vous assister de toutes les forces dont nous disposons. »

Quant au fameux professeur Daels, i! publiait, le 12 juillet 1943, une « Lettre ouverte à l’autorité allemande » qui en disait long sur ses déceptions de nationaliste flamand mais qui jetait, aussi, un jour plutôt cru sur les véritables buts des nazis et de leur propagande dans l’armée belge, par le truchement du V.N.V., dès 1939 : « Ce qui a vexé toutefois le plus les Flamands germaniques et de sentiment national, ce qui a ébranlé le plus fort leur confiance, est la politique à double sens, qui, sur le terrain proprement national, a été pratiquée par l’Allemagne en Flandre. Des milliers de jeunes gens de Flandre qui servaient en tant que soldats dans l’armée belge pendant les journées de guerre ont accordé pleine et entière confiance à la propagande allemande qui était faite par-dessus la ligne de feu, par radio et affiches et incitait les soldats flamands au sabotage et à la désertion avec l’assurance que les Allemands ne faisaient pas la guerre aux Flamands mais avec la Flandre pour lui apporter sa libération.

» Les Allemands devraient savoir qu’ils doivent en grande partie leur succès rapide à l’Ouest à l’action démoralisante que les soldats nationaux-flamands ont exercée dans l’armée belge d’une façon consciente et décidée, au risque de leur vie.

» Des promesses faites en pareilles circonstances ne peuvent être rompues sans se déshonorer soi-même profondément. Bien vite il a été pratiqué en Flandre par certains milieux allemands influents une politique de division. On se présentait comme libérateurs du peuple flamand tandis qu’on maintenait en minorité les forces politiques saines de ce peuple. On défendait de parler de réformes de l’Etat et on créait la S.S. qui, de quelque manière et en quelque sorte, est une préfiguration de l’ordre des choses à venir et un reniement de notre indépendance en tant que peuple. En effet, la S.S. c’est le cheval de Troie. Que l’on ait dû faire appel pour ceci à des déséquilibrés, tel Lagrou ; un caporal, tel François ; un homme entièrement démuni de doctrine tel De Langhe ; un inconstant, tel Van Hulze, est également une indication de la signification d’une politique dite de « Fingerspitzengefühl » qui ne nous a pas échappé.

« La naïveté des Allemands est grande, mais qu’elle soit si grande de penser pouvoir gagner un peuple à l’aide d’un groupe de propagandistes tels que les S.S. actuels, dépasse toute imagination ! Pensent-ils vraiment que les Flamands n’ont pas de mémoire et ne savent, par conséquent, point se rappeler, après un an ou deux, de quels milieux la plupart des S.S. sortent ? Quel sombre passé pèse sur eux ! « Notre honneur est fidélité » est la devise des S.S. Tous les S.S. flamands ont renié d’une façon éhontée les idéaux qu’ils servaient jusqu’au 10 mai 1940 ou qu’ils prétendaient, du moins, servir. Le peuple flamand est, quoi qu’on puisse dire, un peuple propre. Seuls les honnêtes gens ont des chances de gagner la confiance de ce peuple. »

Que conclure ?

De même qu’en 1914-1918, les menées séparatistes ou fédéralistes des Allemands échouèrent lamentablement en 1940-1944. Mais on ne peut que s’indigner de voir ces thèmes de propagande repris, aujourd’hui, par des gens qui oublient combien ces slogans furent profitables à nos ennemis d’hier et d’avant-hier.

En tout cas, l’actuel vocabulaire fait de termes tels que « communauté flamande » ou « communauté wallonne », « droit du sol », « Autonomie administrative » bref, toute cette terminologie provient, directement, du programme allemand de séparatisme établi en 1914-1918 et poursuivi en 1940-1944.

Et même, ce fameux « compromis des Belges » dont d’aucuns se gargarisent sans cesse, fut lancé par le journaliste collaborationniste Robert Poulet, dans « Le Nouveau Journal » du 12 mai 1942 avec l’accord de la Propaganda Abteilung, bien entendu !

Aux vrais Belges, tant Flamands que Wallons, de tirer, eux-mêmes, les conclusions !

Jo Gérard.

[26] Tract allemand « Vlaamsche soldaten », 1914-1918 (s.r., p. 195)

Durant les combats de 14-18, les Allemands destinaient ces tracts aux soldats flamands afin de les pousser au défaitisme. Pour asseoir sa domination, l’occupant s’efforça toujours de dresser les Flamands contre les Wallons.

[27] « Les journaux de guerre », n° 16, 2014 (texte de Bruno Yammine)

occupant utilise différents incitants pour enflammer les flamingants, comme la fable selon laquelle les journaux francophones belges mènent une véritable campagne antiflamande dans leurs colonnes. En réalité, l’ensemble de la presse belge observe soigneusement la Godsvrede (Paix de dieu), à quelques exceptions près. Ainsi, des polémiques surgissent dans la presse après la chute d’Anvers, le 9 octobre 1914. La capitulation de la ville relève en effet des autorités civiles. Le Journal des Réfugiés, libéral, y voit une trahison.

L’Écho Belge, qui paraît également aux Pays-Bas et de tendance similaire, tient un raisonnement plus nuancé, de même que le journal catholique La Métropole imprimé à Londres. De manière générale, la presse francophone tient il est vrai un discours axé sur l’hyperpatriotisme et l’hypermonarchisme. Ces deux sentiments apparaissent aussi dans les journaux néerlandophones, mais ils se mêlent au flamingantisme.

Les références à une Belgique unie et indivisible sans connotation flamingante peuvent être lues par les flamingants – en particulier par les activistes – comme un plaidoyer en faveur de la disparition du mouvement flamand. Les flamingants sont également irrités par un tract intitulé La Vérité sur la Capitulation d’Anvers, dont la conclusion souligne que l’époque du flamingantisme est révolue. La recherche historique démontrera que ce document était en réalité de fabrication allemande.

Les Allemands utilisent aussi des tracts francophones dans le cadre de leur Flamenpolitik : au printemps 1915, paraît un libellé « Appel aux Wallons », contenant notamment le passage suivant : « Vive l’annexion de la Wallonie à la France !! Vive la France ! ». De surcroît, l’occupant diffuse consciemment des rumeurs à propos de parlementaires francophones demandant la suppression du néerlandais.

Le mythe d’une campagne de dénigrement antiflamande foncVVS VV NIMNNNQNIUS VWIINNIVINUEUNN GIE IV IV 10 WORGIIU UUO LPUIUTIO tionne dans les deux sens. Le XXème Siècle, un journal catholique exilé au Havre, écrit le 7 juin 1915 : « Au pilori. Un flamingant attaque, à Anvers, la France et les Français […] La sottise de ce traître dépasse encore sa méchanceté ». C’est d’August Borms, l’un des premiers flamingants passés à la collaboration au printemps 1915, dont il est question.

Pour la propagande allemande, ces mots viennent appuyer la thèse selon laquelle une campagne antiflamande est en cours.

Les conséquences de ces actions allemandes ne tardent pas à émerger. La presse francophone prend grand soin de ne pas s’en prendre au mouvement flamand, mais attaque toujours plus fermement l’activisme.

À partir de 1916, le wallingantisme fait également son apparition. Les Allemands n’hésiteront d’ailleurs pas à mener une Wallonenpolitik pendant la guerre. Mais la principale conséquence de cette politique menée par l’Allemagne allie amalgame et confusion : l’entièreté du mouvement flamand sera assimilé à la collaboration, non seulement après 1918 mais déjà durant la guerre. Au sein du corps francophone des officiers par exemple, toute expression d’un flamingantisme culturel est parfois assimilée à une forme pure et simple d’incivisme.

Le gouvernement belge sous pression Au final, la pression allemande venue des Pays-Bas crée la première rupture entre le gouvernement belge et les activistes, ou du moins une partie d’entre eux. Lorsque le journal patriotique De Vlaamsche Stem vient à manquer d’argent, un homme de paille venu des Pays-Bas, Frederic Carel Gerretson, prend une part majoritaire dans l’entreprise

LE DOCUMENT DE LA SEMAINE ‘Flamenromantik’ Même si la Flamenpolitik sert essentiellement un but politique, les Allemands manifestent pendant la guerre un intérêt pour la culture flamande (et néerlandaise). Ceci s’explique en partie par la politique culturelle allemande menée en Flandre. Les influences allemandes se propagent par le théâtre, la musique, la littérature et le cinéma.

C’est tout d’abord une culture d’élite qui est importée en Belgique occupée. Les opéras allemands à Bruxelles, le théâtre et les Kino’s sont principalement fréquentés par des Allemands. Mais les représentations allemandes ont tout de même un impact sur l’opinion publique belge.

Ensuite, le public allemand côtoie les formes d’expression culturelles flamandes. Ainsi, de nombreux auteurs flamands sont traduits pendant la guerre. Un réel « romantisme flamand » séduit l’Allemagne, avec l’image attrayante d’une Flandre populaire et mystique, telle qu’on l’observe dans la peinture médiévale et dans les écrits caricaturaux d’auteurs contemporains comme Timmermans et Streuvels. L’affiche du film de Georg Jacoby, Jan Vermeulen, de Müller aus Flandern (« Jan Vermeulen, le meunier de Flandre »), sorti en 1917, participe à construire cette image.

Note : Le texte montre que l’occupant menait aussi une « Wallonenpolitik » et diffusait des tracts « Vive l’annexion de la Wallonie à la France ! ».

Sources — 1.3.2 1936 : le pacte secret de Degrelle et De Clercq

[32] Amand Géradin, Florilège wallon, éditions Rex, 1931 : introduction de Léon Degrelle

Introduction

Pat Léon Degrelle

Voilà un livre qui m’est cher et qui sera cher à tous les Wallons et à tous les latins.

Dulcissima, o Wallonia… Ses paysages mesurés, ses forêts immuables, ses

verts vifs et profonds, l’allégresse de ses rivières, gentilles fillettes en robe à

quatre sous, bondissant avec le sourire dans les campagnes… La chasse aux

perdreaux dans les virées d’automne, l’attente au sanglier dans les neiges d’hiver,

le printemps tardif apportant avec timidité sa formidable brassée de renouveau…

(…)

On a trop aimé la Wallonie et trop peu aimé les Wallons, ces Wallons humbles et glorieux, qui ont plus embelli leur terre que ne l’ont fait les eaux, les arbres, le chant des sources et des rossignols… Cortège lumineux des Watteau, des Roland de Lassus, des Grétry, des César Franck, des Boumal, des Noël Ruet, des Richard Heintz et des Albert Raty,… Poètes, musiciens, graveurs et peintres, vous, mes aînés et vous, mes frères, je vous enserre dans l’amour qui m’étreint quand je revois le petit bourg d’Ardenne où le suis né…

Qu’a-t-on fait pour votre gloire, vous qui avez tout fait pour la nôtre?… Race plus modeste qu’ingrate, race wallonne, tu te complais à savourer le génie de tes enfants mais tu n’oses point y ajouter les fleurs vives de l’amoureuse admiration. (…)

En demandant au Magnifique poète wallon Amand Géradin de réunir et de présenter les plus belles oeuvres de ses devanciers ou de ses compagnons de combat, j’ai voulu montrer aux Belges et aux étrangers, qu’à côté de la splendeur flamande, il est aussi, chez nous, un avant-poste latin où, deux mille ans après Virgile, des gens simples et forts ont gardé l’habitude de chanter la Beauté sur leurs pipeaux.

Léon DEGRELLE.

[33] Jos Vinks, De Vlaamse Beweging, wat is dat ?, 1985, p. 39 : texte intégral de l’accord VNV-Rex du 6 octobre 1936

(texte original en néerlandais)

Hier is de volledige tekst van het accoord V.N.V.-Rex

Tusschen Rex, vertegenwoordigd door Léon Degrelle en het V.N.V., vertegenwoordigd door Staf De Clercq, wordt volgende overeenkomst gesloten:

I. – REX VERDEDIGT VOLGEND PROGRAMMA

a) Ten opzichte van het nationale vraagstuk, de omvorming van den huidigen Belgischen eenheidsstaat in een federalen staat, zoals hij bepaald geworden is in de voordracht uitgesproken door Paul De Mont den 4en 0ktober te Luik, goedgekeurd door den Leider van Rex en door 25.000 Waalsche Rexisten.

Deze voordracht wordt gevoegd bijl deze overeenkomst als een keure, ten titel van inlichting.

Groot Brussel (nader te bepalen) zal geregeerd en bestuurd worden zoodat er een einde zal gesteld worden aan de huidige verfranschingspolitiek en dat aan de Vlamingen de volledige ontplooiing van hun nationaal bestaan zal worden gewaarborgd.

b) Ten opzichte van de politieke en sociaal-economische vraagstukken, een staatsordening waar bij waarborg van de volkskontrool en volksmedezeggenschap door het voortbestaan van het politiek parlement op grondslag van het algemeen stemrecht, de levende en natuurlijke stemrecht tot uiting komen in een korporatieve volksordening.

a Ten opzichte van het nationaal probleem, de belgische federale staat, hetgeen niet insluit het opgeven zijner dietsche opvatting.

Met het oog op deze opstelling, wordt de strijd gevoerd binnen den Belgischen Staat, onder de kroon van Saksen-Koburg.

b) Zoals hierboven. (1b).

III. – Met het oog op de uitwerking van dit programma en tot strijd en verweer in Vlaanderen tegen het communisme, duiden de leiding van Rex en V.N.V. ieder 3 afgevaardigden aan die den Staf vormen van de gelijkloopende actie van Rex en V.N.V.

IV. – Het doel dezer overeenkomst is de mogelijkheid voor te bereiden van de versmelting van V.N.V. en Rex-Vlaanderen in eene Vlaamsch Nationale organisatie.

Rex zal met het oog hierop een aanhoudende kampagne voeren tot reintegratie van de taalvervreemden van Vlaanderen in de nationale gemeenschap.

Rex verbindt zich zijn organisatie van het Volksfront te behouden in zijn huidigen vorm en geest.

Rex zal onmiddellijk de middelen overwegen ten einde de syndikalisten en mutualisten in Vlaanderen aan te sluiten bij de bestaande organisatie “Ik Dien”.

Al de uitingen van Rex in Vlaanderen, behoudens de redevoeringen van den Leider, van Rex. zullen in het Nederlandsch geschieden.

V. – Deze overeenkomst is afgesloten door den Leider van Rex. Deze verbindt zich het onderhavig accoord uit le breiden tot en te doen naleven door de heele Rex-beweging.

VI. – Deze overeenkomst Rex Vlaanderen-V.N.V. zal slechts met toestemming van beide partijen tot andere groeperingen worden uitgebreid.

VII. – Rex Vlaanderen en V.N.V. zullen gemeenschappelijk overleggen mits welke hervormingen hun vertegenwoordigers in het parlement een regeering zouden kunnen steunen.

VIII. – Dit accoord zal geheim blijven tot de gemeenschappelijke Leiding oordeelt dat het noodig of gewenscht is dit openbaar te maken in gemeenschappelijk overleg.

get. G. DECLERCQ

6 Oktober 1936. L. DEGRELLE.

Résumé en français : Accord secret conclu le 6 octobre 1936 entre Rex (Léon Degrelle) et le VNV (Staf De Clercq). Rex s’engage à défendre « la transformation de l’actuel État unitaire belge en un État fédéral » et un « Grand Bruxelles » mettant fin à la francisation ; le VNV accepte l’État fédéral belge sous la couronne des Saxe-Cobourg sans renoncer à sa conception « thioise » (dietse) ; les deux mouvements forment un état-major commun contre le communisme, préparent la fusion de Rex-Flandre dans le VNV et s’engagent au secret.

[34] Maurice De Wilde, L’Ordre nouveau, Duculot, 1984, p. 26

(p.26) Il ne fait aucun doute que Degrelle, pour arriver à ses fins, n’a refusé l’aide financière ni de l’Italie, ni de l’Allemagne. Du 23 avril au 3 mai 1933 déjà, quelques mois après la prise de pouvoir d’Hitler, Degrelle et deux de ses collaborateurs, Guido Eeckels et Jean Denis, se rendirent à Berlin et assistèrent aux tètes du premier mai. Les billets de train ainsi qu’un visa leur furent gratuitement fournis par l’ambassade allemande à Bruxelles. Jusqu’en 1936, Degrelle ne semble pas avoir entretenu d’autres relations avec l’Allemagne.

Durant l’été 1936, après le résultat spectaculaire de Rex aux élections législatives du mois de mai (d’un seul coup, 21 députés et 12 sénateurs, 72.000 voix rien qu’en Flandre, pour 166.000 au V.N.V.), Degrelle parvint à se faire inviter par Mussolini. Il rencontra le Duce et son ministre des Affaires étrangères et gendre Ciano à Rome le 27 juillet 1936, le jour même de la naissance de sa fille Anne. Résultat concret de l’entrevue, Ciano lui accorda une aide financière massive. (…)

[35] Pascale Leyder, Le rexisme dans la province de Luxembourg 1935-1940, mémoire de licence, ULg, Faculté de philosophie et lettres, 1983-1984

Le 8 mai, L.D. parle encore à Libramont, à Athus, à Martelange et à Bastogne .

Albert FASBENDER, quant à lui, se déplace dans son arrondissement électoral: Villers-devant-Orval, Fays-les-Veneurs, Offagne, Torgny, Lamorteau, Meix, Botassart, Ucimont, Sensenruth, Bouillon, Jamoigne et Arlon (3) . Le nord de la province devait être quadrillé de la. même façon par les propagandistes et les candidats locaux .

Le 21 mai, à Arlon, se déroule un meeting important, qui fera couler beaucoup d’encre dans la presse locale . Les candidats rexistes luxembourgeois à la Chambre, au Sénat et au Conseil Provincial s’expliquent déviant leur auditoire . Pierre NOTHOMB, convié au débat, y fait une déclaration retentissante qui marque bien son opinion sur REX ; “Je vois ici, à la tribune, des rexistes qui le sont depuis quinze jours . Pauvres petit bleus ! Alors que moi je suis rexiste depuis quinze ans . J’ai même été le premier rexiste du pays . C’est moi qui ai couvé la doctrine rexiste ; les principes rexistes sont les miens et furent ma propriété avant d’être ceux des disciples de Degrelle . Et j’ai un tel amour pour mes principes, c’est-à-dire pour les principes rexistes, que je ne crains pas de déclarer que les rexistes ont fait le plus grand bien au pays . Je vais plus loin

(3) Voir Annexe I .

(p.34) encore : si je devais voter autre patt que dans le Luxembourg … Eh bien, je voterais probablement rexiste . Seulement, faites attention : un succès rexiste serait en définitive un succès socialiste ” (1) .

Bien sûr, les rexistes ne l’entendent pas de cette oreille, Pierre LIFRANGE n’hésitant pas à qualifier l’orateur de “rexiste honteux” : le meeting se termine dans le chahut . Selon 12. Pay* R.é.2.1, Pierre NOTHOMB ” profite de son ancienne collaboration aux Editions Rex pour dire qu’il fait de la politique rexiste au sein du Parti catholique . Rien n’est plus faux !

Si Pierre Nothomb voulait faire de l’action rexiste, il n’avait qu’à se désolidariser des partis pour faire campagne avec nous . Il ne l’a pas fait parce qu’il n’était pas sûr de réussir .Toutes les voix qu’il sollicite des rexistes seraient des voix arrachées au rexisme .

Le succès prochain de REX l’empêche de dormir . Défiez-vous ! On ne vote pour REX qu’à REX ! ” (2) .

Plus tard, à l’issue du scrutin législatif, Pierre NOTHOMB n’ayant pas été élu, Le Pays Réel qualifie l’homme politique d’“opportuniste malchanceux”, d’“éternel candidat”, de “tourneveste” et de “braconnier”, et publie l’extrait d’un tract électoral que le candidat catholique aurait fait distribuer dans le Luxembourg :

” Dans l’impossibilité absolue où sont les rexistes d’avoir dans le Luxembourg un élu, les rexistes luxembourgeois, qui ne veulent pas que leur voix soit une voix perdue et renforce le parti socialiste, doivent voter pour les réformateurs aux idées rexistes qui se trouvent sur la liste catholique.

Il y en a un, c’est Pierre NOTHOMB ! Votez à coté de son nom sur la liste n° 4 “(3) .

(p.36) Le Comité s’appellera désormais l’Action Nationale ( du nom du journal véhiculant les idées de ce mouvement ) et regroupe des éléments “catholiques réactionnaires” (1) . Les Jeunesses Nationales (1925-1932),formées par Pierre NOTHOMB dans l’optique de son mouvement politique, sont ” une organisation de milices de jeunes d’extrême-droite ” (2) , affirme Monsieur BEAUFAYS .Elles regroupaient de jeunes élèves des collèges catholiques . Ceux-ci ne portaient pas d’uniforme mais un insigne ; ” Ces jeunes gens étaient de service aux meetings de l’Action Nationale/ vendaient le journal dans les rues, paradaient aux cérémonies patriotiques, se querellaient avec les jeunes gardes socialistes et avec les nationalistes flamands ” (:3) , écrit Monsieur STENGERS.

Le mouvement nothombien s’inspire du fascisme italien tout comme le rexisme et la plupart des mouvements nationalistes francophones durant l’entre-deux-guerres .

Si, dans une première période, le Comité de Politique Nationale milite pour une nation forte, dirigée par “l’élite” intellectuelle et sociale, dotée d’une armée puissante, l’Action Nationale prétend réformer l’Etat en instituant un corporatisme qui renforcerait le pouvoir exécutif et réduirait le pouvoir des partis politiques .

« Pierre Nothomb prétend que son nationalisme est anti-parlementariste et non anti-parlementaire . Il veut dire par là qu’il entend lutter contre la toute-puissance des Chambres et des partis » (4), écrit Monsieur BEAUFAYS .

(p.37) Le mouvement nationaliste s’opposait fermement à la « Standsorganisatie » du Parti catholique et notamment aux démocrates chrétiens, “socialisme baptisé” , et était tout à fait

opposé au Parti Ouvrier Belge perçu comme un véritable danger . (1)

Le “parcours” politique de Pierre NOTHOMB est particulier . Ainsi, en 1921 le Comité de Politique Nationale présenta des candidats aux élections provinciales sur une liste intitulée ” Parti National Populaire “y mais ne remporta aucun succès . En 1924, un groupe nationaliste de Dinant proposa à Pierre NOTHOMB d’être son premier candidat aux élections législatives, mais celui-ci préféra rejoindre en 1925 l’Union Catholique de Bruxelles qui ne lui réserva cependant qu’une onzième place, et Pierre NOTHOMB ne fut pas élu .(2)

Selon Monsieur BALACE, la “phase fasciste” de Pierre NOTHOMB se situe après cet échec électoral .(3) Le Baron était en effet un grand admirateur de MUSSOLINI . Il organisait des cycles de conférences en Belgique avec pour thème le fascisme italien, et fut d’ailleurs ” Commandeur de la Couronne d’Italie ” . En vue des élections législatives de 1929, Pierre NOTHOMB démissionna du poste de directeur politique du journal L’Action Nationaie. , mais échoua une fois encore sur une liste catholique . En 1930 enfin, il engagea ses fidèles des Jeunesses Nationales à adhérer aux Jeunes Gardes Catholiques .(4) Pierre NOTHOMB devra attendre 1934 pour être élu sénateur catholique de la province de Luxembourg où il est à cette époque président de l’Association Catholique de l’arrondissement d’Arlon .

(3) F. BALACE, Fascisme et cattholicisme politique dans la Belgique francophone

de l’entre-deux-guerres, in : Handelingen van het XXXIIe Vlaamsfilologencongres 1979, p.149 et 150 .

(p.60) CHAPITRE IV L’ACTION REXISTE

Pourquoi la province de Luxembourg avait-elle voté en masse pour REX ?

” Ne serait-ce pas ridicule d’imaginer que les paisibles paysans des villages des environs de Laroche (sic) étaient devenus fascistes ? Ils n’étaient rien de plus que de naïfs enthousiastes “(1), affirme Jean STENGERS . Selon cet auteur, la”paysannerie” était peu attirée par les idées de droite qui séduisaient surtout la petite bourgeoisie, les commerçants, les petits industriels et des intellectuels (avocats, médecins etc…) (2) . Or nous avons relevé la présence de nombreux agriculteurs sur les listes provinciales aux cotés, précisément, de cette petite bourgeoisie des affaires et de ces intellectuels . Comment, dès lors, expliquer ce succès rexiste ? On pourrait évoquer l’origine luxembourgeoise du Chef de REX, Léon DEGRELLE . Sa famille est très connue dans la province . Cette explication ne nous semble pas suffisante . La propagande électorale organisée par Louis COLLARD fut exceptionnelle, dit-on . Les meetings’ furent bien suivis, malgré le fait que ces réunions étaient payantes . L’équipe rexiste étaient jeune et dynamique .

N’oublions pas non plus l’attitude ambiguë de Pierre NOTHOMB, “admirateur” du mouvement rexiste, qui se prétendait même “premier rexiste” .

De plus le Luxembourg est une terre très catholique, et sans doute est-ce là la principale raison du succès rexiste . REX dénonçait le vieux Parti catholique et ses leaders, leur incapacité, voire même leur malhonnêteté . REX apparaissait aux yeux de certains comme “plus catholique que les catholiques eux-même” . De plus REX entretenait volontairement la confusion entre un catholicisme confessionnel et un rexisme politique, tout en prônant la défense des intérêts chrétiens (3) .

(3) F. BALACE, Fascisme et catholicisme politique dans la Belgique francophone de l’entre-deux-guerres, in : handelingen van het XXXIIe Vlaamse Filologencongres, 1979, p.163 .

(p.157) CONCLUSION

L’aventure rexiste dans la province de Luxembourg avant, la seconde guerre mondiale peut1 se résumer ainsi : fulgurante ascension, et déclin non moins rapide . Après des début très favorables, REX fond_ comme neige au soleil ; mais il se reformera cependant en 1940 dans une collaboration avec l’occupant nazi .

Déjà en 193e, plusieurs esprits, notamment au sein de l’Union Communale Socialiste de Bouillon et de la Ligue des Travailleurs Chrétiens luxembourgeoise, voyaient en Léon DEGRELLE un émule d’Adolf HITLER . Le Chef de REX prouva en effet qu’il était bien ce ” petit dictateur ” comme le qualifie Monsieur Maurice DE WILDE dans sa série télévisée V<ï W-teuwe (kde . Avec un leader tel que Pierre NOTHOMB, les catholiques luxembourgeois ont assurément favorisé l’expansion du rexisme dans la province . En effet, les catholiques, prêtres en- tête, accueillaient amicalement REX en tant que mouvement apostolique, invitant son chef, Léon DEGRELLE, a prendre la parole dans les Cercles et les Associations Catholiques . L’Avej’VÔt du. Luxentàou/tg, ne manquait pas non plus de recommander les journaux rexistes à ses lecteurs par une publicité abondante . Lorsque le rexisme devint “politique” et nettement adversaire des cadres du Parti catholique, des hommes tels que l’abbé GRIBOMONT ou Monseigneur PICARD, qui avait amené Lëon DEGRELLE à l’A.C.J.B., tentèrent en vain d’enrayer le succès grandissant de ce mouvement . Mais hélas,, la partie était déjà trop bien engagée pour REX dans le Luxembourgx et Léon DEGRELLE n’eut qu’à proposer des listes rexistes aux élections législatives de mai 1935 pour remporter un succès foudroyant .

Nous avons tenté d’expliquer les causes de ce succès dans la province de Luxembourg .

Sources — 1.3.3 Des mots venus de l’Ordre nouveau

[36] Jo Gérard, « II. Les Kollabos » (article d’une série sur l’année 1942), La Libre Belgique, 30 mars 1982

En 1942, des collaborateurs des nazis, il y en a pour tous les goûts et tous les dégoûts : depuis l’industriel assez malin pour savoir jusqu’où il peut aller. trop loin dans ses fournitures aux Allemands, jusqu’à l’idéaliste dévoyé qui va se faire trouer la peau en Russie.

Les journalistes se divisent en quelques catégories: ceux qui, persistant à croire le Reich définitivement vainqueur, veulent comme ils disent : « sauver l’essentiel », ceux qui ne sont qu’une valetaille de plume à la solde des services de propagande nazis, ceux qui, imprégnés de la mystique de l’Ordre Nouveau ne jurent que par les idées de Rosenberg et le triple impérätif de la germanité: la race, la langue, le sol. C’est dans la presse rexiste et celle du V.N.V.

qu’on rencontre surtout ce genre de doctrinaires les uns fanatiques, les autres fumeux.

Paul Colin Trois hommes à part et d’abord : Paul Colin à la tête de « Cassandre » et du « Nouveau Journal ». Porcin, trapu, drapé dans un vieux loden vert, doué d’une immense érudition, il a publié en 1920, mû par une étrange prescience, un curieux roman: « Le Cadran solaire »

dont le héros, Paul, meurt assässiné par un adversaire politique et tel sera le sort de Colin, le-7 avril 1943.

Ayant consulté Paul Colin en 1938-39 pour ma thèse d’Histoire; je remarquai combien l’échec final des grands hommes «comme Lamennais par exemple, le fascinait. Il y savourait une délectation morose où se mêlaient son cynisme et sa pitié.

Sa précoce volonté de heurter, il la manifesta dès 1919 rédigeant un ouvrage remarquable et alors très auticonformiste sur l’Allemagne.

À cette époque, Paul Colin était un intellectuel de gauche avant de devenir un pénétrant critique d’art et l’auteur d’un bel ouvrage sur les ducs de Bourgogne. Polémiste féroce, il s’engagea à fond dans la collaboration et n’hésita pas à truffer sés journaux d’odieuses dénonciations de patriotes.

Paul Colin, c’est l’ange déchu de la collaboration, une intelligence superbe et ample peu à.

es corrompue, asservie, avilie.

rès différent apparaît le maurassien José Streel formé dans les milieux de l’Action catholique, écrivain nourri de théories sur le corporatisme.

Publiée dans le quotidien rexiste « Le Pays Réel », sa prose souvent solennelle contrastait avec la hargne vulgaire et le nazisme effervescent de cette feuille où Léon Degrelle épanchaït son lyrisme mêlant la Lotharingie, Charles le Téméraire, les idées de « Mein Kampt »

en une salade historico — ou plutôt hystérico-politique du genre tantôt le plus sinistre, tantôt le plus hilarant.

Le troisième journaliste, celui du « Soir », c’était Raymond de Becker, son profil de marchand de tapis levantin, sa culture composée de bric et de broc au fil de lectures disparates, son entregent, son art de se pousser dans les milieux les plus variés et d’y étaler aussitôt ses connaissances à la fois encyclopédiques et superficielles plus ou moins teintées de toutes les utopies en vogue dans les salons des années 1938-1940.

Paul Colin, José Streel et Raymond De Becker avaient-ils des lecteurs en 1942 ?

De février a mars de cette année-là, voici la moyenne du tirage des journaux où écrivaient ces personnages.

Le Soir : 259.145 avec 5.399 invendus.

Le Nouveau Journal :

38.087 avec 6.726 invendus.

Le Pays Réel: 5.441 avec 729 invendus.

Dans la presse flamande, la plus grande diffusion était celle de « Het Laatste Nieuws » avec 202.913 exemplaires dont 12.239 invendus.

L’échec de Henri De Man Henri De Man qui avait succédé à Emile Vandervelde à la présidence du parti socialiste fonde en mars 1941 le quotidien « Le Travail » après avoir créé l’UT.M.I. (Union des travailleurs manuels et intellectuels), un syndicat unique qui se substituait à ceux d’avant la guerre.

Mais en avril 1942, un nationaliste flamand, Edgar Deivo, est placé à la tête de l’UT.M.I. et proclame : « Nous devons oser tirer toutes les conséquences de la reconnaissance de la nécessité de la victoire allemande. »

Henri De Man réagit aussitôt et diffuse largement la lettre qu’il adresse aux autorités allemandes.

Il écrit à propos de la nomination d’Edgar Delvo : « Le caractère politique de cette décision est souligné par le fait que vous avez assigné à ce nouveau chef la tâche d’amener le directoire de l’U.T.M.I. à prendre position en matière de politique extérieure. Par la, les dirigeants de l’UT.M.I. seraient mis en demeure de s’identifier avec la cause de l’Allemagne en guerre comme s’ils étaient Allemands».

La protestation de Henri De Mon lait d’autant plus de bruit que deux jours plus tôt, la presse collaborationniste le féli

citait encore et je la cite:

de diviser la Belgique en deux « D’avoir compris qu’il est im-[ Etats, l’un flamand, l’autre walpossible de supplanter la conscience nationale flamande ou wallonne par une conscience nationale belge. » Et que: « La construction artificielle de 1830 n’a plus de raison d’être ni de droit a l’existence. »

Ce langage, d’aucuns le tiennent encore aujourd’hui en fâcheux plagiaires de la « Kôlnische Zeitung» et du « Volk en Staat » de 1942, mais oui !

Les deux « D »

Les deux « D »: Staf Declercq et Léon Degrelle, respectivement chefs du V.N.V. et de Rex in aussi différents que possie.

Le premier, courtaud et barbu, ressemble à un capitaine de sous-marin allemand pour roman-photos. Le second doit à son hérédité portugaise la noirceur de la chevelure, son regard de séducteur, son teint ocré et ses dons oratoires de méridional à la fois madré et débordant d’imagination.

Le commun dénominateur qui unit Staf Declercq et Degrelle, c’est leur adhésion inconditionnelle à l’Europe hitlérienne mais aussi leur volonté lon, selon un accord qu’ils ont déjà conclu en 19837.

Incontestables précurseurs du vocabulaire politique d’aujourd’hui, c’est à Degrelle et à Staf De Clercq qu’on doit la vulgarisation de termes tels que « Communauté culturelle », « Droit du sol» et le 11 juillet 1942, le chef du V.N.V. passant ses partisans en revue, devant la Bourse de la capitale, leur déclare textuellement : « Ce défilé signifie que non seulement nous revendiquons mais que nous allons reconquérir Bruxelles pour notre communauté |! » )

Staf De Clercq meurt en 1942, le 23 octobre, à l’âge de cinquante-deux ans, d’une crise cardiaque. Mais il avait eu le temps comme Degrelle d’organiser ses milices et une légion de volontaires qui combattaient en URSS. En outre, Staf Declercq avait réussi à obtenir la création du Grand Bruxelles en 1942, cette préfiguration de l’actuelle aggloméraxion.

Le 2 avril 1942, le général von Craushaar, chef de l’administration militaire allemande en Belgique, écrit au Collège des secrétaires généraux qu’une Commission de réparation a pris des décisions: « En faveur de ceux qui ont été poursuivis en Belgique à la suite de leur coopération avec l’autorité occupante allemande pendant la guerre de 1914-1918 ».

Ces traîtres recevront non seulement des pensions à la charge de l’Etat belge mais aussi le droit de porter : « leur ancien titre ou leur ancienne appellation de grade à titre honorifique.» Neuf cent, cinquante-cinq personnages bénéficient des décisions de la Commission de réparation et, à quinze exceptions prés, n’hésitent nullement à empocher les sommes parfois considérables que leur octroient les nazis pendant que ceux-ci fusillent nos compatriotes, déportent nos ouvriers, torturent nos résistants, affament nos populations. On voit un certain Jules Bussens, d’Anvers, recevoir 350.000 F d’indemnités et 249.208 F de traitement. Lucien Brulez qui habite Hambourg, palpe 250.000 F d’indemnités et 330.914 F de pension.

La veuve de Robert Borms, d’Alost, se voit octroyer 400.000 F d’indemnités. Polydore Goossens, à Gand, reçoit 875.000 F.

Un certain Alphonse Jorckx, de Schaerbeek, palpe un million et 328.907 F de pension. La liste des bénéficiaires des largesses germaniques sera remise le 15 septembre 1944 par le ministère des Finances à la justice :

« avec prière de faire procéder à la désignation des séquestres. » l

Note : Le titre général de la série n’est pas visible sur la coupure.

Sources — 1.4 La Wallonie aussi a collaboré

[37] Martine Dubuisson, entretien avec José Gotovitch, historien, directeur du Centre d’études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (CEGES), Le Soir, 12 juin 1998

Sur le décret visant à indemniser les “victimes de la répression” voté par le parlement flamand:

« Il y a eu des collaborateurs wallons tout aussi forcenés que les Flamands, voire plus agressifs puisque dans un milieu hostile; ils étaient cependant isolés dans une population qui les vomissait. En Flandre, on ne peut pas dire qu’ils aient été isolés. Ils ont bénéficié, à tort ou à raison, d’une relative compréhension de la population – sans dire pour autant que toute la Flandre a été collaboratrice. »

Sources — 1.4.1 Rex, la Légion Wallonie et l’Ordre nouveau

[38] Lexicon Politieke & Jeugdkollaboratie, IO-uitgave (Instructieve Omroep), 1985, p. 24-25 et 41-42

(texte original en néerlandais)

Degrelle (1906-)

Tijdens de tweede wereldoorlog was hij officier van het Waals vrijwilligerslegioen. Als politicus trachtte hij zich in de gunst van Hitler te werken, onder meer door uit te roepen dat de Walen volbloed-Germanen waren en door de symbolische uitspraak ,,Heil Hitler”. Hij propageerde een Boergondische staat, zonder precies te stellen wat zo’n staat konkreet inhield. Degrelle was eentalig Frans, wat zijn verhouding tot de Vlamingen niet verbeterde, ondanks een in 1936 gesloten akkoord met het VNV, waarin hij Staf De Clercq verzekerde zijn ambities tôt Wallonie te beperken. Zijn politieke loopbaan eindigde bij de Duitse kapitulatie en Degrelle week naar Spanje uit, waar hij nu nog woont. Hij werd door het Belgisch gerecht bij verstek ter dood veroordeeld.

(p.41) Jeugdkollaboratie

2. Wallonië

Benevens de ,,Jeunesse Rexiste”, die reeds voor de oorlog bestond, werden tijdens de bezetting enkele nieuwe Waalse jeugdbewegingen gesticht. Langdurige besprekingen leidden in 1943 tot de fusie van de belangrijkste van deze nieuwe groepen (de ,,Jeunesse Romane”) met de Rex-jeugd en de oprichting van de ,,Jeunesse Légionnaire”. Deze ,,eenheidsjeugdbeweging”, die nauwelijks enkele duizenden leden telde, stond volledig onder SS-invloed, als gevolg van de in 1943 tussen Degrelle en Himmler overeengekomen inschakeling van de hele Rex-beweging in het SS-raderwerk.

(p.42) Jeunesse Légionnaire

Nadat Paul Mezetta, gewezen Oostfrontvrijwilliger, de leiding van de Rex-jeugd van Hagemans had overgenomen, kwam de 10de april 1943 na een fusie met de Jeunesse Romane de Jeunesse Légionnaire tôt stand, die de vijf jeugdorganisaties groepeerde die in 1942 aan de onderhandelingen hadden deelgenomen (Jeunesse Rexiste, Jeunesse Romane, Jeunesse Wallonne, Jeunesse Masculine de l’AGRA, Amitiés Germano-Wallonnes). De Jeunesse Légionnaire hing niet langer van Rex af. Bo-vendien spitste de werking zich o.m. toe op de Service de la Terre, de Germaanse Landdienst. De Jeunesse Légionnaire telde in oktober 1943 nauwelijks duizend leden. Ze rekruteerde vrijwilligers, voor de Waffen SS via deelname aan de Germaanse Landdienst en de Weersportkampen*. Met ledenaantal schijnt in 1944 enigszins te zijn toegenomen, maar het overschreed nooit de 2000. Steun ontving de Jeunesse Légionnaire van de Duitse Hitler Jugend, die in september ’43 3000 gratis uniformen leverde.

Résumé en français : Notice « Degrelle » : officier de la Légion Wallonie, il proclame que les Wallons sont de « purs Germains » pour gagner la faveur de Hitler et prône un État bourguignon ; condamné à mort par contumace, il s’est réfugié en Espagne. Notices « Jeunesse légionnaire » : en 1943, la Jeunesse rexiste fusionne avec la Jeunesse romane et d’autres groupes (AGRA, Amitiés germano-wallonnes) ; entièrement sous l’influence de la SS, le mouvement recrute pour la Waffen-SS et ne dépasse jamais 2 000 membres.

[39] « Op alle fronten in het nauw », Knack, 20 février 2008, p. 30-38 : la collaboration dans le Sud

(texte original en néerlandais)

Over de collaboratie in het Zuiden

(recrutering bij het Legioen)

nl. jonge idealisten die misleid waren door de politiek-heroïsche praatjes van de gecensureerde pers

(p.36) Victor Matthys, de voorlopige baas van Rex na het vertrek Van Léon Degrelle naar het oostfront, richt in maart 1943 het Département Sécurité et Information (DSI) op. Dit département moet politieke tegenstanders, vermeende verzetsstrij-ders en werkweigeraars in kaart brengen en in de gaten houden. Het DSI bezorgt zijn gegevens aan de Geheime Feldpolizei of aan de Sipo-SD. Zij zijn immers bevoegd om arrestaties te verrichten. Het duurt echter niet lang of leden van het DSI ontpoppen zich als afpersers, zwendelaars en dieven. Ze arresteren in het wilde weg mensen die ze als verdachten beschouwen.

Résumé en français : Recrutement de jeunes idéalistes pour la Légion. En mars 1943, Victor Matthys, chef de Rex en l’absence de Degrelle, crée le Département Sécurité et Information (DSI) chargé de ficher opposants, résistants et réfractaires au travail pour la Geheime Feldpolizei et la Sipo-SD ; ses membres se muent vite en extorqueurs et voleurs.

[40] Yves Raisière, « Collabos : aussi en Wallonie », Vers l’Avenir, 23 février 2008 (à propos de l’étude de Flore Plisnier, Ils ont pris les armes pour Hitler. La collaboration armée en Belgique francophone)

Le monde catholique. Selon Fabrice Maerten (CEGES), il ne pourrait plus ignorer que le rejet du suffrage universel et l’attirance vers les régimes d’ordre a conduit une partie de ses plus fervents adeptes à suivre Degrelle dans l’aventure rexiste.

Le monde socialiste. Selon le CEGES, une des contributions les plus originales de ce travail est d’avoir démontré que le gros du contingent de la collaboration armée vers la fin de l’Occupation provenait de la population ouvrière du sud du pays, en particulier du Hainaut. Soit de l’électorat traditionnel du parti socialiste.

[41] Jean-Michel Bodelet, Le rexisme dans la province de Luxembourg 1939-1944, mémoire de licence, ULg, 1995-1996

Après la guerre, de nombreux rexistes seront accusés d’assassinat. Si ceux-ci en ont commis, et en nous rappelant la remarque faite dans l’introduction concernant l’amalgame, dans la mémoire collective, qui associe rexiste et collaborateur, ce ne fut pas une logique de “Contre-Terreur”, c’est-à-dire, la politique proprement rexiste de vengeance. Il n’y aura, dans la province de Luxembourg, qu’un seul cas de ce type pendant l’occupation. Ces “rexistes tueurs” accompliront leurs, basses, besognes au sein de la terrible Sipo-S.O.

Nous avons déjà mentionné, l’existence de réseaux d’indicateurs pour cette dernière, et le nombre de rexistes y ayant pris partis. Ce n’est, comme nous l’avons également souligné, que le 1 er août 1943 qu’une antenne du S. O. de Liège s’installera à Arlon, répondant ainsi à la dégradation de la situation (résistance, sabotage,…) dans la province de Luxembourg.

Nous ne ferons pas, ici, l’inventaire de tous les crimes de S.O. dans cette province. Nous allons simplement, citer deux rexistes présents au sein de cet organisme.

Le plus célèbre, si l’on peut parler de célébrité dans ce cas, est sans doute A. Lambert de Bourcy. A son retour du front de l’Est, il demandera à être attaché à la police allemande, non pas comme il voudra le faire croire après la guerre, pour échapper à la Légion, avec laquelle il avait eu quelques déboires mais sans doute dans le but de venger la mort de sa soeur, assassinée dans le tram vicinal à Bastogne.

(p.150) Par exemple, en décembre 1940, le curé de Bourcy fait un sermon patriotique. A. Lambert lui envoie une lettre où il se plaint de son “discours politique”. Il communique le double de cette lettre au Pays Réel, qui la publie le 205. Le prêtre ne sera cependant pas inquiété. Hélas, tous n’auront pas la même chance: (…).

(p.160) Le rôle de la presse clandestine

Si Le Soir est reparu assez rapidement après la guerre, son contenu a, quant à lui, sensiblement changé. Il passera aux yeux de la population comme Le Soir “volé”. Le Pays Réel, lui, dont le premier numéro d’après mai 1940 est daté du 25 août, va s’engager, de plus en plus dans une. propagande pro-nazie.

D’autres journaux voient le jour, comme La Légia à Liège (52) ou l’Areler Volkszeitung, organe presque officiel du D.S.V., qui sort de presse le 09 août 1941.

Tous ont cependant un point commun, ils sont soumis au contrôle de la Propaganda Abteilung et donc les informations qu’ils diffusent sont plus qu’orientées.

(p.163) Si les premières exécutions de rexistes en Wallonie eurent lieu en

septembre 1941, ce genre de mesure “expéditive” ne fut pas de rigueur, dans un premier temps, dans le Luxembourg.

Au départ, la population se contentera d’arracher les affiches de propagande et de laisser ces “collabos” dans leur coin ou de les injurier,…

(p.167) 1. A défaut de justice belge…

Dès le début de l’occupation, les rexistes et leur famille sont victimes de quolibets, moqueries,… de la part de la majorité de leurs compatriotes.

[42] Eddy De Bruyne, Dans l’étau de Degrelle. Le service du travail obligatoire ou de l’usine à la Waffen-SS, Foxmaster, 1994

(p.139) 1944, Victor Matthys prononce un discours devant le portrait de Léon Degrelle. A l’arrière-plan, des membres de la Jeunesse Légionnaire. ( Photo CREH2GM & Foxmaster )

(p.145) Dignitaires wallons

Albert Lassois (chef du service social de la 5e Brigade d’Assaut Wallonie ; Paul Mezetta, chef de la Jeunesse Légionnaire et à ses côtés Léon Degrelle

Sources — Une encyclopédie de la collaboration francophone

[43] Eddy De Bruyne, Encyclopédie de l’Occupation, de la Collaboration et de l’Ordre nouveau en Belgique francophone (1940-1945), préface de F. Balace, Cercle Segnia, 2016 — extraits

Cabinet Wallon (aussi Cabinet des Affaires Wallonnes), département créé au sein du Ministère de l’Intérieur, dirigé par DE.

DELVAUX et assisté de →F. BOULANGER et de →R. DESSART. La tâche du Cabinet est de préparer la mainmise de Rex sur la Wallonie, (A.

REGNARD, J. STREEL).

Centrale Anti-Juive pour la Flandre et la Wallonie. Centre de documentation et d’études des Questions juives. Branche de la = Défense du Peuple installée (01.03.1941) à Bruxelles au 52, rue Philippe de Champagne, dans les locaux de la BELHICEM (Organisation juive-Vluchtelingen organisatie). La Centrale est dirigée par P.

BEECKMANS. Il est assisté de P. OUWERX, de trois employés (J. ARCHAMBEAU) et d’une trentaine de collaborateurs bénévoles. La Centrale élabore la liste des Juifs non en règle avec les ordonnances allemandes et les dénonce à la SipoSd. La Centrale se transforme (01.03.1943), sous l’égide de P. BEECKMANS, en Bureau des Études Raciques et Généalogiques et installe ses locaux à Bruxelles, rue Louis Lepoutre.

( Registre des Juifs).

Comité Flamand-Wallon (FlämischWallonischer AusschuB). Nouvelle appellation du Bureau Belge du Département politique du Ministère des Affaires Étrangères du Reich. Ce comité qui comprend des branches spécialisées pour des questions de radiodiffusion, de presse écrite, commerciales et culturelles à caractère politique, reçoit pour mission :

– d’observer et de rapporter tout développement d’ordre politique, économique et culturel en Belgique ; – de guider la politique belge ; – de mobiliser d’une manière active toutes les formations et personnalités politiques ayant fui en Allemagne ; – de former et de guider la mise en place d’un Comité de Libération Flamand-Wallon ; – de dresser les plans d’un nouveau système administratif dans l’éventualité d’une nouvelle occupation de la Belgique par les Allemands.

Ce Comité a aussi pour mission d’établir des relations amicales avec les officines qui, depuis mai 1940, ont eu à intervenir dans les affaires belges, dans quelque domaine que ce soit, tels les divers ministères du Reich, le SD, les SS, l’O.T. le NSKK, la Jugendreichsleitung et bien d’autres encore. Tâche rendue des plus difficiles car chaque intervenant réclame sa part du gâteau.

Ainsi, von RIBBENTROP ne cesse d’exiger que les Affaires Étrangères soient la seule autorité reconnue responsable de la conduite des affaires belges. Cependant, il n’arrive pas à ses fins et doit accepter la participation active de diverses personnalités et organisations, telles que :

– le Reichskommissar J. GROHÉ, dernier chef de l’administration civile installée en juillet 1944 en remplacement de la Militärverwaltung d’A. von FALKENHAUSEN. Il tient tout particulièrement à ses prérogatives, lui directement accordées par A. HITLER, d’administrer les affaires belges bien que la Belgique soit de nouveau devenue, depuis septembre 1944, un « pays étranger », et donc de la compétence de l’Auswärtiges Amt ; – G. BERGER, – en tant que chef du SSHauptamt, il a la haute main sur les formations flamandes et wallonnes enrôlées dans les unités des Waffen-SS -, réclame sa part dans le traitement des questions raciales ; – J. GOEBELS qui, en tant que Ministre de la Propagande, exige le monopole de la propagande à l’étranger.

Division Wallonie. Unité issue de la 5.Sturmbrigade Wallonien. Division par accord de principe du 17.09.1944. Autorisée le 18.09.1944 dont confirmation par l’ordre du SS-F.H.A. Amt II Org. Abt. Tgb Nr 3712/44g.Kdos du 19.10.1944 pour la formation de la division et reprise a l’organigramme des Waffen-SS sous l’appellation de 28.SS-Frw.Gr.Div.Wallonien. Si, à partir du 17.09.1944, le SS-Ostubaf. L. DEGRELLE assure le commandement officiel, l’organisation et les opérations militaires sont confiées au SS-Stubaf.

=F. HELLEBAUT. Composée de deux régiments (le 69 t’ Serclaes de Tilly aux effectifs complets et le 70e Bucquoy squelettique non opérationnel. Le 71/Rgt, le troisième régiment prévu pour la formation de la Division, n’a pu être constitué faute d’effectifs), la division compte quelque 4.500 hommes et est

Jeunesses Socialistes Wallonnes – J.SM.

Mouvement de jeunesse de l’#AGRA mis en place en décembre 1941 avec l’appui de la SS. Il est squelettique au point de vue des effectifs.

À. Programme Calqué sur celui de la Hitler-Jugend, le programme de la Jeunesse AGRA est imprégné de nationalsocialisme. Ainsi, figure au programme: la biographie du Führer ainsi que l’étude de l’idéal national-socialiste, plus particulièrement la notion de l’honneur, fondement de tout bon soldat défenseur de la race.

B. Organisation Les membres sont répartis (sur papier) en Corps, Groupes et Sections. Le Corps comporte deux Groupes (un de jeunes de douze à quatorze ans, un autre de quinze à dix-sept ans). Le Groupe est divisé en six Sections, dont une Section modèle. La Section compte six garçons et est dirigée par un chef de section désigné par une période d’essai dans la section modèle. Le chef de groupe est un ancien chef de section ayant effectué un temps d’essai au Service de Protection AGRA.

– Cadets : de huit à douze ans.

– Éclaireurs : de douze à seize ans.

– Avant-gardes : de seize à vingt ans.

C. Organisation territoriale À l’échelon le plus étendu il y a le Corps. Certains ont été identifiés :

4e Corps, à Liège (→R. LENNE) ; 2° Corps, inclut le Cercle AGRA-Liège à l’exclusion du Groupe AGRA ; 3e Corps, à Charleroi ; 5e Corps, à Namur ; 7e Corps, à Mons, 20° Corps, à Bruxelles (R. CREMER).

La plus petite unité est la Lance, dirigée par un Chef de Lance, elle regroupe dix J.S.W. Ensuite, Groupe de Lances, Enseigne (cinq Groupes), Centaine (deux Enseignes), Brigade (trois Centaines), Ban (comprend toutes les Brigades d’une province).

D. Hiérarchie – Chef : R. LENNE avec le titre de Chef Régional des Jeunesses Masculines AGRA-JMA (jusqu’en avril 1942), puis →J. ARCHAMBEAU jusqu’à la dissolution du groupement (26.04.1943).

– Cheftaine des Jeunesses Féminines AGRA : →J.

DELFORGE.

E. Organe – Pionnier, périodique dont le premier numéro est annoncé pour le 01.03.1942.

Il est prévu une section féminine. Celle-ci est composée de :

– Cadettes, de huit à douze ans; – Apprenties, douze à quinze ans ; – Travailleuses, de quinze à dix-huit ans ;

– Militantes, de dix-huit à vingt-cinq ans.

Les Jeunesses AGRA sont dissoutes le 26.04.1943.

(→ Grades et Insignes de la Jeunesse AGRA).

LEMOINE Louis. 10.10.1891, alias André Dumont.

JACQUEMOTTE (°1883-1936), directeur du Drapeau Rouge. Passe à Rex (1938) et s’occupe (avril 1939) de la campagne électorale rexiste dans la région de Quiévrain. Ouvre, à Mons, un bureau d’embauche pour ouvriers terrassiers à mettre au travail sur la Ligne Maginot. Agent de l’Abwehr depuis 1939. Arrêté pendant la mobilisation (22.03.1939) porteur de tracts proallemands. Agent de l’Abwehr (III.C.2) et informateur de →R. KOHL pour la région du Hainaut (depuis juillet 1940), mais remercié pour indélicatesses. Emploie les rexistes →J. MARTIN et →A. SURIN comme sous-agents.

Stage de Feldgendarme à Kontich (mai 1942).

> Zivilfahndungsdienst (juillet 1944) après un stage à Zellik. Gagne l’Allemagne en septembre 1944 et devient recruteur d’agents (déc. 1944) pour l’école de sabotage et d’espionnage de Marbourg sous la direction de K. NEIDENBACH, avec bureaux centraux aux hôtels Fürstenhof et Vaterland à Berlin. (→Leitstelle Siegfried).

Rex-Walcourt.

Rex-Wallonie. Région autonome du Mouvement de Rex couvrant le Brabant Wallon, les provinces de Liège, Namur, Hainaut et Luxembourg. A la tête se trouve le Chef de Rex-Wallonie, successivement :

Le Conseil représente le Chef de Rex et exerce, en son nom, un pouvoir absolu sur les cadres du Mouvement et des F.C. dans les limites du territoire. Sur avis de son état-major, ainsi que des personnes responsables aux différents degrés de la hiérarchie, il nomme ou démet les chefs de leurs fonctions. est seul responsable vis-à-vis du Chef de Rex.

Hiérarchie de la Région Rex-Wallonie 1. Le Chef de Rex-Wallonie Il est le représentant direct du Chef de Rex, exerce, en son nom, un pouvoir absolu sur les cadres du Mouvement et F.C. dans les limites du territoire wallon. Sur avis de son état-major ainsi que des personnes responsables aux différents degrés de la hiérarchie, il nomme ou démet les Chefs de leurs fonctions. Il est le seul, et cela personnellement, responsable vis-à-vis du Chef de Rex.

2. Son fondé de pouvoir (J. GEORGES)

Il agit au nom du Chef de Rex-Wallonie, pour le contrôle et l’inspection des cadres du Mouvement et des F.C. Il peut, en même temps, être chargé par le Chef de Rex-Wallonie de missions particulières.

3. Le secrétaire général Dirigé par le Chef des Services Administratifs et Financiers, il assume, au nom du Chef de RexWallonie, l’organisation générale de la Région wallonne ; 4. L’état-major général, soit un corps consultatif, est réuni chaque fois que le Chef de Rex-Wallonie le juge nécessaire et, en principe, une fois par mois. Il comprend :

a. le Chef de région des F.C. Sa tâche est déterminée par le statut particulier au cadre F.C. Il maintient un contact permanent avec le Chef de Rex-Wallonie. À la réunion mensuelle de l’état-major, il fait rapport sur la situation de son cadre :

b. le Chef de la propagande. Ce dernier a pour tâche l’organisation des réunions

L’Ami du Peuple paraît le 12.02.1941. L. LUYTEN en est l’éditeur jusqu’au 25.04.1941, la N.V.

Volksverweering prenant le relais. Le 08.11.1941, il prend pour sous-titre Hebdomadaire d’action racique contre les forces occultes.

Le dernier numéro (N° 10) de L’Ami du Peuple paraît le 6 mars 1943.

HENRARD.

ARCHAMBEAU, R. BOTTE, J. CAMBE, R.

COLOT, E. DELATTRE, GRILLON, H. LANDUCCI, J. LEBEAU, R. LAMBRICHTS, A. LECLERCQ, M.

LEPEZ, D. MAHY, J. MORIMONT, J. PELZER (Verviers), M. PILETTE, F. REMILLY, G. ROMAIN (G.W!Liège), RUDY, M. VAN DE VELDE, VAN VEERDEGEM.

DELIEN (Ofrac), KRAFT, M. MICHEZ.

– Siège : rue Lépold à Charleroi, puis rue Ch.

Dupret.

A partir d’août 1941, la rédaction est transférée de Charleroi à Bruxelles.

Amicale des Travailleurs Wallons en Allemagne-A.T.W.A. Émanation des Maisons Wallonnes d’obédience UTMI du Cercle Wallon en Allemagne.

Amis du Grand Reich Allemand – AGRA. Fondé à Liège (13.03.1941) par des dirigeants rexistes sympathisants inconditionnels de l’Allemagne nationale-socialiste prônant une collaboration à outrance, face à Rex jugé trop belgicain. La véritable plaque tournante des tractations est le chef du département /!/.B&C de la Sipo-Sd locale de l’époque, l’adjudant H. RAULS, relayé par son subordonné C. NOSSENT. s’agit de promouvoir un groupement capable d’œuvrer à la réunion de la Wallonie au Reich, par la culture et la politique, mais aussi de porter ouvertement ombrage à Rex, par la création d’un groupement concurrent ; d’où la dénomination du Mouvement de Culture Politique dont J. VELUT prend la direction. Les membres AGRA reconnaissent en A.

HITLER le chef incontestable de l’Europe nouvelle et adhérent sans restriction aux doctrines nationales-socialistes, s’opposant.. à toute idée démocratique, libérale, juive ou maçonnique.

En octobre 1942, l’appellation AGRA est modifiée en Mouvement Socialiste Wallon – MSW – avec siège à Charleroi. Cependant, l’appellation de Mouvement National Socialiste Wallon, envisagé pour remplacer AGRA, est interdite par l’administration militaire (déc. 1941).

Au 15.08.1941, AGRA compte près de six cents membres dans la région de Liège. Un an plus tard, le Cercle de Namur en dénombre deux cent six. Le reste des effectifs est éparpillé dans les cercles du Borinage, du Centre et de la région bruxelloise.

À Charleroi, J. SPILETTE, rédacteur en chef du Journal de Charleroi et cheville ouvrière de l’activité AGRA dans le Borinage, affilie d’office à AGRA, sous peine de renvoi, tout le personnel du journal. Les cotisations sont retenues sur le salaire.

Lors de la création du Cercle du Centre (La Louvière), il agit de même envers le personnel du → Journal du Centre. Comme aucun candidat à la présidence du Cercle de La Louvière ne se présente, J. SPILETTE en désigne un d’office.

Cependant, la création de cercles n’apporte pas le nombre d’adhésions espéré.

Membres fondateurs :

– J. VELUT ; – À. DE BOUNGNE, chef régional de la Wallonie ; administrateur général ;

(1J.-0. MARIANI).

D’un point de vue territorial, la Wallonie est quadrillée en dix-sept Cercles :

– Hainaut, les Cercles d’Ath, Charleroi, Mons, Soignies, Thuin et Tournai ; – Liège, les Cercles de Huy, Liège, Verviers et Waremme ;

– Luxembourg, les Cercles de Bastogne, Marche, Neufchâteau et Virton ; – Namur, les Cercles de Namur, Dinant et Philippeville, auxquels il faut ajouter un Cercle pour les régions non wallonnes (Bruxelles est considérée comme territoire flamand mais possède un Chef de Cercle AGRA- Bruxelles dirigé par FRANQUIEN).

Le Cercle est composé des Groupes locaux, l’ensemble des Cercles formant la Région qui est le dernier échelon de l’organisation géographique AGRA, (1). FIFILS. D. JANQUART, J. LEGRAIN, J.

LELARGE, Z. SCHAEFS).

À J. VELUT succèdent : G. SCALLIET (janv. 1942), puis J. GERITS (début 1943).

– Trésorier général: J. ISTAZ (1941-juin 1943), ensuite LEDENT.

– Chef du Service de Protection AGRA: >R.

CREMER, avec comme adjoint DUFOUR.

– Cheftaine de la section féminine : L. ESSER.

Note : Texte reconnu par OCR à partir des photos des pages : à relire. Les flèches renvoient à d’autres notices de l’Encyclopédie.

Sources — Images de la Légion

[44] Légende et texte d’accompagnement (ouvrage sur la Légion Wallonie, collection J.-L. Roba)

Printemps 1942. A dr. le Dr Pierre JACQUEMIN, médecin de la Légion.

À g. Josy GRAFF, petit-neveu du Général GRAFF, commandant du MNR. Josy GRAFF parviendra à rejoindre l’ Amérique du Sud.

Les premiers jours qui suivirent la capitulation des armées allemandes, les Alliés laissèrent en semiliberté la grande masse des prisonniers de guerre. Les plus débrouillards, particulièrement tous ceux qui avaient de bonnes raisons de ne pas tomber entre les mains de la justice ( et certains s’y étaient préparés de longue date ), profitèrent du flottement occasionné par la mise en place du dispositif d’accueil des personnes déplacées pour disparaître.

Munis de faux papiers d’identité, d’aucuns parvinrent à traverser l’Allemagne, la France et, via l’Espagne et le Portugal, à rejoindre l’Amérique du Sud. Pour d’autres, la Zégion Ffrangère, était un

[45] Idem

En date du 13 juin 1944, ce fut au tour du Sfaffelftihrer (major ) Baron Robert Sloet d’Oldruytenborgh, officier de liaison wallon près le NSKK, d’inviter les familles des membres de cette unité à se procurer un Hirsorgeausweis, — pièce officielle établissant l’appartenance des intéressés au NSKK, — document indispensable pour obtenir la protection morale et matérielle de l’armée allemande et du MOUVEMENT rexiste en cas d’évacuation ou de troubles graves 28.

Dix jours avant l’entrée des troupes alliées dans Bruxelles, une réunion secrète eut lieu dans la capitale. Elle rassemblait le

Reichskommissar Josef Grohé (…)

Sources — Les SS wallons parlent

[46] Jean-Louis Tasiaux, « Les SS wallons ne renient rien », L’Avenir du Luxembourg, 21 janvier 2011 (entretien avec l’historien Daniel-Charles Luytens, auteur de SS wallons, témoignages, éd. Jourdan)

Ils sont Wallons mais ont combattu au front de l’Est sous l’uniforme SS. Brisant un tabou, un ouvrage récemment paru reprend leurs témoignages.

Jean-Louis TASIAUX ls se faisaient appeler Bourguignons, Légionnaires ou tout simplement Wallons. Tout comme en Flandre, en 1941, c’est par centaines que ces jeunes Belges francophones sont partis pour le front de l’Est y combattre sous l’uniforme nazi.

Dans un ouvrage paru aux éditions Jourdan, l’historien DanielCharles Luytens donne la parole à ces Rexistes qui n’ont rien perdu de leur idéal.

«Nous étions tout à peu près d’anciens militaires belges, pas habitués…

Nous n’avons jamais pu nous habituer à cette rigidité prussienne.»

«Très peu de Wallons se rendaient compte de notre mission et de la nécessité d’une Europe unie, ce qui demandait, en premier lieu, l’oubli du passé et une collaboration sans arrière-pensée.»

En leur donnant la parole, vous ne risquez pas de briser un tabou?

Peut-être mais c’est ça aussi l’intérêt de mon livre. Il y a eu de nombreux ouvrages sur les combattants rexistes mais jamais on ne leur a donné la parole.

J’ai pu rentrer en contact avec eux grâce à une connaissance qui avait eu des responsabilités au sein de la Légion. En tout, j’ai pu collecteur une cinquantaine de récits. Je ne porte aucun jugement de valeur sans tomber dans la condamnation ou verser dans l’admiration. Mon but, par ces témoignages, était de comprendre leur état d’esprit à l’époque; ce qui les a amenés à combattre pour les nazis.

Justement, quelle était leur principale motivation ?

Leur but, c’était de combattre le bolchevisme. Ils ne se battaient pour Hitler mais bien avec Hitler

«Il faut se méfier des détournements d’alibi»

I n’a pas encore lu le livre mais Philippe Marchal, directeur adjoint à l’ASBL «Territoires de la Mémoire», estime qu’il faut être prudent avec ce genre de récits: «Ça peut être intéressant d’un point de vue historique, mais il faut pouvoir mettre ces témoignages en perspective avec le recul nécessaire. Le problème, c’est la fascination que ça peut amener chez certaines personnes ».

Le directeur de l’ASBL estime également que le discours de ces anciens SS Wallons s’apparente à du négationnisme: «Ils disent avoir combattu contre le communisme. Je me méfie de ces détournements d’alibi avec lesquels ils tentent de se justifier. À l’époque, on pouvait être anticommuniste mais ailleurs que dans la SS..»

J-LT.

contre le communisme qu’ils haïssaient.

D’ailleurs, dans les témoignages, certains m’ont dit qu’ils étaient anti Hitler et même l’un d’entre eux était anti Degrelle mais pour eux, c’était la seule façon de protéger la Belgique du communisme.

Ils avaient conscience de l’horreur du régime nazi?

Les camps de concentration, les exactions des nazis, ça, ils n’en parlent pas. Ils ne se sentent pas concernés puisqu’ils ont exclusivement combattu sur le front de l’Est.

60 ans après, quel regard portent-ils sur ce qu’ils ont fait ?

Leur idéal est resté intact. Ils ne renient rien et sont prêts à repartir, s’il le fallait. J’ai pu assister à l’une ou l’autre de leurs réunions.

Ils se voient clandestinement au sein d’une fraternelle maïs ça reste très gentil. Il n’est pas question de salut, de bras levé… C’est juste un banquet où ils partagent leurs souvenirs. Mais ce qui m’a frappé c’est que certains de leurs petits-enfants participent à ces réunions. #

»

[47] D.-C. Luytens, SS wallons. L’histoire de la Légion Wallonie de Hitler, 2014, p. 11 (témoignage de Raymond Lemaire)

Il est bien facile d’entretenir dans l’esprit des anciens, et de faire naître dans celui des jeunes, l’idée que les légionnaires qui ont combattu volontairement en Russie l’ont fait en valets de l’Allemagne avec l’intention méchante de trahir la Belgique. Qu’on ne vienne pas dire qu’en combattant dans les rangs de l’armée allemande, on aidait les nazis à conquérir l’Europe pour imposer leur doctrine. Ce n’est pas sérieux. L’Allemagne a perdu la guerre avec nous, elle aurait pu très bien la gagner sans nous. De même, les Alliés auraient tout aussi bien pu remporter la victoire sans l’aide de la brigade Piron ou de la division Leclerc. Pas plus que le nôtre, le but de cette formation n’était d’aider l’une ou l’autre puissance à atteindre son objectif. Dans les

[48] Idem, p. 46 (témoignage de René-Joseph Ladrière)

Le 29 août 1941, lors d’une cérémonie en plein air, nous avons prêté serment au Führer, mais entouré de drapeaux à la Croix de Bourgogne. L’abbé S… nous disait aussi la messe en plein air tous les dimanches matin et nombreux étaient les légionnaires qui communiaient avec ferveur.

[49] Jean-Michel Bodelet, « Ces espions wallons au service d’Hitler », L’Avenir du Luxembourg, 23 décembre 2013 (à propos d’Eddy De Bruyne, Les commandos wallons d’Hitler)

Au début des années 1990, l’Europe apprenait qu’en son :

sein, existait le réseau « Gladio », des stay-behind, chargés, en cas d’invasion soviétique, d’organiser la résistance, de fournir des renseignements aux alliés. Cette option n’était pas neuve. Infiltrer des agents dans les lignes ennemies ou à l’arrière des lignes de front est une technique presque aussi vieille que la guerre ellemême. Cependant, la lumière que peut lui apporter l’historien est infime. Par nature secrètes, ces opérations ne jouissent pas d’un éclairage médiatique particulier. Les sources se doivent d’être trouvées autre part. C’est ce défi que vient de relever Eddy De Bruyne. On ne le présente plus. Spécialiste incontesté de la collaboration militaire francophone et de la légion Wallonie en particulier, il est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces sujets.

Documents épars Son dernier en date s’intéresse à ces unités de Wallons, stay behind après la libération de septembre 1944. Son livre, « Les commandos wallons d’Hitler », est un vieux rêve de l’auteur. Il explique : «Je caressais cette idée depuis quelque temps déjà car au cours de mes recherches sur la collaboration francophone en général, j’ai eu l’occasion de prendre connaissance de documents, d’abord épars, ensuite plus regroupés, éclairant cet aspect particulier de la collaboration. Comme entre-temps je

m’étais consacré à des publications qui me paraissaient plus urgentes, j’ai donc classé ces documents dans mes archives sans toutefois les oublier. Ce livre est donc le résultat de recherches s’échelonnant sur plusieurs années. »

Pas de témoin Plusieurs années qui font pénétrer le lecteur dans un véritable roman d’espionnage. Qui découvre ces gens qui, parfois sans passé collaborateur, vont intégrer ces unités spéciales. « Dans de tels cas, il ne s’agissait évidemment pas d’une prise de conscience idéologique mais plutôt d’un moyen pour se tirer d’un mauvais pas. Les personnes concernées par ce type de choix étaient approchées par des recruteurs dûment informés par des sous-agents et mouet à tie pa su.

eurs radio étaient une

chards parcourant les camps de travailleurs et autres lieux abritant des compatriotes », explique Eddy De Bruyne avec un petit regret : «Contrairement au travail d’investigation mis en place pour mes autres publications, je n’ai pu rencontrer aucun acteur de ces événements. Pourtant, il eût été intéressant, et peut-être révélateur, de recueillir le témoignage de ces personnes. » De l’instruction aux hypothétiques opérations, des jeux de dupe aux conflits d’intérêts et aux rivalités des services allemands avec, en filigrane, le regard de Léon Depgrelle, l’ouvrage.

est une plongée dans une histoire méconnue. Une histoire tout aussi méconnue que passionnante qu’Eddy De Bruyne remet en perspective avec rigueur.

devenu chef résistant ouvrage d’Eddy De Bruyne présente de nombreux mérites.

Parmi ces derniers, des biographies des principaux acteurs de cette « aventure ».

Des destins parfois étonnants, voire surprenants.

Un simple exemple, celui de ce volontaire de la guerre 14, Capitaine commandant aux Chasseurs ardennais en 1940 qui, en 1943 va dénoncer des compatriotes. Il va ensuite travailler pour la Gestapo avant d’infiltrer un mouvement de résistance.

Il en deviendra un des chefs, étant même mandaté pour une mission belge auprès des Britanniques en Allemagne. Démasqué en 1947, il se suicide. M

[50] « Le Lebensborn de Wégimont », La Petite Gazette, 15 novembre 2012 (AO)

Les dirigeants du IIIe Reich allemand, Le plus sinistre à Leur tête, avaient imaginé qu’ils pourraient organiser la procréation d’enfants de pure souche aryenne, répondant à tous les critères raciaux définis par Le Reich. A cette fin, ils créèrentune quinzaine de « lebensborn » ce qui peut se traduire par « Les fontaines de vie ».

ILen exista bien sûr en Allemagne, mais également au Danemark, en Norvège, en France et, celui qui nous occupe, un en Belgique, au château de Wégimont, dans ce qui est aujourd’hui Le domaine provincial. Les enfants nés, entre novembre 1942 et La fin de l’été 1944, dans ce que Les nazis appelait « La maternité des Ardennes »

avaient été » conçus par des SS flamands, wallons et allemands et, une fois sevrés, étaient confiés à des organisations nazies.

Des rares documents et témoignages relatifs à cette maternité si particulière, il ressort qu’elle ne donna jamais satisfaction aux Allemands. IL y manquait des sages-femmes, Le personnel ne connaissait pas l’allemand, l’hygiène y était très douteuse, La population locale était très hostile à cet établissement sur son territoire. Ce sont sans doute ces raisons qui expliquent La fermeture de la « maternité des Ardennes» Le 1° septembre 1944, rovoquant Le départ des jeunes mères et de leurs enfants vers ’Allemagne, sans doute à Wiesbaden.

Madame Andrée Weyrauch, de Hotton, me demande de revenir sur Le sujet car elle aimerait en savoir davantage :

« En classant de vieilles photos pour mes petits-enfants, l’une d’entre elles m’a rappelé de vieux souvenirs. Elle me représentait, en 1947, dans Le bac à sable de Wégimont. Je suis née en 1945, ma sœur avait 14 ans. Mes parents avaient une friterie à Fléron et maman adorait nager, alors, dès que Le temps Le permettait, on filait à Wégimont.

J’ai gardé une impression de peur et de malaise depuis l’entrée, jusqu’à La piscine. Enfin, j’ai interrogé ma sœur. On devait suivre un chemin clôturé de fils de fer barbelés, puis passer devant le château occupé par des militaires ;: maman disait que c’étaient des prisonniers malades et contagieux.

Sur d’anciennes photos, hélas perdues par ma sœur, on voyait, à l’arrière-plan, de grandes cabanes du genre de celles existant dans Les camps de prisonniers, elles étaient noires et Leurs volets tout fermés.

Plus grande, lorsque je voyais cette photo, elle me rappelait la peur que j’éprouvais en passant par là ; ma mère me serrait alors très fort La main. J’ai alors interrogé ma tante (92 ans), elle passait devant Le domaine à vélo pour aller acheter du beurre et revenait par une autre route pour ne pas se faire arrêter. IL y avait, tout autour du domaine, des gardes allemands avec des chiens. IL était interdit à La population d’approcher de l’entrée.

A La débâcle, les gens du village Lui ont raconté que des camions plein de femmes et d’enfants sortaient de Wégimont et que Les femmes criaient « Aidez-nous ! »

Que s’était-il passé là-bas ? J’aimerais Le savoir pour répondre à mon fils Johan et pour compléter Les souvenirs de famille que je rédige pour que mes seize petits-enfants sachent d’où ils viennent.

Merci de m’aider dans cette démarche. »

ILme reste à vous souhaiter une excellente semaine à toutes et à tous.

Sources — 1.4.2 Vichy, les rattachistes et l’« omerta »

[51] Hervé Hasquin, Les séparatistes wallons et le gouvernement de Vichy (1940-1943). Une histoire d’omerta, Académie royale de Belgique, Classe des Lettres, 2004 — extraits

(p.11) Il se chuchote bien que certains wallons réfugiés en France auraient entretenu des contacts avec le régime de Vichy pendant la guerre; des bruits convergents rapportent même que quelques personnalités liégeoises auraient aidé à 1’« épuration ” de dossiers personnels dans les archives du Fonds d’Histoire du Mouvement wallon dans les années cinquante, mais on en reste au stade des rumeurs. En 1984, le livre de M.F Gihousse ouvre des pistes prudentes, ponctuées de nombreux points d’interrogation faute de documents décisifs : dix ans plus tard, F Balace et A. Colignon, se fondant sur des dénonciations publiées dans le journal

collaborationniste Cassandre sont nettement plus incisifs .

Aujourd’hui, globalement, deux thèses sont pour l’essentiel en présence. Selon, Ph. Destatte :

« L’attitude de ces exilés est clairement anti-allemande et opposée à la politique collaborationniste française. Ils sont dénoncés depuis la Belgique par les journaux à la solde de l’ occupant. Ces contacts ne semblaient pas se poursuivre au-delà de la mort de Georges Truffaut en avril 1942, ni de l’occupation de la zone libre, fin novembre 1942 ».

(p.12) En revanche, Ch. Kesteloot, se fondant sur des rapports de certains protagonistes conclut plus radicalement :

« (…) 1940 et 1941 ont été des périodes de flottement, d’échafaudage de plans divers s’inspirant de thèses proches de l’Ordre nouveau. (…) le rattachement de la Wallonie à la France est une revendication qui leur tient tellement à coeur qu’ils sont prêts à négocier avec un gouvernement dont on peut à tout le moins contester la légitimité ».

Il nous est possible aujourd’hui de trancher le débat. Nous avons eu la bonne fortune d’entrer en possession d’archives encore non exploitées et composées de quelques centaines de lettres, de coupures de presse, de journaux clandestins, de projets d’articles destinés à la presse clandestine wallonne mais qui n’y paraîtront pas . La confrontation de ces éléments avec les

archives de Vichy conservées au Quai d’Orsay permet d’apporter une réponse définitive. Il n’y a eu de la part des personnes incriminées et réfugiées en France aucune opposition à la politique de collaboration du gouvernement de Pétain ; les contacts, les relations suivies qu’elles ont entretenus avec Vichy se sont poursuivis jusqu’ à la fin de l’été 1943, avec un seul but : convaincre les autorités françaises du moment du bien-fondé du rattachement de la Wallonie à la France.

(p.21) La capitulation belge intervient le 28 mai. Ce jour-là, le président du Conseil, Paul Reynaud, se déchaîne contre le Roi des Belges. L’enchaînement des circonstances libère les énergies et les colères. Ce 28 mai 1940, un abbé, aux sentiments wallons bien connus, mais dont la trace s’est perdue en France dans les années trente, refait surface. L’abbé Englebert, « belge wallon, habitant la France, depuis longtemps désireux d’être naturalisé “, se présente comme un « informateur avisé qui dès 1939 faisait prévoir les événements actuels » ; il se propose de prendre la parole à la T.S.F « pour dire qu’il y a une Belgique française qui ne

trahit pas comme la Belgique germanique ». Le lendemain, c’ est un chanoine belge du nom de Bonjean qui télégraphie de Tunisie : « Douloureusement atteint. Trahison. Me mets à votre disposition pour aller soutenir moral et organiser résistance émigrés belges ». C’ est anecdotique, voire folklorique, mais traduit assez bien l’ampleur du choc émotionnel subi par quelques wallons francophiles.

(Achille Englebert, dit Omer (Ollomont-Nadrin l 893 – Jérusalem 1991) avait été, dans les années vingt, un membre actif de l’ Assemblée wallonne; il fut l’un des fondateurs de La Terre wallonne, Écrivain prolifique, il séjourna en France jusqu’au début des années cinquante, avant d’aller aux États-Unis, au Mexique, au pérou, en Argentine; il se fixa à partir de 1960 au Carmel du Pater à Jérusalem (E.M.W, t. I).

(p.24) Les Allemands avancent; le 16 juin, Reynaud est remplacé par pétain. Bref, le projet grandiose n’est plus que chimères; Thone a lui-même quitté Paris et en passant par Vichy est arrivé à Albi , où il retrouve ses beaux-parents, mais où les Belges sont interdits de résidence. Confronté aux difficultés qui sont celles de tous ses compatriotes après la reddition de l’ armée et le discours de Reynaud, il doit bien en convenir . les attestations dont il est porteur pèsent peu car « on a tendance à mettre, depuis la trahison du Roi, tous les Belges dans le même panier, sans tenir compte des éléments francophiles qui ont tout

(Jacques Mahieu (dit Jules) (Wasmes 1897 – La Brigue (France) 1968). Curé à Roux ( 1926), actif dans les associations wallonnes du pays de Charleroi, il participe à plusieurs publications sous des pseudonymes. Bien que sanctionné par son évêque. il s’implique davantage. devient en 1936 le directeur de La Wallonie nouvelle et fonde en 1939 le Parti wallon indépendant qui essuie un échec retentissant aux élections. Sa volonté de créer un parti politique l’a brouillé avec les responsables de la Concentration wallonne ; il part en France ; dès avant cet épisode, l’évêque de Tournai l’avait réputé démissionnaire, privé de son traitement, puis l’ avait frappé d’interdiction d’ encore porter la soutane dans le diocèse (H. HASQUIN, L’abbé Mahieu, fondateur du Parti wallon indépendant ( 1939 ), dans Recueil d’Études d’histoire hainuyère offertes à M. A. Arnould, Analectes d’histoire du Hainaut, t. II, 1983, pp. 119-131 ;

(p.25) risqué pour la cause commune}}. Cette lettre adressée à un ministre – Intérieur ? Réfugiés ? -, il la signe, non plus en qualité de Président des Amitiés françaises, non pas en qualité de délégué aux questions des réfugiés belges, mais, et c’est un geste d’affirmation, une façon de s’identifier clairement car c’est un gage d’avenir vu les circonstances, en qualité de Président de la Ligue d’ Action wallonne. Hasard de l’Histoire, cette lettre est datée du 18 juin ! Le préfet du Tarn donnera les instructions en conséquence le 24.

Mais autre hasard de l’Histoire. Ce même 18 juin, l’ abbé Mahieu qui caresse aussi l’ ambition d’ être le porte-parole de la Wallonie, écrit à pétain, nouveau président du Conseil « au nom

du peuple wallon », comme il se plaît à le rappeler le 20 juillet 1940 à ce même pétain, devenu depuis quelques jours « Chef de l’État français ».

À Montpellier, Mahieu ne perd pas de temps. Il a été rejoint par son ami de Charleroi, l’ avocat Carlier. Ils s’ activent et frappent à la porte du 2e Bureau de l’Etat-Major de la

16e Région. Dans une note datée de Montpellier, le 12 juillet 1940, le général de corps d’ Armée de la Laurencie fait rapport au ministre de la guerre. L’abbé Mahieu et Carlier sont présentés comme « Chefs du Mouvement autonomiste wallon ». Après s’ être livré à un historique du problème wallon, du « mouvement autonomiste” et de son organe La Wallonie nouvelle qui se tire à 7.000 exemplaires, ils évoquent les « services rendus à la France ». Ils font état de contacts établis entre eux et le Chef du 2e Bureau dès 1937 . mis en relation avec le colonel Mermet, ils le rencontreront même en moyenne deux fois par semaine de décembre 1939 à juin 1940; pendant cette dernière période, ils fournirent aussi à la demande du 2e Bureau, « des travaux » au Ministère de l’Information. Bref, Mahieu et Carlier souhaitent

travailler à nouveau pour la France. La note ajoute :

(Arille Carlier (Monceau-sur-Sambre 1887 – Charleroi 1963). D’abord compagnon de route de Destrée, il apporte son soutien aux entreprises de l’abbé Mahieu à partir de 1934-35 et dirige même La Wallonie nouvelle. Il ne restera pas en France. De retour en Belgique en 1940, il fit de la résistance active et fut emprisonné d’août 194l à août 1943. Après la guerre, il fut directeur du journal Wallonie libre (1947-59) (E.M.W, t. I; cf aussi A. BOLOONE-LEMAIRE, Arille Carlier ou la conscience wallonne, Charleroi, Institut J. Destrée, 1969, p. 44).

(p.26) « Ils estiment que la Belgique n’est plus un État possible. La Wallonie doit être rattachée à la France soit purement et simplement, soit avec un statut spécial. Par Wallonie, ils entendent tout ce qui est au sud de la ligne : Lille-Aix-la-Chapelle.Ils supplient que les Wallons ne soient pas oubliés dans le traité de Paix ».

À l’occasion de cette rencontre, Mahieu dépose un premier mémoire intitulé Réunion de la Wallonie à la France, celui-là même qu’il fera parvenir également à pétain le 20 juillet 1940 .

En résumé, Mahieu propose le rattachement de la Wallonie à la France et celui de la Flandre à la Hollande pour constituer des « Pays-Bas ” agrandis dont la Couronne serait confiée soit

aux Orange-Nassau, soit aux Saxe-Cobourg. L’ Angleterre, qui a des relations avec les partisans de la « Grande Néerlande » n’y verrait pas d’inconvénient; l’ Allemagne et ses pangermanistes verraient sans doute d’un bon oeil l’incorporation de la Hollande et de la Flandre dans le Reich d’autant qu’un thème est redevenu familier aux Allemands, celui d’une Belgique « État artificiel ». Les avantages pour la France sont multiples : l’accroissement territorial est confortable, consolide la frontière Nord-Est et donne à Paris une position plus centrale, accroissement démographique et donc amélioration de la force militaire, d’ autant

plus intéressant que ces Wallons sont de culture française et pas une « masse hétéroclite d’immigrés venus de partout”. apport industriel alors que la France trouverait de nouveaux débouchés pour ses produits agricoles. L’élément le plus surprenant du Mémoire, qui aux yeux de Mahieu est sans doute un argument fort, mais q ui témoigne aussi de sa candeur et de son incapacité à appréhender correctement la politique française, consiste à faire apparaître l’annexion de la Wallonie comme une compen-

(Mahieu n’hésite pas à écrire « Les chefs du Mouvement wallon sont en France, groupés autour de moi » ., il espère que le maréchal et son gouvernement entendront « notre appel et nos offres de service “, il fait bien sûr part de ses nombreux états de service depuis 1935 avec le Ministère de la Guerre, l’État Major général de l’Armée (1936), le 2E Bureau, les Ministères des Affaires étrangères (depuis 1935), de l’Information (depuis 1939), avec le cabinet Reynaud dès que fut annoncée la capitulation belge, sans compter ses nombreux contacts personnels avec des personnalités politiques et du monde culturel dont des représentants éminents de la presse française de la droite extrême, Maurras (Action française), Émile Buré (L’Ordre) (Archives Quai d’Orsay série Z – Vichy – Europe n° 165).

(p.27) sation de la perte probable de l’ Alsace Lorraine et de quelques colonies. La Belgique disparue, pourquoi ne pas abandonner le Congo à l’ Allemagne ? De toute façon, les colonies ne sont jamais qu’un ” bien précaire}} et sont appelées à s’émanciper. En revanche, pourquoi ne pas s’inspirer de la théorie des nationalités chère à l’ Allemagne et ne pas revendiquer pour la France, outre la Wallonie, la Suisse romande et la vallée d’ Aoste ? ” Nous, Wallons, Français de l’ extérieur, nous pensons que la France ne doit pas hésiter entre son unité continentale et l’ abandon de l’une ou l’ autre colonie, plus ou moins indéfendable ». En conclusion, tout est possible pour les Wallons à la condition que la France se montre moins timorée que par le passé. Il faut se resituer à l’ époque; la victoire du Reich est à ce point écra-

sante que pour le francophile Mahieu, l’alternative est simple : ou la Wallonie est rattachée à la France, ou « la Belgique de 1939 est maintenue » et les Wallons « devront vivre dans un État vassal du Reich » (annexe 2).

(p.40) Pierre Clajot, né à Liège en 1896, admirateur de Truffaut, travailla « pour le copted ‘u service français’ à partir de 1939 « le long de la frontière belgo-allemande (de la Calamine à St. Vith) » (Archives Quai d’Orsay – série Z – Vichy – Europe – n° 179 – rapport du 18 novembre 1940 et annexes).

(p.53) Ceci nous ramène à une autre facette des activités de Thone pendant la « drôle de guerre » : sa complicité avec les Services de renseignement français de l’ Armée de Terre ; c’est d’ailleurs dans un appartement, propriété de Thone, que logea le capitaine Bernier,

attaché au SR de Lille, lorsqu’il prit la direction de l’ antenne de Liège camouflée au Consulat général en septembre 1939. En fait, Thone, à partir du printemps 1941, ambitionna de

développer une filière de renseignements politiques, complémentaire à la filière militaire qui s’ était reconstituée progressivement à l’initiative du colonel Louis Rivet, chef du SR Terre. Il arriva à ses fins dès l’ été. Bref, transmission de rapports, de journaux et de coupures de presse en provenance de la Belgique occupée, fourniture de renseignements politiques « pointus “, c’est déjà tout cela l’ action de Thone en relation avec le régime de Vichy pendant le premier semestre de 1941.

(p.58) /Le colonel français Louis Rivet / exerce tout aussi clandestinement des activités de contre-espionnage à l’ encontre des pays de l’ Axe. Avant la guerre, Rivet disposait d’ agents recruteurs belges. Il en réembauche certains. Ainsi, dès que l’invasion de mai 1940 déferle sur la Belgique, l’un deux, Laurent Auguste Thibout, francophile notoire – il était président à Liège du Comité Belgique-France et fréquentait donc Sarrien et Thone – file s’installer à Vichy. il y présidait depuis 1923 l’ Amicale Franco-Belge ! Il y retrouvera l’un des adjoints de

Rivet, le capitaine Leman, alias « Lemonnier » qui avait travaillé pour SR à Verviers en 1939.

Le « réseau Thibout-Leman » s’adjoindra au printemps 194l les services de Régibeau, alias « Arthur “, qui lui-même recrutera à Liège et dans les environs des agents dont plusieurs

avaient été des sympathisants de la Ligue d’Action wallonne.

(p.92) À notre connaissance, aucun article envoyé par Thone ne paraîtra dans les feuilles clandestines. En soi, c’ est déjà une réponse, En fait, le message envoyé à Thone par une frange de la résistance wallonne fut plus subtil. L’organe de la section liégeoise du mouvement « Wallonie libre}}, Sambre et Meuse dirigé de juillet 1941 à juillet 1942 par Fernand Schreurs et Victor Van Michel publia deux articles au titre identique ou quasi identique à la littérature reçue, mais au contenu radicalement différent. L’un était intitulé La France et Nous, l’ autre France. éternelle.

La France et Nous exprime un avis nuancé. « La Cité ardente » qui s’est toujours sentie « trop française » a ressenti la violente secousse qui a « ébranlé » la France. Certains ont pris

le parti de Pétain, d’ autres ont choisi « la France libre et son chef “.

(p.93) « Disons immédiatement que Sambre et Meuse entend n’être d’aucun parti et reste fidèle à la France et rien de plus.

Il ne nous appartient pas de juger le gouvernement Pétain. La guerre n’est pas finie et aussi longtemps que la situation actuelle se maintient, il est prématuré de cataloguer en bloc le gouvernement de Vichy parmi les collaborateurs ou les gaullistes. Chaque chose viendra à son heure ».

(…) Cet épisode de pénétration avortée de la presse clandestine par les courants idéologiques dont Thone est le fer de lance, est également révélateur des hésitations, des tensions, parfois

avouées, qui parcourent les milieux dirigeants de Sambre et Meuse, comme ceux de Wallonie libre l’ année précédente. Réintégrer la France reste l’objectif sentimental. Ce rêve, que l’on ne

croit pas inaccessible car les circonstances de la guerre peuvent (p.94) aider, reste bridé dans son expression car un fait ramène périodiquement les dirigeants aux dures réalités : l’opinion publique, les Wallons dans leur immense majorité, ne sont pas disposés à entendre ce discours sur la réunion à la France, a fortiori quand la « grande Nation ” est sous le joug d’un régime tel que celui de Vichy, Et très certainement, le mépris, voire la colère, finissent par gagner ceux qui dans le secret de leur coeur espèrent toujours un arrangement providentiel dont Thone pourrait être le maître d’oeuvre. Même le chef des « séparatistes” a perçu qu’il fallait composer. Les expressions « rattachement” ou « annexion” à la France ne figurent dans aucune des contributions quémandées; Thone a compris lui aussi qu’ il était devenu inopportun de hérisser le poil des Wallons. La propension à se répandre en éloges de la France, à rappeler que leur destinée invite les Wallons à s’en rapprocher, n’exclut pas de flatter la tradition de liberté des Liégeois : la démarche placée sous le signe de l’ autonomie, ne risquera pas de heurter des populations que l’ on sait par ailleurs francophiles.

(p.97) Que cette France se rassure, elle n’a rien à craindre des Wallons peu enclins à s’ aligner sur les thèses allemandes du docteur Rust :

« Le Reich s’intéresse assez vivement au mouvement wallon et un Centre d’Études wallonnes a été constitué par le Führer à Marburg (Prusse Orientale). Ce centre d’études, après avoir

entrepris d’ importants travaux sur l’ ethnographie et la linguistique wallonnes serait arrivé à la conclusion que les Wallons ne sont, ni des Flamands, ni des Allemands, ni des Français, mais

qu’ils forment une ethnie spéciale.

Selon le docteur RUST, les Wallons ne peuplent pas seulement la partie méridionale de la Belgique, mais ils constituent le fond de la population de sept départements français, Nord, Pas-de-Calais, Somme, Aisne, Ardennes, Marne, Meuse. Dans ces conditions, les intentions du Führer sont de former, avec ces divers éléments une état indépendant wallon qui réunirait les régions industrielles de la Wallonie belge aux régions agricoles de la Picardie et de la Champagne et qui aurait un débouché sur la mer. Cet état aurait Liège pour capitale ».

(p.99) Pierre Hubermont (1903-1989), de son vrai nom Joseph Jumeau, socialiste, actif dans les milieux culturels wallons, fut séduit après 1940 par l’Ordre nouveau. Fondateur d’un journal collaborationniste, La Wallonie, il présida aussi la Communauté culturelle wallonne subventionnée par les Allemands (E.M.W, t., II).

(p.100) Insensiblement, le zèle de Thone l’amène à dénoncer les comportements de certains de ses compatriotes, au risque même de mettre leur sécurité en danger. Rien ne l’obligeait à commettre certaines délations. Pourtant, il attire l’attention de Vichy sur les agissements, (…), de la « colonie belge » de Montpellier :

« Une des plus inoportunes consiste dans le repérage de tous les aérodromes de la région. A Toulouse, Leenaers /ingénieur belge/ a signalé une organisation non seulement de passage mais de désertion des compagnies de travailleurs. J’ai les documents. »

(p.105) Certes Thone met à contribution, mais avec une extrême prudence, son ami H. Albert, le « gaulliste » qui est à cent lieues d’imaginer la nature des activités du liégeois. Les

questions et les réflexions de cet ami sont d’ailleurs parfaitement éclairantes sur la suspicion et la rancoeur des Belges à l’égard de la France :

« La mauvaise humeur des sphères belges à l’égard de la France actuelle provient, en grande partie, du fait que de nombreux Belges qui ont séjourné en France se sont plaints, à tort ou à

raison, des mauvais traitements dont ils auraient été l’ objet, en tant que Belges, de la part des Français en général, et surtout de la part des autorités françaises.

Personnellement, ajoute l’ami, je n’attache aucune croyance à ces affirmations. Je sais combien est grande l’amitié du peuple de France envers les Belges en général et des Wallons en particulier.

Mais j’aimerais que vous me documentiez le plus possible à ce sujet » .

(Extrait d’un courrier d’Henri Albert. communiqué par Thone à Sarrien le 5 juin 1942.)

/Cependant,/ André-Jean Faure, préfet hors cadre depuis la mi-juin 1941, avait pris en main le problème des camps d’internement dont il confessait que « les conditions déplorables » qui y régnaient « ne sauraient être plus longtemps tolérées, sans compromettre la réputation d’humanité de la France ».

(p.106) Au fil des semaines les contacts entre Thone et les amis de Wallonie se densifient. Par ailleurs, Mahieu s’ est à nouveau rendu à Lisbonne et à la demande de Thone établira « noir sur blanc le récit de son expédition ” .

(p.107) Mais il y a plus important. En septembre 1942, Thone a vu Thiry et Schreurs. Le compte rendu de l’entrevue, écrit-il, ne serait qu’une répétition d’informations déjà reçues :

« Sauf sur le point extrêmement important de la propagande réussie, par les frères Van Belle, le sénateur Charles et le député François, auprès des organismes syndicaux clandestins.

À ce jour, les importants syndicats des mineurs, des métallurgistes, des transports, des carriers sont acquis à la thèse du rattachement, Le travail continue à Liège et tend à obtenir le même

résultat dans les autres provinces wallonnes. J’estime que si les circonstances (Gestapo) le permettent et si certains appuis pouvaient être assurés au moment opportun, poursuit-il, on pourra obtenir des résultats impressionnants ».

(p.108) En URSS, les troupes allemandes commencent à piétiner ; les combats de rue commencent à Stalingrad le 4 septembre.

Depuis l’été, les bombardements aériens frappent les villes allemandes et françaises. Et puis, il y a la répression qui touche la zone libre; la police allemande y pénètre de plus en plus sou(p.109) vent sans vergogne dans sa chasse aux résistants; les juifs sont traqués et déportés. Telles sont déjà les réalités de la zone non occupée à la fin de l’été et au début de l’automne 1942. Mais Thone imperturbablement poursuit l’ objet de ses obsessions. Quant à Louis Pierard, à peine rentré de Suisse, en octobre 1942, ne voilà-t-il pas qu’il sollicite l’autorisation de faire une tournée de conférences en Algérie sur le thème « Raisons d’aimer la France ». Le 28 octobre, Vichy donne le feu vert, mais le député socialiste n’ aura pas le temps de s’y rendre 214. le 8 novembre 1942, les Américains débarquent à Casablanca, Oran et Alger.

(p.116) Les démarches suivirent leurs cours. Le 17 avril 1943, moyennant la signature de certificats d’arryenneté – ce fut chose faite le 20 -, la banque Worms et Cie fit virer 150 000 francs au compte de Thone chez le Crédit lyonnais à Nice. Voilà Thone muni d’une belle somme dont il n’a de compte à rendre à personne . On comprend ses effusions dans les remerciements chaleureux qu’il adresse à Pilon; il y exprime sans fard ses sentiments pro-français et anti-belges :

« Le modèle de certificat d’arryenneté, que je puis signer preuve en main, stipule en outre que je garantis sur l’honneur, que je suis de nationalité française. Je le suis, en effet. J’espère que le

futur traité de paix le reconnaîtra, mais, en attendant, la loi et les règlements me considèrent encore comme un simple métèque.

J’ai donc refait la déclaration dans ce sens, me reconnaissant tristement Belge. J’espère que cela ne constituera pas un cas de forclusion “.

(p.119) Thone aime par dessus tout la France, et si les Nazis lui font horreur, il n’ aime pas les Anglais. Il collabore dans tous les sens du terme avec le régime de Vichy. Opportunisme dira-t-on ? Pragmatisme invoquera-t-on ? Naïveté tentera-t-on de justifier ? Inculture politique avancera-t-on en dernier recours ? Rien de tout cela. Il est « collaborateur ” par conviction car il est aussi un « pétainiste » aveugle, un « maréchaliste » convaincu, un bourgeois conservateur qui adhère aux idéaux du régime, sans se poser de questions.

Thone, c’est aussi celui qui s’aventure dans un congrès de la Légion française des combattants et en sort encore plus admiratif de Pétain en février 1942 :

« Un congrès légionnaire vient d’ avoir lieu à Nice. J’ ai froidement emboîté le pas à un délégué et ai assisté à toutes les séances. Prodigieux d’ intérêt, car, en l’absence de la presse et de témoins gênants, on y a donné sur la politique intérieure une somme d’informations qu’il m’aurait été impossible de recueillir en un mois à Vichy. Mais quand on sait cela, on n’en admire que plus la profonde et magnifique sagesse du Maréchal » .

(Lettre de Thone à Sarrien, 24 février 1942)

(p.122) Ce Thone là n’est pas enthousiasmé par les coups de mains menés par des groupes armés de la Résistance. Ses lectures de la presse belge l’inquiètent; il fait volontiers sien le vocabulaire de la presse collaborationniste. Ce ne sont que d’ « extraordinaires exploits de gangsters “, « à se croire à Chicago” . « Tout cela promet pour l’ immédiate après-guerre” confie-t-il à Quentin . Quelques jours plus tard, il renchérit :

« (…) La série noire continue au pays. Il y a tous les jours une colonne pour les exploits des gangsters. J’ai l’impression que nous trouverons une drôle de mentalité lorsque nous rentre-

rons “.

(…) Le « vieux bourgeois”, conservateur, francolâtre et rattachiste, « maurrassien ” et « maréchaliste “, quittera non sans nostalgie les côtes ensoleillées du Sud de la France pour les brumes parisiennes, avant de retourner en triomphateur à Liège sur les traces des Américains en septembre 1944.

(p.123) Le doute n’est plus permis, Thone, Mahieu et quelques autres ont été des « collaborateurs » dans le sens le plus péjoratif du terme, Cependant, une pesante loi du silence, telle une chape de p1omb a colmaté les fuites, embrumé les souvenirs, généré des

amnésies, provoqué le scepticisme, voire même l’indignation, lorsque, malgré tout, depuis une quinzaine d’ années, des informations moins reluisantes perçaient les ténèbres.

Pourquoi ce silence assourdissant, collectif et surtout coupable ? Deux explications au moins éclairent l’injustifiable. D’ abord Thone avait barre sur un nombre impressionnant de personnalités. Ensuite, le Mouvement wallon avait intérêt à occulter la duplicité de plusieurs de ses ténors dans le problème épineux des relations de la Wallonie avec la France.

(p.126) C’était tout de même plus commode de ‘casser sa plume’ dans le Sud de la France, en touchant les mensualités de Vichy qu’en affrontant les rigueurs de l’occupation en Belgique.

(p.129) Aucun des ténors du Mouvement wallon qui avait siégé au Directoire de Wallonie libre, dans les organes dirigeants de Sambre et Meuse et du Rassemblement Démocratique et Socialiste Wallon, c’est-à-dire ses acteurs les plus emblématiques d’avant guerre, si l’on excepte Rey prisonnier et Truffaut décédé, n’ aurait osé soulever à partir de 1944 le voile qui pudiquement recouvrait la question des négociations secrètes avec Vichy. Au moins jusque 1943, ces acteurs avaient eu deux fers au feu. Tous étaient antinazis, anti-léopoldistes, anti-gouvernement Pierlot. Ils affichaient dans leurs publications des sentiments très francophiles – la France par dessus tout , mais avec un engagement aux côtés de de Gaulle qui ne s’affirmera sans équivoque que dans le courant de l’année 1942. Ce groupe d’amis était « rattachiste ” avant la guerre, il l’est resté pendant le conflit, Rappelons nous que la majorité d’entre eux avait été avant 1940 des fidèles de Mahieu et de la Concentration wallonne et qu’ils ne

rompirent point les liens après 1945, à commencer par Bologne. Mais ces Liégeois « rattachistes”, sous peine d’être totalement en porte-à-faux par rapport à une opinion liégeoise et wallonne de plus en plus fascinée par la résistance anglaise et gaulliste, se

trouvaient dans 1’incapacité politique d’exprimer leurs choix profonds au grand jour et devaient ruser, spéculer, sur une possible réussite de Thone. Qu’ils l’aient parfois mis en garde, c’est possible. Mais n’était-ce pas aussi l’encourager à persévérer que de lui transmettre jusqu’au début de 1943 des Rapports dont on savait qu’ils devaient éclairer les partenaires français, c’est-à-dire Vichy ! Aucun d’eux n’ignorait le nom du destinataire intermédiaire, Fernand Sarrien : tous l’avaient par ailleurs fréquenté à Liège.

Que certains aient fait le choix de la France comme avenir de la Wallonie à la fin des années trente, est leur droit. La démocratie implique la libre expression des idées ; encore faut-il politiquement rallier une majorité à sa cause, et donc convaincre.

Qu’ils se soient efforcés de profiter des circonstances pour arriver à leurs fins, en négociant au mépris de toute dignité, avec un régime autoritaire et fascisant qui bafouait les droits et libertés les p1us élémentaires et faisait siens nombre de principes raciaux du IIIe Reich (p.131) constitue une faute impardonnable, et laisse une tache indélébile. Le rapprochement avec ce qui s’est passé au sein du Mouvement flamand vient à l’esprit. Il subsiste toutefois une

différence de taille (sic), la France de Vichy n’ était pas la puissance occupante et elle ne s’était pas alignée sur toutes les extravagances meurtrières des Nazis.

(p.134) Tous les « réfugiés ” wallons stipendiés par Vichy, sous le contrôle de Thone, ne succombèrent donc pas à la collaboration politique active. Robert Fenaux paraît également relever de cette catégorie. Mais tous furent complices par leur amnésie.

Les épisodes retracés n’ ont au total que de très lointains rapports avec l’ aura de la Résistance. On savait déjà que les Wallons et Bruxellois francophones s’y étaient beaucoup plus impliqués que les Flamands. Mais plus personne n’était dupe quant à la part marginale prise par le Mouvement wallon dans cette Résistance, même s’il réussit à s’accaparer quelques lauriers, tant fut considérable le discrédit dans lequel s’ était embourbée une frange importante du Mouvement flamand 261, Toutefois, combien n’ était-il pas vulnérable ce Mouvement wallon, paré de vertus refusées à son pendant flamand ! N’ était-ce pas une forme d’incivisme en tout cas çà l’ aurait été aux yeux de l’ opinion publique – d’ avoir choisi en pleine guerre la fin de la Belgique et le rattachement à la France ? Rien là de très glorieux ! Il valait mieux éradiquer jusqu’ au moindre soupçon et faire oublier aussi, que les principales cibles de Wallonie libre furent à côté des Nazis et des Rexistes, d’ abord la Belgique, les Flamands, le Roi et le Gouvernement de Londres, Ouf, on pouvait tout de même s’ attribuer une spécificité « antifasciste ».

Annexes

/Mépris d’un soi-disant Wallon, collabo, pour le wallon/

(p.139-145)

Juillet 1940 – Réunion de la Wallonie à la France (Mémoire remis par l’abbé Mahieu)

(p.139) … le petit peuple /wallon/ utilisant en outre des patois romans (le wallon, le picard et le lorain). … »

(p.147) « Victor Hugo a entendu les habitants de Dinant parler flamand. Or, ces gens de Dinant son de purs Wallons. Le grand poète a pris pour du flamand ce qui n’est que du patois roman. »

(p.146-150)

Début août 1940

La question wallonne (Extrait du second rapport de l’abbé Mahieu)

/Ainsi, l’abbé Mahieu voulait que la Belgique soit dépecée en faveur de l’Allemagne nazie et de la France pro-nazie de Vichy…/

(p.146) « La théorie des nationalités énonce le principe que la frontière linguistique doit coïncider avec la limite des langues. C’est ce principe que l’Allemagne n’a cessé de revendiquer pendant des années. Elle devra encore l’invoquer pou porter ses frontières plus loin vers l’ouest (Alsace-Lorraine – Grand Duché de Luxembourg – régions germaniques de Belgique – Flandre et Hollande). Il n’est juste que de lui opposer le même principe pour revendiquer la Wallonie comme territoire français. »

(p.149) Le transfert des populations

« Nous voulons parler du rapatriement des éléments wallons ouf rancisés des teritoires incoporés au Reich ou à l’Etat de Flandre à constituer.

Hormis le cas où il s’agit de Wallons émigrés en Flandre et qui désirent rentrer dans leur pays d’origine, il ne semble pas désirable de voir cette population s’établir soit en Wallonie, soit dans le nord français, où il y a déjà surpopulation. La remarque vaut sutout pour les Flamands francisés ou les Alemadns francisés (Luxemboug belge et aussi Grand Duché). IL n’est pas désirable de renforcer par des apports germaniques les régions du nord où le métissage s’accuse de longue date. (…) Il vaudrait mieux s’efforcer d’installer ces « récuéprés » au sud de la Loire dans la mesure du possible, et compte tenu des pofesions (les tisserands seront dirigés sur les pays de tissage, etc.).

En outre, lorsque ces immigrants seront nantis d’un nom germanique, il serait sage de les obliger à adopter un nom français au moment même de leur installation à la première résience en France. (…)

En Wallonie même, il existe beaucoup de descendants d’immigrés flamands. Le changement obligatoire du nom, imposé en même temps, pourrait soulever des dificultés d’adapatation. (…)

De cette manière, on effacera un peu à la fois les traces de germanisme dans les nouveaux territoires français. »

[52] Christian Laporte, « Séparatistes jusqu’à l’extrême. Une étude explosive sur les rattachistes wallons proches du régime de Vichy », Le Soir, 23 janvier 2004

Jusqu’ en janvier-février 1943, l’imprimeur liégeois Georges Thone, figure emblématique du

Mouvement qui présida plus tard le Grand Liège et qui fut un des fondateurs du Rassemblement wallon, tenta de négocier le rattachement de la Wallonie à la France, alors vichyste, avant de verser définitivement dans le camp nazi.

Un dérapage aussi incroyable qu’incompréhensible pour le Mouvement wallon et les séparatistes sudistes dont le combat avait toujours été démocratique… Un écart d’autant plus surprenant enfin, que Thone fut aussi très proche de Wallonie libre, mouvement wallon de résistance par excellence. (…)

Le ” hic ” est que l’historiographie officielle sur Thone ne dépassa jamais le constat que celui-ci avait, effectivement, eu des contacts avec le gouvernement du maréchal Pétain dans le but

de faire part aux autorités françaises de l’état d ’espritd es Wallons. (…)

Mais hastuin va netement lus loin : « (…) Il est collaborateur par conviction car il est aussi un éptainiste aveugle, un maréchaliste conaincu, un bourgeois conservateur qui adhère aux valeurs du régime sans se poser de questions. »

Dans la même veine, Hasquin situe aussi l’abbé Jacques Mahieu qui allait as’adresser à Philippe Pétain. Et égratigne d’ autres compagnons de route qui ont, pour le moins, hésité avant de rejoindre le camp des démocrates. (…)

Qui plus est, dans les documents mis au jour, l’historien a aussi retrouvé un chèque de 150.000 francs français versés par le régime via la banque Worms en avril 1943. Le malaise n’en est que plus grand lorsqu’on découvre que Thone y fait une déclaration d’aryenneté sous serment.

(…) Wallonie libre, très francophile et rattachiste dans un premier temps, évolua cependant à partir du constat qu’une bonne partie de l’opinion wallonne se sentait proche des Britanniques mais aussi de de Gaulle. Pour se dédouaner le cas échéant de Thone et de ses amis ? Une certitude sous la forme d’une directive confidentielle mais qui n’a pas été détruite…, poursuit Hervé Hasquin : le directoire savait parfaitement ce que faisait l’imprimeur liégeois.

Mais l’historien a d’autres éléments accusateurs : Les amis de Thone ont continué à recueillir des renseignements pour Vichy. Et cela alors qu’ils étaient bien informés du retournement de situation. L’aveuglement antibritannique et antibelge de Thone a conduit à l’incroyable. Libre à chacun de se battre pour ses idées politiques sur le terrain démocratique. Autre chose est de s’allier à gens peu respectables pour parvenir à ses fins… (…)

Sur son serment d’aryenneté et sa nationalité… française qui lui ont permis d’être aidé par le pouvoir pétainiste : Le modèle de certificat d’aryenneté (…) stipule, en outre que je garantis sur l’honneur que je suis de nationalité française.: Je le suis en effet. J’espère que le futur traité de paix le reconnaîtra. (…) J’ai donc refait la déclaration dans ce sens, me reconnaissant tristement belge. (…)

A propos de la Résistance en Belgique que la collaboration assimile au banditisme : La série noire continue au pays. Il y a tous les jours une colonne pour les exploits des gangsters. J’ai l’impression que nous trouverons une drôle de mentalité lorsque nous rentrerons.

[53] Idem, encadré « Londres savait aussi… »

Le travail d’Hervé Hasquin est un scoop historique.

L’on connaissait la proximité de Thone avec les milieux vichyssois, mais la mise au jour des nouveaux documents ouvre d’autres perspectives. Sur les rattachistes, voire sur les zones d’ombre qui entourent le séjour de certains ministres belges en France au début du conflit. Dès 1984, Marie-Françoise Gihousse, auteure de «Mouvements wallons de résistance » (l’institut Jules Destrée) citait déjà une lettre du grand résistant William Ugeux constatant depuis Londres les liens douteux entre certains rattachistes et Vichy. Mais il a fallu attendre 1997 pour que Chantal Kesteloot, chercheuse au centre Guerre et Sociétés contemporaines constate le jusqu’au-boutisme rattachiste. S’apprêtant à sortir un ouvrage sur le Mouvement wallon à Bruxelles, chez Complexe, l’historienne se dit surprise par la durée de la collaboration de Thone. Et insiste sur le fossé qui s’était creusé entre son discours et celui desrattachistes restés au pays. Un constat : Hervé Hasquin montre comment Thone voulut faire passer ses idées dans la presse clandestine au pays. Malgré sa grande influence, il n’y est pas parvenu.

Heureusement, car, dans l’après-guerre, l’on n’aurait pas seulement stigmatisé le Mouvement flamand pour sa proximité de l’Ordre nouveau. Et le Mouvement wallon y eût vu son brevet de résistentialisme écorné

[54] Commentaire de R.V.

R.V. :

Mahieu et Thone, deux ordures d’inciviques, n’ont jamais été jugées. Elles n’en donnent pas moins envie de vomir sur eux.

Récemment, à la VRT, j’ai vu un ancien kollabo, qui avait participé au massacre des patriotes et de leurs familles pendant la guerre à Meensel-Kiezegem, et qui ne s’en repentait pas. Condamné à mort, il n’a jamais été exécuté ! (…)

[55] Han Renard, « Historiek van de onafhankelijkheidsgedachte » (entretien avec Hervé Hasquin), Knack Extra, 2 février 2011, p. 13

(texte original en néerlandais)

Historiek van de onafhankelijkheidsgedachte

Interview met Waals geschiedenisprofessor Hervé Hasquin

‘Een onafhankelijk Wallonie is een zinloos project’

De mentale omslag in Wallonie is er gekomen met de grote staking tegen de eenheidswet van

Gaston Eyskens in 1960, zegt MR-politicus en historicus Hervé Hasquin. ‘Op dat moment ben ik ook, als zeventienjarige, een aanhanger van het fédéralisme geworden.’

(…) Als minister-president van de Franse Gemeenschap publiceerde hij een ophefmakende studie (op basis van een koffertje met documenten dat op geheimzinnige wijze in zijn bezit kwam) over de collaboratie tijdens de Tweede Wereldoorlog van een groepje Waalse separatisten met het Vichyregime van maarschalk Philippe Pétain. Hasquins genadeloze blootlegging van een tot dan toe doodgezwegen, ‘weinig glorieuze’ episode uit de geschiedenis van de Waalse beweging, werd hem in Waalse militante kringen niet in dank afgenomen. De beruchte koffer zit inmiddels, tot groot jolijt van de hartelijk lachende Hasquin, veilig achter slot en grendel ergens in de gebouwen van de prestigieuze Académie royale de Belgique, waarvan Hasquin secretaris voor het leven is. Daarnaast is hij ook de vader van verschillende standaardwerken over de geschiedenis van Wallonië en de Waalse beweging.

Résumé en français : Présentation d’Hervé Hasquin : ministre-président de la Communauté française, il a publié une étude retentissante, fondée sur une malle de documents reçue mystérieusement, sur la collaboration d’un petit groupe de séparatistes wallons avec Vichy, épisode « peu glorieux » jusque-là passé sous silence, ce qui lui a été reproché dans les milieux militants wallons.

[56] Idem, p. 15

(texte original en néerlandais)

de verzetslui in Wallonie dan allemaal wallinganten?

hasquin: Zeker niet, er zaten ook veel belgicisten bij, maar er waren toch nogal wat Waalse groeperingen in het verzet. Andere wallinganten zijn bij het uitbreken van de oorlog naar Frankrijk gevlucht. Denk aan de Luikse drukker en vooraanstaande wallingant Georges Thone. Die had in 1940 met een aantal gelijkgestemden in Frankrijk onderdak gezocht. Uit haat tegen Leopold III, tegen Duitsland en tegen de Britten, die bij de eerste gelegenheid Leopold III weer op zijn troon zouden zetten, zijn Thone en zijn Waalse separatistische vrienden met de opeenvolgende Vichyregeringen en maarschalk Pétain, een marionet van nazi-Duitsland, over de mogelijke aansluiting van Wallonie bij Frankrijk gaan onderhandelen. Ze waren zo verblind door hun rattachistische ideeën dat ze zich steeds verder op het pad van de collaboratie begaven. Die Waalse separatisten vormden weliswaar een kleine minderheid, maar ze hebben dus wel bestaan. Wallonië zelf telde ook heel wat collaborateurs, al waren dat geen Waalse nationalisten, wel echte fascisten, terwijl in Vlaanderen de collaboratie toch vooral een zaak van de Vlaamse beweging is geweest.

Résumé en français : Hasquin : les résistants wallons n’étaient pas tous wallingants. Georges Thone et ses amis séparatistes réfugiés en France ont, par haine de Léopold III, de l’Allemagne et des Britanniques, négocié avec les gouvernements de Vichy le rattachement de la Wallonie à la France, s’enfonçant dans la collaboration. Ils étaient une petite minorité. La Wallonie a aussi compté beaucoup de collaborateurs, « de vrais fascistes » mais pas des nationalistes wallons, alors qu’en Flandre la collaboration fut surtout l’affaire du Mouvement flamand.

[57] A.M., « Walenland », Delta, n° 3, 2004, p. 22-23

(texte original en néerlandais)

Het is één van de mythes die in de Zuidelijke Nederlanden nog altijd de ronde doen: tijdens de Tweede Wereldoorlog heeft de ‘Vlaamse’ bevolking duchtig gecollaboreerd met de Duitse bezetter terwijl de ‘Walen’ hun strepen verdienden in het verzet. Die mythe lijkt nu stilaan te

worden doorprikt. ULB-historicus en voorzitter van de Franse Gemeenschapsregering Hervé Hasquin (MR, en dus een ‘onverdachte’ figuur) publiceerde onlangs een studie (1) waaruit blijkt dat een aantal wallinganten in de periode 1940-1943 toenadering zochten tot het Franse collaborerende Vichy-regime. Zij gingen pleiten voor een aanhechting van Wallonië bij het

Frankrijk van maarschalk Pétain. Wij vernemen o.a. dat er in Vichy een sectie bestond voor de “questions belges et luxembourgeoises au sein du Ministère des Affaires étrangères du Gouvernement de Vichy”

(p.23) Vooral Georges Thone, uitgever en drukker, liet zich daarbij niet onverlet. Thone is een van de centrale figuren in de Waalse Beweging. Deze demystificatie komt niets te laat. Wie er de in 2001 gepubliceerde Encyclopédie du Mouvement Wallon op naleest krijgt de indruk dat er in Wallonië enkel verzetshelden hebben geleefd. Léon Degrelle, die toch stelde dat de Walen Germanen waren, komt er niet in voor. (…)

(1) “Les séparatistes wallons et le Gouvernement de Vichy (1940-1943), une histoire d’Omerta”, uitgegeven door de Académie de Belgique, 196 pag.

Réactions de collabos francophiles, négationnistes :

Résumé en français : Le mythe d’une Flandre collaboratrice et d’une Wallonie résistante est en train de tomber : l’étude d’Hervé Hasquin (MR, donc « insoupçonnable ») montre que des wallingants ont cherché à rattacher la Wallonie à la France de Pétain entre 1940 et 1943, Georges Thone en tête. L’Encyclopédie du Mouvement wallon (2001) donne l’impression que la Wallonie n’a connu que des résistants ; Léon Degrelle, qui affirmait que les Wallons étaient des Germains, n’y figure pas.

Sources — Une étude qui dérange

[58] François Perin (ancien ministre, Liège), lettre au Soir, 28 janvier 2004

Je lis, avec étonnement, dans « Le Soir » du 23 janvier que Georges Thone fut un des fondateurs du Rassemblement Wallon. Les fondateurs des premiers partis wallons présentés en ordre dispersé aux élections de 1965 furent : Robert Moreau dans le Hainaut (ancien cadre FGTB ; Front wallon), Fernand Massart à Namur (député socialiste dissident), Pierre Rouelle, bourgmestre de La Hulpe, moi-même à Liège (sous le sigle PWT). Ces formations fusionnèrent en une seule le lendemain des élections au mois de mai 1965, ce qui provoqua le départ

de l’extrême gauche conduite par Ernest Mandel (trotskiste). Après cette préhistoire, le Rassemblement wallon fut fondé sous le coup de l’affaire de Louvain en 1968 avec l’appui désintéressé (sic) de Jean Duvieusart (ancien Premier ministre PSC en 1950).

Georges Thone ne fit jamais partie d’aucune de ces formations politiques, ni comme fondateur ni comme membre du bureau ni comme membre d’une assemblée de militants.

Je n’ai pas rencontré Georges Thone pendant la guerre. Membre du mouvement clandestin Jeune Wallonie (section jeunes de Wallonie libre), membre de la presse clandestine notamment socialiste, je peux confirmer que Georges Thone y était totalement étranger.

Quand j’ai rencontré Georges Thone après la guerre, dans les années 60, il était… gaulliste ! Il recevait à sa table diverses personnalités, non seulement Fernand Dehousse mais aussi André Genot, successeur d’André Renard à la tête du mouvement populaire wallon : curieuses fréquentations pour un homme d’extrême droite.

Sans doute avait-il changé d’avis en raison de son idée fixe : le rattachement à la France, quelle que soit la nature du pouvoir politique de la République. Il serait resté du même avis, même si la France avait été communiste ! J’ai été témoin de ces propos.

Votre dernière phrase est inutilement malveillante : Comment le mouvement wallon de guerre pouvait-il voir son « brevet de résistentialisme écorné » par un homme qui n’en fit jamais partie ?

Par contre un des leaders les plus acharnés du mouvement wallon pendant la guerre, tel que François Simon, ne se tourna pas vers Pétain à Vichy mais au contraire prit contact avec de Gaulle à Alger !

FRANÇOIS PERIN (ancien ministre) LIÈGE

[59] Yves de Wasseige (Marcinelle), « Les “collabos wallons” », Le Vif/L’Express, 6 février 2004

Je suis scandalisé par l’article « Les collabos wallons» (…). Dans tout l’entretien, il s’agit du comportement d’une seule personne, mais votre titre est au pluriel. Cela n’est pas correct. Collaborer avec le régime de Vichy, surtout avant 1942, n’est évidemment pas de même nature que collaborer avec les autorités d’occupation allemandes, voire avec la Gestapo. Votre titre fait, hélas! cet amalgame inacceptable. (…) Vous titrez « Révélation ». Mais vous auriez dû vérifier certaines affirmations. Les agissements de Georges Thone sont connus et d’ailleurs décrits sur deux pages complètes dans l’Encyclopédie du Mouvement wallon, tome III, pages 1528, 1529 et 1530. Editions de l’Institut Jules Destrée, mars 2001.

La collaboration avec le régime de Vichy, surtout jusqu’en 1942, n’est pas constitutive en elle-même d’une collaboration avec les autorités allemandes d’occupation. Il n’y avait, donc, pas matière à accusation, sauf le cas où une

telle collaboration aurait délibérément conduit à des dénonciations auxdites autorités allemandes. Je laisse, bien entendu, la critique de la réponse et des amalgames intolérables qu’elle comporte à la responsabilité de M. Hervé Hasquin.

J’ai été sénateur du Rassemblement wallon, j’ai toujours été et suis toujours un Wallon. Un article comme celui-ci est injurieux à l’égard des très nombreux militants wallons, des résistants wallons et, finalement, des Wallons d’aujourd’hui, par les assimilations, les amalgames et les insinuations qu’il comporte.

[60] Claude Thayse (Nivelles), « Les “collabos” wallons », Le Vif/L’Express, 6 février 2004

J’ai été très étonné, dans l’article traitant du livre du ministre-président MR et historien Hervé Hasquin (Le Vif/L’Express du 23 janvier), de la généralisation faite à tout le Mouvement wallon du comportement de Georges Thone pendant la guerre. D’autant plus que, si l’auteur apporte bien des documents nouveaux, les faits étaient connus depuis très longtemps (voir à ce propos l’encyclopédie du Mouvement wallon). Par ailleurs, si M. Thone était effectivement encore vivant lors de la création du Rassemblement wallon, son rôle s’est borné à contribuer financièrement au lancement de la section liégeoise. Dire que son rôle a été particulièrement décisif est exagéré. Il ne faudrait pas laisser entendre qu’il fut quasiment l’égal d’un Jean Duvieusart ou d’un François Perin! De la lecture de l’article, il me reste l’impression que votre journal cherche à établir un parallèle entre la collaboration massive bien connue en Flandre et les errements de quelques Wallons, salissant ainsi la mémoire des nombreux héros qui, au nom du Mouvement wallon, certes rattachiste et gaulliste dans sa très grande majorité, ont combattu la barbarie nazie.

Sources — 1.4.3 L’épuration en chiffres

[61] Reflector, n° 10, 1971, p. 204

(texte original en néerlandais)

“Men mag niet uit het oog verliezen dat na de oorlog meer Waalse dan Vlaamse incivieken ter dood werden gebracht (122 tegen 105).”

Résumé en français : « Il ne faut pas perdre de vue qu’après la guerre, plus d’inciviques wallons que flamands ont été exécutés (122 contre 105). »

[62] « La répression de l’incivisme en Belgique : 346 283 dossiers, 1 247 condamnations à mort », Le Journal du siècle, 18 août 1998

En Belgique, l’aventure tragique de la collaboration se termina, en septembre 1944, en même temps que s’ouvrirent les prisons et les tribunaux chargés de juger les « traîtres », ceux qui avaient pactisé avec l’Allemagne nazie.

Pas mal de légendes ont couru sur l’épuration, explique M. Willequet, historien belge. La première, c’est qu’une répression féroce se serait abattue sur des centaines de milliers de Belges – et l’on cite le nombre des dossiers : il y en eut 346 283 !

C’est oublier que chaque plainte exigeait une enquête, et que 84 % de ces enquêtes furent négatives, ou révélèrent des doubles emplois. I1 n’y eut en réalité que 57052 poursuites, dont 53005 condamnations, 4736 acquittements et 399 applications de la loi de défense sociale.

Voilà quelques repères qui permettent d’esquisser la pyramide des peines. II y eut 1 247 condamnations à mort (548 flamands, 699 francophones) ; 242 personnes furent effectivement exécutés :

105 dans les arrondissements flamands, 122 dans les arrondissements wallons, 15 à Bruxelles. Les détentions perpétuelles furent au nombre de 1 022 dans le nord du pays et de 817 au sud. Les emprisonnements de dix à vingt ans se décomposèrent en 3 342 arrêts pour la partie flamande et 2 491 arrêts pour la partie francophone. Enfin, seule la base (peines de moins de trois ans) révèle une nette prépondérance flamande : 14 115 contre 8013.

Une dernière opinion généralement répandue voudrait que la justice ait été particulièrement répressive au lendemain de la Libération pour devenir ensuite plus indulgente. C’est vrai, c’était inévitable, et il y eut en 1944 quelques peines capitales sinon imméritées, du moins mal équilibrées par rapport à des jugements postérieurs. Mais ces cas furent très rares, et, par la suite, le jeu des grâces et des commutations de peine devait largement rétablir l’équilibre. Cinq ans plus tard, il n’y avait plus que 3 075 détenus inciviques dans les prisons.

Quelles étaient les bases juridiques des poursuites qui furent intentées ? Essentiellement les suivantes : l’article 113 du Code pénal (avoir porté les armes contre la Belgique en guerre) ; l’article 1l8 bis (collaboration intellectuelle ou politique) : l’ article 121 bis (dénonciation) et l’article 115 (collaboration économique).

On estime que les 12 893 condamnés à des peines criminelles correspondent aux 10 366 Belges qui furent recensés par ailleurs comme ayant servi dans la Wehrmacht, tandis que les 15775 condamnés à des peines correctionnelles pourraient couvrir les 16029 membres des formations auxiliaires. On voit que ces calculs n’aboutissent qu’à des approximations, et

c’est normal, D’autre part, on sait que le général Reeder, chef de l’administration militaire occupante, déclara qu’il y avait eu environ 30 000 Belges dans l’ armée allemande. C’est beaucoup plus que les 10366 indiqués dans les statistiques judiciaires – mais il faut tenir compte des tués et des disparus, qui échappèrent aux tribunaux. Retenons néanmoins un fait des plus intéressants : un tiers au moins des porteurs d’ armes a agi par conviction politique. C’est énorme.

L’article 118 bis (collaboration politique) provoqua 23 584 condamnations. Il faut préciser que seuls furent frappés les individis qui avaient exercé des dfonctions réelles dans des partis d’« ordre nouveau », ou qui s’étaient fait connaître par une propagande active. Ajoutons-y les 20652 déchus de leurs droits civils et politiques : simples adhérents passifs, qui doivent donc être additionnés aux collaborateurs politiques, Si l’on tient compte des tués, des disparus et des mineurs d’âge, le nombre des fascistes convaincus, amis politiques de l’occupant, devrait avoir plafonné autour des 50 000.

La collaboration économique (article 115) totalisa 1 504 condamnés pour ce seul article et 4003 condamnés pour d’autres articles en plus. Il faut dire que seuls furent frappés les cas les plus graves et les plus flagrants ; tous les autres bénéficièrent de la nécessité reconnue « pour un pays occupé par l’ennemi de maintenir une activité économique lorsqu’ elle présente un intérêt évident pour la population, alors même qu’elle profite inévitablement à l’envahisseur” (texte du rapport du régent, précédant l’arrêté-loi du 25 mai 1945). Enfin, la dénonciation à l’ ennemi n’entraîna que 4 101 condamnations pour ce seul article 121 bis et 4 138 pour d’autres articles en plus.

Ces chiffres peuvent paraître minces, au regard des quelque 40 000 prisonniers politiques dont la plupart tombèrent victimes, hélas, de leurs propres concitoyens ; mais il faut constater que dans ce domaine, la preuve était des plus difficiles à établir, et que le doute doit profiter à l’accusé. Chose plus curieuse, les Wallons se montrèrent beaucoup plus dénonciateurs que les Flamands : 0,82 pour mille, contre 0,32.

L’importance numérique de la collaboration a donc été au total très mince.

[63] P. Belien, « Een mythe doorprikt : Vlaanderen als bakermat van racisme en antisemitisme », Secessie, n° 7, 2002, p. 27-35

(texte original en néerlandais)

De ‘Encyclopédie du Mouvement Wallon’ – uitgegeven met overheidssteun door het ‘Institut Jules Destrée’ / !/ – in tegenstelling tot de ‘Encyclopedie van de Vlaamse Beweging’, geen artikel aan de collaboratie. De historicus Alain Collignon had zo’n artikel wel geschreven, maar het werd niet opgenomen.

(cf Knack, 30 mei 2001) Collaboratie moet in de Belgische gechiedschrijving uitsluitend een Vlaams fenomeen blijven. (…) »

Résumé en français : L’Encyclopédie du Mouvement wallon, éditée avec des fonds publics par l’Institut Jules Destrée, ne consacre, contrairement à l’Encyclopédie du Mouvement flamand, aucun article à la collaboration : l’historien Alain Colignon en avait écrit un, qui n’a pas été publié (cf. Knack, 30 mai 2001). « Dans l’historiographie belge, la collaboration doit rester un phénomène exclusivement flamand. »

[64] A.M., « Van stroom tot stroom tot aan de zee », Delta, n° 2, 2004, p. 19

Titre donné par l’auteur : « Hervé Hasquin, régionaliste et négationniste »

(texte original en néerlandais)

Wie de in 2001 door Hervé Hasquin gepubliceerde Encyclopédie du Mouvement wallon naleest, krijgt de indruk dat er in Wallonië enkel verzetshelden hebben geleefd. Léon Degrelle, die toch stelde dat de Walen Germanen waren, komt er niet voor.

Résumé en français : Qui lit l’Encyclopédie du Mouvement wallon publiée en 2001 sous la direction d’Hervé Hasquin a l’impression que la Wallonie n’a compté que des héros de la Résistance ; Léon Degrelle, qui affirmait que les Wallons étaient des Germains, n’y figure pas.

Sources — 2. Depuis 1945 : une histoire réécrite ?

Sources — 2.1 Sept idées reçues

[65] Texte de l’auteur

Une propagande bien orchestrée notamment par des historiens collabos francophiles tente depuis 3 décennies de brouiller les pistes sur notre Histoire commune pour diviser le peuple belge.

En voici quelques exemples :

[66] J. de Launay et J. Offergeld, La vie quotidienne des Belges sous l’occupation, 1982, p. 53

Titre donné par l’auteur : « 1. FAUX : prisonniers « flamands » libérés contre prisonniers « wallons » déportés en 40-45 »

(p.53) “100.000 prisonniers belges internés dans des camps provisoires avaient réussi à fuir et à rentrer chez eux motu proprio. 400.000 furent libérés en juin en qualité de spécialistes,

Wallons et Flamands, – soit au début plus de Wallons que de Flamands, contrairement à une

légende antiflamande qui perdure jusqu’à ce jour. (voir J. de Launay, La Belgique à l’heure

allemande, éd. Legrain, Bxl, 1977, p.77-78)

(…) Au début d’octobre 1940, 225.000 hommes, dont 145.000 Flamands et 80.000 Wallons, se trouvaient donc internés en Allemagne.”

Commentaire de l’auteur : Malheureusement, concernant la libération des prisonniers flamands et pas des wallons en 1940, on nous serine toujours ce que les Anciens ont répété béatement pendant des décennies. La propagande hitlérienne les a bien roulés et la propagande francophile prit le relais. Rien que dans le village d’Ardenne, où j’habite, quasiment tous les hommes, des Wallons, sont revenus.

[67] Reflector, n° 10, 1971, p. 204

Titre donné par l’auteur : « 2. FAUX : l’incivisme fut bien plus important du côté « flamand » que du côté « wallon » »

(texte original en néerlandais)

“Men mag niet uit het oog verliezen dat na de oorlog meer Waalse dan Vlaamse incivieken ter dood werden gebracht (122 tegen 105).”

Résumé en français : « Il ne faut pas perdre de vue qu’après la guerre, plus d’inciviques wallons que flamands ont été exécutés (122 contre 105). » Voir aussi les chiffres détaillés au point 1.4.3.

[68] Texte de l’auteur

Titre donné par l’auteur : « 3. FAUX : les francophones se sont installés dans la périphérie bruxelloise et ont respecté les néerlandophones qui y habitaient déjà »

L’ETAT de DROIT

Ce mot est aussi à la mode chez les dirigeants français. Ceux-ci n’ont rien trouvé de mieux pour appliquer ce principe que d’envoyer en Corse la Légion étrangère et assassiner en Nouvelle-Calédonie quelques (sales) Kanakes qui voulaient simplement leur indépendance … Comme quoi cette expression juridique peut être utilisée de façon trompeuse.

Au nom de l’état de droit, certains se permettent malgré leur bilinguisme de traiter la langue de l’autre communauté qu’ils ont rendue minoritaire de langue ‘flamande’ en sachant la connotation péjorative qu’elle contient. Un bilingue qui met les deux langues qu’il connaît sur un pied d’égalité dirait plutôt ‘langue néerlandaise’. Mais à Bruxelles, ce préjugé est tenace.

Alors, affirmer que “les francophones se sont installés dans la périphérie dans le respect total des communautés locales” reste à prouver.

J’en veux notamment pour preuve deux témoignages récents:

• celui d’un employé habitant Ganshoren depuis 35 ans, originaire de Bambois / Fosse-la-Ville, mon village natal, qui ne s’est jamais gêné pour se moquer des “Flamands’ de son quartier;

• ceux d’un couple d’employés de banque retraités, originaires de Limal, habitant

Mabompré-Houffalize. Ils m’ont affirmé regretter que, encore dans les années ’60,

les employés néerlandophones dans les banques bruxelloises étaient OBLIGES de

parler exclusivement en français quand ils travaillaient ‘en backoffice’.

Etc.

[69] « Jules Destrée et la Belgique », La Libre Belgique, 4 mars 1976

Titre donné par l’auteur : « 4. FAUSSE car enlevée de son contexte : la citation de Jules Destrée « Sire, il n’y a pas de Belges » »

Texte reproduit au point 1.2 a).

[70] « Le vrai 27 septembre ? », Pourquoi Pas ?, 21 septembre 1983, p. 8 ; Philippe Destatte, « Fêtes de Wallonie… Fête de Wallonie… allez savoir ! », DW, spécial septembre 1996, p. 11-12

Titre donné par l’auteur : « 5. FAUX : le 11 juillet et le 27 septembre, fêtes respectivement des communautés « flamande » et « française » ( !?) »

(p.8) “Le jour où un historien s’ attachera à analyser les origines de nos grandes fêtes communautaires, donc le 11 juillet pour les Flamands et le 27 septembre, oui, oui, ce jour-là, cet historien s’amusera bien. mais il ne fera pas rigoler tout le monde de la politicaille.”

(p.12) “L’historien américain Rooney /J.W. Rooney, Profil du Combattant de 1830, in: Revue Belge d’Histoire Contemporaine, t.12, p.479-504, 1981/ a battu en brèche l’exaltation du rôle des Wallons dans les Journées de Septembre, en mettant en évidence le fait que, parmi les noms des morts et des blessés qu’ il a identifiés comme étant les insurgés tombés au combat, la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands.”

[71] V.He., « Fausses notes autour de Lassus », La Libre Belgique, 11 avril 1994 ; « Roland de Lassus “franco-flamand” », La Libre Belgique, 15 avril 1994

Titre donné par l’auteur : « 6. FAUX : Roland de Lassus, « francophone » »

Le musicien était-il flamand ou francophone?

Communautairement inclassifiable, il est avant tout une des gloires artistiques des Pays-Bas Catholiques, qui donnèrent naissance , quelques siècles plus tard, à l’ Etat belge …

[72] P.V., « Au temps des cathédrales. Plus de deux cents pièces de littérature moyen-néerlandaise à l’Albertine », La Libre Belgique, 12 avril 1999

Titre donné par l’auteur : « 7. FAUX : Bruxelles, ville « francophone » »

“Une sorte de bibliothèque, en fait, de textes qui circulaient au coeur du Brabant à l’aube du 15e siècle.”

“… un si éloquent témoignage du lointain enracinement de la culture flamande dans la capitale.”

Sources — 2.2 1830, une révolution « wallonne » ?

[73] J. Hellinckx, « Usurpation », La Libre Belgique, 15 octobre 1988

“Pourquoi, diable, nos politiciens ont-ils besoin de s’accaparer des victoires purement belges pour justifier l’existence de leur région artificielle?”

“11 juillet 1302” ‘Victoire des Klauwaarts lors de la bataille des Eperons d’Or, seulement possible grâce à l’ aide des Namurois, des Hennuyers, des Brabançons et des Malinois.”

Sans parler du “27 septembre 1830”.

[74] Jo Gérard, La plus grande aventure militaire des Belges. De la guerre des Gaules à mai 1940, 1983, p. 49-50

(p.50) La mêlée des Eperons d’Or /le 11/7/1302/ ne fut ni un conflit nationaliste entre la France et la Flandre, ni une version médiévale de la Commune de Paris.

(p.49) Elle fut une victoire essentiellement belge, pourtant toute une Ecole d’historiens a travesti la portée exacte de ce combat en le présentant tel un triomphe flamand sur la France. Rien n’est plus faux.

D’abord, parce que, dans le camp français, on dénombre des troupes hennuyères sous les ordres de Jean d’Avesnes et un contingent amené du Brabant par le duc Godefroid.

Mais du côté “flamand”, que trouve-t-on?

De nombreux Brabançons aussi! Ils sont commandés par Jean de Cuyck comme le sont les Mosans par Jean de Namur, les Wallons par Guillaume de Juliers, les hommes du comté de Looz enfin que mène au combat Henri de Petershem.”

[75] Jacques Franck, « Un livre passionnant qui rétablit quelques vérités. 1830 : de la régionalisation à l’indépendance », La Libre Belgique, 7 janvier 1981 (à propos de Jacques Logie, 1830. De la régionalisation à l’indépendance, Duculot)

(Jacques Logie : 1830, de la régionalisation à l’indépendance, éd. Duculot)

La « liste des blessés soignés dans les hôpitaux bruxellois pendant les journées de septembre prouve qu’il y eut autant de volontaires originaires des Flandres que de Wallonie. Ainsi, à l’hôpital Saint-Jean, sur 144 blessés, on dénombre 79 Bruxellois, pour 32 Flamands et seulement 19 Wallons ; tandis qu’à l’hôpital Saint-Pierre, on relève 57 Bruxellois, 23 Flamands et 21 Wallons. »

Jacques Logie conclut: « On ne peut donc attribuer à l’une ou l’autre partie du pays le monopole de l’esprit révolutionnaire ».

[76] Philippe Destatte, « Fêtes de Wallonie… Fête de Wallonie… allez savoir ! », DW, spécial septembre 1996, p. 11-12

(p.12) “L’historien américain Rooney /J.W. Rooney, Profil du Combattant de 1830, in: revue Belge d’Histoire Contemporaine, t.12, p.479-504, 1981/ a battu en brèche l’exaltation du rôle des Wallons dans les Journées de Septembre, en mettant en évidence le fait que, parmi les noms des morts et des blessés qu’ il a identifiés comme étant les insurgés tombés au combat, la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands.”

[77] Maurice Bologne, La Révolution de 1789 en Wallonie

Des volontaires wallons – et particulièrement liégeois – y ont joué un rôle important. Des recherches récentes de l’historiographie montrent pourtant qu’il ne fut pas décisif et que ce ne furent pas les Wallons et les francophones (sic) de Bruxelles qui couvrirent de leur sang les barricades, mais des Bruxellois parlant le flamand. »

[78] Sylvie Lausberg, « D’abord flamande, la révolution de 1830 ? », La Libre Belgique, 23 septembre 2006

Guido Fonteyn y forçait le trait jusqu’à accuser les patrons de 1850 d’exploiter plus durement les Flamands dans les mines alors que les ouvriers wallons auraient bénéficié selon lui, d’avantages sociaux et de loisirs. Méconnaissance historique et mémoire sélective ! Les luttes sociales, bien postérieures à 1850 et communes aux ouvriers flamands et wallons, sont elles aussi revisitées par M. Fonteyn à l’aune des tensions communautaires actuelles, sans que l’orateur évoque même brièvement l’attitude de la bourgeoisie flamande – parlant français et qui n’a pas levé le petit doigt pour défendre les ouvriers de Flandre contre les « ogres » du patronat wallon…

[79] « 1830 à la sauce FDF », La Libre Belgique, 30 septembre 1981

M. J.P. Poupko s’est livré à propos de la fête du 27 septembre à de singuliers propos sur les événements de 1830.

Une fois de plus, il reprit une antienne qui fait sourire les historiens : la révolution fut uniquement le fait, en 1830, des Wallons et des Bruxellois.

M. Poupko se garda bien de souligner que 70 p.c. au moins de ces Bruxellois combattant sur les barricades parlaient, alors, le flamand. D’ailleurs, le recensement de 1829 donnait pour les 192.000 habitants de l’agglomération à cette époque, 80 p.c. de Flamands. Les Hollandais entrèrent dans la capitale le 23 septembre au petit matin. Comment veut-on que ce jour-là des Namurois, des Carolorégiens, des Montois aient matériellement pu rejoindre Bruxelles ? Aidés par 200 volontaires liégeois de Rogier, arrivés le 7 septembre, des milliers de Flamands du petit peuple bruxellois coururent aux barricades et y subirent le premier choc de l’armée hollandaise avant l’arrivée, le 24 et le 25 des contingents des provinces wallonnes. Voilà l’évidence que nient les pseudo-historiens du FDF.

Comme ils ignorent sciemment le rôle capital du clergé flamand dés 1825, dans l’opposition à Guillaume ler, le courage des rebelles flamands d’Anvers attaquant les troupes hollandaises, l’engagement parmi les volontaires du célèbre romancier flamand Henri Conscience et de son ami Van Rijswijck, futur bourgmestre d’Anvers. Pas un mot non plus de l’abbé Buelens, rédacteur en chef du quotidien «Den Antwerpenaer» qui luttait si courageusement contre les excès de Guillaume ler en 1829 et en 1830.

1830 fut «une révolution nationale», comme le souligna Henri Pirenne qui, en matière d’histoire était certes un autre orfèvre que M. Poupko et même un autre Wallon que ce bon M Poupko. Mais oui.

[80] Fête de la Communauté culturelle française de Belgique, brochure de la Commission française de la culture de l’agglomération de Bruxelles, années 1980, s.d.

(introd.) “Ces journées de septembre 1830 ont été déterminantes pour notre pays: les Wallons ont rejoint les Bruxellois dans leur combat pour l’ indépendance et la liberté.” (JP Poupko)

On ne parle que de Liège, Huy, Namur, Verviers, Maons, Bruxelles.

(p.16) (le 27 sept. 1830) “L’ armée hollandaise évacue Bruxelles.”

“Cette fuite consacre la victoire de Bruxelles et des volontaires wallons.”

“Louis-Philippe refuse la couronne de Belgique pour son fils.”

“Désarroi en Wallonie parmi les nombreux partisans de la France.”

(p.22) On voulut choisir comme jour de fête une date qui n’aurait pas commémoré d’événement trop local. On ne retint ni le 29 octobre 1468, jour du massacre des “600 Franchimontois” dans leur vaine tentative de secouer le joug de Charles le téméraire sur la principauté ni le 18 juin 1316, jour où les Liégeois aavaient imposé à leur prince-évêque la Paix de Fexhe, par laquelle ils se protégeaient contre son arbitraire. (p.22) “De toute façon, il eût été malencontreux de choisir une date coïncidant avec celle de la bataille de Waterloo.”

[81] « M. Désir et l’histoire », La Libre Belgique, 18 septembre 1980

Titre donné par l’auteur : « Georges Désir, ancien animateur de la RTB et menteur »

“Dans un flamboyant “Billet du Bourgmestre” diffusé dans sa commune, Georges Désir proclame qu’en 1830: “Naissait la solidarité Wallonie-Bruxelles.” Et de citer avec éloge le rôle de Charles Rogier à l’appui de sa thèse dont on trouve pas la moindre trace dans les journaux et les discours de 1830, car la révolution fut essentiellement nationale, ce qui gêne Georges Désir.

L’excellent homme ignore que son héros Rogier deviendra gouverneur d’ nvers et que lorsqu’il quitta sa charge, les Anversois lui payèrent par souscription, une maison à Saint-Josse: “Pour les services qu’il avait, en tant que gouverneur, rendus aux arts et aux lettres flamands.”

[82] « Le vrai 27 septembre ? », Pourquoi Pas ?, 21 septembre 1983, p. 8-10

(p.8) Le jour où un historien s’attachera à analyser les origines de nos grandes fêtes communautaires, donc le 11 juillet pour les Flamands et le 27 septembre pour les francophones, oui, oui, ce jour-là cet historien s’amusera bien. Mais il ne fera pas rigoler tout le beau monde de la politicaille.

Le 11 juillet commémore la bataille des Eperons d’Or. Or, elle ne fut nullement, en 1302, un combat livré par les aïeux de la Volksunie, du T.A.K. ou du V.M.O. contre les méchants fransquillons.

La preuve en est que le comte de Namur et le chanoine liégeois Guillaume de Juliers se battaient du côté flamand et que leur tactique contribua singulièrement à la victoire.

Et qu’on ne nous serine pas que les Eperons d’Or fut une bataille opposant le petit peuple flandrien aux méchants aristocrates puisque nombre de ceux-ci luttaient aux côtes des milices communales contre la cavalerie de Philippe le Bel.

Cette date fut choisie par nos wallingants et nos fanatiques de la francité pour célébrer la victoire remportée par les volontaires de 1830 sur les troupes hollandaises retranchées dans le parc de Bruxelles.

En effet, le 27 septembre 1830, les soldats de S.M. Guillaume 1er évacuèrent la nuit et en « stoemelings » leurs positions.

Quand nous leur donnons l’assaut, elles sont abandonnées par leurs défenseurs : donc, va pour le 27 septembre, pavoisons, sortons nos coqs et écoutons les homélies des Dehousse, des Moureaux et autres cocoricotants bonshommes.

Minute, papillons, minute !

C’est le 23 septembre 1830 à l’aube que l’armée hollandaise attaqua Bruxelles, d’où, la veille, avaient bel et bien fichu le camp les chefs de la révolution, y compris l’illustre Rogier qui planta là les quelques 130 volontaires qu’il avait amenés de Liège dans la capitale.

Ce n’est pas joli, joli ?

Attendez la suite.

Les colonnes hollandaises pénètrent en ville. Rue de Flandres, elles reculent sous un déluge de projectiles, mais elles enfoncent la Porte de Schaerbeek et vont se retrancher dans le parc en poussant l’ânerie jusqu’à ne pas occuper la place Royale.

En ce 23 septembre qui se bat à Bruxelles ?

Quelques centaines de bourgeois et des milliers d’hommes du peuple. au maximum 8.000.

Or, en 1830, l’agglomération bruxelloise est à 80 % flamande, comme le prouve irréfutablement le recensement de 1829.

Et qui parle le flamand ? Le petit peuple. Celui qui, en sarrau bleu, fait le coup de feu sur les barricades et qui, abrite dans les caves de la rue Royale, canarde les Hollandais cachés sous les taillis du parc.

Oui, mais les Wallons ?

Ils sont très peu nombreux à participer aux combats décisifs du 23 et du 24 septembre. En dehors des Liégeois de Rogier, ils ne sont que quelques dizaines.

Pourquoi ? Mais c’est bête comme chou : pour arriver à Bruxelles en partant de Namur, de Mons, de Charleroi, de Verviers, il faut, en 1830, faire la route à cheval ou à pied.

Calculez les distances et la vitesse et vous comprendrez que les Wallons n’afflueront dans la capitale qu’à partir du 25 ou du 26 septembre.

Et n’oublions pas que nos amis ont fort à faire dans leurs propres villes où ils attaquent les garnisons hollandaises.

Ils ne peuvent donc être à la fois chez eux et à Bruxelles !

Le premier choc, et Dieu sait s’il fut rude, entre Hollandais et Bruxellois fut supporté par ces derniers. Et sur cent combattants, quatre-vingts ne parlaient que le flamand des Marolles, de Saint-Josse, de Molenbeek, du Bas de la Ville. Quand Charles Rogier rentra dans la capitale pour y racheter sa fuite et qu’il mettra les bouchées doubles, on le verra choisir comme commandant en chef de nos insurgés un aristocrate mi-espagnol, mi-limbourgeois : don Juan van Halen.

Donc, le vrai 27 septembre devrait être une fête nationale.

D’ailleurs les contemporains des événements de 1830 ne s’y trompèrent pas un instant.

D’OU LE 27 SEPTEMBRE 1832

Le 28 mai 1831, les deux cents députés de notre Congrès National décident d’octroyer des drapeaux d’honneur aux villes et aux villages qui avaient le mieux contribue au succès de la révolution.

Pour fixer les détails de cette récompense, il y eut plusieurs débats, mais les événements retarderont l’exécution du projet.

Les événements ? De graves problèmes diplomatiques, la nécessité urgente de structurer l’organisation administrative et militaire du pays, le choix si difficile d’un roi et surtout la constante et lourde menace d’un retour en force de l’armée hollandaise.

C’est dans ce climat que le 21 juillet 1831, Léopold 1er prête son serment et que le gouvernement propose que les drapeaux d’honneur soient remis par le souverain lui-même, place Royale, le 27 septembre aux cent communes qui furent les plus vaillantes durant la révolution.

Mais à peine Léopold 1er s’est-il installé à Laeken où il prépare ses Joyeuses-entrées dans nos cites que les troupes hollandaises violent nos frontières.

Le mois d’août 1831 est tragique. Notre armée, mal équipée, subit de durs revers et nous ne serons sauves de justesse que par l’arrivée en Belgique des 50.000 fantassins et cavaliers français du maréchal Gérard. Nos malheureux soldats étaient déjà les victimes de 1’imbécillité pacifiste des députés qui, à chaque (p.9) demande de crédits pour la défense du pays, avaient riposté : « Nos jeunes gens auront bien assez de leurs fourches pour repousser une éventuelle agression. »

C’est textuel et cueilli dans l’abondant bêtisier parlementaire de l’époque.

Où en est-on à la fin août 1831 ? sauvés par les Français, les Belges gardent le Limbourg hollandais et le Luxembourg, mais Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, maintient dans la citadelle d’Anvers une garnison de 5000 hommes. il occupe aussi les forts de Liefkenshoek et de Lillo.

Notre opinion publique supporte de plus en plus mal cette présence hollandaise et comme Léopold Ier pousse à fond le réarmement du pays, nous rêvons d’en découdre avec les Bataves.

En 1832, le roi a épousé Louise-Marie d’Orléans et il décide de faire du 27 septembre, la toute grande fête qui était impensable l’année précédente.

En vue de la cérémonie, des ouvriers s’affairent sur la place Royale : ils construisent une estrade, la complètent d’un baldaquin orné des armoiries de nos neuf provinces. Le décor comporte aussi un lion et une statue représentant la Belgique, les mains chargées de couronnes civiques. L’ensemble ne manque ni de couleur, ni d’allure.

Sur l’estrade, d’un côté du trône destiné à Léopold Ier, se grouperont les diplomates ; de l’autre, on a préparé une loge réservée à la reine.

Sur les tribunes se rangeront les ministres, les parlementaires, les hauts fonctionnaires et les blessés des combats de septembre 1830.

Cent communes ou plus précisément quatre-vingt dix-neuf, vont être à l’honneur et leurs délégués, au maximum cinq par commune, recevront des mains du roi un drapeau commémorant leur participation à la révolution. Le choix des cités et des villages illustre et confirme le caractère national de la fête du 27 septembre.

Voici la liste trop peu connue de ces communes.

Tout d’abord des francophones : Andenne, Ans et Glain, Arlon, Ath, Bastogne, Binche, Bouillon, Braine-l’Alleud, Braine-le-Comte, Charleroi, Châtelet, Couvin, Diant, Sdour, Enghien, Ensival, Fayt-lez-Manage, Fleurus, Fontaine-l’Evêque, Gembloux, Genappe, Gosselies, Grâce-Montegnée, Grez-Doiceau, Hermée, Herstal, Herve, Hodimont, Huy, Ixelles, Jemappes, Jemeppe-sur-Meuse, Jodoigne, La Hestre, la Hulpe, Leuze, Liège, Luxembourg, Maffle, Meslin-l’Evêque, Mons, Morlanwelz, Namur, neufchâteau, Niveles, Péruwelz, Perwez, Philippeville, Quaregnon, Quiévrain, Rebecq-Rognon, Saint-Ghislain, Saintes, Sclayn, Seneffe, Soignies, Thuin, Tournai, Verviers, Waterloo, Wavre. On y ajouta Paris en gratitude envers la France.

Et voilà les communes alors à majorité flamande : Aalst, Aarschot, Anderlecht, Antwerpen, Boom, Brugge, Bruxelles, Dendermonde, Diest, Gel, Gent, Geraardsbergen, halle, Hasselt, Herenthout, Herzele, Heverlee, Kortrijk, Leuven, Lier, Maaseik, Meerhout, Menen, Mol, Molenbeek, Oostende, Overijse, Roermond, Roeselare, Ronse, Sint-Pieters-Leeuw, Tervuren, Tielt, Venlo, Watermael-Boisfort, Westerloo (sic).

Dès le matin du 27 septembre 1832, Bruxelles s’éveille au son des cloches et des salves d’artillerie.

La place royale est envahie par la foule, on se presse aux fenêtres pour assister à l’arrivée de l’émouvant cortège des blessés de septembre 1830. On en compte quatre cents qui, partis de l’hôtel de ville, atteignent la place Royale précédés par une (p.10) fanfare et un détachement de cavalerie. Mais, venant du Palais royal et portés par des sous-officiers, voici les drapeaux d’honneur que le roi va remettre aux délégués des communes.

Quelques instants plus tard on crie : « Vive la reine !’, car apparaît, dans une calèche, Louise-Marie qu’accompagne le duc d’Orléans, son frère.

Les canons tonnent une fois de plus pour annoncer Léopold 1er en tenue de général de la Garde civique.

On avait créé une « Commission des Récompenses nationales » que présidait Alexandre Gendebien, tribun romantique, très éloquent mais d’un entendement politique plutôt limité. C’est de famille…

Gendebien rêve d’en découdre avec la Hollande et son discours au roi en témoigne : « Sire, ce jour si glorieux pour la nation est aussi bien doux pour le cœur de Votre Majesté, puisque, après quinze mois d’un règne laborieux et de pénibles contrariétés. Elle trouve dans les acclamations du peuple de consolantes compensations. Sire, entourée de l’élite de la Nation et de tant de braves, Votre Majesté doit être rassurée sur le sort de la Belgique. La Nation a mis sa confiance en vous, Sire ; elle est digne de la vôtre.

Fort de cette confiance réciproque, n’hésitez pas à donner le signal du combat et j’ose garantir à Votre Majesté un anniversaire plus glorieux encore que celui qui vous cause aujourd’hui tant d’émotions. »

La réponse de Léopold 1er ne manque ni d’intérêt, ni d’une portée nationale contrastant avec la signification étroitement régionaliste qu’on a voulu donner aujourd’hui au 27 septembre, au mépris de la vérité historique.

Ecoutons le roi : « J’éprouve une vive satistaction de pouvoir prendre part en personne à une solennité dont la législature a décrété la célébration. Les événements dont ce jour est l’anniversaire ont consacré l’indépendance de la Belgique. A ce titre, ils ont droit à la commémoration la plus éclatante. C’était pour repousser l’envahissement du sol de la Belgique, pour défendre vos foyers et tout ce qu’un citoyen peut avoir de cher que vous aviez pris les armes. Votre bravoure a obtenu le succès le plus complet. Une armée ennemie, supérieure en nombre, composée de torces régulières et bien organisées, a dû vous céder le terrain. Vous avez su la retouler jusque dans son propre pays ; vous n’avez été arrêtés que par votre modération. Vous avez mérité de la patrie le signe glorieux que la reconnaissance publique offre à chacune des communes venues au secours de la capitale.

Il perpétuera le souvenir de vos efforts et de vos triomphes. Vous saurez vous y rallier si notre territoire vient de nouveau à être menacé. Ces belles provinces réunies pour la première fois en nation indépendante, ne prodigueront plus leur sang ni leurs richesses pour des causes étrangères à leurs intérêts.

La patrie, dans les jours d’épreuve, ne réclamera pas en vain le secours de vos bras. Vous saurez combattre encore avec le même courage pour cette nationalité qui vous est précieuse et prouver à l’Europe qu’un peuple qui chérit son indépendance et qui est résolu à la défendre au prix de tous les sacrifices, ne saurait aisément être subjugué. »

La cérémonie continue, en ce 27 septembre 1832, par le défilé des délégations des communes auxquelles le roi remet les drapeaux d’honneur accompagnés d’un diplôme. Un reporter qui est présent de noter . « Les représentants des communes sont appelés selon l’ordre alphabétique de celles-ci. »

Léopold 1er s’entretient cordialement avec chaque délégation. A celle de Jodoigne il dit : « Vous êtes des braves !” et à celle de Roeselare . « Peu de localités ont autant sacrifié que la vôtre à l’indépendance.”

Le souverain parlera aussi avec de nombreux blessés de septembre 1830 et, follement acclamée, la famille royale assistera devant le palais à un défilé de la Garde civique, des fantassins du 3e de Ligne, des Guides et, certes, des blessés de septembre.

Deux pantagruéliques banquets clôtureront, à la belge, cette journée mémorable.

Les blessés de septembre eurent droit, entre autres mets, à des poulets-salade, à des montagnes de frites et à des gâteaux à la crème au cours de leur festin qui se déroulera dans les galeries encadrant le Palais de Justice alors situé rue de Ruysbroeck.

C’est à la Chambre des Députés que festoyèrent les délégués des communes tandis qu’un immense feu d’artifice illuminait le ciel nocturne. On y lisait, en lettres étincelantes : « Septembre “.

ET POUR CONCLURE

Une jeune et brillante attachée au Musée de l’Armée, Marie-Anne Paridaens, se livra à des recherches sur le sort des drapeaux d’honneur distribués le 27 septembre 1832. Que sont-ils devenus ?

Marie-Anne Paridaens nous le raconte : « L’enquête que nous avons menée auprès de toutes les communes qui reçurent un drapeau d’honneur, se révéla concluante.

Sur nonante-huit localités interrogées, nonante-deux répondirent. Dix-neuft d’entre elles ne le possèdent plus. Certains drapeaux ont disparu, parfois sans que les autorités concernées sachent comment. Plusieurs turent détruits au cours des deux conflits mondiaux. Ceux d’Andenne, Hermée, Herve et Tienen ont été anéantis en 1914-18 : celui de Hermée fut vraisemblablement brûlé en 1914 et celui de Tienen perdu lors de l’entrée des Allemands dans cette ville, le 18 août 1914.

Après la guerre, l’Etat remplaça celui de Herve lequel sort encore à l’occasion du Te Deum du 21 juillet. La Seconde Guerre mondiale entraîna la perte des drapeaux de Nivelles, Ostende et Tournai. Le premier périt en même temps que les archives et autres souvenirs historiques de la cité dans l’incendie de l’hôtel de ville consécutif aux bombardements allemands des 10, 14 et 15 mai 1940. Le deuxième brûla en mai 1940 en même temps que la maison et la bibliothèque communales. Le troisième disparut lors du pillage du Musée d’Armes pendant le conflit. La destruction de celui de Wavre est également imputable à la guerre. Il n’empêche qu’à ce jour soixante-quatre drapeaux existent encore. En plus ou moins bon état, en original ou sous forme de copies, ils sont conservés soit dans les maisons communales, soit dans les musées locaux, soit encore au Musée royal de l’Armée.

Ceux qui se trouvent dans les maisons communales et les hôtels de ville y occupent une place d’honneur dans un salon, la salle de réunion du conseil communal, le hall, le bureau du bourgmestre, le local du « Heemkundige Kring », la salle des mariages. Si certaines communes n’ont guère précisé leur lieu de conservation, on peut raisonnablement supposer qu’ils se trouvent dans un des locaux précités. » Et Mlle Paridaens de souligner l’importance attachée par maintes communes a ces drapeaux qu’elles qualifient de « Précieuses Reliques ».

Mais oui, les reliques du vrai 27 septembre.

[83] Robert Baude, « Révisionniste de l’histoire de Belgique ? », s.r. (1988)

Titre donné par l’auteur : « Valmy Féaux, président de l’Exécutif « wallon », déforme l’histoire, donc ment. »

Lors des émissions produites par la RTB les 26 et 27 septembre 1988, à l’occasion des fêtes de la “Communauté française”(!), nous avons vu un garçonnet recevoir de Monsieur FEAUX, président de l’Exécutif Wallon, une leçon d’histoire de Belgique quelque peu ahurissante.

Selon cette Excellence un tantinet régionalisée, la Révolution Belge de 1830 aurait été l’oeuvre des Wallons et des Bruxellois.

Jusqu’à présent, on nous avait enseigné que cet épisode de notre histoire nationale,qui avait vu les Hollandais repoussés dans leur pays d’origine, avait été une oeuvre commune des Belges et que de tous les coins du pays,des Flandriens, des Limbourgeois,des Anversois s’étaient mêlés aux Wallons de partout pour participer avecr les Bruxellois et les Brabançons à ces combats dans les rues de Bruxelles et dans d’autres régions du pays.

Faut-il croire que les méthodes de critique historique moderne bouleversent à ce point nos croyances que vous devrions conclure que notre premier roi des Belge, Léopold ler,ne fut qu’un faussaire ?

Mais contentons-nous de rappeler à Monsieur FEAUX de l’Exécutif Wallon,des témoignages qui ne peuvent être récusés.

Le premier: Tous nous connaissons la Place des Martyrs à Bruxelles et le monument PRO PATRIA qui rappelle à tous,le souvenir des combats de 1830. Ce monument est élevé sur un soole imposant construit en-dessous du niveau du sol sur une aire que nous appelons “crypte”. Les murs de celle-ci sont recouverts de plaques de bronze sur lesquelles sont gravée les noms et les commumes d’origine des 467 combattants enterrés nous cette Place.

Que Monsieur FEAUX daigne un jour descendre dans cette crypte; il y verra que les Flamands ne sont nullement absents de cette nécrologie.

Un deuxième témoignage est celui produit par le Ministère de l’Intérieur qui, le 7 juin 1982, fit parvenir au Secrétaire de Pro Belgica, à l’époque, Mr MONIQUET, une lettre dans laquelle sont repris les noms des communes ayant reçu, le 27 septembre 1832, des mains de-S.M., le roi Léopold ler, le drapeau de la reconnaissance.

Parmi ces noms de communes nous y trouvons Aalst, Antwerpen, Boom, Brugge, Dendermonde, Diest, Geel, Gent, Geraardsbergen, Hal, Hasselt, Herenthout, Herzele, Heverlee, Kortrijk, Leuven, Lier, Maaseik, Meerhout, Menen, Mol, Oostende, Roeselare, Ronse, Tervuren, Tielt, Tienen, Westerlo.

A moins que nos connaissances géographiques soient troublées par nos réformes constitutionnelles, nous certifions que ces comunes ne sont ni en Wallonie ni dans la “Région Bruxelloise” ni en partie germanophone du pays.

Alors ?’

Alors pourquoi Monsieur FEAUX veut-il tromper non seulement un garçonnet qui fait foi à ce que lui disent les grandes personnes, mais également le public naïf et ignorant l’histoire de Belgique ?

Pourquoi la RTB s’est-elle faite complice d’une mauvaise action?

Nous connaissons certains pays où les révisionnistes de l’histoire font florès.

Allons-nous employer en Belgique les méthodes de ces spécialistes ?

Est-cela le style des nouveaux Belges ?

[84] « Festivités / Affirmer l’identité wallonne », L’Avenir du Luxembourg, 23 août 2005

Titre donné par l’auteur : « Van Cauwenberghe raconte des âneries »

Van Cau a quant à lui rappelé le pourquoi des Fêtes au mois de septembre. « Pour les Wallons, les Journées de septembre 1830 représentent la rupture avec le royaume néerlandophone des Pays-Bas et la création d’un nouvel État, à vocation démocratique (sic), fondé sur la langue française. Voilà pourquoi les fêtes de septembre étaient restées populaires en Wallonie face à un 21 juillet très académique. »

– Ou comment le racisme d’un homme politique – unilingue, cela est essentiel chez un raciste – peut conduire à raconter des âneries…

[85] Paul Vaute, « Les Éperons d’Or en version française », La Libre Belgique, 18 octobre 2002 (colloque organisé par le Masereelfonds)

Titre donné par l’auteur : « 2 historiens et 1 chercheur révisionnistes… »

(colloque par le Masereelfonds :

www.masereelfonds.be

brussel@masereelfonds.be

1) José Fontaine, directeur de « Toudi », mouvement wallon :

« des historiens comme Robert Demoulin ou Jacques Logie ont montré qu’il ne faut pas envisager les Journées de Septembre sous l’angle uniquement bruxellois (…). Il y a aussi eu des mouvements à Liège et dans le Hainaut. »

« On reproche aux fêtes nationales d’avoir un aspect agressif ? Mais il y en a, comme la française, qui ne renvoient pas à des luttes contre l’étranger. »

2) Anne Morelli, historienne (sic), professeur à l’ULB :

« Les fêtes nationales sont des jours d’identification contre les autres. Le 11 novembre, c’est plutôt dérangeant quand on fait l’Europe. On célèbre la défaite de l’Allemagne dont nous savons aujourd’hui qu’elle n’était pas pire que les autres . »

3) Philippe Raxhon, historien (sic), professeur à l’ULG :

« C’est un jeu de points et de contrepoints. Lors de la commémoration wallonne (sic) de la bataille de Jemappes en 1911, on entendait déjà répondre à la commémoration flamande des Eperons d’Or. Cela a donné lieu à des usages abusifs des deux côtés. »

[86] Marc Walckiers, « Naissance de la Belgique : une révolte populaire », courrier des lecteurs, Le Vif/L’Express, 18 mars 2011

Le chantre de l’annexion de la Wallonie à la France [Jules Gheude] a écrit dans le Forum du 4 février que la Belgique serait née d’un « trait de plume… britannique… accordant à Palmerston le territoire tampon qu’il réclamait ». C’est non seulement faux, mais c’est même le contraire de ce qui s’est passé ! En 1814, le traité de Vienne avait annexé les anciens Pays-Bas méridionaux (la future Belgique) au royaume de Hollande. En quinze ans de pouvoir absolu, Guillaume I y avait suscité un mécontentement général: libertés individuelles, de la presse et de l’enseignement violées ; chômage et vie chère suite à ses choix industriels ; absence des citoyens annexés dans l’administration centrale, la diplomatie et l’armée hollandaises, toutes trois unilingues (alors que le hollandais était inconnu dans les régions annexées). Résultats :

– une pétition contre la politique de Guillaume I” signée par 350000 Belges au début de 1830 !;

L e chantre de l’annexion de la Wallonie à la France [Jules – le 25 août 1830, à la réouverture de l’Opéra de Bruxelles, une violente émeute élimina toute présence hollandaise dans la ville. Les jours suivants, la garde bourgeoise maîtrisait Bruxelles, et le mouvement se généralisa aussitôt dans les villes annexées ; – enfin, la tentative de reconquête de Bruxelles par l’armée hollandaise échoua le 27 septembre 1830, grâce à la résistance des patriotes de Bruxelles, du Brabant et de Wallonie.

La révolution belge fut donc une révolte tout à fait populaire et spontanée des citoyens de la future Belgique, révolte contrariant l’ordre établi par le traité de Vienne etirritant les puissances alliées: tout le contraire d’un trait de plume diplomatique. Trait de plume inventé pour les besoins d’une cause en mal d’arguments et insultant pour les patriotes auxquels les Belges doivent depuis lors leur indépendance et leurs libertés. (Voir L’Histoire de la Belgique pour les nuls, Fred Stevens et Axel Tixhon, éd. First, 2010, p. 215-216.) # Marc Walckiers, par courriel

[87] Claude Demelenne, Ubu, 14 juillet 2011

Lattrait des Liégeois pour la France ne date pas d’aujourd’hui. En août 1830, à la suite de la révolution de Juillet, à Paris, la révolution éclate à Liège. Les insurgés liégeois montent à Bruxelles en agitant des drapeaux français. Indice révélateur du faible sentiment national belge: le premier drapeau hissé aux fenêtres de la mairie de Bruxelles, le 25 août 1830, est le drapeau français. Lors des émeutes contre le roi hollandais Guillaume d’Orange, qui aboutiront à l’indépendance de la Belgique, de nombreux manifestants venant des provinces wallonnes, arboraient des cocardes tricolores. Une réunion à la France avait leur préférence.

Le contexte de l’époque, et notamment la rivalité franco-anglaise, ne le permit pas. Le terme «réunion» est le plus adéquat car, de 1795 à 1815, jusqu’à la déroute des armées françaises à Waterloo, les Wallons – comme les Flamands d’’ailleurs- ont fait partie de l’Hexagone.

La Wallonie a donc déjà été française. Elle le serait toujours, aujourd’hui, si le courant pro-français, en 1830, ne s’était heurté à la volonté des grandes puissances de l’époque, surtout l’Angleterre, favorables à la création d’un

Etat tampon, plutôt qu’une réunion à la France.

# A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Wallons se sont interrogés sur leur avenir au sein de l’Etat belge. La volonté de continuer à vivre avec les Flamands n’était déjà plus tellement évidente. Le congrès wallon de 1945 prit une orientation nettement francophile.

dont la cheville ouvrière a été le mouvement de résistance Wallonie Libre, a rassemblé les forces vives wallonnes, députés, sénateurs, bourgmestres, syndicalistes, intellectuels. Lors d’un premier vote, à bulletins secrets, c’est l’option du retour à la France qui a obtenu le plus de voix. Par la suite, ce vote fut appelé «sentimental». L’horreur du conflit mondial venait à peine de se terminer et la société belge aspiraïit à souffler. Elle n’était pas prête à subir de nouveaux bouleversements, même pacifiques. Aussi le président du Congrès wallon demanda-t-il aux participants de se montrer «réalistes».

Un second vote eut lieu, Ce congrès, \ à mains levées. Cette fois, une majorité se dégagea en faveur du fédéralisme.

# Lerattachisme n’est donc pas une invention récente.

Le sentiment d’appartenance à la France d’une partie des Belges francophones n’a pas attendu l’échec du fédéralisme belge de la fin du 20ème siècle pour s’exprimer. Si la crise belge s’approfondit, il n’est pas exclu qu’un nouveau Congrès wallon se réunisse. Avec un vote inversé, par rapport à celui de 1945 : une majorité de congressistes pourraient voter sentimentalement pour le maintien de la Belgique et pragmatiquement pour une forme d’association avec la France. Ce serait une belle revanche posthume pour les révolutionnaires de 1830, ralliant la Grand Place de Bruxelles en chantant la Marseillaise.

Claude Demelenne

[88] Philippe Carrozza, « Bouillon. Les Hollandais, une caravane de malheurs », L’Avenir du Luxembourg, 19 septembre 2016

En 1830, la Belgique se libère du joug hollandais. Bouillon a souffert pendant 15 ans et le château a failli être rasé !

Le 3 octobre 1830, le château de Bouillon vivait une journée extraordinaire puisque c’était le jour de la capitulation de la garnison hollandaise enfermée au château pour résister aux révolutionnaires belges. « Mais en fait de garnison, commente Roger Nicolas, archiviste à la Ville de Bouillon et qui s’est penché sur cette période de notre histoire, il ne s’agit que d’un groupe d’une quarantaine de soldats parmi lesquels une dizaine de mercenaires suisses, une quinzaine de Hollandais et autant de Belges. L’officier a été raisonnable et plutôt que de chercher l’affrontement, il s’est rendu à l’hôtel de ville pour signer l’acte de capitulation. Tout s’est fait dans le calme. »

La fin de plus de deux siècles de liberté

Tout cela, M. Nicolas le détaille dans une étude d’une vingtaine de pages intitulée « Heurts et malheurs à Bouillon pendant la période hollandaise (1815-1830) » édité par la province sur proposition du député provincial Patrick Adam.

Bouillon en 1830, c’est une ville de 2 300 habitants qui se sont appauvris sous l’ère hollandaise, car avant la défaite de Napoléon en 1815, Bouillon faisait du commerce avec la France et les affaires étaient florissantes.

Il faut savoir en effet que de 1678 à 1794, la ville et le duché de Bouillon sont en paix et connaissent un développement économique important : travail du fer, tissage de la laine, imprimeries. Ce n’est qu’après 1794 que le duché va devenir la république bouillonnaise.

La ville jouissait de privilèges. Une fois les Français partis, les Hollandais abolissent cette indépendance et imposent des taxes de toutes sortes qui rendent les produits de l’économie bouillonnaise moins compétitifs. Le marché avec la France périclite. C’est la crise économique.

« Cette période hollandaise est synonyme de malheurs pour Bouillon, explique encore Roger Nicolas. D’ailleurs, les troupes orangistes ne prendront possession du château que six mois après la défaite de Waterloo parce que la garnison française résistait et n’a rendu la forteresse qu’en décembre 1815. Les relations avec les soldats français étaient excellentes, à telle enseigne qu’on note qu’en 15 ans d’occupation tricolore, 56 Bouillonnaises ont épousé un soldat de la garnison. Au cours de la période hollandaise, en l’espace de 15 ans, seules 12 jeunes filles de l’endroit ont épousé un soldat de la maison d’Orange. »

Le château a eu chaud

En 1822, le chef de la garnison estime que l’entretien du château est trop cher et qu’il faut raser l’édifice moyenâgeux ! « Fort heureusement, les trois bourgmestres de l’époque (un président et ses deux assistants) sont chargés par le conseil communal d’aller plaider la cause du château à La Haye. Le roi Guillaume vient se rendre compte sur place un an plus tard et décide d’épargner la forteresse. Il ordonnera toutefois des aménagements comme la destruction de la chapelle, du donjon et de l’habitation du gouverneur pour faire place à une caserne et à une batterie d’artillerie. » On peut encore voir ce à quoi ressemblaient ces bâtiments rasés jusqu’à la dernière pierre, sur un plan en relief inédit commandé par Louis XIV et qui est conservé au musée ducal.

On comprend un peu mieux les motivations des Bouillonnais à chasser l’occupant hollandais en 1830 quand on parcourt l’étude de M. Nicolas.

« Le jour de la capitulation hollandaise fut aussi celui de l’indépendance retrouvée pour Bouillon. Mais, elle fut de courte durée car dès le lendemain, les représentants de l’État belge étaient là pour prendre possession de la ville et des… 3 300 florins que les Néerlandais avaient laissés », conclut Roger Nicolas.

Encadré : « Dire que les Hollandais étaient sur le point de raser le château de Godefroid en 1822 ! »

Référence : « Heurts et malheurs à Bouillon pendant la période hollandaise », par Roger Nicolas, édité par la Province, vendu 2 euros au château de Bouillon et au musée ducal.

[89] Jean Bartelous (Forest), « L’État belge voulu par les grandes puissances », La Libre Belgique, 1er juin 1983

Dans votre numéro du 17 mai paraît le premier article consacré aux Flamands de culture française.

J’y lis « que la francisation fut soudainement détournée de son cours par Napoléon à Waterloo et ensuite par la naissance de l’Etat belge voulu par les grandes puissances, précisément pour bloquer l’expansionnisme politique de la France.

Si je crois que la francisation des régions du sud du Rhin a été bloquée par la défaite de Napoléon, je ne crois pas que la naissance de l’Etat belge ait été voulue par les grandes puissances.

Il n’est pas douteux que la Russie, la Prusse et l’Autriche ont été pendant de fort nombreuses années très hostiles à la création à un Etat belge indépendant.

L’Angleterre de 1830, diriqée par le duc de Wellington, ne voyait pas sans regret détruire son oeuvre maîtresse du Congrès de Vienne, et le roi Louis-Philippe était trop mal assuré de la solidité de son trône pour risquer une guerre générale contre l’Europe.

Les révolutionnaires belges et le Parti du mouvement à Paris lui ont forcé la main beaucoup plus qu’il ne l’aurait voulu.

Quant à la Prusse, elle ne put apporter son concours à Guillaume ler, beau-père de Frédéric-Guillaume III, par crainte d’une révolte polonaise dans ses provinces voisines de la Russie. Pas davantage, le prince de Metternich ne put intervenir, retenu par la crainte de la révolte des petits Etats italiens.

La chute de Wellington, en même temps que l’arrivée au pouvoir des libéraux plus préoccupés de politique intérieure que d’une guerre générale en Europe, amené Lord Palmerston à accepter l’idée d’un Etat belge indépendant, pourvu que cette indépendance ne cachot pas une annexion déguisée par la France.

Voilà pourquoi le prince de Talleyrand fut obligé d’accepter en janvier 1831 la neutralité de la Belgique. Croyez-moi, Ma Chère « Libre Belgique », l’Etat belge a été beaucoup plus toléré par l’Europe que voulu.

[90] A.M., « Perin ou le “chagrin d’être Belge” », La Libre Belgique, 30 octobre 1987

“Si la Belgique existe, c’est à cause de la force d’ inertie.”

“François Perin part de l’ Union d’ Arras (qui réunit en 1579, le Hainaut et l’Artois puis d’ autres régions) et à laquelle répond en 1585 l’Union d’Utrecht qui regroupe les sept provinces du Nord des Pays-Bas espagnols oposés à Philipe II.

Les régions “flamandes” de notre pays, sous l’ influence de l’Eglise qui réprimait le calvinisme, n’ ont pas suivi les “Hollandais” et c’est ce qui explique, en partie pourquoi les Flamands ne sont pas néerlandais. En 1830, encore, les Flamands, se sont ralliés à la révolution belge car l’Eglise catholique en voulait toujours aux Hollandais.”

Le professeur Stengers affirme qu’ “on ne peut projeter sur le 16e siècle le principe des nationalités né au 19e siècle.”

qu’en ce qui concerne la révolution belge, “il y avait, à l’ époque, non seulement une opposition religieuse mais une vraie mentalité libérale et nationale.”

[91] « François Perin réplique à Jo Gérard : “À ce compte-là, il y en a des Belges” », La Libre Belgique, 15 juillet 1988

“En 179, l’ assimilation française ne rencontre guère de résistance sauf pendant la courte guerre des paysans (presque exclusivement flamande) inspirée par une résistance catholique du “fanatisme le plus hébété et le plus opiniâtre (Henri Pirenne, T VI, p.79).”

[92] Christian Laporte, « Une histoire belge interpellante », La Libre Belgique, 8 novembre 2004

Livre de Marie-Thérèse Bitsch (Strasbourg) : « L’Histoire de la Belgique, de l’Antiquité à nos jours » (éd. Complexe)

Elle a aussi été confrontée à un problème plus grave : elle ne connaissait forcément pas le néerlandais ! « Mais je pense avoir pu m’en sortir en trouvant de bons travaux qui avaient, eux, été traduits. Je pense par exemple à l’Histoire de Witte, Craeybeckx et Platel. »

[93] Freddy Gillain, « Namur / Souvenir – Fernand Massart : un combat, un symbole », Vers l’Avenir, 11 octobre 2001

ASBL Souvenir Fernand Massart : (Beez)

M. Vagman, président de l’Asbl, a rappelé qu’il y a un quart de siècle, un décret a imposé le coq wallon aux côtés du drapeau national. Son auteur n’était autre que Fernand Massart. » (député RW)

[94] « Les armoiries de la nouvelle province », La Libre Belgique, 4 janvier 1995

« Deux coqs dominant un lion: ainsi seront les armoiries du Brabant wallon. »

[95] Jacques Bauchau (Jambes), « Drapeaux », Le Soir, 22 novembre 1997

Drapeaux C’est avec amertume et stupéfaction que je constate une fois de plus qu’en ce 11 novembre, jour de fête national, les bâtiments de la Région wallonne ne sont pas pavoisés aux couleurs nationales. Le bâtiment de la place de la Wallonie arbore en permanence ses quatre drapeaux, minablement accrochés à leurs hampes et d’une propreté douteuse.

Je spécifie ici principalement les bâtiments de l’avenue Bovesse.et de l’avenue Prince de Liège. Seuls les bâtiments de l’Etat fédéral ne manquent jamais à leur devoir. Quel triste pays.

Jacques BAUCHAU avenue de Falichamp, 23, Jambes.

Sources — 2.3 Bruxelles, les Fourons et la frontière linguistique

[96] F.E. Stevens (historien), « D’où vient-elle donc, cette fameuse “frontière” linguistique ? », Pourquoi Pas ?, 3 novembre 1983, p. 81-83 et 90

Titre donné par l’auteur : « Les lois de 1980, un crime de lèse-histoire (F.E. Stevens) »

Les grotesques lois des 8/9 août 1980 reposent sur une aberration, celle de croire à l’existence, en Belgique, de deux « communautés», de deux « peuples » différents. Cette conception erronée se fonde, à son tour, sur l’analyse inexacte de l’origine de la « frontière » linguistique. Rétablissons donc la vérité historique, tout en rappelant pourquoi nos savants se sont si longtemps trompés.

REMARQUONS, d’abord, que cette ligne entre les langues germaniques et

romanes ne se cantonne pas à nos pays. En fait, elle traverse l’Europe

occidentale de part en part: elle parcourt nos contrées d’ouest en est et y délimite

le néerlandais du français; elle bifurque ensuite du nord au sud et sépare, en

Belgique, au Luxembourg, en France et en Suisse, l’allemand du français.

Enfin, elle reprend le sens ouest-est par la Suisse et le nord de l’Italie, où elle se

situe entre l’allemand et l’italien. Ce tracé connut d’ailleurs, au cours des siècles

et pour diverses raisons, des changements plus ou moins importants. En outre,

parallèlement à la « frontière » linguistique, se trouve une série de démarcations

entre les prépondérances germanique et romane, respectivement au Nord (à l

’Est) et au Sud (à l’Ouest), dans des domaines tels le droit coutumier,

l’archéologie, le folklore ou les rites funéraires, par exemple.

Manifestement, donc, le centre de l’Europe occidentale est une vaste zone de

richesses humaines, provenant du contact multiséculaire et fécondant entre les

deux composantes ethniques principales du peuple européen.

Le phénomène de la dualité linguistique de l’Europe occidentale a pratiquement

été négligé par les historiens, sauf curieusement en Belgique, où nombre de

chercheurs, depuis une centaine d’années, s’efforcent de trouver une explication

plus ou moins rationnelle au tracé de la «frontière» linguistique. Afin d’alléger

la longue liste de leurs tâtonnements, nous dirons que quatre grandes théories se

sont succédé depuis la fin du 19e sicèle jusque peu après la Deuxième Guerre

mondiale. La plus ancienne, celle de « l’obstacle », est aussi la plus tenace. Elle

prétend que les invasions germaniques du Ve Siècle ont été arrêtées devant une

forêt ou une chaussée fortifiée. La deuxième, celle du « repli germanique »,

pense que la colonisation franque s’est implantée loin dans le Midi, mais que

son impact linguistique fut refoulé vers le Nord, au VIII, siècle, lors de la

Renaissance carolingienne et de sa nouvelle latinisation. La troisième estime

que, vers le IXe siècle, une « seconde vague » de tribus germaniques est arrivée.

La quatrième, enfin, contrairement aux trois précédentes qui cherchent

l’explication du côté des nouveaux-venus, rend le cadre différent d’influence

romaine » responsable du phénomène.

Etudions d’un peu plus près chacune d’elles.

Vers les années 1880, Godefroid Kurth, un de nos meilleurs historiens de cette génération, lance l’idée, basée sur une étude toponymique, que la « frontière linguistique » résulte de l’arrêt des Germains devant la Silva carbonensis, dont notre forêt de Soignes constitue un vestige. Le raisonnement était assez simple, voire simpliste : puisque la grande majorité des noms de lieu en Flandre sont d’essence germanique, une minorité seulement se retrouvant en Wallonie, il faut admettre que les Francs n’ont pas franchi en masse une certaine ligne, un certain obstacle, à savoir la forêt charbonnière, et que la « frontière » éthique entre Germains et Latins. Il fallut peu de temps pour comprendre que les invasions germaniques qui ont amené dans nos régions des tribus venues de loin, après avoir traversé monts et vallées, fleuves et forêts, ne pouvaient pas avoir buté sur notre Silva carbonensis. La conception de « l’obstacle » semblait néanmoins valable, et G. Des Marez, disciple de Kurth, se contenta de substituer à la forêt charbonnière la chaussée romaine fortifiée de Bavai à Cologne. Henri Pirenne, ne connaissant que cette seule théorie conçut – donc – l’histoire de Belgique comme la lente intégration de Germains et de Latins d’où émergèrent progressivement le peuple et la civilisation belges ! Et voilà notre malheureux Pirenne obligé de sortir cent tours de passe-passe dans l’espoir de coller à une vérité vraie (l’unité Euro-belge), mais qui avait été tronquée dès le départ. Aussi, le« Pirennisme », tout en voyant clair quant au fond, est-il sujet à caution.

L’hypothèse de « l’obstacle » ne repose évidemment sur rien. Tout le monde sait – devrait savoir – que les Francs sont descendus jusqu’aux Pyrénées, que les Visigoths se sont installés en Espagne, que les Burgondes vécurent dans le sud-est de la France, que les Ostrogoths et les Lombards se sont fixés en Italie et que les Vandales ont été lusq ’ u’en Afrique. Parler d’un arrêt des invasions germaniques au nord de la Marne, frise l’inconscience ! Il faut retenir, au contraire, que la population européenne, partout, même dans le Midi, comporte un élément plus ou moins important d’origine germanique. Que cesse le mythe des Latins et des Germains en Europe. Sachons, enfin, que l’Europe est habitée par le même peuple composé – dans des proportions inégales, il est vrai – par ses deux éléments fondamentaux. Songeons enfin à reconstruire l’Europe de demain sur cette vérité de toujours, plutôt que d’entreprendre le casse-tête de la juxtaposition des nationalismes artificiels et suicidaires. Au début, il y avait l’Europe. Les nations actuelles sont bien plus jeunes, et pour refaire l’Europe, il s’avérerait plus efficace de se baser sur la vieille tradition…

La deuxième théorie vient d’Allemagne. C’est la seule « étrangère ». Elle émane de F. Petri, professeur à Bonn qui, peu avant 1940, inconsciemment ou non, permit aux nazis de faire valoir des « prétentions territoriales» sur la Belgique et le nord de la France. En effet, dans une vaste étude, menée avec toute la « Pünktlichkeit » allemande, l’auteur a démontré d’une manière absolument irréfutable, en se fondant sur la toponymie, sur les fouilles archéologiques et sur les coutumes, notamment que la présence franque, tout en diminuant progressivement, s’impose jusqu’à la Loire, mais décroit entre ce fleuve et la Méditerranée.

Ayant établi une fois pour toutes que le Belge et le Français moyens sont faits de Germains et de Latins, il a renvoyé aux oubliettes la conception de l’obstacle.

Mais il n’a pas formulé de théorie acceptable quant à l’origine de la « frontière » linguistique. En effet, cette dernière ne l’intéressait que fortuitiement. Aussi émit-il, à titre d’hypothèse, l’idée du recul de l’influence des langues germaniques par le retour au latin, du temps de la Renaissance carolingienne. Cette proposition est d’autant moins probable que rien n’explique, dans le contexte culturel du VIIIe siècle commun à tout l’Empire de Charlemagne, pourquoi ce fameux tracé se serait fixé là où il se trouve actuellement et non pas ailleurs. Et nous avons une explication bien meilleure !

Signalons seulement pour mémoire la théorie de Ch. Verlinden, professeur à la R.U.G. il v a quelques décennies, qui prouva – documents incontestables à l’appui – qu’au cours du IXe siècle, de nouveaux petits établissements germaniques s’implantèrent, en Campine notamment.

Il va de soi que ces arrivées tardives – la « frontière » linguistique était, à l’époque, en voie d’achèvement – n’expliquent pas grand-chose, d’autant moins qu’elles étaient limitées à des superficies réduites.

Venons-en, enfin, à la seule théorie qui, dans l’état actuel de nos connaissances, a de fortes chances d’être exacte, sans offrir pour autant une absolue certitude. Peu avant 1940, un jeune chercheur de la R.U.G., R. De Maeyer publia dans son ouvrage sur les villas romaines en Belgique le résultat de fouilles concernant la période depuis les conquêtes de jules César. A l’appui de nombreux arguments très convaincants fi a établi sans aucun doute possible que l’indiscutable présence romaine (50 av. J.-C. 400 après J.-C.) dans l’ensemble de notre ancien territoire, était certes moins profonde et moins positive au Nord qu’au Sud.

Au Midi, les villas croissaient plus nombreuses, les chaussées étaient mieux entretenues, et l’enseignement du latin plus effectif, tandis qu’au Nord se produisait la situation inverse. Les considérations de ce jeune savant s’arrêtaient là, malgré un timide rapprochement entre ses constatations et l’attrait certain de notre fertile zone limoneuse pour le colonisateur romain.

Après la guerre, peu avant 1950, Jan Dhondt, un des plus éminents historiens de l’école gantoise, malheureusement disparu trop jeune, s’est risqué, dans une revue quasiment confidentielle (« Het Leger-De Natie », IIIe année, n° 1) à exprimer l’hypothèse que l’étude de De Maeyer pourrait impliquer la solution au problème de l’origine de la «frontière» linguistique. Il avance, en effet, que le tracé de cette dernière ne diffère pas tellement de celui de la démarcation entre le sol sablonneux, au Nord, et le terrain limoneux, au Sud, et que l’intensité plus forte de la colonisation au Sud résout le problème. Il pense que, lors de leur installation dans tout le territoire belgo-romain, les Francs ont subi, au Sud – région à forte romanisation – l’influence du latin, tandis qu’ils imposèrent leur langue au Nord où leur prestige de conquérants impressionna des Belgo-Romains moins civilisés.

Cette hypothèse, même imparfaite, présente un double avantaqe. D’abord, au contraire des autres, elle n’offre pas de faille, elle explique tout et est intellectuellement acceptable. Ensuite et surtout, elle n’oblige plus les historiens tel Pirenne à recourir à des expédients pour présenter la suite de notre histoire nationale comme une réelle entité. Si l’on accepte la théorie De Maeyer-Dhondt, la population belge est UNE, dès l’origine, composée d’apports équivalents latins et germaniques, et parlant – par hasard – les deux langues de leurs composantes.

Une double et évidente conclusion s’impose. 1°) La civilisation européenne est un ensemble à caractère unitaire dont les variantes, nombreuses, réelles et respectables, proviennent d’une différenciation dans le pourcentage des éléments fondamentaux. Et bâtir l’Europe sur ces bases-là ne relève pas de la gageure. 2°) La population et la civilisation belges représentent, dans cet ensemble européen, la zone la plus européenne, c’est-à-dire celle où les composantes gallo-romaines et germaniques sont le plus harmonieusement présentes – disons environ 50-50%. Voilà notre vocation pour demain – servir d’exemple à l’union européenne – que nous aurions grand tort de mettre en péril par nos stupides querelles intestines. Et dans cette même optique, toute notre histoire nationale devient limpide. Ce n’est plus par hasard que nos occupants n’ont pu disloquer notre unité. Ce n’est plus par hasard que nos principautés féodales – presque toutes à cheval sur la « frontière» linguistique – se sont rapprochées au-delà de leurs rivalités. Ce n’est plus par hasard que nos Bourguignons et nos Habsbourgs ont pu grouper nos anciennes provinces en un ensemble politique puissant. Ce n’est pas de 1830 que datent la Nation et l’Etat belges. Une brève conclusion à la conclusion: les lois de 1980 sont, vues sous cet angle, un grave crime de lèse-histoire !

[97] François De Coudenberg (Bruxelles), « Les mille ans de Bruxelles ? », La Libre Belgique, 17 décembre 1979

Titre donné par l’auteur : « François De Coudenberg (fransquillon révisionniste de Bruxelles) »

M. G.G. (Koekelberg) nous dit qu’il est ancien du séminaire d’histoire de l’U.C.L. Si cette affirmation est exacte, le manque d’objectivité de G.G. est tout à fait impardonnable.

Tout d’abord, G.G. nous dit que pendant des siècles Bruxelles comme toute la Wallonie fit partie du Saint Empire romain germanique.

Ceci est bien vrai. Mais ce que G.G. tait sciemment, c’est qu’à l’époque où Bruxelles devenait ville, la Flandre ne faisait pas partie de ce même Saint Empire mais était vassale du roi de France !

Par conséquent la croissance ethnologique de Bruxelles s’est faite en dehors de la Flandre. Une ressemblance entre le parler brabançon et les patois flamands, fort différents de Zoutenaaie à Zichem-Sussen-Bolder, ne justifie pas qu’on parle de caractère «fondamentalement (sic) flarnand jusqu’au XIXe siècle.

La preuve, c’est un Flamand du XIIIe siècle qui nous la donne. S’il est ancien du séminaire d’histoire de l’U.C.L., G.G. doit connaître la Rymkroniek du poète limbourgeois Jan van Helu. Déjà en 1280, ce poète vitupère parce que Bruxelles n’est pas assez flamande à son gré.

Au XVIIIe siècle c’est un autre Lirnbourgeois, l’avocat Verloye, qui réclame la flamandisation de Bruxelles . (Celle-ci a toujours été réclamée à ma connaissance par des Anversois, des Limbourgeois, etc., mais jamais par un Bruxellois d’authentique vieille souche.)

En 1356 les Flamands s’emparèrent de Bruxelles par la force mais quelques semaines plus tard ils en étaient chassés par les patriotes bruxellois conduits par Evrard t’Serclaes au cri de « Bruxelles au riche duc ».

En 1380, dans leur guerre contre le sire de Gaesbeek, ce ne sont pas les Gantois ou les Anversois que les Bruxellois appellent comme alliés mais des Liégeois.

En 1381, lors du recensement de Wenceslas (qui se trouve dans les archives du pleban de Sainte-Gudule), il y avait à Bruxelles des écoles wallonnes et des écoles thioises.

Alors, où est le caractère fondamentalement flamand de Bruxelles? En réalité, issue des deux cultures mais ne se voulant ni entièrement de l’une ni entièrement de l’autre, Bruxelles a toujours eu son caractère original.

[98] François De Coudenberg (Wezembeek-Oppem), « Les impostures historiques flamandes autour de la périphérie », La Libre Belgique, 24 janvier 1998

Titre donné par l’auteur : « François de Coudenberg, un renégat fransquillon d’origine néerlandophone »

Enfin, la Communauté française dirigée par Madame Laurette Onkelinx, se rebiffe contre les agressions des politiciens flamingants.

A force d’être matraqués par des slogans revendiquant le droit du sol flamand, bien des francophones de la périphérie se culpabilisent.

Or, les prétentions flamandes sur Bruxelles et la périphérie ne sont qu’une imposture.

Jamais, tout au long de leur histoire, ni Bruxelles ni sa périphérie n’ont fait partie de la Flandre avant la duperie de la fixation de la frontière linguistique.

Tant par un passé lointain que par l’Histoire moderne, tous les habitants de la périphérie, tant néerlandophones que francophones, peuvent légitimement réclamer le retour au Grand-Bruxelles.

En 980, le duc Charles de Lotharingie établit le castrum de Bruxelles comme moyen de défense contre le comté de Flandre, Autour de ce castrum, vint s’agglomérer toute une population issue tant de la région thioise que du roman pays de Brabant, ce qui dota Bruxelles de son caractère particulier. Dès le XIIIe siècle, les chroniqueurs attestent d’une forte présence du français à Bruxelles mais, ceci est une autre histoire.

Lorsque Bruxelles se mit en commune, le duc Godefroid Ier organisa l’ammanie de Bruxelles, région bien plus vaste que l’ actuelle agglomération des 19 communes. Ce n’était pas un acte arbitraire du pouvoir central : ce Grand-Bruxelles était ressenti comme une nécessité par la population qui veillait jalousement sur son intégrité. Ainsi, en 1392, la duchesse Jeanne dut jurer de ne jamais disjoindre de l’ammanie de Bruxelles l’une des six “mairies” qui la composaient. Chacune de ces “mairies” couvrait le territoire de plusieurs communes actuelles.

L’ammanie prospéra à l’écart du comté de Flandre, hormis une courte invasion flamande du 17 août au 24 octobre 1356 (lorsque le comte Louis de Male hérita le Brabant après la mort de la duchesse Jeanne et de son époux Wenceslas de Bohème, il ne pouvait agir ici que comme duc de Brabant et non comme comte de Flandre, les deux états étant séparés. Ensuite le duché de Brabant échut au duc de Bourgogne).

L’ammanie de Bruxelles fut abolie en 1795, lors du rattachement de la Belgique à la France, par les révolutionnaires qui entendaient effacer tout souvenir des emblèmes et structures dits féodaux.

Après la romantique révolution de 1830, la Belgique se dota d’institutions unilingues françaises ce qui n’alla pas sans injustice pour les Flamands, Après que deux ouvriers eussent été décapités parce qu’ils n’avaient pu se défendre en français, apparut le mouvement flamand.

Comme le scrutin était censitaire, seuls beati possedentes pouvaient voter et le mouvement n’avait guère d’influence sur la vie politique.

Après la guerre 1914-1918, le roi Albert 1er instaura, d’une façon quelque peu contraire à la Constitution, le suffrage universel. Les Flamands entrèrent au Sénat et au Parlement et firent aboutir leurs revendications légitimes. Mais, bientôt le mouvement flamand s’orienta vers une politique d’impérialisme territorial. C’est ainsi qu’il obtint, par une loi du 23 juin 1932, un recensement linguistique décennal. Les flamingants entendaient prouver que Bruxelles était une ville unilingue flamande (selon leurs quotas, les villes et communes devaient être classées en : communes à minorité protégée, là où celle-ci atteignait 30 pc; communes bilingues, là où il y avait équivalence; communes unilingues, là où la minorité n’atteignait pas les 30 pc).

Or, après le premier recensement linguistique, Bruxelles aurait dû devenir unilingue française .! Les flamands s’étaient trompés tant du point de vue psychologique que linguistique. Ils estimaient que seuls quelques bourgeois et snobs pratiquaient le français tandis que le peuple parlait flamand, En réalité, le peuple parlait un sabir moitié français, moitié flamand; une caractéristique du petit peuple bruxellois était de commencer une phrase dans une langue et de la terminer dans l’autre. De plus, le peuple bruxellois était farouchement opposé à toute entrave à sa liberté et craignait, àjuste titre une Flandre contraignante.

Aussitôt, les “mangeurs de parole” (LLB 24 novembre 1997) partirent en guerre contre le recensement qu’ils avaient demandé et obtinrent le bilinguisme à Bruxelles.

Selon le dernier recensement linguistique, six communes autour de Bruxelles devaient devenir bilingues et donc logiquement être rattachées à Bruxelles. Dans cinq autres les francophones devaient obtenir le statut d’une minorité protégée. Lors de la fixation d’une frontière linguistique, le CVP s’opposa farouchement au rattachement des six communes à la région bruxelloise, ceci pour une raison bien simple : parmi ces six communes.; il y avait Rhode-Saint-Genèse qui touche à la fois à la région bruxelloise et à la Wallonie; d’où la région bruxelloise se serait trouvé une frontière avec la Wallonie ce que le CVP ne pouvait admettre (voir les cartes éditées par certaines administrations flamandes : la région bruxelloise y paraît exagérément enfoncée en Flandre). Le PSC se laissa berner par le ” grand frère” CVP Après de sordides marchandages, les francophones des six communes obtinrent en compensation des facilités aussitôt reniées par les “mangeurs de parole” et redéfinies comme “transitoires”.

[99] Olivier Standaert, « Au temps où les francophones dirigeaient la Belgique », La Libre Belgique, 3 novembre 2007

A l’exception des franges progressistes, les élites francophones voient d’un mauvais œil les lois linguistiques du XIXe siècle. Elles incarnent une perte de pouvoir. Une perte d’emplois aussi, puisque les Flamands peuvent désormais prétendre à des postes qui leur étaient jadis inaccessibles. Fortement discrédité par les activités collaboratrices de l’Activisme au sortir de 14-18, le mouvement flamand opère “un lien de plus en plus étroit entre territoire et langue”, poursuit Jean-Pierre Nandrin. 1932 sera une année charnière : les partis flamands modérés réclament le bilinguisme pour l’ensemble du pays. Les Wallons, confrontés à une forte immigration flamande entre 1848 et 1855, ne sont guère favorables à l’idée d’installer des écoles néerlandophones sur leur sol. Peur de voir s’étioler leur cohésion culturelle ? “Certainement”, affirme Jean-Pierre Nandrin. “Il a donc fallu tracer une frontière répondant à ce souhait d’unilinguisme, lance Els Witte. Déjà, Bruxelles reçoit un statut particulier. Au fond, les lois linguistiques de 1932 préfigurent le tracé de frontière de 1962-1963.”Mais à l’époque, cette séparation a encore le don de pouvoir fluctuer. Toute commune changeant de majorité linguistique doit changer de langue de référence. C’est ce qui arrive en 1947 à Evere, Berchem Sainte-Agathe et Ganshoren. Témoins de la forte francisation de Bruxelles, ces trois communes seront, illégalement, rattachées à Bruxelles, et placées en régime bilingue. Une entrave à la loi, et un symbole de tout ce que la question des langues revêt de délicat : personne n’avait osé publier les résultats du recensement… A l’horizon pointe l’exigence des partis flamands de fixer cette frontière pour de bon. La révision de la Constitution de 1970 n’est plus très loin.

[100] Willy Kuijpers, « De talentelling in België », Neerlandia, n° 4, 1980, p. 130-132

(texte original en néerlandais)

De talentelling en volkstelling verwekten twintig jaar geleden, in 1959, eens te meer deining naar aanleiding van de voor december 1960 door Gaston Eyskens aangekondigde volkstelling. Het verzet van Vlaamse zijde, de anti-talentellingsactie werd bepaald door.

• zekere fouten inherent aan de talentelling zelf en

• door belangrijke verschuivingen in het taalregime van verschillende gemeenten die het rechtstreeks gevolg waren van de sterk betwiste uitslagen der laatste talentellingen en waarbij talrijke gemeenten voor Vlaanderen verloren gingen.

WETENSCHAPPELIJK ?

Sedert het ontstaan van België in 1830 werden 10 algemene volkstellingen gehouden, de eerste in 1846, de laatste in 1947 en 9 hiervan gingen ook gepaard met een talentelling. Met uitzondering van de eerste talentelling in 1846, waarvan op enkele vergissingen na, men over ’t algemeen aanvaardt dat ze degelijk wetenschappelijk materiaal opleverde, waren de methode en de uitslagen van alle andere talentellingen het voorwerp van een ernstige kritiek. Reeds de formulering van de vragen, in sommige gevallen de onbevoegdheid en precies op de betwiste punten, de onbetrouwbaarheid van zekere agenten met de tellingswerkzaamheden belast, moeten a priori tot onnauwkeurige uitslagen aanleiding geven.

Bij de vier talentellingen die op deze van 1846 volgden nl,. in 1866 – 1880 – 1890 en 1900 werd niet meer gevraagd naar de “gewone omgangstaal”, maar naar de “kennis” der verschillende landstalen. Daar voor het bepalen van deze “kennis” geen objectieve maatstaven vastgesteld werden, waren de uitslagen van deze tellingen met betrekking tot de twee- of meertaligheid haast zonder waarde.

Daarenboven werd reeds vanaf de tweede talentelling (1886) een objectief onderzoek naar het werkelijk taalgebruik bemoeilijkt door polemieken. Bij elke volgende talentelling bleek steeds meer dat men aan de uitslagen ervan een taal-politische-betekenis ging hechten en geleidelijk kregen de talentellingen het karakter van een referendum. Naarmate men het jaar 1947 nadert – jaartal waarin de laatste talentelling plaatshad – verliezen de officiële Belgische taalstatistieken hoe langer hoe meer hun wetenschappelijke waarde.

In 1910 en bij de drie volgende talentellingen (1920 -1930 – 1947) werd benevens de gebruikelijke vraag naar de talenkennis een bijkomende vraag opgenomen om de meertaligen te kunnen onderscheiden volgens “de meest gebruikte taal”. Zodoende zou men vanaf 1910 de inwoners van België terug op een meer objectieve grondslag kunnen indelen naar de gesproken talen en zou aan de laatste vier talentellingen van wetenschappelijk standpunt een grotere waarde kunnen toegekend worden indien deze niet tot politieke machtsdemonstraties uitgegroeid waren. Dat was vooral het geval in 1930 en 1947.

DE TALENTELLING VAN 1930

Deze ging gepaard met uiterst hevige polemieken in en om Brussel en langs de taalgrens, waarbij zelfs doodsbedreigingen te pas kwamen. De onbetrouwbaarheid der uitslagen werd nu ook van officiële zijde erkend en op bevel van de toenmalige minister van Binnenlandse Zaken Prosper Poullet, werden in 1933 “Taalcontroleurs” aangesteld om in enkele taalgrensgebieden de uitslagen van de laatste talentelling te onderzoeken. De controle kon in 23 taalgrensgemeenten uitgevoerd worden en in 22 hiervan werden onjuiste uitslagen ten nadele van het Nederlands vastgesteld. Een nazicht over heel de lijn werd verder onmogelijk gemaakt o.m. ten gevolge van ernstige bedreigingen en agitatie.

Inmiddels werd door de taalwet van 1932 bepaald dat in het taalgrensgebied een gemeente als tweetalig diende beschouwd te worden, wanneer de anderstalige minderheid ten minste 30 % van het bevolkingscijfer bedroeg.

DE TALENTELLING VAN 1947

Samen met andere factoren, zou deze bepaling de volgende talentelling, in 1947, tot een waar taalreferendum misvormen, wat ingevolge het sociaal-economische overwicht van de franstaligen praktisch uitsluitend in hun voordeel uitviel. Evenals in 1930 werden daarbij oneerlijke middelen gebruikt die de reeds om andere motieven onbetrouwbare uitslagen der telling voor sommige streken totaal onaanvaardbaar maakten.

Werden bij de talentelling van 1930 bij de Procureur des Konings te leper klachten neergelegd wegens doodsbedreigingen tegen taalcontroleurs (zonder rechterlijk gevolg!), zo stalen in 1947 voorstanders van de verfransing van Ronse eenvoudig de Vlaamse tellingsformulieren (eveneens zonder rechterlijk gevolg), (p.131) zodat in deze belangrijke Vlaamse taalgrensstad door uitschakeling van een zeker aantal Vlaamse formulieren, precies 30,6 % franstaligen konden opgetekend worden, wat net genoeg was om de stad officieel tweetalig te maken.

De heer Dufrasne, directeur-generaal van het Nationaal Instituut voor de Statistiek, sprekend over de talentelling van 1947 in sommige gebieden waar twee of meer talen gesproken worden, bekende dat de taalstatistieken hun wetenschappelijk karakter verloren hadden.

Uit de volgende cijfers blijkt dat in sommige taalgrensgebieden, de uitslagen der talentellingen 1947 niet juist kunnen zijn omdat de aangegeven verschuiving der taalverhoudingen tussen 1930 en 1947, zonder noemenswaardige in- of uitwijking of zonder andere aanwijzingen in de samenstelling van de bevolking, eenvoudig materieel onmogelijk is.

Zo zou volgens de officiële talentelling in het arrondissement Aarlen, op 17 jaar tijd het aantal duitssprekenden verminderd zijn :

In het land van Overmaas stijgt het aantal officieel franssprekenden tussen 1930 en 1947 :

BESTUURLIJK BELEID VOLGDE DEZE VERVALSTE TALENTELLINGEN

Deze en andere gelijkaardige cijfers bewijzen de onbetrouwbaarheid van de telling. Hier is geen sprake geweest van een normale evolutie, maar van een “taalrevolutie”! De toenmalige homogene regering Van Houtte voelde wel aan dat hiertegen iets moest gedaan worden maar verwaarloosde toch de enige redelijke maatregel te nemen die zich opdrong : een objectieve controle op de betwiste uitslagen laten uitvoeren. Inmiddels wilde men deze ongerijmde cijfers niet bekend maken en slechts op 10 junl 1954 – zeven jaar na de telling – werden de uitslagen, onder Waalse druk, gepubliceerd. De regering – Van Acker (lV) erkende impliciet de onbetrouwbaarheid van de telling door de speciale wet van 2 juli 1954 uit te vaardigen waarbij voor zekere taalgrensgemeenten een “correctief” op de aI te drastische gevolgen van de telling aangebracht werd. . .

(In aansluiting hierbij dient aangestipt te worden dat alhoewel het probleem der taalverhoudingen in België regelmatig aanleiding geeft tot polemieken, betwistingen en moeilijkheden, er nog nooit een officieel volledig en objectief taalgrensonderzoek te plaatse werd ingesteld. Hiervoor schijnt wel een zekere vrees te bestaan! Zo werd een voorstel tot wetenschappelijk onderzoek naar het beloop der taalgrens, dat reed:

in 1951 door een Vlaams deskundige in het Officiële Centrum Harmel voorgesteld werd, bestreden en afgewezenl)

Niettegenstaande de zeer betwistbare waarde vat deze talentelling vooral te Brussel en langs de taalgrens, werden er op grondslag van deze tienjaarlijke tellingen toch wijzigingen in het taalregime van talrijke gemeenten doorgevoerd. Het gevolg hiervan was dat de oorspronkelijke volkstaal geleidelijk verdrongen werd en dat het gebruik der Franse taal in bestuur en onderwijs steeds verder uitbreiding nam, wat te Brussel en langs de taalgrens de geleidelijke, maar soms ook tamelijk snelle romanisatie ten gevolge had van vele oorspronkelijk nederlands- of duitstalige gemeenten.

ENKELE VOORBEELDEN VERDUIDELIJKEN DEZE GEBIEDSROOF

In 1830 telde geen enkele gemeente van de huidige Brusselse agglomeratie meer dan 50% franstaligen en slechts in 3 gemeenten van de 19 waren er meer dan 30 % franssprekenden. Volgens de officiële talen telling van 1947 was er echter een franssprekende meerderheid in alle gemeenten van de hoofdstedelijke agglomeratie met meer dan 70 % franssprekenden in

10 gemeenten. In het hele gebied van de huidige Brusselse agglomeratie daalde volgens deze “officiële tellingen”, het procent nederlandstaligen van 66% in 1846 tot 24 0/0 in 1947.

Langs de taalgrens :

• In de streek Moeskroen – Komen – Waasten kreeg de Vlaamse minderheid een verdere afbouw

• De Vlaamse taalgrensstad Ronse werd tweetalig

– Edingen werd tussen 1930 en 1947 officieel ééntalig Frans ; de nederlandstaligen (71 % in 1846) verloren er de strijd.

(p.132) – In de 15 Vlaamse gemeenten die ten zuiden van Brussel een Nederlandstalige “Corridor” vormen tussen de verfranste hoofdstad en Wallonië, verhoogde het percentage franstaligen van 2 % in 1946 tot 15 % in 1947.

– Van de 16 Nederlands- of Duitstalige gemeenten in Overmaas (prov. Luik) werden er volgens de talentelling van 1947, 12 volledig verfranst, werden er 3 andere tweetalig met franstalige meerderheid en bleef er slechts éen enkele tweetalig met nederlandstalige meerderheid. Gans de zuiver Nederlandse Voerstreek dreigde hiermee voor het Nederlands verloren te gaan op Sint-Martens-Voeren na.

– De Stad Aarlen, in 1846, haast volledig duitstalig (16 % franstaligen, veelal nieuwe ingeweken ambtenaren) geeft In 1947 95 % franstaligen en 5 % duitstaligen.

In 1846 was het Arrondissement Aarlen, op 2 ‘randgemeenten’ na, geheel duitstalig ; in 1930 was er in 16 gemeenten op de 23 nog een duitstalige meerderheid van méér dan 80 % die – zonder uitwijking – in 1947 spoorloos verdwenen was en op één gemeente na, was heel het arrondissement franstalig geworden.

– In de Provincie Brabant, die steeds een nederlandstalige meerderheid gekend had, geeft de talentelling van 1947 een franstalige meerderheid aan.

Alhoewel de talentellingen als dusdanlg niet als de orzaak van de verfransing in sommige taalgrensgebieden en te Brussel kunnen beschouwd worden, toch werd er de romanisatie bevorderd door zekere gevolgen die wettelijk of onwettelijk aan de ultslagen van betwiste tellingen gegeven werden. De bestaande taalwetten zijn in deze aangelegenheid ondoelmatig gebleken en waren en zijn niet bij machte de taal der sociaal-economisch zwakkeren voor terreinverlies te behoeden.

DE ANTI-TALENTELLINGSACTIE

Toen de regering-G. Eyskens (1 1) einde 1958 begon te spreken over een nieuwe talentelling in 1960, oordeelden sommige Vlaamse kringen dat er wellicht vlugger en gemakkelijker resultaten zouden bereikt worden door te trachten een nieuwe talentelling te verhinderen, dan door te streven naar een verbetering van bestaande taalwetten. Enkele Vlaamse verenigingen namen openlijk stelling tegen de voorgenomen talentelling, waarvan men vreesde dat ze weer kon uitgroeien tot een taalreferendum en gezien het nog steeds bestaande sociaal-economisch overwicht der franstaligen, een nieuwe uitbreiding van de verfransing officieel zou mogelijk maken.

Andere verenigingen sloten zich bij dit standpunt aan, er groeide stilaan in Vlaanderen een antitalentellingamentaliteit en er werd met boycot gedreigd.

Teneinde een doeltreffender en gecoordineerde actie tegen de voorgenomen talentelling mogelijk te maken, werd te Brussel op 14 maart 1959 het “Vlaamse Aktie-komitee Brussel en Taalgrens” opgericht. Het was een overkoepelend organisme, waarblj einde 1959 meer dan twintig Vlaamse cultuur- en strijdverenigingen, van verschillende politieke strekking, aangesloten waren en dat, geruggesteund door de talrijke leden der aangesloten verenigingen, een scherpe strijd aanbond tegen de talentelling. De actie bereikte vlug een tamelijk brede verspreiding in ruime bevolkingslagen en slaagde er ook in de steun te krijgen van een deel

der plaatselijke openbare besturen in Vlaanderen. Zo hadden op 28 augustus 1959 reeds 69 gemeentebesturen een motie tegen de talentelling gestemd. In november werd een zogenaamde “Geen-Talentellingdag” ingericht en op 28 en 29 november werden 71 plaatselijke manifestaties geteld, waarbij de pluralistische samenwerking opvallend was. Een laatste vergadering die te Brussel plaats had op 6 december 1959 werd besloten met een slotresolutie waarin het actiecomité de grondbeginselen van zijn werking aldus formuleert :

1. afschaffing van elke talentelling .

2. geen verlies van Vlaamse grond of mensen ;

3. institutionele waarborg van de homogeniteit en de integriteit van Vlaanderen;

4. definitieve afbakening van de taalgrens en begrenzing van de Brusselse agglomeratie, met afschaffing van aIle “faciliteiten’. in de Vlaamse gemeenten ;

5. strikte en volledige tweetaligheid te Brussel.

Twintig jaar na deze vergadering, mag men zich wel eens afvragen hoe het mogelijk is dat deze taalgrensstrijd zo onvoldragen resulteerde in de Hertoginnedalwetten van 1962-1963 en dat de Vlaamse meerderheid – als rechtstreeks gevolg van de vastlegging der taalgrens – zich grondwettelijk in 1971 liet minoriseren.

Résumé en français : Histoire des recensements linguistiques belges (1846-1947) : seul celui de 1846 est jugé scientifiquement fiable ; ceux de 1930 et surtout de 1947 auraient tourné au référendum linguistique favorable au français (menaces contre les contrôleurs en 1930, formulaires flamands volés à Renaix en 1947, évolutions « matériellement impossibles » dans l’arrondissement d’Arlon et les Fourons). Les résultats de 1947 ne furent publiés qu’en 1954. L’auteur décrit ensuite l’action flamande contre le recensement prévu en 1960, qui aboutit aux lois de 1962-1963 fixant la frontière linguistique.

[101] Arthur Gilson (ancien ministre de l’Intérieur), « Comment les Fourons sont vraiment passés au Limbourg », La Libre Belgique, 31 décembre 1987

La Libre Belgique du 28 décembre fait état d’une étude de M. Marcel Hotterbeex consacrée aux conditions dans lesquelles les Fourons ont été tranférés au Limbourg. Son exégèse aboutit à une conclusion : « Le transfert des Fourons a donc été le fait d’une majorité acquise grâce au poids de la Flandre ».

Pour avoir vécu tous les événements qui ont conduit, malgré mon opposition répétée, à la modification de mon projet de loi sur ce point, je dois considérer que la conclusion de M. Hotterbeex pourrait relever plus de la polémique que de l’histoire.

On ne peut, en effet, sans manquer d’objectivité, passer rapidement sur le rôle important joué par les Wallons et les francophones, spécialement par la représentation socialiste, particulièrement fournie, au cours des travaux de la commission de l’Intérieur de la Chambre. Je pense à MM. André Cools, Terwagne, Gruselin, Harmegnies…

Or, c’est à la commission, d’abord, que tout s’est déterminé. Après intervention

du francophone socialiste M. Demets, réclamant le transfert au Hainaut de

Mouscron Comines, l’ancien bourgmestre socialiste de Liège, M. Gruselin,

renchérit en proposant d’imposer un principe rigoureux à la base de la loi, à

savoir : « Toute commune flamande dans une province flamande, et toute

commune wallonne ans une province wallonne», ce qui impliquait aussi, d’après

lui, que les Fourons soient transférés au Limbourg. Tous les francophones de la

commission firent chorus. Les Flamands, eux, hésitaient, car ils étaient partagés.

Finalement, ils se rallièrent à la condition réaffirmée qu’il en aille bien de Mouscron-Comines d’une part et des Fourons d’autre part, ce qui fut expressément convenu.

L’ancien ministre Vanderpoorten se fit l’interprète de la commission en rédigeant le texte nécessaire.

Je fus seul à m’y opposer par deux fois, mais la commission vota les amendements. L’article 1 de la loi ainsi modifiée fut voté à 1’unanimité, de même que l’ensemble de la loi. Quelques semaines plus tard seulement, des voix s’élevèrent pour réclamer le maintien des Fourons à Liège.

Malheureusement, les Flamands, partagés à l’origine, avaient dû faire campagne en faveur du nouveau principe qui inspirait la loi pour faire accepter unanimement que Mouscron-Comines (un ou deux sièges de députés) soient transférés en Wallonie.

La proposition ultérieure des Wallons (qui étaient pourtant à l’origine des nouveaux textes) de garder Mouscron-Comines, mais de reprendre les Fourons est ainsi apparue aux Flamands comme une duperie et ils se sont élevés tout de suite et unanimement cotre cette volte-face.

D’où des débats rendus plus difficiles à la Chambre et au Sénat, les deux présidents des partis de la coalition veillant toutefois prudemment à assurer les majorités nécessaires pour que la loi votée telle qu’elle sortait des travaux de la commission de l’intérieur. Ce qui explique que tant de voix wallonnes ou francophones se soient jointes pour le vote final, en dépit des objections soulevées.

On en retiendra, en tout cas, que les parlementaires socialistes wallons furent bien mal inspirés au moment d’arrêter le texte définitif à soumettre au Parlement et qu’il leur fut impossible de revenir sur les termes de l’accord conclu en commission, quand certains d’entre eux voulurent refuser cette fois le transfert des Fourons en Flandre, tout en exigeant celui de Mouscron-Comines en Wallonie.

Je constatais, dans « La Libre Belgique» en 1965 : «On était devenu psychologiquement et politiquement impossible d’obtenir des Flamands que le principe nouveau, voulu par les Wallons, ne sorte qu’unilatéralement ses effets… » Mais j’étais bien placé pour ajouter : « Il reste aujourd’hui que ce rattachement – purement administratif il est vrai et sans influence sur le régime linguistique des communes intéressées – n’en est pas moins contesté. C’est un fait auquel un homme politique ne peut manquer de porter son attention.»

Tout cela m’inspire une dernière réflexion : on devrait toujours se garder d’exploiter les inconvénients d’une situation qu’on a soi-même contribué à créer créer !

[102] J.v.H., « De Voerstreek : pasmunt voor francofonen », Alternatief, n° 31, p. 7-9

(texte original en néerlandais)

« Met oog op een gemakkelijke , maar onvolkse administratieve regeling maakten de Franse revolutionnairen op het einde van de 18e eeuw de Voerstreek van Brabant los en voegden ze bij het Departement van de Ourthe, de latere provincie Luik. » (p.7)

(p.7-8) Het Nederlandstalig karakter van de Voerstreek werd tot de publilkatie van de volkstelling van 1947 nooit betwist. Alle filologen en onderzoekers bevestigen het : Charles Coquebert de Mombret (1806-1814), Kurth (1898), Grammens (1932), Legros (1948),Boileau (1954) en nadien ook nog het Harmelcentrum. (…) Bij het provincie bestuur /in Luik/ bestond er zelfs een Nederlandstalige afdeling speciaal voor de Voerstreek. Eens heeft de Bestendige Deputatie van Luik een vezoek om een Franstalige school in Voeren op te richten, afgewezen als zijnde onwettelijk. Zelfs de Wallingantische burgemmester Dodemont van Voeren zegt in KOERIER (2 maart 1977) : « De aard van de Voer is Vlaams-Platdiets. »

(…) Op basis van de uitslagen van de talentelling van 1947 begonnen de leerlingen in de school van Remersdaal hun studie in het Nederlands en vanaf het vierde leerjaar werd het Frans dan de voertaal.

Remersdaal is nu de haard van het gewelddadige Wallingantisme van gedeculturaliseerde verfranste jongeren.

Résumé en français : Les Fourons, détachés du Brabant par les révolutionnaires français à la fin du XVIIIe siècle et rattachés au département de l’Ourthe (future province de Liège), ont un caractère néerlandophone que personne n’a contesté avant le recensement de 1947 : tous les philologues le confirment, et même le bourgmestre wallingant de Fourons, Dodemont, déclarait en 1977 que « la nature des Fourons est flamande-platdiets ».

Note : Date de la revue non indiquée dans la source (« 1919 » dans le dossier, probablement une coquille).

[103] « Walen buiten! », Delta, s.d., p. 23

(texte original en néerlandais)

Herinnert ge het u nog? En de splitsing van de Leuvense universiteit werd inderdaad een feit. Velen beschouwen dit als een overwinning van Vlaanderen. Maar zij vergeten dan wel dat ook een niet onaanzienlijk aantal Franstaligen daar brood in zagen. De waarde van de gronden in en om Ottignies steeg in die periode immers pijlsnel. Dat kunt ge o.m. lezen in de biografie van Pierre Harmel. In 1963 werd Harmel naar Ottignies gesommeerd door de Waalse ACW-voorzitter André Oleffe en PSC-volksvertegenwoordiger Philippe le Hodey. Deze maakten Harmel toen duidelijk dat een aantal Franstalige figuren al volop bezig waren de splitsing mogelijk te maken (kassakassa). Harmel heeft altijd de pogingen gesteund om op zijn minst een deel van de universiteit unitair te houden (hij dacht daarbij aan de voortgezette opleidingen na kandidatuur en licentie) om zo de grote onderzoekscentra te Leuven te behouden. Harmel dacht zelfs aan een grote Europese katholieke universiteit die deze opleidingen in het Engels zou aanbieden. Het is trouwens ook zo dat Leopold III vanuit zijn ballingsoord Argenteuil verschillende hoogleraars heeft benaderd om ervoor te zorgen dat tenminste een deel van de Franstalige universiteit in Leuven kon blijven. Hij wou dit voorstel overigens voorleggen aan paus Paulus VI, die zeer bekommerd was om de Leuvense situatie. Daarom vroeg Leopold III aan kardinaal Suenens om een brief terzake aan de paus te bezorgen. Later vernam hij dat de paus niets ontvangen had, Suenens had de brief gewoon

in zijn schuif laten liggen. Zo’n verhalen hebben Harmel ertoe gebracht later zeer scherp te zijn voor de rol van het episcopaat.

Résumé en français : La scission de l’Université de Louvain passe pour une victoire flamande, mais des francophones y trouvèrent leur compte : la valeur des terrains autour d’Ottignies grimpa en flèche. Dès 1963, André Oleffe et Philippe le Hodey informaient Pierre Harmel que des francophones préparaient la scission. Harmel et Léopold III cherchèrent à garder une partie de l’université unitaire ; la lettre de Léopold III au pape, confiée au cardinal Suenens, ne fut jamais transmise.

[104] Christian Laporte, « C’était le 14 juillet 1966, à Ottignies… », La Libre Belgique, 16 juillet 2006

… le conseil communal lançait la création d’une nouvelle ville universitaire.

Vendredi, sous un soleil généreux, Yves du Monceau, l’ancien bourgmestre d’Ottignies-LLN et Michel Woitrin, l’ancien administrateur général de l’UCL, savourent en toute simplicité le moment présent sur la place de l’Université à Louvain-la-Neuve, où la liste ICH, alchimie des Intérêts communaux et du CDH local, ouvre une exposition itinérante sur la naissance de la ville universitaire. Une initiative bienvenue même si elle a un fumet préélectoral…

Le temps n’a pas eu raison de leur complicité de toujours, née sous les drapeaux et ce malgré quelques frictions passagères lorsque les intérêts de la ville et de l’université divergeaient. Autour d’eux, cette fois toutes tendances politiques confondues, quelques-uns des acteurs de la création de la ville sont venus fêter eux aussi le 40e anniversaire de ce qui allait vraiment mettre LLN sur orbite.

C’est en effet le 14 juillet 1966 que le conseil communal d’Ottignies allait, par 8 voix et une abstention, lancer le défi le plus fou du XXe siècle en Belgique : la création d’une nouvelle ville universitaire. Ce soir-là, furent jetées les bases de ce qui était aussi un incroyable pari : concilier les caractéristiques d’une université touchée par le vent de révolte des années 60, de moins en moins acceptée chez elle par ses frères catholiques, “incroyable péché contre l’esprit” selon M^r Massaux, et son intégration dans un Brabant wallon où les industries traditionnelles étaient sur le déclin. Alors que le bourgmestre de Wavre, le socialiste Justin Peeters ne voulait pas voir débarquer trop de “calotins” dans la cité du Maca, Yves du Monceau – sur la même ligne que Michel Woitrin – saisit sa chance en proposant, malgré les vives réticences du Boerenbond, les terres du plateau de Lauzelle. L’UCL serait donc la bienvenue pour y dédoubler ses candidatures mais les fins renards politiques précités, tout en ne voulant pas s’y résigner, nourrissaient déjà de plus grands desseins face au rouleau compresseur nationaliste flamand… •

[105] Jean Ghislain (Soumagne), « Revendication légitime », Le Soir, 27 juin 1991

“les communes dites “à facilité” honteusement annexées par la Flandre.”

Commentaire de l’auteur : Encore un ignare dont Le Soir publiera la lettre sans problème…

[106] Guy Vande Putte, Belgica Creola, EPO, 1999

(p.16) Over-IJse

Yssche (de IJse)

la Lasne: Lane

(p.18) Overijse:

5 hameaux aux noms bien néerlandophones

De même que les noms des anciens quartiers ruraux.

(p.78) D’après un vieil autochtone rosiérois interviewé en 1980, la prononciation wallonne d’(Over)isque serait ‘yousque’…

[107] Alain Escada, « Fédéraliste made in Belgium », La Libre Belgique, 28 octobre 1988

“Si notre pays compte trois particularités linguistiques, il ne présente qu’une seule culture qui est gréco-latino-chrétienne teintée de germanisme.”

[108] Anne François, « “Lentement la mentalité a changé” », La Libre Belgique, 22 mai 1999

Titre donné par l’auteur : « Le racisme francophone toujours très actif en 1959 au Concours Reine Élisabeth »

Présentatrice du reine Elisabeth depuis 1959, Aimée De Smet devait annoncer en 1959 lors de la finale les heures de passages des trams, ce qui était encore normal à cette époque. “Quand je l’ai fait en deux langues, le public m’a chahutée. Mais il s’est calmé, et j’ai continué!”

Sources — 2.4 Historiens et politiques à la manœuvre

[109] Félix Rousseau, Wallonie, terre romane, 1977

Titre donné par l’auteur : « Félix Rousseau, régionaliste, francophile et menteur »

(p.9) “Historiquement parlant, parmi les habitants de la Belgique actuelle, seuls (sic) les Wallons descendent des anciens Belges, puisque les Flamands ont pour ancêtres des envahisseurs germains qui s’établirent dans le Nord de la Gaule aux IVe et Ve siècles de notre ère.”

(p.47) “Sans aucune (sic) contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis 7 siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.”

[110] « Wallon, tu es roman et latin ! », Vers l’Avenir, 1979

Titre donné par l’auteur : « Vers l’Avenir, un journal négationniste »

La WALLONIE EST ROMANE et LATINE. Tout au long des siècles, elle est demeurée (« et demeure », n.d.l.r.) une province de cette civilisation (latine) ; sans cesse, elle a été chargée de défendre cette culture contre des agresseurs qui, TOUJOURS, venaient de l’Est et du Nord.

[111] Léopold Génicot, Racines d’espérance. Vingt siècles en Wallonie, Hatier, 1986

Titre donné par l’auteur : « Léopold Génicot (UCL), régionaliste, francophile et menteur »

(pp.147) En Belgique, dans l’euphorie (sic), 1796-1914- (-p.210)

(p.148) “La république proclame des principes fondamentaux: régime démocratique, égalité, liberté, séparation des pouvoirs. L’Empire les bafoue. Mais ils ont l’avenir pour eux.”

(p.149) Les réformes introduites sous le régime français en une dizaine d’années, “ont été mieux (sic) acceptées ou tolérées dans les départements de l’Ourthe, de l’Entre-Sambre-et-Meuse (Namurois) et de Jemappes (Hainaut).”

– p.153: titre: L’attachement des Belges aux principes du régime français, in: F.Dumont, L’ irrédentisme français en Wallonie de 1814 à 1831, in :: Connaître la Wallonie, 10, éd.Destrée, 1965

(p.155) Le maréchal Gérard, à la tête d’un corps expéditionnaire français, fit reculer en 1830, les troupes hollandaises ayant envahi la Belgique, et enleva le forteresse d’ Anvers.

“La Belgique était sauvée. Elle, où un monument s’érige dans la plaine de Waterloo qui vit tomber tant des fils sous les coups des Anglais, Hanovriens et Prussiens, n’en a pas dressé à Gérard, …”

[112] Jo Gérard, « Le passé belge “rénové” par nos historiens », La Libre Belgique, 27 novembre 1987

Titre donné par l’auteur : « Le professeur Génicot (UCL), régionaliste, francophile et menteur »

“Nul n’ ignore l’ existence de la “Geschiedenis van Vlaanderen”, l’histoire de la Flandre, rédigée avant 19410 par plusieurs professeurs d’ université. On sait aussi qu’en 1973, parut une oeuvre collective et préfacée par le professeur Génicot: “Histoire de la Wallonie”. Certes, on peut, sans sacrifier l’objectivité scientifique à un ombrageux mininationalisme, raconter le passé des Flamands et des Wallons. N’offrent-ils pas assez de caractéristiques originales pour justifier qu’ on les analyse?”

[113] P.B., « “Wallonie, région d’Europe”, présentée par un instituteur wallon », Le Messager de Châtelet, 1er janvier 1987

Titre donné par l’auteur : « Un instituteur se mue en négationniste… »

« Histoire : la Belgique est un état artificiel … et accidentel. (…)

Géographie : les communautés en Belgique. Leur origine ? Situation des Fourons, de Mouscron-Comines. »

[114] P.-H. Gendebien, cité dans A. Méan, « Une certaine idée de la Wallonie », La Libre Belgique, 14 décembre 1987

Titre donné par l’auteur : « P.-H. Gendebien, un gros collabo francophile »

« Les Wallons sont un peu comme les Lapons du marché commun. Ils n’ont pas besoin d’Etat pour exister; Leur enracinement n’est, d’ailleurs, pas repli frileux sur soi puisque les Wallons ont toujours, dans leur histoire, été ouverts sur la France, Paris, mais aussi sur l’Europe et le monde. »

[115] Aglaé van der Gracht (Bruxelles), « L’impertinence de François Perin », La Libre Belgique, 28 octobre 1985

Dans un récent exposé dont « La Libre Belgique » a fait écho (édition des 19-20 octobre), François Perin semble tirer gloire de sa propre impertinence. Cette attitude entraîne souvent avec elle la démesure et le parti-pris, qui caractérisent notamment la critique détournée que M. Perin adresse au fédéralisme provincial en s’en prenant à un de ses promoteurs, Baudouin du Bus de Warnaffe.

En fait, ce n’est pas le fédéralisme provincial qui constitue un retour en arrière, mais bien le nationalisme wallingant dont François Perin est depuis longtemps le chantre. Un nationalisme qui date, lui, du siècle dernier par l’esprit qui l’anime et qui, comme tout nationalisme qui tente de s’affirmer, a besoin d’«ennemis extérieurs »; ici, en l’occurrence, les Flamands.

Le progrès ne réside pas dans le repli sur soi de la Flandre et de la Wallonie, mais bien dans la solidarité et dans l’ouverture et le respect réciproques. Le mot «fédéralisme» n’a pas d’autre signification.

Lorsqu’un professeur fait de la politique, il est entraîné à utiliser un langage partisan et perd son objectivité. Les boutades de François Perin amusent peut-être, mais elles ne contribuent pas à sa crédibilité.

[116] Michel Dellicour (Waterloo), « Jo Gérard ou Perin ? », La Libre Belgique, 17 mars 1989

Titre donné par l’auteur : « François Perin, professeur d’université, francophile et menteur »

L’article de Paul Vaute consacré au dernier ouvrage de Jo Gérard suscite de ma

part les commentaires suivants. L’intuition de votre collaborateur me paraît

juste lorsqu’il se demande si à l’avenir, les Belges n’accorderont pas plus

d’importance à l’histoire de leurs antiques comtés, car les réalités locales ont été

longtemps premières dans notre passé. Maintenant que la Flandre a été reconnue

comme telle, ne peut-on pas imaginer l’émergence de relations privilégiées entre

provinces, par-dessus la frontière linguistique ? L’apaisement viendra du

dépassement d’un antagonisme simpliste « Flamands contre francophones ». Je

veux bien suivre Jo Gérard pour « trouver » la nation belge dans la pérennité d’un

caractère et d’une culture spécifiques. Pour Georges-Henri Dumont, c’est l’esprit

du baroque et particulièrement sa sensibilité religieuse qui se sont fixés au point

de consacrer la rupture culturelle et spirituelle de la Belgique avec les Pays-Bas.

François Perin se trompe lorsqu’il estime que la majorité des Flamands souhaiterait réintégrer les Pays-Bas; et la majorité des Wallons se voir rattacher à la France. Liégeois d’origine, j’admire la culture et l’esprit français, mais le plus beau caractère du Belge, n’estce pas son sens de la mesure ? Les Wallons auraient-ils avantage a constituer le département le plus septentrional d’une France centralisatrice ?

[117] Roger Ledure (Sofia), « Querelles linguistiques », Le Vif/L’Express, 5 octobre 1990

A propos de l’article dithyrambique consacré à François Bovesse , dans le n° du Vif du 31 août.

Loin de moi l’idée de contester les qualités d’intégrité de l’ancien ministre, le rôle important qu’il a joué dans certains domaines, en particulier celui de l’enseignement, ou le patriotisme qu’il a manifesté pendant la guerre.

Mais considérer comme positives ses positions contre la flamandisation de l’Université de Gand et surtout contre un bilinguisme généralisé en Belgique, me semble, pour le moins, faire preuve envers lui d’une bienveillance exagérée et risque de fausser l’opinion des jeunes générations. Que les Flamands aient dû attendre 1932 pour obtenir le droit de suivre dans leur langue un enseignement universitaire se passe de commentaires. Logiquement, sur ce point, François Bovesse n’eut pas gain de cause. Par contre, sa campagne en faveur de l’unilinguisme fut, hélas, couronnée de succès. Le bilinguisme était, à l’époque, accepté par l’immense majorité des Flamands. Pourquoi les Wallons, sous l’impulsion entre autres de François Bovesse, ont-ils, par peur de devoir apprendre une deuxième langue (alors que, maintenant , pour réussir correctement, ils doivent en connaître au moins quatre), refusé cette solution logique dans un pays bilingue ?

(…) J’ai vécu – et vis d’ailleurs encore – pendant de nombreuses années à l’étranger. Les Belges dans ce cas se sentent avant tout, en non Wallons, Flamands ou Bruxellois, car ils ont en face d’eux des pays infiniment plus vastes et n’ont nulle envie de diviser leurs forces. (…)

Vues de loin, les querelles linguistiques (que fait-on à l’étranger avec le français seul ou, « a fortiori » le seul néerlandais ?) où les rodomontades d’un premier échevin de village ou d’un organisateur de ‘pèlerinages’ paraissent bien mesquines.

[118] Christian Laporte, « L’identité wallonne, une carte pour l’Europe des régions », Le Soir, 20 décembre 1990 (plaquette pour les 10 ans de la Région)

Titre donné par l’auteur : « Christian Laporte, journaliste du Soir, révisionniste »

“L’Institut Jules Destrée dont les travaux font autorité dans le monde scientifique” (sic) réalisé par Philippe Destatte, directeur de l’Institut, l’ouvrage jette un regard “résolument ‘sudiste’ mais pas moins objectif pour autant.” (sic)

Analyse des mouvements et des hommes qui ont permis l’avancée fédéraliste, “Destatte le fait avec la rigueur de l’historien, mais avec l’esprit un tantinet frondeur qui caractérise le Wallon.”

[119] Philippe Destatte, L’identité wallonne. Aperçu historique, 1991

Titre donné par l’auteur : « Philippe Destatte, régionaliste, collabo francophile et révisionniste »

Les quatre départements

« Waterloo, où de nombreux français de Wallonie sont tombés – parfois sous les coups de baïonnettes d’autres Wallons – devait mettre un terme à notre situation légale de citoyens français. » (p.21)

Deux (sic) peuples dans le même Etat

« D’autres légitimes victoires du mouvement flamand sur l’Etat belge vont suivre: emploi du néerlandais dans les affaires administratives en 1878, dans l’ enseignement moyen en 1883 … « (p.27)

« une Flandre largement agricole et catholique, face à une Wallonie qui a vécu jusqu’ au bout sa révolution industrielle et décréé les forces politiques qui en sont issues: libéralisme et socialisme. » (p.27)

La Wallonie libre est aux côtés de la France libre

« La distance est nette entre la combativité dont font preuve les unités wallonnes et les bataillons flamands face à l’

attaque allemande. Sur ce point, les témoignages, à commencer par celui du Général Van Overstraeten, conseiller militaire du roi, sont légion. » (p.46)

L’insurrection

Les résultats de la consultation populaire qui de vait mettre fin à la crise royale « ne sont pas étonnants: si près de 58 % de Belges sont favorables au retour du roi, 72 % des Flamands ont dit oui, 58 % des Wallons ont dit non. » (p.54)

N.B.

(p.58) Dans tous les arrondissements belges, plus de 55 % des électeurs ont émis un vote favorable en faveur du roi, sauf dans les arrondissements de Tournai-Ath, Mons, Soignies, Charleroi, Thuin; Bruxelles, Nivelles; Namur; Waremme, Huy et Liège.

Philippeville, Dinant, Verviers, Marche-Bastogne-Arlon et Neufchâteau-Virton avaient donc voté majoritairement en faveur du roi.

Conclusion: un peuple aux barricades de la démocratie

« Le facteur culturel fondamental que constitue l’appartenance française de la Wallonie est inséparable de la relation politique que la Région entretient avec son grand Etat voisin. » (p.101)

[120] « Les transferts… à la Belle Époque… », La Libre Belgique, 5 août 1993 (à propos de : Raciner les Wallons, Institut Jules Destrée, coll. « Écrits politiques wallons », n° 6)

Titre donné par l’auteur : « Publication de révisionnistes »

Ce ne sera peut-être pas une consolation mais la fâcheuse manie qu’on a chez nous de se livrer à des comptes d’apothicaires entre Régions et Communautés, que ce soit sur les investissements publics ou la sécurité sociale, ne date pas d’hier ni d’avant-hier.

Les preuves en abondent dans l’intéressant ouvrage que vient de publier l’Institut Jules Destrée, sous le titre « Raciner les Wallons » (collection « Ecrits politiques wallons », n’ 6),, où on trouve une analyse et un recueil des principaux textes d’Elie Baussart, le fondateur de « La Terre wallonne », mort en 1965. Ainsi, dans un article paru en mars 1914, celui qui fut un des chantres catholiques du combat pour l’autonomie régionale, évoquant « les griefs des Wallons contre leurs compatriotes du nord », faisait valoir que « c’est chez eux., Flamands, que se dépense la majeure partie des finances que les Wallons alimentent dans une mesure plus large ».

L’addition, svp!

Pourtant, en dépit de son peu d’enthousiasme devant les coûts de la solidarité, le même Baussart n’apportera guère d’eau au moulin de nos séparatistes. « La Wallonie, écrivait-il en 1945, n’est que la moitié de ce tout petit pays qu’est la Belgique, à peine un canton, dans l’Europe occidentale. Donc, pas de repliement sur nous-mêmes, ce qui serait un signe de faiblesse et une cause d’appauvrissement. Des Belges authentiques en Belgique, de bons Européens en Occident et, comme disait Lamartine, de vrais concitoyens de tout homme qui pense », c’est le plus sûr moyen d’être d’excellents Wallons. Qu’en pense José Happart ?

[121] Cabinet de Guy Spitaels, Almanach de la Wallonie, 1993

Titre donné par l’auteur : « Guy Spitaels, collabo francophile, ment »

“Il faut rappeler que quelques îlots francophones (sic) subsistent aux Etats-Unis; ils résultent d’ une émigration dans le Wisconsin du 19e siècle.”

[122] G. Samsoen de Gerard (Bruxelles), « La mémoire de la Wallonie », courrier des lecteurs, La Libre Belgique, 1992

À la page 8 de la LLB du 26-21992, je trouve une annonce de Promo-Livres, dans laquelle il est question de « la recherche de la mémoire spatiale (qu’est-ce que cela signifie ?) de la Wallonie » et de «la lente construction, au fil des siècles, des frontières de la Wallonie ».

Je m’étonne que vous ayez laissé passer des âneries pareilles. Vous savez comme moi que, «au fil des siècles », il n’a jamais existé aucune entité géographique ou politique dénommée « Wallonie » et qu’en réalité, ce qu’on appelle actuellement la Wallonie est une invention des politiciens marxistes de la deuxième moitié du XX® siècle, que la « mémoire spatiale» de la Wallonie ne peut remonter qu’aux années 1950 ou 1960. Sur le territoire de ce qui est devenu la « Région wallonne» vivent d’ailleurs des gens qui ne se considèrent pas du tout comme des Wallons, notamment les Picards à l’ouest du Hainaut et des Gaumais dans le sud de la province de Luxembourg.

Il me semble que, quand on se mêle d’écrire l’Histoire, il faut faire preuve de plus d’exactitude scientifique, parce qu’au train où vont les choses dans le monde des politiciens, on parlera bientôt de la « République wallonne » (fière et indépendante ?).

[123] Paul Delforge (conseiller, Institut Jules Destrée), Approche générale de l’histoire du territoire de l’actuelle Wallonie et de ses habitants, Ministère de la Région wallonne, séminaires de formation, 1996

Titre donné par l’auteur : « Paul Delforge, régionaliste et historien négationniste »

(p.3-sv) Le problème de l’enseignement de l’histoire en Wallonie

(p.4) « Fief français pendant le moyen âge, les pages les plus brillantes de leur histoire /= les habitants du Tournaisis/ appartiennent à l’histoire de France. Evidemment, on n’en parle guère. »

(p.5) « Dans l’exposé de nos rapports historiques avec la France, le parti pris, ou tout au moins le manque d’objectivité est souvent manifeste. Je pourrais citer ici de nombreux exemples qui dénotent un esprit de dénigrement presque systématique. »

« Je m’arrêterai seulement à la période la plus discutée, à savoir la domination française (1794-1814), pour la désigner par l’appellation en usage dans notre terminologie pédagogique. »

Les personnes que j’ai interrogées retenaient ceci : « la persécution religieuse, les assignats, la guerre des Paysans, c’est-à-dire les griefs seulement. »

« Personnellement, je suis arirvé à considérer la Révolution française comme u fait providentiel. Sans elle, le renouveau catholique du 19e siècle n’eût (sic) pu se produire.

En ce qu concerne la Guerre des paysans, remarquons qu’elle n’a pas existé en Wallonie. Ces braves gens, morts pour une idée, méritent notre respect, mais pourquoi les transformer en patriotes belges suivant une tendance qui trouve son point de départ dans Verhaegen ! »

« Le régime français nous a évité ue révolution sociale qu n’auarit pas manqué d’éclater dans le cours du 19e siècle. »

« Ces vingt années de domination française ont réveillé le pays de sa longue torpeur /cf p.18 : contradiction/, lui ont insufflé une âme nouvelle.(…) L’essentiel du Nouveau Régime, instauré par les Français, fut maintenu / après 1814/ : la suppression des privilèges, l’égalité civile, le Concordat, le Code Napoléon, les institutions. Nos provinces ne sont-elles pas des départements sous des noms nouveaux ? » /NDLR cf p.16 : contradiction/

« Notre Révolution de 1830 rste inexplicable sans le régime français. Ceux qui l’on faites étaient tous d’idées et d’éducation françaises. Pour juger du terrain parcouru, il suffit d’établir le rapprochement suivant : en 1789, la Révolution brabançonne, une révolution en partie rétrograde ; en 1830, une révolution qui nous dote de la constitution la plus libérale de l’Europe. »

« Nous voilà loin de l’opinion exprimée dans un livre récent dû à un professeur : que la Belgique a connu dans son histoire deux occupations, l’occupation française et l’occupation allemande. Ce rapprochement, pour le moins inattendu, en dit long sur une mentalité antifrançaise, qui ne désarme pas. »

(p.15) Règne de Charles Quint

« Charles était né dans les Pays-Bas, où il reçut une éducation en français. Ce prince apparaissait donc comme assez proche des préoccupations des Flamands et des Wallons . »

(in : Philippe Moureaux, Joseph Ruwet, Des principautés, enjeux des impérialismes européens, in : Histoire de la Wallonie, op.cit., p.187-194) (= po ç’ qui sût ou po ç’ qu’ i gn-aveûve divant ?)

(p.16) Autonomie des principautés

« Sur le plan judiciaire, les raits communs entre les principautés sont beaucoup moins nets. Le Grand Conseild e Malines chapeautait théoriquement l’édifice. En fait, plusieurs provinces avaient conservé des Cours souveraines et ne connaissaient donc l’appel à Malines. Les Conseils provinciaux avaient une double mission, judiciaire et administrative. Ils jugeaient en deuxième instance les litiges qui aaient été portés devant les tribunaux ordinaires, telles les cours scabinales. Ls remplissaient une véritable mission politique, faisant connaître les lois édictées par le souverain et veillant souvent à leur exécution. »

« Quelques localités hennuyères, parmi lesquelles la ville de Hal, abritaient souvent une populationde langue thioise. »

(p.17) Le comté de Namur

Il « se différenciait des autres principautés wallonnes : il était totalement homogène sur le plan linguistique et sa position géographique centrale lui permit déchapper à toute amputation territoriale importante. »

(p.18) Tournai, la ville la plus peuplée des Pays-Bas /au 16e s./, fut turbulente sous l’Ancien régime. Elle n’oubliait pas son ancienne appartenance française.(sic)

Le duché de Limbourg

« Les habitants y parlaient soit le français, soit l’allemand, soit le thiois. »

(p.19) Le duché de Brabant

« On /y/ trouvait des minorités de langue française. »

(p.22) « Pendant un siècle /19e s./, les cantons de l’Est vont être soumis à une germanisation constante. »

(p.23) Après la guerre, « les mesures administratives prises à l’égard des habitants restés au service de l’Allemagne, la création d’écoles complémentiares obligatoires de 12 à 16 ans pour franciser la jeunesse provoquèrent des ressentiments parmi la population. L’arrivée de nombreux fonctinnaires, notamment dans l’enseignement, qui ignorent bien souvent la lague, condui à une hostilité vis-à-vis de la langue française et de la Belgique. »

(p.24) « faut-il rappelr que les termes de « Flandre » et de « Wallonie » , dans l’acception géographique que nous leur donnons aujourd’hu, ne sont guère antérieurs à 1850 ? »

1692 : « le siège de Namur dura du 24 mai au 1er juillet. Vauban, (…) assuma la directin technique des opérations : (…). »

1704 : « Le plus terrible bombardement que la ville ait eu à subir au cours de son histoire ! » « Pendant trois jours et trois nuits (du 26 au 28 juillet /1704/ les Hollandais tirent à bolets rouges et envoient sur la ville des bombes en grand nombre. …) Les Namurois vivent des heures atroces (…).

(p.31) (1706) « Les fortereses de Charleroy, Namur, Luxembourg conservaient leurs garnisaons françaises. Maximilien choisit Namur pour capitale de ses nouvaux Etats ; il y est reçu en souverain et s’y coporte comme tel. »

CONTRADICTION : cf ci-dessous :

« Les Hollandais maintenaient la fermeture de l’escaut et obtenaient de tenir garnisaon dans une série de places fortes, sans qu’il leur en coûtât un denier. En efet, les frais dentretien de leurs troupes incombaient uniquement à nos ancêtres. »

(extraits de Félix Rousseau Namur, ville mosane, BXL, Renaissance du Livre, coll. Notre passé, 1958)

(p.32) « Namur a été l’éphémère capitale d’un petit Etat essentiellement wallon, lorsque, en 1711, le roi d’Espagne abandonnant la souveraieneté es Pays-Bas à Maximilien Emmanuel de bavière, celui-ci y installa son gouvernement. De 1711 à 1714, Maximilien régna sur un territoire comprenant le comté de Namur, le duché de Luxembourg ainsi qu’une petite aprtie du hainaut et quelques points de la côte flamande. »

(p.33) (Naissance d’un chant et d’un drapeau)

Choix d’un symbole par l’Assemblée wallonne en 191(2) :

« Ce fut le coq qui réunit le plus grand nombre d’adhésions , le coq gaulois, comme on l’appelle souvent car on aime jouer sur la double signification du mot Gallus en latin : « coq » et « Gaulois ». On remontait ainsi aux origines. On opposait aussi, bien que cela ne soit guère formulé, le jeune coq wallon eu vieux lion de Flandre. » (…) Un autre mobile : « depuis 1789, en effet, le coq avait été élu sporadiquement comme animal emblématique de la patrie rançaise. »

« (…) les différents dialectes de Wallonie n’ont pas abouti et n’aboutiront pas, comme ce fut le cas dans les régions flamandes, à la constitution d’une langue comune wallonne. (…) la seule lanue commune est (..) le français.’ (in : Rita Lejeune, Naissance d’un chant et d’u drapeau, in : histoired e la Wallonie, op.cit., t4, p.481-488)

(p.36) « Quant aux Wallons, il n’est guère pensable qu’ils abandonnent la fin de septembre et le coq hardi comme symboles de l’identité wallonne. »

(p.38) « Une constante spirituelle indélébile a régi toutes les vicissitudes : romanité devient spécifité d’oïl, et solidarité picarde-wallonne-loraine devient francité. »

in : Albert Henry, Wallon et Wallonie, in : La Wallonie, le Pays et les Hommes, t1, BXL, La Renaissance du Livre, 1977, p.72-74)

(p.38) « Sommes-nous des Belges ? sommes-nous des Français ? »

(p.39) « Comme pays wallons appelés « belges » (…) du 16e siècle (surtout au 18e siècle), il n’ y eut (sic) , somme toute, que (sic) les comtés de Hainaut et de Namur et le « Roman pays de Brabant » (l’actuel arrondissement de Nivelles). » (cf p.32 : Namur , capitale, elle, d’un petit Etat wallon)

(p.42-47) Unification politique, essor économique (1794-1914)

La République

(p.42) « Pour mettre un terme au régime d’occupation et mus par des afinités profondes, les partisans du nouveau régime et même des hommes « qui n’étaient pas pour le système républicain » réclamèrent la réunion à la France. »

(p.43) « Comme il n’ y eut pas de consultationd es ppulations, il est impossible d’évaluer le nombre des partisans de la réunion à la France. »

(p.44) « la conscription est la pierre de touche la plus sûre du ralliement ou de l’opposition à l’Empire. Son plus réent hsitorien, Raol darquene, après avoir constaté l’excellent comportement des Belges en général, a dégagé le contraste entre Wallons et Flamands. Sambre et Meuse, Forêts, Ourthe et Jemappes dans l’ordre « ont le mieux répondu aux appels » et si Sambre et Meuse vient en tête, « l’élite liégeoise s’est montrée la lus ardente à défendre les trois couleurs. Parmi les gardes d’honneur de l’Ourthe, il n’y eut pas un seul désigné d’office. Rien que des volontaires. » (sic : cf ci-dessous)

« La fidélité à l’empereur anima les grognards, mais il faut se garder de tout romantisme. Il y eut des réfractaires et des déserteurs malgré les mesures sévères qui les frappaient. Le petit peuple ne pouvait, comme le bourgeois, user de son argent pour se faire remplacer. Il reste que l’attrait ds armes était plus grand dansles départeemnts wallons. Le comportement es conscrits lorsque vinrent les défaites manifesta le même contraste ans l’attitude des Wallons et des Flamands et il en fut de même sur le champ de bataille de Waterloo, où nombreux se distinguèrent les oficiers wallons restés fidèles aux aigles impérialies, nombreux aussi les grognards qui s’illustrèrent dans la « morne plaine ».

« (…) pendant les Cent Jours, au cours desquels nénamoins des ralliements témoignèrent de la ferveur impériale chez certains vieux brisards et aussi du souhait (p.45) de nombreux Wallons de rentrer dans la Grande nation : que l’Empire était beau au temps du prince souverain des Pays-bas ! »

(p.45-sv) L’inquiétant amalgame (1815-1830) (sic)

« Les Alliés avaient décidé d’amalgamer les départements réunis à l’ancien royaume de Hollande sans demander l’avis des populations. (sic : cf 1794 à Liège, bien sûr !) Il ne fallut que quinze ans pour que s’écroulât cette consruction contre nature pour les provinces wallonnes, atachées à la culture et à la langue françaises, catholiques de religion et contraintes de subir une énorme dette hollandaise. (…) Tout le pays wallon fut truffé de places fortes symbolisant la crainte es vainqueurs à l’égard du pays le plus peuplé de l’Europe occidentale, dont les armées, pendant un quart de siècle, avaient fait trembler un continent. »

(p.45) « Ce furent les mesures en matière linguistique qui lmanifestèrent le pus nettement cette volonté de rompre les amarres qui tenaient les dépatements réunis fermement atachés à la France. »

« (…) dans un etat où le néerlandais serait la langue natinale, les Wallons ne seraient plus que des sujets de seconde zone. »

(p.47-sv) 1830 en Wallonie (sic)

(p.47) « Les entiements francophiles rencotnrent beaucoupd e sympathie parmi les masses. »

« Des pétitions circulent du Borinage au Pays de Liège , en passant par Philippeville et Fontaine-l’Evêque, demandant la réunion à la France de Louis-Philippe. »

(p.48) Tentative de soulèvement le 16/6/1831 des ouvriers par des activistes tels l’avocat Jean-Baptiste Teste, Français exilé à Liège depuis 1815, et le bourgmestre de Verviers , David.

« Le Gouvernement était dûment prévenu et avait fait prednre des mesuresd e protection par les commandants miliaires des provinces wallonnes. Une véritable organisation faisait cruellement défaut dans le mouvement réunioniste. »

(in : Félix Rousseau, membre de l’Académlie Royale de Belgique, Le problème culturel en Belgique, dans : La Nouvelle Revue Wallonne, tXIII, n° 3-4, 1965)(Cet aticle reproduit le texte d’une conférence donnée dans la province de Namur sous les auspices de la section namuroise de Rénovation wallonne)

(p.51-sv) Y a-t-il des traits propres aux Wallons et à la Wallonie, (dans une perspective historique) ?

(p.51) « Les Belges appartiennent à deux communautés culturelles absolument distinctes, l’une d’essence latine, l’autre d’inspiration germanique. »

(p.53) « Sans aucune contrainte, de leur prpre volonté, les Wallns sont entrés dans l’orbite de paris, et depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française. »

« Ls Wallons ont eu une chance inouïe dans leur histoire :

un dialecte d’oïl, c’est-à-dire apartenant à la même famille linguistique que leurs propres dialectes, est devenu très tôt une langue universelle. Ils s’y sont ratachés tout naturellement. »

« Il n’y a jamais eu de culture wallonne. Ce n’est pas le dialecte qui a créé le trait d’union entre tous les Wallons, mais bien le français, autrefois comme aujourd’hui. »

« Possédant , depuis des siècles, le français comme langue de culture, les Wallons ont profité de sa prodigieuse fortune, de son prestige incomparable, de son rayonnement immense dans le monde. »

(p.54) « Langue raffinée, langue de la courtoisie et du bon ton. Même lme lus modeste tâcheron wallon, qui la parle mal, en est pénétré et ne faut)il pas chercher dans la possession de la langue française le secret de ce fonds de savoir-vivre et de politesse qui ne lui fit jamais défaut ? »

« Comme corollaire de tout ceci, il convient de dire un mot sur la position des dialectes wallons vis-à-vis du français.

On sait que les écrits vraiment wallons, rédigés intentionnellement en wallon, sont tardifs. Ils ne sont pas antérieurs au 17e siècle dans le pays de Liège, au 18e siècle dans le Namurois et le Hainaut. Des régions entières n’ont pas fourni d’écrits en wallon avant le 19e siècle.

On hésite à employer le mot littérature à propos de cette production dialectale, car il s’agit d’œuvres sans prétention ni hautes visées, qui cherchent, souvent, à être simplement amusantes. »

« Les auteurs wallonisants restent des francophones convaincus. Il n’existe pas de culture wallonne en Wallonie. Dans notre petite patrie, la belle culture française, si vaste, si profodnément humaine, conserve toute sa puissance d’atraction et de séductin. Son hégémonie est complète et sans rivale.

Voilà, sur le plan culturel, l’exacte positin historique des Wallons. »

(p.54-sv) la position culturelle des Flamands

« Dans mon exposé, j’emploierai le mot flamand dans son sens actuel, celui qui désigne tous les habitants du nord de la Belgique, qui parlent un dialecte germanique. »

« J’ai montré plus haut que les Wallons avaient eu une chance immense dans leur histoire culturelle : u dialecte de la même famille linguistique que leurs propres dialectes, donc un dialecte étroitement (p.55) apparenté aux leurx, est devenu, au 13e siècle, ue langue de haute culture, d’un rayonnement international, à savoir : le français, lanque qu’ils ont , tout naturellement, adoptée.

Les Flamands n’ont pas eu cette chance. »

(aux 17e-18e siècles) « Quant aux masses populaires, privées d’une élite et rivées à leur patois, elles tombèrent à un niveau intellectuel très bas. »

(p.56) « Des abus étaient inévitables et il y eut es abus criants. Cependant rectifions la fameuse histoire des Flamands Coucke et Goetals, condamnées en 1860 par la Cour d’Asise du Hainaut, pour assassinat et vol et guillotinés la même année à Charleroi. Ils n’auraient rien compris aux débats exclusivement en français. C’est une légende néer vers 1885 et qui a sevi de moyen de propagande auprès des foules flamandes. Cete affaire a été étudiée, de très près, par un avocat du barreau de Charleroi, Arille Carlier, qui a réunid e quoi écrire un livre sur la question. Mais la légende reste tenace. »

« Certes, dans la création et l’organisation de l’Etat belge, le rôle des Wallons fut considérable. Généralement plus instruits et plus entreprenants, ils détenaient sur leur sol la grande industrie, (…).

(p.57) En Wallonie, « les différentes classes sociales se sont toujours comprises. »

« En somme, les Flamands, à l’heure actuelle, se trouvent à peu près au même stade que nos ancêtres wallons, il y a ciniq siècles, quand ils se sont alignés sur le dialecte de l’Ile-de-France, devenue une « coïnê », et ils l’ont fait spontanément. »

« Les mots d’origine française sont nombreux dans le Beschaafd Nederlandsch. (sic) Au 16e siècle, le Hollande a été le refuge des huguenots wallons.» (etc)

(p.58) « Aujourd’hui, des puristes flamands veulent expulser ces mots d’origine française et les remplacer par des mots tirés de leur dialecte. »

(la campagne es 18 jours) « (…) ilne faut pas rappeler la défaillance de certaines unités flamandes. »

« Et puis, il y a le douloureux problème des prisonnisers de guerre wallons retenus, au nombre de 70.000 environ, dans les Stalags et les Oflags allemands. »

(p.59) « Degrelle allait d’ailleurs proclamer que les Wallons étaient d’authentiques Geamins, des Gemains qui s’ignoraient. »

« En 1958, a été fondée l’organisation dénommée « Band ». (…) Le 18 octobre 1959, band a organisé à Namur un « Congrès des Flamands de Wallonie » (…).

Il est à peine concevable qu’u tel congrès ait pu se tenir en 1959 à Namur, capitale géographique de la Wallonie.

Nous voilà avertis. »

(p.61) « D’une façon générale (à part Louvain), le pays flamand, bien que sympathique à la Révolution, est demeuré passif avant e se rallier finalement au mouvement. »

[124] Paul Vaute, « Le mouvement wallon en 1 800 000 mots », La Libre Belgique, 12 janvier 2001 (parution du deuxième volume de l’Encyclopédie du Mouvement wallon)

Parution du deuxième volume.

« Il n’est guère de village, de commune qui n’ait eu sa ligue wallonne », s’est réjoui le ministre-Président wallon Jean-Claude Van Cauwenberghe lors de la présentation à la presse du deuxième volet du triptyque.

« Voilà qui contribuera sans doute à nuancer la thèse selon laquelle cette problématique demeurait largement étrangère aux préoccupations de la population. »

Autre chose, toutefois, est de savoir combien parmi ces groupements avaient une base réelle et combien ne furent que des coquilles vides chapeautées par l’indispensable trinité président-trésorier-secrétaire. »

[125] A.E. (Châtelineau), lettre, Delta, n° 8, 2001, p. 17

Cher ami,

A propos du livre que tu m’as signalé, on peut dire que tout ce que publie ce monsieur est sujet à caution, à prendre avec beaucoup de circonspection. Un exemple: lors de la présentation à la presse du second volet de “l’Encyclopédie du Mouvement wallon”, J.C. van Cauwenberghe, Ministre-président de la Région Wallonne, a dit ceci: ” n’est point de village qui n’ait eu sa ” Ligue Wallonne”. Ce qui est faux, archi-faux . Le soi-disant “Mouvement Wallon” n’a jamais, mais JAMAIS connu des racines dans la population. Seuls quelques médiocres intellectuels, teintés de francophilie en on fait partie, sans résonance profonde sans le peuple. On y est “wallon” certes, parce qu’on y parle un dialecte (multiple) sur un territoire déterminé. Avec un très, très léger sentimentalisme, C’est tout ! L’ ordre dans ce pauvre pays, c’ est nous, cher ami. Encore et toujours !

[126] P.P., « Livres / Une histoire wallonne qui est une geste », La Libre Belgique, 6 octobre 2004

Titre donné par l’auteur : « Des historiens régionalistes, donc négationnistes »

Histoire de la Wallonie, de la préhistoire au XXIe siècle, dir. Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper

(éd. Privat)

Bruno Demoulin : « Notre démarche n’est pas militante. »

Philippe Raxhon : « L’historien est toujours fils de son temps. Après une historiographie unitariste qui était en phase avec son époque, nous nous inscrivons dans une tradition historiographique wallonne (…). Il ne s’agit pas de militantisme, mais de compréhension du présent. »

[127] Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper (dir.), Histoire de la Wallonie, de la préhistoire au XXIe siècle, Privat, 2004

Titre donné par l’auteur : « Un navet concernant l’histoire de la Belgique… »

(p.213) Dumouriez arrive à Liège le 28 novembre 1792 dans la liesse, accueilli, écrit-il, par un « peuple spirituel et fier », véritable « seconde nation française ».

(p.233) La période floue – (…) -, qui s’étend de l’été 1794 jusqu’au décret de réunion à la France du 1er octobre 1795, fut difficile pour les populations flamandes comme wallonnes soumises aux exigences de la guerre, sinon de l’occupation, (…).

(p.234) Les avantages du nouveau régime furent progressivement appréciés comme étant de loin plus nombreux que ses inconvénients. Les deux voyages officiels de Napoléon en Belgique, en 1803 et en 1810, furent des succès, particulièrement à Liège.

(p.235) Un blocus continental bénéfique.

(p.235) Rares furent les réactions brutales à la conscription, comme le soulèvement en 1798 de paysans principalement flamands et luxembourgeois, lors de ce que les historiens belges du 19e siècle qualifièrent pompeusement de ‘Vendée belge’. Mais il est vrai comme le démontre l’historien Raoul Dequenne, que la conscription fut moins mal vécue par les Wallons que par les Flamands.

>> bilan somme toute assez positif de l’occupation française (sc)

(p.242) 1830

Sur les treize députés belges qui se rallièrent pourtant à la république, huit étaient wallons.

(p.243) /1831/ La France fut d’emblée l’amie du fragile royaume. Elle envoya ses troupes, (…). Ce furent encore des centaines de soldats français qui moururent en 1832 pour protéger Anvers des ambitions de reconquête hollandaises.

(p.244) /1831-/ C’était au temps où la Belgique, qui se reflétait dans le triomphe de la capitale, était trop prospère pour être wallonne ou flamande.

(p.256) La quête d’une histoire de Belgique inscrite depuis l’époque romaine dans un processus conduisant nécessairement à 1830 est une vision déterministe que partagèrent les historiens, catholiques comme libéraux.

(p.259) Le règne de Napoléon III, à partir de 1851, et ses ambitions ont fait peur aux catholiques comme aux libéraux belges. C’est une angoisse, légitime ou non, qui renforça le sentiment national belge d’une part, mais joua aussi négativement sur une filiation française – donc francophone – en matière de tradition politique libérale. (…)

La proclamation de la IIIe République en France et ses ambitions laïques eurent u effet attractif pour les libéraux francophones, alors que les catholiques flamands eurent tendance à la diaboliser un peu plus.

Le grignotage se poursuit et va bientôt rnger les sans ges premiers militants wallons

(p.275) Destrée devant le coq de Jemappes

(…) Pour ces jours à venir, appuyons-nous sur la France ; faisons mieux connaître son histoire glorieuse, (…). Jamais la France ne fut insensible à la justice et à la beauté, ce sont aussi nos déesses. (…) Mais voici le coq de Jemappes. Chante, coq gaulois ! Coq wallon ! (…) !

(p.276) La Wallonie du 19e siècle fut d’abord industrielle, s’adaptant en définitive au régime français comme au régime belge, mais craignant que celui de Guillaume d’Orange ne l’étouffe. »

(p.278) /1914/ « En Wallonie, on arbore souvent le drapeau français à côté des couleurs nationales. »

(p.282) Parlant un patois (sic) allemand, les habitants d’Eupen et de Saint-Vith s’étaient adaptés sans trop de problèmes au nouveau régime (…).

(p.284) Joseph-Maurice Remouchamps, sénateur libral de Liège de 1920 à 1925, succède à Jules destrée en 1919 comme secrétaire général de l’Assemblée wallonne, qu’il va engager dans un trile combat : sauver l’unité belge (…), s’engager dans la défense des francophones des Flandres et lutter contre l’établissement d’un bilinguisme obligatoire dans la fonction publique et l’enseignement.

(p.285) /1923/ L’Assemblée wallonne, privée de ses éléments radicaux et dynamiques, continuera à chevaucher la chimère d’une Belgique ù tout le monde parlerait français et entamera une lente décadence.

(p.297) Les soldats wallons représentent en effet 51,3 % des tués contre 39,8 % de Flamands et 9,9 % de Bruxellois, alors qu’à la veille de la guerre, la population wallonne ne constitue plus que 35,26 % du pays.

(p.306) Résultats de la consultation populaire (1950)

arrondissements à majorité de voix favorables au roi :

(p.312) Julien Lahaut

« Les coupables, qui n’ont jamais été inquiétés par la justice, appartenaient à des milieux d’extrême droite, anticommunistes et ultra léopoldistes. » (sic)

(p.326) François Perin (2/3 di page)

(p.332) José Happart (3/5 di page)

(p.334) Jean Gol (photo + commentaires)

(p.339) Institut Destrée (2/5 di page)

[128] V. La., « Hervé Hasquin : “On vit dans un grand bluff” », Le Soir, 28 septembre 2007

Titre donné par l’auteur : « Hervé Hasquin, régionaliste et négationniste »

Hervé Hasquin observe les traces de belgitude avec sévérité. C’est que l’administrateur délégué du centre d’études du MR analyse les faits à l’aune de son esprit critique d’historien.

Ce noir, jaune, rouge qu’on affiche, c’est l’expression soudaine d’un attachement au pays ?

Une chose me sidère, en tant qu’historien : pour avoir beaucoup écrit sur l’évolution de la Belgique, je suis estomaqué par le biais que l’on retrouve, pour l’instant, dans le traitement de l’information. On essaie, côté francophone, de nous montrer qu’il y a encore des Belges. Et l’on nous montre et remontre LE Flamand qui se dit encore Belge. Intellectuellement, ça me scandalise. Une vision tronquée ? Au sud du pays, on entretient le mythe que ce qui est en train de se passer dans ce pays, c ’est de la seule faute des hommes politiques. Si les francophones comprenaient le flamand et prenaient le temps d’aller voir en Flandre ce qui se passe, ils verraient que les choses sont bien plus avancées qu’on ne le dit, en termes d’éloignement. Mais non, on vit dans le leurre et la duperie. Il est grand temps : qu’on fasse comprendre aux francophones que, si, dans un pays, un groupe qui est majoritaire veut remettre une série de choses en question, la minorité doit s’adapter. Il faut que l’on ait le courage d’expliquer aux francophones que, bientôt, tout ne sera plus comme avant.

Philippe Moureaux ne dit pas autre chose, quand il avoue « craindre que les francophones ne vivent dans l’illusion, refusant de voir les réalités en face » (« Le Soir » du 19 septembre). Nous sommes tous les deux historiens…

Mais les sondages, quand même…

On les multiplie, mais jamais aucun média n’a osé poser la question aux citoyens du nord ou du sud : qu’est-ce que vous entendez par “être belge” ? Alors qu’on aurait des résultats très différents ! Cela relève de l’escroquerie intellectuelle. On vit dans un grand bluff. Puis un jour, on se rendra compte que les choses ont changé.

Compter les drapeaux belges, ça participe du même bluff ?

Ça fait effet de loupe. Et ça montre que les derniers Belges sont en majorité des francophones bruxellois. Rien que ça, cela souligne le fossé sociologique présent dans notre pays. Il y a encore des Belges au nord du pays mais ils ne donnent pas le même sens au mot que ceux du sud.

[129] Han Renard, « Historiek van de onafhankelijkheidsgedachte », entretien avec Hervé Hasquin, Knack Extra, 2 février 2011, p. 13-16

(texte original en néerlandais)

p.13-

Interview met Waals geschiedenisprofessor Hervé Hasquin

‘Een onafhankelijk Wallonië is een zinloos project’

De mentale omslag in Wallonië is er gekomen met de grote staking tegen de eenheidswet van Gaston Eyskens in 1960, zegt MR-politicus en historicus Hervé Hasquin. ‘Op dat moment ben ik ook, als zeventienjarige, een aanhanger van het federalisme geworden.’

(…) Als minister-president van de Franse Gemeenschap publiceerde hij een ophefmakende studie (op basis van een koffertje met documenten dat op geheimzinnige wijze in zijn bezit kwam) over de collaboratie tijdens de Tweede Wereldoorlog van een groepje Waalse separatisten met het Vichyregime van maarschalk Philippe Pétain. Hasquins genadeloze blootlegging van een tot dan toe doodgezwegen, ‘weinig glorieuze’ épisode uit de geschiedenis van de Waalse beweging, werd hem in Waalse militante kringen niet in dank afgenomen. De beruchte koffer zit inmiddels, tot groot jolijt van de hartelijk lachende Hasquin, veilig achter slot en grendel ergens in de gebouwen van de prestigieuze Académie royale de Belgique, waarvan Hasquin secretaris voor het leven is. Daarnaast is hij ook de vader van verschillende standaardwerken over de geschiedenis van Wallonie en de Waalse beweging.

(p.14) (…) In 1898 werd het Nederlands naast het Frans als officiële taal erkend. Maar in het gecentraliseerde, unitaire België, waar het Frans lange tijd aïs de enige officiële taal had gegolden, bekleedden de Walen natuurlijk functies in het hele land. Het vooruitzicht van verplichte tweetaligheid veroorzaakte bij die mensen grote beroering. Ze waren bang om hun baan te verliezen en hadden moeite met het verdwijnen van het Franstalige België dat ze hadden gekend. De Waalse beweging ijverde dan ook voor intrekking van de taalwetten, en haar leden zagen zich zichzelf als de hoeders van de eenheid van het land.

(…) De Assemblée wallonne was overigens heel francofiel. Maar hoe moest ze haar sympathie voor Frankrijk uitdrukken zonder van rattachisme te worden beschuldigd? Aïs Waals symbool werd eveneens gekozen voor de Gallische haan, maar de Waalse haan mocht niet helemaal identiek zijn aan de Franse. En dus is de Waalse haan een stappende haan geworden, de rechterpoot in de lucht, in tegenstelling tot de kraaiende Franse haan, die met beide poten stevig op de grond staat. (lacht)

(p.15) Waren de verzetslui in Wallonie dan allemaal wallinganten?

hasquin: Zeker niet, er zaten ook veel belgicisten bij, maar er waren toch nogal wat Waalse groeperingen in het verzet. Andere wallinganten zijn bij het uitbreken van de oorlog naar Frankrijk gevlucht. Denk aan de Luikse drukker en vooraanstaande wallingant Georges Thone. Die had in 1940 met een aantal gelijkgestemden in Frankrijk onderdak gezocht. Uit haat tegen Leopold III, tegen Duitsland en tegen de Britten, die bij de eerste gelegenheid Leopold III weer op zijn troon zouden zetten, zijn Thone en zijn Waalse separatistische vrienden met de opeenvolgende Vichyregeringen en maarschalk Pétain, een marionet van nazi-Duitsland, over de mogelijke aansluiting van Wallonie bij Frankrijk gaan onderhandelen. Ze waren zo verblind door hun rattachistische ideeën dat ze zich steeds verder op het pad van de collaboratie begaven. Die Waalse separatisten vormden weliswaar een kleine minderheid, maar ze hebben dus wel bestaan. Wallonië zelf telde ook heel wat collaborateurs, al waren dat geen Waalse nationalisten, wel echte fascisten, terwijl in Vlaanderen de collaboratie toch vooral een zaak van de Vlaamse beweging is geweest.

(p.16) Ook het politieke landschap zal in de jaren rg6o sterk veranderen, met het ontstaan van het FDF, het Rassemblement wallon en de snelle opgang van de Volksunie in Vlaanderen. In 1968 is er de kwestie-Leuven Vlaams. Dat alles zal uitmonden in de fameuze redevoering van vader Eyskens in 1970 in het parlement, waarin hij zei dat België niet langer een unitaire staat was. In de jaren 1970 zijn vervolgens alle traditionele partijen, ook in Wallonië, federalistisch geworden.

Het Belgische federalisme lijkt intussen op zijn grenzen te zijn gestoten. Sommige Franstalige politieke kopstukken zijn met de jaren dan ook hun geloof in België verloren. Hoe zit dat met u?

hasquin: François Perin heeft ooit geprobeerd mij van de weldaden van de aansluiting van Wallonie bij Frankrijk te overtuigen, maar zonder veel succes.

(…) hasquin: (schudt het hoofd) Een onafhankelijk Wallonië is een volstrekt zinloos project. Bij het verdwijnen van België moet je ofwel denken aan de aansluiting van Wallonie bij Frankrijk, ofwel aan een confederatie Wallonië-Brussel. Die confederatie zou volgens het internationaal recht de naam België kunnen bewaren. Maar een onafhankelijk Wallonië is een heilloos pad. Er bestaat geen natiegevoel in Wallonië, economisch is een zelfstandig Wallonië niet leefbaar, en uit allé peilingen blijkt dat de voorstanders van de Waalse onafhankelijkheid bijzonder dun gezaaid zijn.

Résumé en français : Hasquin date le basculement mental wallon de la grande grève de 1960. Au XIXe siècle, le Mouvement wallon défendait l’unité belge par crainte du bilinguisme obligatoire ; l’Assemblée wallonne était très francophile mais choisit un coq « qui marche » pour ne pas être accusée de rattachisme. Pour lui, une Wallonie indépendante est « un projet absurde » : sans la Belgique, ce serait le rattachement à la France ou une confédération Wallonie-Bruxelles. (Le passage sur Georges Thone et Vichy est cité au point 1.4.2.)

[130] Joseph Bodson, compte rendu de : Valmy Féaux, Histoire politique du Brabant wallon, du duché de Brabant à l’éclosion démocratique (1919), Academia-L’Harmattan, 2004, dans Cocorico, n° 30, 2014

De par les fonctions qu’il a occupées, notamment ministre-président de la Région wallonne, gouverneur du Brabant wallon, et par son ancrage dans la région, né à Nil-Saint-Vincent, habitant Ottignies, Valmy Féaux était sans nul doute la personne la plus indiquée pour écrire cette histoire.

Il l’a fait avec ses caractéristiques maîtresses: la clarté de conception, l’esprit de synthèse allié à un solide bon sens, qui lui permet de se baser sur des réalités très concrètes. C’est ainsi que des anecdotes, des précisions, enchâssés dans le déroulement des faits, viennent les illustrer et leur donner la force du vécu.

Il insiste avec raison sur le côté assez lent de notre évolution, résultant en partie de l’esprit particulariste de nos provinces, de l’absence de centralisation. De plus, au Moyen-Age, le Brabant wallon est nettement minoritaire par rapport à la partie flamande du duché, avec ses rares villes: Nivelles, Wavre, Jodoigne. Il se révè!era allergique aux réformes éclairées de Joseph IL, ainsi qu’aux structures issues de la Révolution française, quand les préfectures remplaceront les départements, et que l’on assistera à des échanges de communes avec les provinces voisines.

Le Conseil de préfecture sera nommé par le gouvernement, le Conseil général par le Premier consul. C’est là, déjà, le point de départ de nos institutions: gouverneur, députation permanente, Conseil provincial.

A partir de 1818, sous le régime hollandais, ce sera un gouverneur qui sera à la tête de la province. Les Etats provinciaux comprendront des nobles, ainsi que des représentants des villes et des campagnes.

Les provinces seront divisées en districts, avec à leur tête un commissaire de district.

Le Conseil communal, lui, aura à sa tête un Conseil de régence.

[131] José Mespouille, « Coup de semonce : difficile de passer la rampe », Vers l’Avenir, 7 novembre 1995

Titre donné par l’auteur : « Le Congrès wallon de 1945 »

“Honteusement manipulé par Joseph Merlot, le congrès très divisé sur l’avenir de la Wallonie, apprit que tout était arrangé avant et que c’était le fédéralisme qui avait été choisi par les ténors de la politique, avant l’ouverture du Congrès.”

[132] « José Happart le fait-il exprès ? », La Libre Belgique, 9 juin 1990

Mardi, José Happart etait ravi de déterrer de vieux souvenirs et de révéler, hist0rien à l’ appui, que les familles des quatre victimes des incidents de Grâce-Berleur le 30 juillet 1950 ne s’étaient jamais constituées partie civile et que le dossier répressif avait été classé sans suite. En cette période riche en dossiers liégeois pourris et en révélation de scandales, il pensait apporter sa petite touche au tableau.

Il a perdu une bien belle occasion de se taire. Me Derwael, avocat au barreau de Liège, s’ est empressé de signaler que l’avocat des familles, c’était lui; qu’un jugement contradictoire de non-lieu avait bien été rendu le 23 juin 1955 après une instruction approfondie menée par le juge Capelle.

Ce n’est pas tout ! Le président de la chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Liège, qui a rendu ce jugement, n’est autre que… le grand-père de l’historien (Thierry Goossens) qui annonçait mardi, aux côtés de José Happart, que l’ affaire avait été mystérieusement étouffée !

Me Derwael n’est toujours pas revenu de la légèreté – voire l’amnésie – de José Happart et de ses amis, Et il ne sera pas seul !

[133] René Louwers (Bruxelles), « À propos de Grâce-Berleur », courrier des lecteurs, Le Soir, années 1990

«Je me situe: Belge, 86 ans, invalide de guerre 40, prisonnier de guerre, prisonnier politique, libéré, le 3 septembre 44, du «Train fantôme». Le «Train fantôme»: plus belle actualité historique que Grâce Berleur. S’il est vrai qu’un journaliste politique a le droit, à l’occasion d’un 50ème anniversaire, de relater des faits historiques, il a le devoir de le faire en toute objectivité (..). 57,68 % de Belges soutenaient le roi Léopold II, les gendarmes avaient le devoir de maîtriser une foule excitée par des hommes politiques réclamant une abdication anti-démocratique. Parmi ces manifestants, il devait y avoir des meneurs, casseurs comparables aux hooligans. Vous devriez donc comprendre une intervention musclée, dont vous ne faites que le procès. À un moment où les jeunes générations et leurs aînés apprécient leur royauté et où celle-ci se rapproche d’eux, il est regrettable de souligner d’une manière excessive les erreurs peut-être commises il y a déjà 50 ans.»

[134] « Roger Viroux, bourgmestre de Fosses-la-Ville, à J. Happart : “Non” », Écho, n° 12, 1989, p. 75 (titre exact du périodique à préciser)

Dans une lettre adressée en son nom personnel, le député au Parlement Européen José Happart, « premier élu des Fourons » vient d’adresser à tous les bourgmestre de Wallonie une lettre dans laquelle il attire leur attention sur une activité qui va être organisée le 21 mars prochain dans toutes les municipalités de France «pour commémorer la Déclaration des droits de l’homme » : la plantation d’un bouleau, arbre de la liberté. Et le Député José Happart explicite sa démarche en soulignant que la Wallonie étant très proche par sa langue, sa culture et ses principes démocratiques de l’Etat français, il souhaite que toutes les communes de Wallonie s’associent pour prouver leur attachement indéfectible à la Communauté de langue française d’Europe. En conclusion M. Happart demande aux bourgmestre de lui faire connaître leur décision afin d’en informer l’ensemble de la population wallonne et les autorités françaises.

Le nouveau bourgmestre de Fosses-la-Ville, Roger Viroux, l’un des plus brillants défenseurs de la langue wallonne et historien féru, estimant que la seconde partie de la lettre fait dévier la première, a répondu à M. Happart avec le texte ci-après : «Je ne planterai pas d’arbre le 21 mars. Je ne veux pas commémorer une révolution étrangère qui nous a valu une invasion suivie de 20 ans d’occupation accompagnée d’un pillage systématique de notre pays, d’emprisonnements, de tortures et d’assassinats de nos résistants patriotes.

Je penserai ce jour-là plutôt à nos jeunes gens embrigadés de force dans les armées de l’occupant qui ont souffert, où sont morts dans une terre étrangère dans un uniforme étranger et je planterai un arbre le 21 juillet en souvenir de l’indépendance de’notre pays et de notre révolution 1789. Ceci dit, ajoute encore M. Viroux, je ne vous félicite pas pour votre aliénation à l’étranger. À votre place je ne serais pas fier. En terminant M. Viroux invite Monsieur Happart à réfléchir à ce sujet.

[135] Phi. Le., « L’amnistie fait aussi polémique locale à Fourons », L’Avenir du Luxembourg, 21 juin 2011

Pour la majorité Voerbelangen de Fourons, conduite par le sénateurbourgmestre Huub Broers (N-VA), refuser le débat sur une proposition de loi témoigne d’un « manque d’esprit démocratique ». Elle à pourtant bloqué, au dernier conseil communal, la mise au vote d’une motion contre «toute forme d’amnistie», déposée par un ancien bourgmestre et échevin «Retour à Liège».

Nico Droeven réagissait ainsi à la prise en considération d’une proposition de loi du Vlaams Belang sur le sujet, décidée en commission du Sénat, majorité flamande contre opposition francophone.

Les attendus de la décision vont de l’Afrique, où «sur ordre de nos responsables de l’époque, des millions de gens ont été massacrés afin de transformer en colonies », des pays dont la Belgique attendrait maintenant une amnistie, à Fourons, dont la «bourgeoisie francophone» locale est taxée sans autre forme de procès de sympathies pro rexistes pendant la Seconde guerre mondiale.

On y lit aussi que si, en Flandre, les enfants de collaborateurs ont dû «subir les conséquences » des peines infligées à leurs parents, «en Wallonie, (ils ont) pu être appelés à un poste de ministre, ou de président de Parlement» : ciblé, l’ancien mayeur fouronnais

José Happart, dont le père est dit avoir fait partie d’une Garde rurale pendant le conflit.

L’« Encyclopédie du Mouvement wallon » est enfin accusée de taire les noms de Degrelle et de Rex, là où celle du Mouvement flamand consacre « huit pages critiques » à la collaboration. Léon Degrelle militant wallon ? Aucun historien sérieux, pas même Bart De Wever, président de la N-VA, n’a pourtant jusqu’ici formulé l’hypothèse.Æ

[136] « La déglingue communautaire », Pourquoi Pas ?, 21 septembre 1983, p. 7

Avec la communautarisation, c’est pis. Tout s’est déglingué. Artistes, cinéastes, hommes de théâtre, gens de lettres non rompus aux astuces politiciennes se demandent à qui ils peuvent opportunément s’adresser dans le dédale de bureaux, de commissions, de sous-commissions spéciales, de cadres temporai.res, de commis aux relations communautaires ou internationales. N’empêche qu’avec l’esprit manoeuvrier et dirigisme qu’on leur connaît, les socialistes ont progressivement avancé leurs pions. Ils ont nommé, ils continuent à désigner leurs hommes à eux, hommes liges tantôt fantoches, tantôt détenteurs d’un vernis culturel de surface, mais toujours pénétrés de leur importance et du bien-fondé de la cause.

M. Moureaux dispose d’un remarquable capital d’intelligence, son Q.I. n’est pas déficient, il ne manque pas d’habileté, mais par son sectarisme à oeillères, il n’entend certes pas que l’on se mette à ruer dans les brancards, et s’il fait mine d’accorder ses largesses (limitées) à des hommes et des institutions qui ne sont pas de son bord, il n’en poursuit pas moins l’opération f rouge » qui lui permettra (à lui ou à son successeur) de donner une coloration écarlate-roseau-poing à toutes les manifestations de la vie culturelle francophone.

On vient d’en avoir maintes nouvelles preuves. Au jardin Botanique métamorphosé en « Centre culturel de la communauté française», et arrosé de millions débloqués par Persoons (auquel il a évidemment rendu hommage), qui croyez-vous qu’il ait installé en place directoriale ? Albert-André Lheureux, l’animateur du Théâtre de l’esprit Frappeur, l’homme qui créa en premier lieu tant de spectacles sous la verrière ? Pas du tout. Tandis que M. Lheureux préparait ses valises pour s’en aller négocier quelques contrats au Québec, le ministre-président de l’exécutif de la Communauté française de Belgique (ouf!) ameutait la presse pour lui communiquer le nom de l’heureux (sans jeu de mots) élu au fauteuil no 1 du nouveau centre: M. Jean-Pierre Hubert, assistant social de 37 ans, extraordinaire bonhomme dont on nous dit qu’il a assuré sa «formation complémentaire dans les domaines de l’animation culturelle, l’audiovisuel, lai-t dramatique, la gestion administrative et le droit public ». Extraordinaire Fre ’ goli qui fut: de 1971 à 1973, animateur de la Maison de la Culture de Mons; de 1973 à 1977, chargé de mission au secteur des centres culturels du ministère de la Culture,- de 1977 à 1979, chef de cabinet adjoint au cabinet du ministre de la Culture française J.-M. Dehousse; de 1979 à 1982, délégué par la Communauté française en qualité de directeur de la Maison de la Culture de Mons et, en 1982, conseiller au cabinet du ministre-président de l’exécutif de la Communauté française, notamment chargé des secteurs de l’éducation permanente, de la jeunesse, de la Lecture et des Centres culturels.

Pardon pour le côté indigeste et ronflant de ce curriculum vitae, mais ce n’est pas tout. Comme si tout ce qui précède ne suffisait pas, sachez encore que M. Hubert est échevin de la Culture et de la Famille à La Louvière depuis 1977;.président du Centre dramatique wallon pour l’Enfance et la jeunesse; président du Centre de la gravure et de l’image imprimée de la Communauté française; vice-président du Ballet de Wallonie, et qu’il exerce diverses responsabilités dans le domaine de la promotion de la chanson française (fondateur de «Diffusion alternative», animateur du Festival d’Obourg, président de la Société wallonne de recherche et de développement des industries du spectacle).

Que vouliez-vous que fit M. Lheureux face à pareil homme d’appareil? Comme un os à ronger, on lui dira, à son retour du Nouveau Monde, qu’on le tient en réserve pour la succession de M. Jean Nergal au Théâtre du Parc! Comme si M. Nergal était tout disposé à passer la main, et comme si le Parc était nécessairement le théâtre qui convient à M. Lheureux!

Somme toute, la bonne filière à suivre n’est pas celle de faire ses preuves dans un théâtre mais dans un cabinet ministériel, tout en donnant des gages de parfaite fidélité à une ligne culturelle socialiste.

Attendons-nous à voir la prochaine consécration de beaux esprits conscientisés à d’autres leviers de commande. Les fromages ne manquent pas. Ils n’attendent que ces messieurs-dames, du stade Jean Louvet. D’ores et déjà, les provinces wallonnes de Hainaut-Namur viennent de se voir gratifiées d’un chargé de mission culturelle en la personne d’un chanteur – dessinateur-acteur-compositeur-interprète – vedette de la scène, de la radio et de l’écran, (…).». Allons, tant mieux ! Il poussera sans doute la ritournelle aux fêtes de la Francité, tout comme son collègue Julos Beaucame, chanteur salarié de la Communauté qui ne cesse de rentrer au bercail auréolé de tournées d’ambassadeur culturel au Québec ou au Mexique. Un chantre de la francophonie patenté dont le numéro est bien au point: un zeste de Max Elskamp ou de Victor Hugo pour que l’on comprenne tous azimuts, puis des couplets patoisants (sic) d’Ecaussinnes que l’on ne pige guère à Seraing ou à Verviers, mais qui donnent tellement l’illusion de la cohérence d’une âme francitaire. Et pourtant, malgré les saltimbanques, tôt ou tard, la Wallonie, la Francité, inscrira son destin.

[137] Publi-Tout, 13 juin 2007

Jeunes et parlementaires wallons unis contre l’extrême-droite : Kevin CAMARATTA accompagne Rober MEUREAU au Parlement wallon

Il y a deux ans, à l’occasion du 60’ anniversaire de la Libération des camps de concentration, plus de 71 jeunes issus des quatre coins de la Wallonie suivaient nos parlementaires wallons à Sachsenshausen et à Ravensbrùck pour découvrir les horreurs nazies et réfléchir à la menace de l’extrême droite. C’est dans le même esprit et à l’initiative de Maurice Bayenet, chef de groupe PS au Parlement wallon et à laquelle se sont jointes les trois formations démocratiques que le parlement wallon a organisé une journée de sensibilisation des jeunes aux dangers de l’extrémisme.

[138] Emmanuel Wilputte, « Enjeux fédéraux, vus de Dinant », Vers l’Avenir, 19 juillet 2007

Benoît Bayenet (PS) (chargé de cours à l’ULB):

Nous parlons d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Sur le passé, II faut savoir que la Flandre a raté la révolution industrielle. Elle a mis un siècle à nous rattraper. Et elle nous demande de la rattraper en 10 ans.

Et s’il y avait vraiment divorce?

Pas question de pénaliser la Wallonie si la Flandre veut partir. Les plus riches doivent payer, et les Wallons doivent recevoir un chèque !

[139] Paul Wynants, « 177 ans de débats linguistiques et communautaires en Belgique », Cahiers de Sambre et Meuse, 2009-2, p. 46 sv. — conclusion, p. 56-57

La Belgique unitaire est morte à la fin des années soixante. Il serait vain de vouloir la ressusciter. Il n’existe aucune majorité politique pour entreprendre cette tâche perdue d’avance. Le recours à un référendum ou à une consultation populaire n’atténuerait en rien les dissensions, mais il les rendrait plus palpables encore. Il serait extrêmement périlleux de s’engager dans cette impasse.

Le fédéralisme, instauré par bonds successifs depuis 1970, n’est pas un succès. Il n’a pas réussi à stabiliser notre système politique, ni à inverser le processus de dislocation qui mine l’État. La plupart des partis francophones demeurent attachés à cette formule, aussi longtemps qu’elle peut tenir, par crainte du vide. Ne sous-estimons pas, cependant, la gravité de la situation actuelle : le gouffre se rapproche.

À l’heure où nous sommes, nul ne peut indiquer ce qu’il adviendra de la Belgique, ni déterminer l’horizon temporel dont elle dispose encore. Néanmoins, face aux turbulences qui attendent notre pays, une résolution citoyenne peut et doit s’exprimer, me semble-t-il, parmi les francophones. Gagnons du temps, s’il le faut, mais dans la dignité. Surtout, utilisons notre autonomie pour balayer devant notre propre porte, en améliorant la gouvernance et en accroissant le potentiel économique de nos régions. Telle est, somme toute, notre responsabilité devant l’histoire.

Sources — 2.5 Les guerres et la Question royale

[140] Paul Vaute, « Un bicentenaire oublié ? », La Libre Belgique, 14 octobre 1998

En octobre 1798, les régions rurales de Belgique se soulevaient contre le régime révolutionnaire français.

[141] Knack, 12 novembre 2008, p. 48-50 : entretien avec Daniel Vanacker

(texte original en néerlandais)

(p.48) Daniel Vanacker (1951), gepensioneerd journalist van de krant De Gentenaar (…) Vanacker schreef meerdere intéressante boeken over de samenwerking van een aantal Vlamingen met de Duitse bezetter tijdens de Eerste Wereldoorlog. Waarom beschouwt hij dat zogenaamde activisme als begrijpelijk en bijna onvermijdelijk?

Daniel Vanacker: ‘Aan de vooravond van de Eerste Wereldoorlog zaten veel flaminganten in zak en as. Het parlement had net de algemene dienstplicht en de schoolplicht goedgekeurd. En dat gebeurde zonder voldoende respect voor het Nederlands. Vergeten we niet dat de Franstalige parlementariërs destijds nog steeds de vernederlandsing van Vlaanderen weigerden. Een aantal flaminganten verloor daardoor het vertrouwen in het parlement. En toen de Eerste Wereldoorlog uitbrak, maakten de franskiljons van de omstandigheden misbruik om in Vlaanderen het Nederlands onder de mat te vegen. Vocht België niet schouder aan schouder met de Franse buur? Het bondgenootschap tussen Frankrijk en België hield voor de meeste Franstalige politici het einde van de Vlaamse Beweging in. Enkele Vlaamsgezinde radicalen in Gent en Brussel zagen precies in de Duitse bezetting een alternatief om tegen de bedreigende verfransing in te gaan. Ook in gematigder Vlaamse milieus evolueerden de geesten in de richting van een bestuurlijke scheiding.’

(p.49) Vooral Gentse liberale vrijzinnigen lieten zich tot het activistische avontuur verleiden. Hoe verklaart u dat?

VANACKER: Reeds voor de oorlog bestond er in Gent een kleine groep van radicale jongeren, niet alleen vrijzinnigen, maar ook katholieken. Zij stapten in oktober 1914 als eersten in het activisme. Ze bewonderden de Duitse cultuur en verafschuwden de Franse. Duitsland bezat toen op tal van terreinen een veel betere reputatie, terwijl de Franse taal symbool stond voor verdrukking. De katholieken onder die jongeren stoorden zich geenszins aan het wetteloze aspect van de collaboratie. Ze zagen de Vlaming als door God op de wereld gebracht. De realisatie van een zelfstandig Vlaanderen lag voor hen in het verlengde van de schepping. In die zin sprak men van een natuurrecht. Op den duur lieten meer jonge Gentse liberalen dan katholieken zich door het activisme bekoren. Om diverse redenen. Samenwerking met het protestantse Duitsland vormde voor hen geen bezwaar, want menig liberaal was bepaald protestants. Bovendien voerde baron von Bissing in oktober 1916 de vernederlandsing van de Gentse Universiteit in. Voor de liberalen was dit veel belangrijker dan voor de klerikalen die doorgaans in Leuven studeerden. De jonge generatie Gentse liberalen aasde ook gretig op postjes in de besturen. Dat had te maken met een gevoel van frustratie en onmacht. Voor de oorlog ontbrak het die jonge generatie aan enige impact in de libérale partij. De top ervan was overtuigend Franstalig en duldde de liberale flaminganten slechts voor het organiseren van volkse meetings en het ronselen van stemmen. Gent was destijds een francofiele stad.

Résumé en français : Le journaliste Daniel Vanacker explique l’activisme de 1914-1918 : à la veille de la guerre, les flamingants étaient déçus par des lois votées sans respect pour le néerlandais ; pendant la guerre, les « fransquillons » profitèrent de l’alliance avec la France pour écarter le néerlandais. À Gand, ville francophile, de jeunes libéraux et catholiques admirant la culture allemande passèrent à l’activisme, attirés notamment par la néerlandisation de l’université imposée par von Bissing en 1916 et par des postes.

[142] Jean-Marie Triffaux, « La libération anticipée des prisonniers de guerre arlonais », Vers l’Avenir, 1er avril 1991

“Les Arlonais “non patoisants” de même que les patoisants non repris sur les listes du “Sprachverein” comme les autres Belges francophones (sic), ne purent évidemment pas obtenir leur retour anticipé en Belgique.”

[143] Oscar De Smet (secrétaire national de la Ligue royale des vétérans du roi Léopold III), « Controverse / Une fracture douloureuse », La Libre Belgique, 5 février 2008

UN DOCUMENTAIRE EXCEPTIONNEL, “Léopold III ou la chute d’un roi”, raconte son influence sur la vie politique actuelle. Un film à la trame complexe mais intelligente. C’est ainsi que paraissait dans “La Libre” du 17 janvier la présentation du documentaire “Léopold III ou la chute d’un roi”. Quelques réflexions : une fracture douloureuse ? Oui, assurément, mais y voir un lien quelconque avec une fracture Nord-Sud ou Wallons-Flamands actuelle, non ! Tirons quelques enseignements des résultats de la consultation populaire qui avait pour objet le retour au pouvoir du roi Léopold. Résultat national : 57,68 pc en faveur du Roi. Sept provinces sur neuf s’étaient exprimées par oui ! En Wallonie, deux provinces sur quatre étaient pour le retour du Roi (Namur et Luxembourg). Il y a une fracture oui, mais il faut constater qu’elle réside essentiellement dans le caractère industriel des bassins Sambre et Meuse – charbonnages et métallurgie -, les provinces concernées : Hainaut et Liège. Il s’agit donc d’un clivage social. Le même phénomène apparaît dans l’arrondissement d’Anvers, le seul de sa province à s’être exprimé en défaveur du Roi, arrondissement aux activités industrielles et portuaires intenses, de dur labeur. Heureusement, l’amélioration du niveau de vie pendant un demi-siècle a largement atténué ce clivage social. Mais la fracture actuelle est bien plus grave. Il y a danger pour la survie de notre pays.

Un documentaire exceptionnel ? Allait-on enfin assister à un premier pas, en direction de la vérité sur la question royale ? Que nenni ! 57,68 pc démocratiquement exprimés pour le retour du Roi. Résultat remarquable après cinq années de propagande antiroyaliste (de diffamations, de contrevérités, de non-dits pour la moitié de la presse, par toute la radio nationale, cependant que circulaient les ragots les plus vils). Et ce n’est pas tout, la majorité absolue à la Chambre et au Sénat, pour aboutir à l’effacement du Roi, sous la pression de la grève générale, l’abandon de l’outil, un climat insurrectionnel, des sabotages, des morts. Hélas […]

[144] Christian Laporte, « Pour rétablir l’honneur de Léopold III », La Libre Belgique, 16 mars 2005

Les vétérans de Léopold III veulent que le gouvernement établisse l’honneur du Roi.

Ils entendent interpeller aussi les autorités françaises et britanniques.

La Ligue royale des Vétérans de Léopold III qui compte encore plus de 6000 membres et sympathisants ne désarme pas! Profitant de ce que 2005 est une année hautement symbolique pour la Belgique, pour cause de 175” anniversaire mais aussi de 600 anniversaire de la libération, les “Anciens” ont interpelé le Premier ministre Guy Verhofstadt afin que dans les prochains mois, les autorités fédérales posent un geste “afin de rétablir l’honneur” de notre quatrième Roi. Dans la missive au Premier ministre, le président national Louis Van Leemput constate qu’ail reste encore une page noire dans notre histoire: (celle qui) porte atteinte à l’honneur du roi Léopold III. Jusqu’à ce jour, les médias -NdlR: “des” eût, sans doute, été plus correct – et d’aucuns qui se targuent d’être historiens portent la responsabilité de la diffusion d’une image incorrecte de Léopold III, laquelle engendre des insinuations malveillantes”.

“Lever le voile de mensonges”

Pour les Vétérans, “il est grand temps que de source officielle, le voile de mensonges qui recouvre cette page noire soit levé”. Pour l’heure, Guy Verhofstadt n’a pas répondu à la lettre mais Louis Van Leemput a déjà sa petite idée sur la manière dont le grand pardon pourrait être réalisé:- “L’on sait que fin mai 1940, le Premier ministre Hubert Pierlot s’est lourdement trompé. Au lieu de défendre le Roi, il a crié avec les loups et plus particulièrement avec le président du Conseil français, Paul Reynaud, qui a tenu des propos inadmissibles à l’encontre de Léopold III. La Question royale en découla avec les effets que l’on sait. Il serait temps que l’on rétablisse officiellement la vérité dans un esprit de conciliation. » Mais les Vétérans de Léopold m veulent aller plus loin:”A l’heure où l’on s’efforce un peu partout dans le monde à rétablir la réalité de certains faits, nous n’excluons pas de demander aussi des comptes à deux nations qui ont lourdement participé à la diffusion d’idées fausses sur Léopold III. A la France, bien sûr, pour le comportement de Reynaud mais également à la Grande-Bretagne car même après la guerre, Winston Churchill a. continué à démolir l’image du Souverain, alors qu’il connaissait, évidemment, la vérité… C’est pourquoi nous interpellerons aussi les autorités françaises et britanniques. Le plus piquant dans ce dossier est que tant le fameux colonel Remy, grand résistant français que Lord. Keyes ont rétabli la vérité à destination des publics francophones et anglophones dans leurs ouvrages sur ces événements mais officiellement l’on n’a jamais voulu l’admettre ni à Paris, ni à Londres.”

Il nous surprendrait que le gouvernement belge suive telle quelle la suggestion de la Ligue mais il ne messiérait pas d’aborder la question lors d’un colloque avec de vrais spécialistes…

[145] « Arlon. “Le Gouverneur oublié”, le 23 avril », L’Avenir du Luxembourg, 12 avril 2016

Le nom du gouverneur René Greindl n’est pas repris dans la liste des gouverneurs gravée dans la salle du conseil provincial d’Arlon. Il a été gouverneur ad interim de 1940 à 1944 et a vécu une histoire tragique. La pièce «Le Gouverneur oublié», écrite par Bernard Caprasse, sort René Greindl de l’oubli.

[146] Ouvrage consacré à Léopold III, 2001, p. 245

campagne contre la princesse de Réthy si les partisans du roi continuent à réclamer son retour. « Cette campagne, précisait Spaak, sera si ignoble que l’on n’aura jamais rien vu de pareil en aucun pays d’Occident. »* Léopold se plaint de ces attaques auprès de son Premier ministre, Gaston Eyskens, ajoutant dans le courrier qu’il lui adresse le 5 février 1950 :

« Aucun roi n’a été si vilement attaqué que Léopold II. Nul ne conteste que son règne ait considérablement accru le prestige de la monarchie. »% Quant à Lilian, elle écrit elle aussi à Eyskens : « Je suis la femme du roi, mais je ne serai jamais la reine des Belges. Mon rôle est simple. Il est à mon foyer le même que celui de milliers de femmes belges qui me Comprendront. [..] Je n’ai d’autre ambition. »°0

La journée du 12 mars 1950 se passe dans un calme relatif. La princesse Joséphine-Charlotte est revenue en Belgique pour voter, mais se plaint d’avoir été mal reçue par la reine Élisabeth, « laquelle n’a pas caché ses sympathies communistes »51. Les résultats de la consultation déçoivent Léopold III. L’analyse de ceux-ci se révèle complexe et varie selon la grille de lecture adoptée. S’il a bien obtenu 57,68 % de votes favorables, et si le « oui » est majoritaire dans 7 provinces sur 9, il ne l’est que dans une région sur trois (72 % en Flandre, 42 % en Wallonie et 48 % dans l’arrondissement de Bruxelles). Or, le mode de dépouillement choisi est bel et bien le mode régional. Le gouvernement Eyskens ne survit d’ailleurs pas aux difficiles lendemains de la consultation, les sociaux-chrétiens affirmant qu’il convient d’appliquer la loi portant sur la fin de l’impossibilité de régner du roi, alors que les libéraux s’y opposent. De plus, même au PSC, nombre de dirigeants se disent favorables à l’effacement du roi.

S’ouvre alors une longue période de crise ministérielle au cours de laquelle Paul Van Zeeland joue les premiers rôles.

Il tente de former un nouveau gouvernement. C’est à ce moment que Spaak propose une formule de conciliation sur la base d’une délégation temporaire des pouvoirs du roi au

Note : Auteur et titre exact à préciser : la photo de la page ne porte que le numéro de page.

[147] Delta, n° 10, 2008, p. 21-22

(texte original en néerlandais)

De eeuwige fascist. Dat Joris van Severen ten onrechte geboekt staat als een fascist is iets waar wij al lang niet meer wakker van liggen. Alhoewel wij aan de hand van tientallen citaten kunnen bewijzen dat dit niet waar is, hebben wij al lang de pogingen gestaakt om die onzin te weerleggen. Wat baten kaars en bril…?

Maar soms loopt de kwade wil (of is het domheid?) zô de spuigaten uit dat het echt wel opvalt. Onlangs lazen wij dat fabeltje eens te meer in de (overigens doorgaans vertrouwbare) “Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale” van Paul Aron en José Gotovich. Maar diezelfde Dictionnaire vertelt tezelfdertijd dat het fascisme “… een op de staat geaxeerde massabeweging was”. Wel, dat is dan net het tegengestelde van wat Van Severen met zijn beweging wilde zijn. Voor hem was de staat slechts een middel, weliswaar noodzakelijk, maar toch niet meer dan dat. Dat kunnen wij zwart-op-wit aantonen.

Résumé en français : La revue Delta conteste que Joris Van Severen (fondateur du Verdinaso) ait été fasciste et reproche au Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale de Paul Aron et José Gotovitch de le présenter comme tel.

[148] « À cogiter », courrier des lecteurs, La Dernière Heure, 18 février 2006

De R. G., par e-mail:

À cogiter… Supprimer l’armée au profit d’une force de défense européenne ? Et pourquoi pas un gouvernement européen au profit d’une Belgique unie ? Restructuration pour l’armée, mais jamais pour nos gouvernants! Pour rappel, en 1938 il y avait 17 ministres pour diriger la Belgique, sans ordinateur ni autre moyen moderne!”

Sources — 2.6 Vu du Nord

[149] Wouter Van den Meersch et Michaël Vandamme, « Wat u niet wist over de Walen » (entretien avec Roger Viroux), Ons Leven, n° 3-4, 2000, p. 20-24

(texte original en néerlandais)

In een Ons Leven-nummer dat aan de Nederlandse integratie gewijd is mag ene stem uit het zuiden, uit onze Romaanse provincies niet ontbreken. We togen daarom op een heldere decemberdag naar Namen om er ons licht te gaan opsteken bij de beminnelijke Roger Viroux, gedreven verdediger en promotor van de Waalse taa1 die ons trouwens in een voortreffelijk

Nederlands te woord stond. Roger Viroux is een man die weet waarover hij spreekt en die bovendien geen blad voor de mond neemt. Het interview werd zo de neerslag van een openhartig en vrijmoedig gesprek.

Om te beginnen kunnen we u misschien vragen om uzelf wat te situeren. Een kleine inleiding ten behoeve van onze lezers. Wie bent u, waar bent u mee bezig ?

Wel, mijn naam is Roger Viroux. Ik was leraar Germaanse talen, Italiaans en Waals. Ik heb altijd Waals gesproken, dat is mijn taal, mijn hele familie spreekt Waals, mijn kinderen spreken Waals, mijn kleinkinderen spreken Waals; dat is geen unicum, maar het is niet algemeen verbreid. Men heeft de Walen gecomplexeerd door hun twee dingen in het hoofd te hameren: dat het Waals maar een soort broebeltaal was, een patois (dat komt van patte, poot, dus waarmee men geen fijn werk kan verrichten zoals met de hand) en ten tweede, dat hangt daarmee samen, dat het Frans een superieure taal zou zijn en het Waals een onbeholpen taal. Dat laatste kunnen de meeste Walen nog wel van zich afschudden, maar dat het Frans een grote taal is, dat niet. Het systeem heeft zo gewerkt dat men van de Walen eentalige

Franssprekenden heeft gemaakt of heeft willen maken. En daar ze ten eerste niet kunnen vergelijken met andere talen denken ze dat het Frans een superieure taal is en ten tweede leidt dat tot een gebrek aan kennis van andere talen. Men heeft zo een idee van “ik ken één taal, maar dat is dan ook een uitgelezen taal, dat is dé grote taal”. Nu begint men hoe langer hoe

meer te beseffen dat het niet zo is, maar het blijft een hardnekkige gedachte en gewoonte.

Aansluitend daarbij kunnen we zeggen dat Wallonië in zekere zin overspoeld is door het Frans, dat heeft te maken met een jacobijnse, totalitaire cultuur eigen aan die taal. De

Vlamingen hebben met datzelfde mechanisme te maken gekregen. Men had een aantal regiolecten en dialecten zonder toegang tot een standaard die dan door het Frans vervangen werd. Later kreeg men dan in Vlaanderen gelukkig toegang tot het Nederlands zodat het Frans als standaardtaal verdween. In Wallonië is het Waals niet tot standaardisering kunnen komen en werd het dus eigenlijk verdrongen door het Frans. Kunt u wat uitleg geven over

hoe dat allemaal gebeurd is en welke mechanismen daarbij gespeeld hebben.

Ja, we werden verraden. Ten eerste door de Kerk die de Bijbel bijvoorbeeld niet in het Waals heeft vertaald, terwijl heel veel Vlamingen meegewerkt hebben aan de Statenbijbel, de beste vertalers met een goede kennis van Grieks, Aramees en Latijn waren toen overigens Vlamingen. Toen in Wallonië het Latijn uit de Kerk verdween, werd het vervangen door het

Frans, omdat de rijken Frans spraken. Dan werden we een tweede keer verraden door de vakbonden die niks beters konden bedenken dan de burgerij na te bootsen, de taal van de burgerij spreken was iets dat status en aanvaarding gaf. En dan op dit ogenblik hebben we de media tegen ons. Toegang tot de media is voor het Waals ontzettend moeilijk. Er werd wel twee jaar geleden een betoging gehouden in Luik en dan heeft men een paar uitzendinkjes, om elf uur ’s avonds meestal, geprogrammeerd. Maar het Waalse toneel is van de RTBF verdwenen en toegang tot de kranten is eveneens zeer moeilijk. Toch hebben we een beetje hoop omdat we nu op het Internet kunnen raken, waar niemand ons de weg kan versperren. Dat is geen toekomstmuziek meer, maar een evolutie die goed en wel is begonnen. Verder is het Waalse toneel heel levendig, er zijn ongeveer vierhonderd toneelverenigingen die in het Waals spelen. Toen ik een kind was ging het nog zo dat eerst een “sotternij” in het Waals werd opgevoerd en daarna een « fabelspel”, een ernstiger stuk in het Frans. Nu is het zo dat men ofwel in het Waals speelt, of in het Frans (maar dat doen maar weinig gezelschappen), meestal wordt er volledig in het Waals gespeeld. Ook verschijnen er tijdschriften in het Waals, een hele reeks zelfs en zowat overal: in Luik, in Malmedy, in Bastenaken, Bertrix,

centrum-Ardennen, Namen, in Li Banbwès (waar ik secretaris van de vereniging ben), in Charleroi, La Louvière,… De verspreiding is echter niet zo groot. Ons eigen blad dat vier keer per jaar verschijnt ziet gelukkig het aantal abonnees spectaculair stijgen, ik weet niet of dat ook het geval is voor de andere. Op dit ogenblik hebben we ook heel wat zangers die in het Waals zingen, zelfs moderne muziek als ” rap”,… maar de verspreiding daarvan is niet makkelijk omdat de franskiljons het hoge woord voeren in de media, bij de radio, de televisie,…

Als we u goed begrijpen is het dus zo dat de laatste jaren sprake is van een grotere bewustwording bij de Walen. Men wordt meer en meer gewaar dat men een eigen culturele identiteit heeft. Eigenlijk zijn er parallellen tussen de Vlaamse ontvoogding die vorige eeuw begon en nu zo een beetje haar voltooiing heeft bereikt en de Waalse situatie waarin men ook te kampen had met taalonderdrukking en minachting voor het zogezegde patois, de vermeende superioriteit van het Frans die er werd ingeramd, de rol die de burgerij en de Kerk daarin speelden… dat zijn erg herkenbare dingen. Wanneer we kijken naar de geschiedenis van de Vlaamse beweging dan zien we dat ze begonnen is als een overwegend culturele stroming die dan gaandeweg in een meer politieke richting geëvolueerd is, denkt u dat de Waalse beweging of het groeiende besef van de Waalse culturele eigenheid ook geleidelijk aan naar een meer politiek iets zal evolueren?

De zaken liggen natuurlijk een beetje anders. Wij hebben uiteraard enig voordeel gehaald uit het feit dat het Frans voor ons makkelijker toegankelijk was dan voor de Vlamingen. Er was een zeker misprijzen ten opzichte van de Vlamingen, dat is nu verdwenen, maar de pest in ons land zijn de franskiljons. Onlangs las ik nog een tekst van een zekere Maingain, de vader trouwens van de politicus Olivier Maingain, die het Waals bekritiseerde, taal die hij niet kent. Hij raadde de Walen aan om geen Nederlands te leren, maar in plaats daarvan bijvoorbeeld Spaans. Kijk, zo iemand is dus een idioot. Ik heb les gegeven aan een hogere handelsschool en dertien-veertien jaar geleden hebben daar twee leraren (geen taalleraren trouwens) een enquête onder afgestudeerden van de school gehouden om na te gaan wat ze van hun opleiding echt nodig hadden voor hun normale beroepsbezigheden. Het bleek dat 72%

antwoordde: informatica, 67%: Nederlands en daarbij dan nog 15% die Engels gebruikten en 3% Duits (wat ikzelf doceerde) en 0% Spaans of Italiaans (de talen die eigenlijk gekozen

mochten worden in plaats van het Duits).

Er wordt natuurlijk een verkeerde indruk gewekt. De Europese Commissie, supranationale bedrijven etc,… met hun vele werktalen worden op televisie opgevoerd, maar het gaat uiteindelijk slechts om een miniem deel van de bevolking dat daar ook echt professioneel mee te maken heeft.

We worden eigenlijk ook bedrogen. Als ik naar het nieuws van de VRT kijk, dan hoor ik Clinton, ik hoor Kohl, Chirac,… en onderaan het scherm kan ik lezen wat ze zeggen. Als de vertaling niet klopt dan kan ik dat merken, maar als ik naar RTBF of RTL kijk dan zie ik de lippen van Clinton bewegen, maar zijn stem blijft stom, voor de vertaling ben ik aangewezen op de France voice-over die goed of minder goed vertaalt. Als ik het dan later op de VRT toets aan de woorden die uitgesproken werden, merk ik dat de vertaling al eens niet zo accuraat durft te zijn. De mensen hebben de indruk, ze horen immers Nederlands noch

Engels op RTBF en RTL, dat alles in het Frans gebeurt. Terwijl bijvoorbeeld Milosevic heel goed Engels spreekt, terwijl eigenlijk Israeli’s en Palestijnen ook altijd Engels spreken. Op

internationale topconferentie ook iedereen Engels. Maar spreekt men niet op de RTBF, men bedriegt ons eigenlijk en dat heeft bepaalde gevolgen, de mensen geloven wat hun verteld wordt. Zo bijvoorbeeld is er het ingebakken idee dat Frankrijk het land van de rechten van de mens is, terwijl de Fransen dat indertijd hebben overgenomen van de Verenigde Staten, dertienjaar vroeger.

Zo hebben we onlangs enkele documenten van de Franse Gemeenschapscommissie in Brussel onder ogen gehad waarin dus de meest onwaarschijnlijke prietpraat Staat over de verbondenheid van francofonie en mensenrechten. En dat dien, met de nodige bombast à la Molière de francofone superioriteit te verkopen.

De middelen worden daarvoor ook gebruikt. De Franse Gemeenschap van België stort ieder jaar vierhonderdtien miljoen voor de franskiljonie (de woordspeling is van RV, red.), maar we

krijgen niks voor het onderwijs van het Waals. Alles wat we vragen is één uur Waals per week, maar op een vergadering met politici waarop we uitgenodigd waren, vlak voor de

verkiezingen, in Gembloux, werd gezegd: nee, dat gaat niet, dat zou te veel kosten.

Maar ondertussen kan men wel fondsen vrijmaken om het Franstalig onderwijs in België te schoeien op de Frans-jacobijnse leest, men denkt aan de invoering van lessen civisme en dat soort dingen. Is er geen Franse penetratie in België bezig die we in het noorden vooral op het economische vlak merken en die in het zuiden eerder cultureel voelbaar is door het afdrijven van Wallonië naar Frankrijk, hoewel dat niet de wil van de bevolking is. Er zijn dan natuurlijk misdadigers als een Gendebien, die met hun attachistische waanzin bezig zijn. Dat lijkt ons toch een zeer gevaarlijke evolutie, wat vind, u daarvan?

Wel, ik denk toch dat de Waalse bevolking zich niet laat bedotten. De Fransen zijn hier overigens niet zo geliefd. Natuurlijk zijn de Fransen bezig met dingen zoals het inpalmen van

Electrabel, ze hebben enkele jaren geleden een grote uitgeverij in Verviers overgenomen waar we niemand meer over horen spreken. Ze zijn via ” Usinor” in de metaalnijverheid binnengedrongen, de vakbonden in Luik en Charleroi zijn trouwens razend omdat ze van de Fransen niet gekregen hebben wat hun beloofd was,…

Een vraag over de toekomst van het Waals. We hebben de indruk dat indien onze Romaanse provincies de blik meer op het noorden zouden richten, meer in de Nederlandse invloedssfeer zouden komen, het Waals meer kansen zou hebben.

Wel, ik denk dat de Walen er alle belang bij hebben om Nederlands en andere talen te kennen. De kennis van andere talen dan het Frans is jammer genoeg onvoldoende verspreid in Wallonië en de kennis van het Waals zelf is dat helaas evenmin. Als we kijken naar “rijke” dialecten zoals het Siciliaans of het Sardijns, dan stellen we vast dat die over een lexicon van circa twintigduizend woorden beschikken, de woordenschat van het Waals wordt op zeventigduizend woorden geschat. Het verschil tussen het Waals en het Frans is dan, dat het

Frans natuurlijk – als je een woordenboek opslaat – over meer woorden beschikt, maar daar zit uiteraard heel wat terminologie bij die aan het Grieks of het klassiek Latijn is ontleend. En dat is wetenschappelijke taal die men net zo goed in een Waals woordenboek zou kunnen opnemen. Als ik dus voor het Waals over een lexicon van zeventigduizend woorden spreek, dan heb ik het wel degelijk over echte, oorspronkelijke Waalse woorden en dan is er geen groot verschil meer met het Frans. Het Waals bestaat, het kent bijvoorbeeld zeer eigen voor- en achtervoegsels die het Frans niet heeft en die aan het Waals grotere morfologische

mogelijkheden bieden, er kunnen makkelijk nieuwe woorden gevormd worden, zonder dat het nodig is om elders leentjebuur te gaan spelen. Als we het Waals als schooltaal hadden,

zouden onze kinderen veel minder moeilijkheden bij de taalverwerving ondervinden (het Frans als onderwijstaal heeft er trouwens schuld aan dat veel kinderen al vroeg een achterstand opbouwen) en zou vanzelfsprekend onze identiteit versterkt worden. Men zegt

altijd, en voorsommige tegenstanders van het Waals is dat hét argument, ” Ja maar; welk Waals dan?“. Goed, het woord voor aardappel is in Luik”crompîre”, in het Centrum (Namen-

Charleroi) is dat “canada” en in het Westen “pètote”. Maar dat is toch geen probleem, in het Frans zegt men wel “se dépêcher”, ” se hâter”, ” se presser”, “se grouiller”, “se manier”,…

waarom zouden synoniemen dan in het Waals niet mogen? We begrijpen elkaar toch, ik heb drie jaar in Charleroi gestudeerd en vier jaar in Luik en ik heb nooit enig verstaanbaarheids-

probleem gehad. We mogen niet vergeten dat er een soort propaganda gevoerd wordt die analoog is aan wat er met het Nederlands gebeurt. De meeste Brusselse franskiljons bijvoorbeeld weten wel dat er op school Nederlands geleerd wordt, maar zullen het steeds over ” Vlaams” of “le flamand” hebben om hun meerderwaardigheidsgevoel te vleien.

Als de Walen op school Waals zouden kunnen leren zouden ze ook meer verweer hebben tegen dat patois-idee en zou hun eigenheidsgevoel worden verstevigd. Kijk naar het Groothertogdom, waar de kleuterschool in het Letzebuergisch is, vanaf de lagere school komt daar vrij veel Frans en Duits bij, maar onder elkaar wordt steeds Luxemburgs gesproken zodat er een persoonlijkheid is die wij Walen aan het verliezen zijn.

De Brusselse francofonie heeft er alle belang bij dat Wallonië stevig in die Franstaligheid gedwongen blijft,… onderdrukt men het Waalse gevoel niet bewust om te beletten dat het Waals een hefboom zou kunnen zijn om het nefaste Frankrijk uit België weg te houden. Als de Waalse identiteit taalkundig en cultureel sterker zou staan wordt de hele mythe van ” l’ espace francophone ” onderuit gehaald. Een op die manier politiek bewuster Wallonië zal eerder geneigd zijn om samen te werken met Vlaanderen, Nederland, Groot-Brittannië dan met Frankrijk.

Natuurlijk, dat verstevigt hun machtspositie. Men heeft liever dat Wallonië in de schaduw van het Frans blijft lopen dan dat het een persoonlijkheid zou krijgen. U heeft mij een vraag over het attachisme gesteld. ” rattachisme”, dat betekent terugkeer naar Frankrijk, maar wij hebben nooit iets met Frankrijk te maken gehad, w e hebben daar nooit een eenheid mee gevormd, behalve dan tijdens de bezetting van 1793 tot 1814 en dat was een van de donkerste periodes

uit onze geschiedenis. Onze kerken, onze kunstschatten en alles waar ook maar iets te vinden was hebben ze leeggeplunderd. In 1818 heeft Willem I heel wat kunststukken uit Parijs

laten terugkomen. Hondertachtig koetsen heeft hij daar voor nodig gehad en toch is er nog veel in Frankrijk gebleven. De bibliotheek van de hertogen van Bourgondië zit nog steeds in Parijs en eigenlijk zou die toch in Brussel horen te zijn. Onze jonge mannen werden in het Franse leger ingelijfd, er zijn gevallen bekend van jongens die zichzelf verminkten om niet opgeëist te worden, anderen hebben zich verscholen net zoals tijdens de laatste Duitse

bezetting. Het gebeurde dat ronselaars vermoord werden. Je kan dus bezwaarlijk zeggen dat dat een bloeitijd perk was.

Denkt u niet dat de economische neergang van Wallonië verklaart waarom sommigen naar Frankrijk kijken. Het Waalse zelfvertrouwen werd toch in zekere mate gevoed door een bloeiende industrie die er niet meer is. Nu ziet men het niet meer goed zitten en hoopt men misschien een toekomst in het Franse verband te kunnen vinden.

Nee, dat geloof ik eigenlijk niet. Het attachisme is meer een zaak van kollabo’s, en collaborateurs zijn er altijd geweest, ook al ten tijde van Julius Caesar. Priesters en ambtenaren die niet voor de Fransen wilden werken werden naar concentratiekampen zoals Oléron, het Île de Ré of Guyane verscheept, maar ook toen waren er dus collaborateurs. Net zoals tijdens de twee were1doorlogen. Maar net zoals het ook toen maar over een klein

percentage van de bevolking ging, ben ik er tamelijk gerust in dat het attachisme geen grote aanhang bij de Walen zal vinden. Het Rassemblement Wallon is destijds een stille dood gestorven en dan zijn er een paar “overgeblevenen” die aanhechting bij Frankrijk willen en die waarschijnlijk wel vanuit Frankrijk worden gesteund, het kan best dat ze geld krijgen,

zoals Degrelle geld van de Duitsers kreeg.

U bent niet erg onder de indruk van de attachistische lobby. Zeker is die numeriek onbetekenend, maar is het toch niet zo dat hij binnen bepaalde politieke, culturele en intellectuele middens een vrij groot gewicht in de schaal werpt.

Denkt u dat die “intellectuelen” zo belangrijk of talrijk zijn. Ik geef u het voorbeeld van de collaboratie tijdens deTweede Wereldoorlog. Ik kom uit een verzetsfamilie, aan het einde van

de oorlog ben ik zelf nog moeten onderduiken, maar in 1944 hadden de Duitsers gelukkig wel iets beters te doen dan naar mij te zoeken. Het is zo dat er een bepaald type mensen bestaat dat de neiging heeft om met machthebbers, bezetters te collaboreren, sommigen waren meteen bereid om met de Duitsers samen te werken. Dat zijn vaak mensen met een nogal hoge eigen-

dunk die vinden dat ze niet krijgen wat hun toekomt en die hun kans willen grijpen bij een ingrijpend gewijzigde situatie die ze te baat willen nemen om hogerop te komen. Dat is niet anders voor het attachisme.

Wat vindt u van de stelling dat binnen de Nederlandse ruimte met haar autonomististische tradities van – in de goede zin van het woord – provinciale eigenheid het Waals zich beter had of zou kunnen ontplooien ?

Wel, er zijn mensen die zeggen dat de omwenteling van 1830 een misvatting was. Veronderstel dat Nederland, België en Luxemburg samen gebleven waren, dan zou Waals zeker een schoolvak geweest zijn. Onze identiteit zou beter bewaard zijn gebleven, laten we niet vergeten dat bij de Belgische afscheuring de buitenlandse invloeden aanzienlijk waren. De gebeurtenissen van 1830 waren dus niet van aard om onze eigenheid te waarborgen. Wie ons stokken in de wielen staken en steken dat zijn de fransdollen.

Met dit waardige afsluitende woord danken we u hartelijk voor dit gesprek.

Résumé en français : Roger Viroux, professeur de langues germaniques, d’italien et de wallon, défenseur de la langue wallonne, explique que les Wallons ont été « complexés » par l’idée que le wallon serait un patois et le français une langue supérieure. Il accuse l’Église, les syndicats puis les médias d’avoir sacrifié le wallon ; il réclame une heure de wallon par semaine à l’école. Pour lui, le rattachisme est une affaire de « collabos » : la Wallonie n’a appartenu à la France que pendant l’occupation de 1793-1814, « une des périodes les plus sombres de notre histoire » (pillages, conscription forcée).

[150] Westland, « Die Librije », compte rendu de : Peter Lemmens, Van België naar Vlaanderen (Vormingsinstituut Frank Goovaerts), Delta, n° 8, 2001, p. 19-20

(texte original en néerlandais)

Die Librije

“Van België naar Vlaanderen”

(EEN KORTE GESCHIEDENIS VAN VLAANDEREN EN DE VLAAMSE BEWEGING, een politiek-geschiedkundig essay)

door Peter Lemmens

Uitg, Vormingsinstituut Frank Goovaerts vzw, Brussel 45 pag.

Bij monde van zijn vormingsinstituut zette het Vlaams Blok, de Vlaamse versie van de Lega Nort, in april 2001 zijn vreemdelingenthema even opzij en startte een campagne “Vlaanderen onafhankelijk” .

Een poging om de laatste vlaamsnationalisten van de zwalpende V U. los te weken ? Niet onmogelijk.

Wanneer wij lezen ” een politiekgeschiedkundig” essay, zijn wij natuurlijk dadelijk op onze hoede. Meestal gebruikt de politiek de geschiedenis voor haar doeleinden. Zou dit ook hier het geval zijn ?

Van Vlaamse zijde heeft men destijds prof H. Pirenne beschuldigd, niet altijd ten onrechte, dat hij een vertekend beeld ophing van de Belgische geschiedenis. Zo in de aard van: België heeft eigenlijk al van in de tijd der Romeinen bestaan, minstens “in embryo”. Alleen kwam het als dusdanig nooit te voorschijn, omwille van allerhande vreemde politieke overheersingen. Tot het dan, eindelijk, in het wonderjaar 1830, ten tonele verscheen als een eigen, onafhankelijke staat. “En 1830 la Belgique sortit de son tombeau” of zoiets.

Foute visie op de historie natuurlijk , maar kijk, Peter Lemmens van het supra-nationalistisch Vlaams Blok, doet net hetzelfde. Voor hem heeft Vlaanderen altijd al bestaan en kan het nu, na enkele staatshervormingen en grondwetsherzieningen, het geluk smaken eindelijk zijn eigen staatsgestalte aan te nemen. Laten we er geen misverstand over bestaan, met “Vlaanderen” wordt natuurlijk en uitsluitend dat stuk van België bedoeld waar Nederlands gesproken wordt. Of moeten wij zeggen “Vlaams”? Want sinds de tijd dat Rite De backer minister was, toen wij nog een cultuur en een Nederlandse taal hadden, zijn we dat ook al kwijtgespeeld ten voordele van het adjectief Vlaams. Politici denken nu eenmaal opportunistisch.

Als de auteur het dan ook heeft over “onze gebieden” (pag. 5) bedoelt hij natuurlijk zijn Vlaamse gebieden en niet de onze, niet e Zuidelijke Nederlanden, nog minder de hele Nederlanden. Wat voor een historicus toch van een nogal enge kijk getuigt. Maar ja, als geschiedenis gedicteerd wordt door een partijpolitieke overtuiging…

Wij zijn natuurlijk de laatsten om te loochenen dat aan het einde van het Franse regime (1794-1914) ons heel openbare leven grondig verfranst was (pag. 9) en dat het de grote verdienste is geweest van de Vlaamse Beweging hieraan, na een lange, pijnlijke en dikwijls haast hopeloze strijd, een einde gesteld te hebben. Maar hieruit afleiden dat er daarom een Vlaams (p.20) volk bestaat (en dus ook een Vlaamse natie die recht heeft op een Vlaamse staat) is meer dan één brug te ver. Zoals het ook nogal gewaagd is (pag. 26) te zeggen “het activisme heeft de grondslag van het Vlaams onafhankelijkheidsstreven gelegd”. Met het activisme heeft de

Vlaamse Beweging zich alleen maar op een hellend vlak begeven, méér niet.

Om het geheel een schijn van historische (politieke) correctheid te geven, wordt er verwezen naar het “verraad” van de Waalse gewesten ten tijde van de opstand tegen Spanje. Waarschijnlijk omdat ze daar Frans spraken ? Maar dat wordt er nog net niet bijgezegd. Waardoor de Walen het bewijs leverden (pag. 5) “niet echt tot de Nederlanden te behoren”. En dit terwijl iedere ernstige historicus weet dat de toetreding van de Waalse gewesten tot de Unie van Atrecht geen kwestie van “verraad” was, nog minder van taalverschil, maar zijn oorzaak vond in structurele en sociale toestanden (agrarisch gebleven gebied met grootgrondbezit, overmacht van de katholiek-gebleven adel, ontbreken van grote steden met hun arbeidersproletariaat, enz..). Trouwens aanvankelijk hebben ook de perifere Nederlandstalige gewesten voor Atrecht gekozen.

Hoe zegde Salazar het weer ? ” Partijgeest vervuilt de geesten”.

En het stemt evenmin met de werkelijkheid overeen het zo voor te stellen alsof Vlaanderen door België werd uitgezogen en te spreken over een welvarend Wallonië, Vlaanderen werd uitgezogen door de haute finance, het kapitalisme, waarvan het centrum zich in Brussel bevond. En ook de arme drommel uit de Ardeense wouden of de boer uit de Condroz was verplicht uit te wijken als goedkope werkkracht naar de nijverheidsgebieden van Luik en de Borinage.

Dat de Vlaamse verzuchtingen (pag. 37) voortaan afhankelijk zijn van de instemming van de Franstaligen, is jammer genoeg een feit. Maar… wiens fout is dit ? Door wiens hulp is dit “schijnfederalisme” (als er één woord is waarmede wij akkoord gaan, is het wel dit) mogelijk geworden ? En dit aIles alleen maar omdat Vlaamse politici liever de macht wilden

hebben binnen Vlaanderen (en de prebenden die met macht samengaan), dan de macht te moeten delen binnen België.

De auteur zegt ook (pag. 30) dat Joris van Severen zich met zijn Nieuwe Marsrichting in de marge plaatste van de Vlaamse Beweging en het Vlaams-nationalisme. Fout, hij plaatste zich niet “in de marge”, hij heeft met het Vlaams-nationalisme gebroken. En dat hij hierdoor geïsoleerd geraakte ? Nu, recente studies geven wel een ander beeld.

Laatste opmerking. Het voorstellen alsof die 15 % Vlaams Blok-kiezers ook als één ” blok” achter het Vlaams onafhankelijkheidsstreven staan is op zijn minst gezegd overdreven. Wij kennen er heel wat die om een andere reden V.B- stemmen, Maar ja, wij zegden het al: met een geschiedkundig essay dat dient om een politieke visie te verdedigen, moet men voorzichtig omspringen.

Westland

Résumé en français : Critique d’un essai historique publié par le Vlaams Blok : comme Pirenne autrefois pour la Belgique, l’auteur projette une Flandre éternelle dans le passé. L’adhésion des provinces wallonnes à l’Union d’Arras (1579) n’était pas une « trahison » liée à la langue mais une question de structures sociales ; la Flandre n’a pas été « exploitée » par la Belgique mais par la haute finance, comme le pauvre Ardennais ou le paysan condrusien.

[151] Delta, n° 10, 2008, p. 22-23

(texte original en néerlandais)

Wallonië. De naam Wallonië bestaat slechts sinds… 1842 en werd bedacht door de Namenaar Jean Grandgagnage, een romanticus. Vroeger spraken Nederlandstaligen gemeenzaam over “het Walenland” en Franstaligen over “le Pays Wallon”. En ook dit vormde niet eens een eenheid, want een Henegouwer voelde zich helemaal niet gelijk aan een Luikenaar. De streek rond Malmédy, Bevercé, Robertville, Faymonville en Weismes stond dan weer bekend als “Welsch-Preussen”! Soms had men het over “la Wallonie Prussienne”, maar dit dan meestal ironisch bedoeld. Na 1815 werd het kleine vorstendom Stavelot-Malmédy immers verdeeld. Stavelot bleef bij de Nederlanden (na 1830 België), terwijl Malmédy naar Pruisen ging en pas in 1919 terugkeerde naar de Zuidelijke Nederlanden. Wij zouden deze geschiedenis eens wat beter moeten bestuderen. Bijvoorbeeld aan de hand van de werken van Nicolas Pietkin (Sourbrodt) of Elysée Legros (Jalhay) die de taalgrenzen doorheen België grondig bestudeerden. En vergeten wij vooral de naam niet van Godfroid Kurth uit Aarlen, die zich echter geen Waal noemde, wel een… Duitstalige Belg.

Résumé en français : Le nom « Wallonie » n’existe que depuis le milieu du XIXe siècle (l’article l’attribue au Namurois Jean Grandgagnage) ; auparavant on parlait de « pays wallon ». La région de Malmedy était appelée « Welsch-Preussen ». L’auteur rappelle Godefroid Kurth (Arlon), qui se disait non pas wallon mais « Belge germanophone ».

[152] Delta, n° 7, 2009, p. 24

(texte original en néerlandais)

* Volksverlakkerij van jewelste. Bart De Wever, de “bijna slimste”, wist ons te vertellen dat Vlaanderen met 58% van de bevolking 64% van de belastingen opbrengt. Op eerste zicht een schrijnende ongelijkheid, inderdaad. Wat hij er echter niet bij vertelde is dat het hier over de Personenbelasting gaat (een Vlaming betaalt gemiddeld 5.284 euro Personenbelasting, een Waal 4.075 en een Brusselaar 3.909). En de Personenbelasting wordt berekend op basis van het netto belastbaar inkomen. Wat dus aantoont dat het gemiddelde inkomen in Wallonië en Brussel lager ligt dan in Vlaanderen. Daarop niet wijzen is boerenbedrog.

Résumé en français : Bart De Wever affirme que la Flandre, avec 58 % de la population, paie 64 % des impôts ; il omet de préciser qu’il s’agit de l’impôt des personnes physiques, ce qui montre seulement que le revenu moyen est plus bas en Wallonie et à Bruxelles.

[153] De grondslagen, de Unie van Utrecht. De Nederlanders in de 17de eeuw, Uniboek, Bussum

(texte original en néerlandais)

Op de veldtochten die tijdens de meeste zomers tussen 1579 en 1713 gehouden werden waren er in de Nederlandse legers veel Walen, Fransen, Duitsers, Engelsen, en Schotten – de “mac’s”, die een vaste baan vonden in de Nederlandse krijgsdienst.

(De grondslagen, de unie van Utrecht, De Nederlanders in de 17de eeuw, Uniboek, Bussum)

Résumé en français : Entre 1579 et 1713, les armées des Provinces-Unies comptaient beaucoup de Wallons, de Français, d’Allemands, d’Anglais et d’Écossais.

Sources — 2.7 Et la France dans tout ça ?

[154] « La France a divisé la Belgique dès 1968… », La Libre Belgique, 28 septembre 2004 (repris dans Delta, n° 4, 2005, p. 23)

“Il reste que les événements de Louvain inquiètent non seulement en

Belgique, mais aussi à l’étranger, notamment quant au rôle que le général de Gaulle, Président français, aurait pu jouer dans cette affaire. Dès le 13 février 1968, l’ambassade de Grande-Bretagne à Bruxelles écrit à Londres que “les Wallons constituent la prochaine sérieuse cible de la subversion française.”

(. ..)

L’auteur d’un rapport daté de mars 1968 réalisé par l’ambassade de Grande-Bretagne, et pris très au sérieux à Londres, précise que la Sûreté belge, s’inquiète de l’encouragement français à l’activisme wallon (…).”

[155] Pierri Zind, Elsass-Lothringen, une nation interdite, 1870-1940, Copernic, Paris, 1979

Titre donné par l’auteur : « La France finance des organisations séparatistes »

(p.18) (p.29) /les activités pro-françaises de la mystérieuse ligue d’Alsace créée en 1871 par Gambetta (généreusement financée par la France)

[156] Idem, p. 110-111

Titre donné par l’auteur : « Racisme français : ségrégation raciale »

(p.110-111) Le racisme français : l’idée raciste de répartir les Alsaciens-Lorrains en 4 races suivant 4 modèles de cartes d’ identité, la carte Modèle A, barrée aux couleurs tricolores, remise aux habitants dont les parents et les grands-parents étaient nés en France ou en Alsace-Lorraine, la carte Modèle B, barrée de 2 traits rouges, imposée aux habitants dont un des membres de la famille était d’ une origine dite étrangère, c-à-d. non française et non alsacienne-lorraine, la carte Modèle C, barrée de 2 traits bleux, attribuée aux Alsaciens-Lorrains dont les 2 branches maternelles et paternelles étaient originaires de pays alliés à la France ou resté neutres durant la guerre de 14-18 ; la carte Modèle D, sans aucune barre de couleur, réservée aux “étrangers des pays ennemis”, aux descendants d’Allemands, d’Autrichiens, de Hongrois ou d’autres peuples des Empires centraux, “Cette carte D revenait aussi à leurs enfants, même s’ils étaient nés depuis 1870 en Alsace-Lorraine.”

[157] Marie-France Cros, « Génocide : une enquête minutieuse est publiée », La Libre Belgique, 31 mars 2006

“Aucun témoin ne doit survivre”, titre donné au rapport de la FIDH et de HRW, étudie également sans complaisance les attitudes des Américains (ils “ne voulaient pas perdre d’argent”), des Belges (ils “ne voulaient pas perdre la face”) et des Français (ils “ne voulaient pas perdre leur allié”).

Et de rappeler que l’opération Turquoise, présentée comme humanitaire par Paris, était “largement équipée d’armement lourd” pour “mettre une raclée” au FPR mais “manquait de véhicules ordinaires, comme de camions par exemple, qui étaient nécessaires pour ramasser les civils et les conduire en lieu sûr”. En outre, pendant qu’une partie du contingent français entrait au sud-ouest du Rwanda et démantelait les barrages des tueurs, 200 soldats d’élite entraient dans le pays par le nord-ouest, où étaient réfugiés les chefs du génocide, n’y faisaient pas démanteler les barrages et “installèrent des campements à Gisenyi, disposés à protéger (contre le FPR) la ville qui abritait le gouvernement génocidaire”.

Sources — 2.8 Pirenne et le roman national

[158] Christophe de Fossa, « La législation princière pour le comté de Hainaut (1427-1506) », La Libre Belgique, 1er juillet 1982

“Certains historiens sacrifient à dame régionalisation et n’hésitent pas à justifier l’existence de la Wallonie en usant d’un déterminisme qu’ils reprochent dans le même temps à ceux qui ont écrit sur la Belgique hier.”

“Il est clair que la centralisation de ce que sera la Belgique remonte au XVe siècle et que, si des particularismes subsistent, ils furent le fait de chacune de nos principautés, aïeules de nos provinces.”

“Dès le deuxième tiers du XVe siècle, les princes des Pays-Bas vont s’efforcer sans relâche d’introduire une légitimation générale applicable à l’ensemble de leurs petits Etats.”

Car “il importait d’établir des normes en ce qui concerne l’administration, la justice, la police au sens large, c’est-à-dire le maintien de l’ordre, le commerce et l’industrie, les monnaies et le commerce de l’argent.”

[159] R. De Buysscher, « Jean Ier, duc de Brabant », L’Accent-Kenmerk, septembre-octobre 1995, p. 21-24

Sur le plan linguistique, Jean 1er fut aussi un novateur:

“Là où son père, à côté du latin, n’utilisait que le français (celui-ci dans les relations avec des seigneurs francophones comme les comtes de Flandre, de Namur ou du Hainaut ou encore avec des nobles des territoires de langue française) le duc fut le premier à accorder des privilèges aussi en langue thioise. Bruxelles fut la première ville à bénéficier de cet avantage. Les autres villes brabançonnes comme Louvain, Anvers , ’s Hertogenbosch , Lierre, Tirlemont et Zoutleeuw ne reçurent de privilèges semblables dans la langue populaire que sous le règne de Jean II (1294-1312).” (p.22)

Depuis un peu plus d’un siècle, des historiens “révisionnistes” (eh oui! il y en avait déjà) se sont penchés sur cette période difficile et ont fini par s’inscrire en faux sur l’acception que l’on se fit de cette époque. (p.23)

[160] Henri Pirenne, la Belgitude, « Mieux connaître notre Histoire », Passe-Partout, 18 février 2009

S’il est un historien de haut vol adepte au concept de la Belgitude, sinon parmi ses créateurs, c’est bien d’Henri Pirenne qu’il s’agit. Pour lui, la Belgique telle que nous la connaissons fait partie de l’histoire naturelle de l’Europe et ne pouvait que voir le jour en 1830. D’ailleurs, d’après ses théories, notre sentiment national ne naquit-il pas lors de la signature du traité de Verdun en 843?

Pourtant, sa jeunesse ne le prédestinait pas à un tel nationalisme belgicain. Il naît à Verviers en 1862. Une fois les études secondaires terminées, il est destiné à poursuivre des études universitaires en droit. Il les suit à l’Université de Liège. Il y a pour maître Godefroid Kurth, passionné d’histoire et de techniques scientifiques en matière de recherches historiques. Passion qu’il transmet à Henri Pirenne qui bifurque en faculté d’histoire. En 1883, il est docteur en histoire.

Ses études entraînent au doctorant divers séjours en Allemagne. Il y séjournera deux ans. À Berlin et à Leipzig où il rencontre l’historien allemand Karl Lamprecht. Ce dernier compose une gigantesque encyclopédie de l’histoire de l’Europe, œuvre à laquelle il associe le jeune historien belge. Ce dernier s’y attelle, tout en étant rapidement chargé de cours de diplomatique et de paléographie à l’Université de Liège, puis professeur d’histoire à l’Université de Gand dès 1886, lorsque l’université flandrienne était encore francophone. Il poursuit sa carrière à l’Université Libre de Bruxelles où il construit sa renommée dans sa parfaite connaissance du Moyen âge.

Il a été à juste titre reproché à Pirenne d’avoir, dans ses recherches et conclusions, travaillé «à la grosse louche», ignorant les particularismes régionaux existant après le traité de Verdun. Dont la Principauté de Liège!

Influencé par son ami Karl Lamprecht, Henri Pirenne rédige une «histoire de Belgique» se déclinant en 7 tomes. Il y défend la théorie que la Belgique n’est pas le fruit du hasard, mais que le concept «Belge» remonte au traité de Verdun, en 843.

Ce qui, bien sûr, peut paraître étonnant, mais correspond à l’esprit d’une époque où il importait de conférer à notre pays quelque peu kaléidoscope une origine historique.

Rappelons brièvement les tenants et aboutissants du traité en question: en 843, par le traité de Verdun puis, en 870 par le traité de Meerssen, l’empire de Charlemagne est divisé en 3. La Francie occidentale, qui deviendra la France, la Lotharingie englobant les territoires depuis le centre de l’Italie jusqu’à la Frise, la Francie orientale qui prendra pour nom le Saint empire germanique.

Ce n’est pas tellement le côté «territorial» de l’Europe qui amènera Pirenne à défendre la thèse de la « préexistence » de la Belgique à partir de la signature du Traité de Verdun, mais bien la coexistence dans une seule entité politique de deux cultures au départ différentes sinon opposées: la germanique et la romane. Ce qui, bien sûr, démontre l’homogénéité du peuple belge.

L’ouvrage de l’historien deviendra rapidement une bible et la base de l’enseignement de l’histoire de Belgique dans les établissements scolaires. Les remous politiques que nous connaissons actuellement semblent toutefois fissurer la démonstration de l’ouvrage d’Henri Pirenne!

[161] Marc Reynebeau, L’Histoire de la Belgique en mots et en images, Racine, 2006

(p.8) Mais là ne s’arrête pas le hasard. La période française (1793-1815) aurait pu être le début d’un processus d’absorption de la Belgique embryonnaire au sein de la grande nation centralisatrice en devenir qu’était la France révolutionnaire. La défaite militaire de Napoléon à Waterloo en a décidé autrement. Mais lorsqu’ensuite la Belgique fut réunie à la Hollande par la volonté des grandes puissances (1815-1830), il ne fallait pas être grand clerc pour voir que cette union n’avait aucune chance de durer. Dans ce contexte, la Belgique apparaissait proportionnellement trop grande et trop différente par rapport au Nord. La révolution belge en fut la conséquence directe. (…)

Dès la naissance de la Belgique, le Nord et le Sud connurent un développement économique tout différent, avec une agriculture à la traîne en Flandre et une industrie florissante en Wallonie (sic). Cette différence n’aurait pas eu un tel impact en soi si elle n’avait pas coïncidé avec une autre: celle de la langue.

(…)

L’histoire aussi appartient à la culture au sens large du mot. Écrire l’histoire n’est pas une activité neutre ou abstraite. C’est un produit de l’esprit, voire de l’imagination. Le passé est inexorablement révolu; il ne peut plus exister que dans une reconstruction en mots et en images. Cela explique sans doute pourquoi, contrairement à ce qui se faisait autrefois, on n’écrit plus aujourd’hui en Belgique autant d’ouvrages d’histoire à caractère « national ».

(p.20) Le texte le plus important qui donna forme à cette répartition du pouvoir et qui allait servir de modèle pendant des siècles, fut la Joyeuse Entrée de 1356. Cette charte brabançonne, accordée par la duchesse Jeanne et son mari Wenceslas de Luxembourg quand ils succédèrent au duc Jean Ier, a toutes les allures d’une véritable constitution. Elle ordonne aux ducs de respecter les libertés et les privilèges existants et de ne rien entreprendre sans consultation préalable des assemblées des états. Ce texte prit une signification contractuelle: si le duc respectait les prescriptions, il pouvait compter sur la collaboration, la fidélité et l’impôt des états. Mais seulement à cette condition.

Les conséquences de cette charte furent considérables. Aussi longtemps que le souverain s’en tenait au « contrat », il restait considéré sans problème comme légitime et donc pas comme un étranger ou un occupant ou encore comme un usurpateur du pouvoir. Cette vision entre en contradiction avec un mythe qui circule encore de nos jours et qui prétend que les Belges ont toujours été dominés dans leur histoire par des occupants étrangers. Ce mythe, dénué de fondements historiques, date d’environ deux cents ans et demeure toujours vivace.

La construction bourguignonne

(…) (.21-23) Sur le modèle de l’ancienne Lotharingie, Philippe et ses successeurs Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire bâtirent un grand royaume intermédiaire entre l’Allemagne et la France, s’étendant des Pays-Bas jusque bien loin à l’intérieur de la France. Cette extension de territoire allait s’effectuer depuis le comté de Flandre exclusivement vers l’empire allemand, une raison de plus pour Philippe de prendre ses distances vis-à-vis de la France.

Les ducs de Bourgogne réunirent ainsi un territoire qui couvrait environ tout le Bénélux actuel et qui rassemblait deux millions et demi d’habitants. Ce processus se déroula de manière peu planifiée et linéaire. Les ducs rassemblèrent ce qu’ils pouvaient, soit par mariage, soit par la force et même la corruption. Déjà avec Philippe le Bon, ils ne laissèrent planer aucun doute sur leurs ambitions monarchiques.

(22/11/1918) (…) (p.168) le roi Albert prononça un discours du trône dans lequel il énuméra les nouvelles priorités: le suffrage universel, une série de mesures sociales, par exemple la suppression dans le code pénal de l’article 310 tant décrié, plus quelques concessions aux exigences flamandes les plus importantes, comme la reconnaissance de l’égalité des langues nationales et la flamandisation de l’université de Gand.

Toutes ces mesures heurtèrent le conservatisme catholique. Henry Carton de Wiart, qui allait plus tard devenir premier ministre, trouva tout cela « exagéré », le résultat d’un chantage socialiste à la révolution. Il trouva aussi l’idée d’une université flamande une horreur, aussi insensée que l’idée de la disparition du français comme langue officielle en Flandre: les « classes cultivées » n’avaient-elles pas parlé français en Flandre depuis la fin du Moyen Âge?

(p.192) L’aversion pour la ville moderne allait de pair avec une exaltation de la Flandre rurale, prémoderne, « inviolée », teintée de pittoresque, d’humeur pastorale et de piété naturelle.

Les réputations des grands auteurs se firent (Ernest Claes, Félix Timmermans, Stijn Streuvels) ou se défirent (Gérard Walschap) selon le respect manifesté envers l’idéologie imposée et non sur la base de qualités littéraires. Autrement dit: l’obéissance à l’idéologie était considérée comme une norme artistique. Comme l’Église avait en grande partie la mainmise sur le système (bibliothèques, éditions, critique littéraire, etc.), il n’était pas simple d’échapper à ce carcan. Celui qui jouait le jeu était récompensé, couvert d’honneurs et d’argent. Celui qui refusait était parfois littéralement privé de pain.

(p.268) « WALEN BUITEN »

Quand, au début des années soixante, des militants flamands vinrent manifester à Bruxelles, ils furent accueillis par des slogans tels que « Retournez dans vos villages ». Ces altercations témoignaient du mépris indéniable de francophones qui considéraient visiblement leurs compatriotes flamands comme des culs-terreux arriérés indignes de fouler le sol de la capitale.

Tout aussi traumatisant fut le « Walen buiten », le slogan par lequel l’université multiséculaire de Louvain cessa d’être une institution bilingue. Les francophones le ressentirent comme un appel direct à l’expulsion. La Flandre n’a jamais estimé comme il se doit le caractère blessant de ce slogan et d’autres cris analogues.

C’est pourquoi le combat pour un « Leuven Vlaams » fut trop souvent présenté comme une nécessité historique et – ce qu’il est devenu par la suite – comme une victoire de son bon droit. Le fait que la scission entre Flamands et Wallons au sein du parti démocrate-chrétien encore unitaire – le PSC-CVP – entraîna la chute du gouvernement en 1968, rend ce récit encore plus héroïque.

Les actions des flamingants, qui voulaient rendre la Flandre définitivement unilingue et considéraient de ce fait l’Université Catholique de Louvain (U.C.L.) comme un corps étranger dans la ville, durèrent des années et entraînèrent régulièrement des manifestations à Louvain et ailleurs. Les manifestants se heurtèrent longtemps à la résistance du pouvoir organisateur de l’université, à savoir l’épiscopat belge, et de tous ceux qui craignaient de voir l’unité du pays mise en danger.

Le choc déboucha en 1968 sur un compromis, scellé deux ans plus tard par le parlement, qui approuva le 28 mai 1970 (avec effet rétroactif au 1er octobre 1969) une nouvelle loi qui scindait officiellement la vieille université louvaniste en deux personnalités juridiques: la K.U.L. et l’U.C.L.

Le gouvernement avait prévu 17 milliards de francs belges pour l’installation de la nouvelle université francophone. Celle-ci peut s’installer sous le nom de Louvain-la-Neuve sur un terrain de quelque 900 hectares, planté auparavant de betteraves, près de la petite ville d’Ottignies dans la province du Brabant wallon. Le déménagement de l’université (du moins d’une partie de celle-ci) vers l’extérieur de Louvain s’imposait de toute façon. La démocratisation de l’enseignement avait provoqué un accroissement rapide de la population estudiantine louvaniste. Entre la fin des années cinquante et soixante, le nombre d’étudiants avait doublé. La petite ville était incapable d’assurer à l’université une croissance durable et chez certains francophones aussi s’était imposée l’idée d’un déménagement possible d’une partie des facultés vers Namur ou Nivelles.

L’archevêché de Malines avait d’ailleurs acheté 38 hectares de terrain en 1963 à Woluwe-Saint-Lambert pour les besoins de la faculté de médecine de l’U.C.L. Celle-ci s’y installa quelque temps plus tard. L’archevêché avait procédé à cet achat parce que l’université louvaniste n’était pas autorisée à être active à Bruxelles suite à un accord conclu avec l’université libre de Bruxelles, visant à éviter toute concurrence idéologique dans leurs fiefs respectifs. La loi sur l’expansion universitaire de 1965 permit cependant à l’U.C.L. de devenir officiellement propriétaire des terrains de Woluwe.

Le dossier de l’extension de l’université ne peut jamais faire l’objet d’une discussion sérieuse sur le fond. Il fut plongé dès le départ dans les eaux communautaires et aboutit même par moments à des actes de provocation et de violence. Les étudiants francophones réagirent par une action ludique: ils allèrent poser la première pierre d’une nouvelle université dans le petit village d’Hout-si-Ploût, dans la province de Liège.

La scission de l’université conduisit aussi à celle de la bibliothèque. Les livres au numéro pair furent attribués à l’U.C.L. et ceux portant un numéro impair, à la K.U.L. Bruxelles retint la leçon: lorsque la Vlaamse Vrije Universiteit Brussel (V.U.B.) se sépara de l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B), elle décida de se constituer sa nouvelle collection d’ouvrages et de laisser la bibliothèque existante à l’U.L.B.

Sources — 2015 : Le Vif et « la grande manipulation »

[162] Pierre Havaux, « Comment la Belgique s’est inventé une Histoire », Le Vif/L’Express, n° 28, 10 juillet 2015, p. 47-49

Comment la Belgique s’est inventée une Histoire Fragile à la naissance, la Belgique de 1830 se persuade d’avoir toujours été inscrite dans les astres. Avec la Flandre médiévale pour foyer et le passé wallon relégué dans l’ombre. Plier les faits historiques à la volonté patriotique exige de maquiller et de manipuler le passé. Retour sur une histoire bien belge.

Par Pierre Havaux n pouvait rêver mieux comme démarrage dans la vie. A peine engendrée par une révolution en 1830, la Belgique doit convaincre que sa place dans le concert des nations n’est pas usurpée.

Comment être prise au sérieux et faire taire les sceptiques, si ce n’est en se donnant une raison d’être, ancrée dans la nuit des temps ? Etoffer le CV s’impose pour réfuter l’odieux soupçon qui plane dans nombre de capitales d’Europe : la Belgique ne serait qu’un Etat artificiel, sans racines.

Calomnie ! « Non, la Belgique n’est pas un accident de l’Histoire. Voilà la mission que lesélites dirigeantes et académiques du jeune Etat qui accède à l’indépendance assignent aux historiens pendant près d’un siècle », relève Hervé Hasquin, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de Belgique. Le pouvoir bat le rappel des spécialistes du passé, souvent autodidactes. On les charge de démontrer coûte que coûte que cette Belgique de 1830 n’est pas surgie de nulle part, qu’il y a bien «une permanence belge » à travers les siècles. Et que les Belges, sous tous les régimes, n’ont jamais cessé de l’être.

Ce travail acharné de persuasion se prolongera jusque dans les années 1950, à travers une éloquente collection de chromos voués à « nos Gloires », qui sort aujourd’hui de l’oubli (lire page 50). Les historiens en service commandé s’appliquent avec zèle et avec la bénédiction d’une Eglise catholique prête à soutenir corps et âme toute entreprise de (contre-)vérité historique, pourvu qu’elle préserve la Belgique naissante d’une France républicaine et laïque autant que du protestantisme batave. La croisade ne s’annonce pas très orthodoxe. Il va falloir plier les faits historiques à la volonté patriotique, manipuler ou maquiller certains pans du passé. Nécessité fait loi.

De quel bois l’ancien Belge était-il donc fait ? C’est l’air du temps qui en décide. Au xix‘ siècle, l’humeur ambiante est franchement gallophobe et hostile à la France (lire page 53). Puisqu’il veut prouver qu’il ne doit rien à cetencombrant voisin, le Belge sera décrété d’origine. germanique. On exhibe des documents prétendument irrécusables pour soutenir que Wallons et Flamands sont bien frères par le sang. Un érudit peut ainsi affirmer sans rire, en 1878, que « la Belgique, sortie toute entière de la Germanie depuis dix siècles, peut dire avec orgueil qu’un sang pur coule dans les veines de ses enfants ». Paré de telles racines, le Belge se retrouve immunisé contre toute assimilation forcée qu’entreprendrait une France menaçante.

Mais la ficelle est un peu grosse et la piste finit pas se dégonfler. La question linguistique, qui pointe le bout du nez, met à mal le dogme de l’unité foncière de la « race » belge.

Le cap du xx‘ siècle est délicat à aborder pour l’Etat belge.

Contestation sociale et tensions internationales croissantes :

La Flandre est la première à tourner le do:

à Pirenne et à sa construction historique le fond de l’air est frais. Désemparées par la tournure des événements, les élites politiques francophones appellent à nouveau l’Histoire et ses érudits à la rescousse de la patrie jugée en danger.

Changement de registre. Place à la théorie de deux peuples distincts : les Wallons, raccrochés à un rameau celtique, voisinent désormais avec les Flamands, maintenus au rameau germanique. Pas de panique : ce mélange harmonieux de germanité et de romanité tient admirablement la route.

Un vrai miracle, qu’un brillant juriste nommé Edmond Picard croit pouvoir attribuer, à l’extrême fin du xIx‘ siècle, à une « âme » authentiquement belge, imperméable à l’usure du temps.

Picard, qui est aussi parlementaire libéral puis eee

ÿ En couverture Histoire Henri Pirenne accueille le roi Albert I°’.

Ce Verviétois, qui enseigne à Gand, domine de la tête et des épaules l’histoire sanctifiée d’une « civilisation belge ».

eee socialiste, est ainsi en mesure d’attester que cette âme indestructible a au moins fait merveille sur deux champs de bataille. A Worringen en 1288, où les Brabançons l’emportent sur une coalition de princes d’Entre-Meuse-etRhin et refusent ainsi de se laisser assimiler par l’ Allemagne.

Puis en 1302 à Courtrai, où les communiers flamands prennent le dessus sur la chevalerie française de Philippe le Bel etempêchent la Flandre d’être livrée à la France. Français et Germains sont ainsi renvoyés dos à dos : COFD.

L’essentiel est sauf, commente Hervé Hasquin : «Il faut démontrer, à toutes les époques de leur histoire, l’indifférence des habitants qui ont occupé le territoire belge à l’égard des considérations linguistiques. » Que Flamands et Wallons s’expriment dans des idiomes différents ne change rien à cette certitude: l’âme belge existe, à nulle autre pareille, elle est reconnaissable entre toutes par le goût de la mesure et du travail, l’individualisme, l’esprit d’association et l’amour de la vie confortable.

Un passé aussi glorieux a besoin de visages, de héros en qui s’incarner. On en exhume à profusion, leur lieu de naïissance fait office de passeport. Ambiorix, Clovis, Godefroid de Bouillon, Pierre l’Ermite, une foule d’autres régionaux de l’étape, sont «naturalisés » belges, enrôlés sans discussion sous la bannière noir-jaune-rouge. Sans doute, avec le recul, tant d’audace paraît manquer de sérieux. Mais c’est l’époque qui veut ça, tempère Hervé Hasquin : « Beaucoup considèrent encore l’Histoire comme un genre littéraire. » Il autorise quelques divagations, pour peu qu’elles soient joliment formulées.

Ilne manque aux thèses de Picard qu’un habillage scientifique. Henri Pirenne sera ce chaînon manquant décisif, l’historien brillant qui va donner ses lettres de noblesse à cette «âme belge ». Ce Verviétois qui professe à l’Université de Gand frappe un grand coup : sa monumentale Histoire de Belgique, en sept volumes publiés entre 1900 et 1932, le transforme en un phénomène durable de librairie. Elle en fait « le père fondateur du sentiment national belge », attendu comme le Messie par les ardents défenseurs de la patrie.

L’œuvre de Pirenne, d’une érudition sans faille, révolutionne les codes de la recherche historique. Elle coule dans le marbre cette vérité historique: « La Belgique est une nécessité de l’Histoire, non un accident. » Oui, affirme l’historien, il existe bel et bien « une civilisation belge », «des territoires belges », «un peuple belge ».

Et ce «miracle » belge a eu pour épicentre la Flandre médiévale, identifiée comme le moteur de l’unification de la Belgique. Cette Flandre urbanisée qui brillait au Moyen Age par son commerce, sa prospérité, la vitalité et l’indépendance de ses villes, partage bien des traits communs avec la Belgique industrielle du xIx° siècle qui joue dans la cour des plus grands. Il s’en est fallu de peu pour que cette magnifique réussite ne se brise en 1302, à la bataille des Eperons d’Or : en cas de victoire française à Courtrai, pas de Belgique possible dans l’avenir.

Les prolétaires flamands ont bien mérité de la patrie…

Tout s’emboîte, tout s’enchaîne, tout s’éclaire, sous la plume brillante de Pirenne. La part de hasard et d’accidentel dans le déroulement des faits s’efface. « Ce devait être ainsi », et pas autrement, résume Hervé Hasquin : « Voilà l’histoire “officielle”, politiquement correcte, celle qui cadenasse le discours historique dans les manuels d’histoire, imprègne l’enseignement universitaire francophone et la

ULB – DSAA – ARCHIVES P Ambiorix, chef des Eburons. Grande taille, chevelure abondante, énorme moustache rousse,

Le look d’enfer de tout ancien Belge.

formation des enseignants (voir page 52).» Mais elle a l’immense mérite de rassurer : « Belges, ayez confiance, ne craignez rien, vous n’êtes pas surgis de nulle part. »

Pirenne superstar, intouchable, domine de la tête et des épaules la science historique des quinze années qui précèdent la Première Guerre mondiale.

Son Histoire de Belgique se doit de trôner dans la bibliothèque de toute famille bourgeoise qui se respecte, elle devient la Bible des unitaristes et des milieux gouvernementaux francophones de plus en plus aux abois. La Cour, sous le règne d’Albert I‘,tombe immanquablement sous le charme de ce qui devient la dynastie Pirenne. Car Jacques marche sur si les traces desonillustre père, il devient le précepteur du futur Léopold IIT et ensera l’influent secrétaire particulier.

La Grande Guerre n’interrompt nullement le fil de cette belle histoire. L’historien gantois exulte même, au sortir de l’épreuve de 14-18:

l’héroïque sursaut de la pauvre petite Belgique, qui a fait front face à l’agresseur allemand, ne lui donne-t-il pas raison ? Seule une nationalité belge forgée au cours des siècles a pu nourrir un tel sens du sacrifice et soutenir une résistance aussi extraordinaire.

« La Belgique est une nécessité, pas un accident de l’histoire »

patrie sa «construction historique », expression qu’ilrevendique sans fard. Et c’est avec véhémence qu’il écrase toute concurrence qui s’aviserait de soutenir l’hérésie d’un Etat belge artificiel ou de s’appesantir sur les tensions et rivalités linguistiques ou régionales. Remettre en cause les théories du maître est historiquement incorrect, car suspecté de porter atteinte à l’unité du pays.

Or, la révolte gronde. Les militants wallons se sentent les grands floués dans toute cette histoire qui réserve le beau rôle à la Flandre et relègue dans l’ombre le riche passé des principautés wallonnes, ils s’insurgent contre ce récit qui leur impose l’assimilation du « génie belge » au « génie flamand » jusque dans les arts. On préfère honorer le peintre tournaisien du xv° siècle Rogier de La Pasture sous son nom néerlandais de Rogier van der Weyden ? Trop is te veel. « Nous ignorons tout de notre passé wallon », se désole le député socialiste Jules Destrée dans sa célèbre Lettre qu’il adresse au roi Albert I‘ en 1912.

Les Liégeois sont les plus remontés. Le ÂME BELGE Edmond Picard, l’avocat et parlementaire qui en a fait la découverte.

PARFAIT BILINGUE Godefroid de Bouillon, Rss figure historique de la Croisade, À «parlait nos deux langues nationales »…

>, À sr x EI à retour en grâce des ducs de Bourgogne sous la plume de Pirenne les offusque : comment oser porter aux nues la politique unificatrice de ces princes bourguignons qui se sont rendus coupables, sous Charles le Téméraire, des terribles sacs de Liège et de Dinant en 1468 ?

C’est pourtant la Flandre qui, la première, largue Pirenne.

Ingrat foyer de la civilisation belge, qui n’attend pas la disparition du grand historien, le 25 octobre

1935, pour commencer à lui tourner le dos. Pirenne suit ainsi de peu dans la tombe

Albert I°, le Roi-Chevalier, disparu en 1934. « Deux symboles puissants d’une Belgique idéalisée et fantasmée, par les francophones à coup sûr, s’effaçaient du paysage », observe Hervé Hasquin.

Sans états d’âme, la Flandre tire un trait sur ce lourd héritage pour se trouver d’autres racines. La première Geschiedenis van Vlaanderen, limitée au territoire flamand, voit le jour un an après la mort de Pirenne, dont l’Histoire de Belgique, enfin traduite en néerlandais au milieu des années 1950, devient vite invendable. Le «pirennisme » résistera mieux et plus longtemps chez les historiens francophones, dominés par la crainte que l’histoire ne dérape dans une version antibelge. Quatre-vingts ans après sa disparition, si Pirenne revenait sur terre… € P. Hx

PHOTO NEWS Déconstruire la Belgique ? Pour lui assurer un avenir ?, par Hervé Hasquin, Académie royale de Belgique, 2014.

Historiographie et politique en Belgique, par Hervé Hasquin, ULB et Institut Jules Destrée, 1996.

[163] Pierre Havaux, « Géniaux “faussaires du passé” » (la collection Nos Gloires), Le Vif/L’Express, 10 juillet 2015, p. 50-53

COLLECTION ILLUSTRÉE Géniaux « faussaires du passé »

Les gosses des années 1950 ont flashé sur une série interactive de chromos célébrant les « Gloires »

du passé. IIs sont les cibles d’une ultime opération de propagande belgicaine magistralement conçue pour enflammer les imaginations.

[ne faut pas être forcément schtroumpf, ou Diable Rouge pour faire fantasmer les Belges. Ambiorix, Godefroid de Bouillon, Charles Quint, Erasme, Vésale ou Albert I‘ ont aussi fait tourner les têtes. Bien avant de se jeter sur les vignettes des petits hommes bleus ou des vedettes du ballon rond, les gosses et les ados se sont arraché d’autres « gloires » à coller dans des albums. Des « Gloires nationales » avec un grand G, car entrées dans l’Histoire avec un grand H.

Il y a quasi un demi-siècle de cela. Au temps où la Belgique grande et belle brillait de ses derniers feux. Où elle se remettait douloureusement de l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale en cherchant le réconfort dans un romantisme patriotique et en se racontant de « belles histoires ». Cette Belgique des années 1950 vit alors, observent les historiens Hervé Hasquin et Paul Bertrand, « un ultime sursaut de nationalisme rétro. Le pays relève la tête et se cherche des titres de gloire ».

Une jeune société, Historia, décide de surfer sur la vague en proposant aux Belges une façon ludique de faire connaissance avec leurs « Gloires » du passé.

Tout l’art consistera à faire durer le plaisir : 534 chromos historiques, à collectionner dans six volumes, s’obtiendront en échange de timbres à découper sur les emballages de produits.

Les cafés Rombouts, le chocolat Meurisse, les sauces Devos-Lemmens, les biscuits Delacre ou encore la chicorée Pacha, se lancent d’entrée de jeu dans une

Philippe 11 d’Espagne «ne comprenait pas le caractère belge »… ’VAcA ___ MUSÉE ROYAL DE MARIEMONT. © JEAN-LÉON HUENS – SOFAM

La collection Nos Gloires célèbre le « premier drapeau » belge brandi !

à la Révolution de 1830-1831, sous sa forme initiale : des bandes horizontales rouge-jaune-noir.

(ho belle aventure qui débute en 1949 pour s’achever en 1961.

L’invitation à remonter le temps est habilement pensée et conçue. De brèves légendes de sept à dix lignes, des textes simples liés à des dessins suggestifs et soignés, ces «scénettes » sont calibrées pour enflammer les imaginations.

« La collection Nos Gloires présente un aspect visuellement très innovant, révolutionnaire même par rapport à l’édition

mué en chasseur d’images, l’enfant concourt à recomposer son propre passé.

De quoi faire le bonheur des écoliers et des enseignants, en quête d’une documentation scolaire accessible et autrement attrayante que des manuels d’histoire trop souvent rébarbatifs. La collection a tout pour plaire dans les chaumières, d’Arlon à Ostende. Des milliers de foyers, flamands et francophones, vont tomber sous le charme de cette « saga belgica »

éditée dans les deux langues nationales.

Car l’entreprise n’est pas qu’un beau défi commercial et pédagogique. Elle constitue aussi une belle opération d’intoxication idéologique. « L’ambition non dissimulée est de stimuler un patriotisme fervent et rassembleur, associé à la loyauté envers la dynastie », décode l’historien Claude Bruneel (UCL).

LES LIÉGEOIS EXCLUS DE L’HISTOIRE BELGE donne bien du fil à retordre aux historiens « belgicistes », confrontés à ces éternels rebelles à toute intégration harmonieuse dans leur merveilleux récit d’une Belgique éternelle. Alexis Wilkin, médiéviste à l’ULB, pose le diagnostic : « La principauté de Liège est une épine dans le pied de l’historiographie belgicaine », le caillou dans la chaussure d’une « proto-Belgique en formation ».

Que faire de ce vaste territoire intermédiaire au parcours tortueux, è qui n’a cessé de balancer entre la Germanie et ses autres voisins brabançons, flamands, bourguignons, espagnols, autrichiens ?

Puisque la pièce s’ajuste mal au puzzle belge, « l’ablation de la Principauté »

s’imposait. Les historiens belgicains évacuent subtilement cet appendice problématique de leur construction historique. Ils ne réintègrent les Liégeois dans le circuit qu’à l’extrême fin du xviif siècle, lorsque l’occupation française fait table rase des découpages de l’Ancien Régime. € P. Hx i nsaisissables Liégeois. Leur esprit irréductiblement principautaire

CHARLES LE TÉMÉRAIRE, duc de Bourgogne. F/ BESREEEES BÊTE NOIRE Le sans-culotte franc s, rustre et buveur, à est la pire créature que nos régions auraient eu à subir.

be A la manœuvre, Hervé Hasquin identifie «un noyau de “patriotes” nostalgiques, très majoritairement catholiques, conservateurs, royalistes et “léopoldistes” »

Aux côtés desillustrateurs JeanLéon Huens et Auguste Vanderkelen, qui manient le crayon et le pinceau avec art et talent, un ecclésiastique foncièrement « belgicain » tient la plume. Habitué à rédiger des manuels scolaires, l’abbé Schoonjans n’a qu’une Bible : l’Histoire de Belgique du grand Henri Pirenne. Et un credo : « Pas d’amour de la patrie sans histoire de la patrie. Nous avons un grand passé car nous sommes un grand peuple. » Servi à longueur de vignettes, ce «nous » ne peut qu’emplir le collectionneur de fierté nationale.

« Notre sol », « nos souverains, «nos régions », «nos Gloires ». Le doute n’est pas permis: entre les Belges d’aujourd’hui et d’autrefois, le fil ne s’est jamais rompu. Les gosses émerveillés ne manqueront pas de retenir la leçon: «C’est par # manque d’unité et d’esprit national que les Belges furent écrasés » par César au temps des Gaulois. « Godefroid de Bouillon parlait nos deux langues nationales. » Ce sont « d’innombrables Belges » qui sont partis à la première croisade, et « les Belges jouèrent le rôle le plus important » dans l’assaut et la prise de Jérusalem en 1099.

Gloire aussi au prolétariat flamand, qui a fait mordre la poussière à l’orgueilleuse chevalerie française dans la plaine de Courtrai. Car « c’est de la Flandre que partira l’unité de la Belgique », et « Bruges sauva en 1302 l’indépendance de la Flandre et sans doute l’indépendance de la future Belgique ».

ke à Su Lai MUSÉE ROYAL DE MARIEMONT. © JEAN-LÉON HUENS – SOFAM ME TE À « L’ambition est de stimuler un patriotisme fervent et rassembleur »

Prolifique Moyen Age, ainsi célébré sur un tiers de la collection. La période est manifestement digne d’intérêt, avec son peuple flamand et liégeois épris de liberté et de démocratie, avec «ces Flamands et Wallons unis dans un même sentiment de foi chrétienne ». Paul Bertrand, médiéviste à l’’UCL., décode une telle marque d’attention: «Pour eee

eee l’abbé Schoonjans, le Xv° siècle, c’est le moment du passage du “peuple belge” du Moyen Age à l’“Etat belge”. »

Philippe le Bon, duc de Bourgogne, ne travaille-il pas alors à réaliser « l’unification de la future Belgique » ?

Merci, les Bourguignons ! Sans doute l’un d’entre eux, 2 Charles le Téméraire, s’est-il livré à l’odieux sac de Liège et de Dinant et a-t-il sur la conscience le massacre de 600 Franchimontois.

Mais c’est parce que ces valeureux résistants avaient choisi le mauvais camp… français bien sûr.

Le bon abbé serait bien en peine de tresser pareilles louanges au sinistre Philippe II d’Espagne, qui fit tant de tort dans nos contrées au cours du xvr’ siècle:

le successeur de Charles Quint passe nettement moins bien la rampe que son célèbre père qui, lui, avait au moins le mérite d’être né à Gand et de s’être comporté en prince bourguignon. Alors que son tyran de fils, grand usager des services de l’Inquisition, n’avait rien qui puisse plaider en sa faveur : « Malheureusement, Philippe IT avait été éduqué en Espagne et ne comprenait pas le caractère belge », commente gravement l’abbé Schoonjans. Quoi de plus suggestif, pour mieux sou- < LE ligner ce triste profil de monarque “ «étranger », que de le représenter vêtu de l’austère habit à la mode la plus belle colonie du monde. »

espagnole… ; mi Des vicissitudes et des tourments, les Belges en ont vu d’autres au fil des siècles. Surtout lorsqu’ils se retrouvent, fin xvur’ siècle, sous la botte des révolutionnaires français et de « leur idéologie nouvelle », attaque l’abbé : « Cette

Ca CIVILISATEUR « Les Belges ont fait du Cong idéologie se résumait dans les Droits de l’Homme. Et le premier de ces droits était la liberté. C’est pourquoi les conquérants plantèrent partout des «arbres de la liberté »

surmontés du bonnet phrygien. Mais les Belges d’alors ne furent jamais dupes de ces belles promesses… » Une vraie z Calamité, « ces conquérants qui ne respectent rien », se désole : l’ecclésiastique. Ces vingt ans d’occupation française, le Belge les a subis le plus souvent reclus chez lui. « Jamais on n’a tant joué aux cartes qu’au début du xIx° siècle. », relève le narrateur.

Qu’attendre d’ailleurs de ces sans-culottes qui, le chromo fait foi, ne se séparaient jamais de la dive bouteille.

A côté de ces rustres français, les lointains envahisseurs germains des premiers siècles de l’ère chrétienne passent pour de vrais enfants de chœur.

L’abbé Schoonjans est formel :

« Dès la fin du 11° siècle, les Francs se mirent en marche pacifiquement vers nos régions fort dépeuplées à cette époque; ils s’installèrent lentement dans le nord de notre pays ; leur langue est devenue le flamand. »

Rien à voir avec ces barbares et ces vandales aux incursions ravageuses. Sauf que le tableau est un peu trop idyllique pour être honnête, aux yeux de l’his: torien Paul Fontaine : « La collection Nos Gloires distille une version très édulcorée des relations avec les Germains. » Il faut y voir « la volonté de gommer tout ce qui pouvait contribuer à entretenir l’animosité entre les peuples, alors que l’heure était à la

4 ENSEIGNEMENT LEÇON DE PATRIOTISME AUX ÉCOLIERS « nseigner la patrie » à des générations de chères têtes

E blondes est une cause de salut public. Les manuels scolaires font leur office : la grandeur d’un passé multiséculaire y est exaltée à toutes les pages. L’historien Godefroid Kurth, maître de Pirenne, et qui fait autorité au début du xx° siècle, conclut ainsi l’Histoire de Belgique qu’il rédige en 1910 : « Jeunes lecteurs, vous venez de parcourir dans ce livre deux mille ans de notre histoire nationale […]. » Rien que ça.

La thèse de la prédestination de la Belgique a la vie dure dans les classes. Elle y survit même à la Seconde Guerre mondiale.

Dans l’euphorie de la Libération, le ministre de l’Instruction publique, le libéral Auguste Buisseret, rappelle la consigne :« Les cours d’histoire donneront l’occasion de montrer la continuité de l’effort belge à travers les siècles. […] Sans tomber dans les excès du chauvinisme, toute l’éducation doit être imprégnée de l’admiration de nos gloires communes. » Message ministériel reçu cing sur cinq : « Soyons fiers de notre patrie qui remonte à des “ancêtres immortels” comme Boduognat, Clovis et Albert Ie” », proclame une « histoire de Belgique » à l’époque destinée au degré moyen.

Jusque dans les années 1960, le cap est maintenu, rappelle l’historien Cédric Istasse : « Les programmes insistent sur les finalités civiques du cours d’histoire, investi d’une importante fonction patriotique. » L’irruption du rénové dans les années 1970 finira par avoir raison de l’Histoire de Belgique et de sa glorieuse « ligne du temps », noyées dans une vision globale et thématique des civilisations. € P. Hx Les manuels scolaires d’histoire pour l’enseignement secondaire belge francophone (xix° – xx° siècles), par Cédric Istasse, Louvain-La-Neuve, 2005.

réconciliation après l’armistice de 1945 ».

Eviter les sujets qui fâchent, tel est le mot d’ordre. Tout ce qui dérange la concorde nationale et montrerait des Belges divisés est soigneusement évacué de la collection. Le passé national défile ainsi comme une success-story qui a conduit au happy end de 1830 :

la Belgique surgit alors, enfin libre et indépendante, une et indivisible. Groupée autour de sa dynastie, les SaxeCobourg-Gotha, dynastie «librement choisie par la volonté du peuple belge, mûri par la longue expérience de sa vie d’Etat belge, et qui s’est proclamé Royaume de Belgique », s’enflamme l’abbé Schoonjans.

A ce jeu-là, Léopold II tire admirablement bien son épingle du jeu. Le royal prisonnier de guerre, retenu au château de Laeken par ses geôliers allemands de 1940 à 1944, a visiblement su préserver son intégrité morale dans l’épreuve. Pas uneillustration faisant allusion à sa rencontre avec Hitler ou à son remariage controversé avec Lilian

« Nos Gloires, testament en couleurs de la Belgique de bon-papa Baels sous l’Occupation. Pas un chromo pour évoquer la libération des seuls prisonniers de guerre flamands par les révérence sous la pression de la rue:

« De nouvelles élections donnèrent la majorité à la droite, et le 20 juillet 1950, le Roi fut rappelé. Il revint au pays. Alors, ses adversaires eurent recours à la force ; ils déclenchèrent des grèves et des émeutes. Devant une telle attitude, très noblement (sic), le Roi abdiqua. »

Aucune ombre au tableau belgiciste, et ce jusqu’en terre africaine où l’aventure coloniale mérite de l’abbé ce grand coup de chapeau : « L’effort des Belges au Congo fut admirable. Ils en ont fait la plus belle colonie du monde.

Valoriser, moderniser, embellir, enrichir un pays sauvage, c’est bien.

Civiliser un peuple, c’est mieux […]. »

L’ironie de l’histoire finit par s’en mêler: le dernier volume de la collection illustrée paraît en 1961, alors que le pays prend congé de son ère « belgicaine ». 1960 : fin de l’aventure coloniale. 1960-1961 : la grande grève qui annonce le fédéralisme wallon. 1962-1963 : adoption des lois linguistiques et fixation de la frontière linguistique. Au moment de faire leurs premiers pas, Nos Gloires ont prématurément vieilli, couchées sur ce qui devient rapidement «le testament en couleurs de la Belgique de “bonpapa”. » Le Musée royal de Mariemont en conserve précieusement des aquarelles originales. e P. Hx

Allemands. Pas une vignette consacrée aux profonds déchirements entre Wallons, Flamands et Bruxellois que provoque le retour de Léopold IT sur le trône. Le collectionneur d’images retiendra de la version de l’abbé Schoonjans, avec quelle élégance le souverain malheureux a tiré sa

\ 2 à i SINISTRE Philippe le Bel, roi de France.

Source: actes d’un colloque (Presses de l’Université Saint-Louis – Bruxelles) consacré en 2012 à la collection Nos Gloires par le Musée royal de Mariemont qui a acquis, en 2009,305 aquarelles originales de la série.

LES FRANÇAIS : L’AFFREUX DE SERVICE EST « SANS CULOTTE »

oute bonne histoire a sa bête noire. Dans le rôle du mauvais de service, le remuant

T voisin français. La France l’a un peu cherché, elle qui s’accommode mal de l’indépendance de la petite Belgique, et qui persiste à la traiter comme un prolongement naturel de son territoire, voué tôt ou tard à réintégrer le sein de la République.

Il faut conjurer cette menace permanente. Le Français sera donc traduit au tribunal de l’Histoire de Belgique en tant qu’ennemi héréditaire, celui qui est derrière tous les mauvais coups, l’incorrigible méchant stigmatisé pour sa perfidie et ses manigances. L’infâme Louis XI, le sinistre Philippe le Bel, ne méritent que le pilori.

La collection illustrée Nos Gloires donne le ton. « Etonnamment, l’ennemi des Belges, au fil de ce grand Moyen Age, c’est le Français et surtout, le roi de France. On attendait des charges à l’encontre de l’Empire germanique, au sortir de ces deux guerres mondiales qui laissent la Belgique exsangue. Et c’est la France qui apparaît comme l’ennemi héréditaire.

Bourgogne, Espagne, Autriche… leurs princes sont, eux, “nos princes légitimes”. Mais la France… Jamais ! », souligne le médiéviste Paul Bertrand (UCL).

Bien plus tard, les sans-culottes qui s’exportent sous nos latitudes, à l’époque de la Révolution française, perpétuent cette triste réputation. Ils deviennent, observe le spécialiste de l’époque Philippe Raxhon (Université de Liège), « les pires créatures historiques qui soient, les T-Rex de cette faune. » € P. Hx

Sources — 3. Ce qu’on apprend à l’école

Sources — 3.1 Quand les politiques s’en mêlent

[164] Martine Dubuisson, « La Flandre révise son enseignement / Plus d’histoire flamande, moins d’histoire nationale… », Le Soir, 3 juillet 1990

Ecrire l’histoire. Ou la réécrire. Ou l’apprendre. Autant de missions qui, parfois, échappent difficilement à la tentation d’adapter le cours des choses à sa propre interprétation…

Il y a un an, Jaak Gabriëls, président de la VU, déposait une proposition de décret au Conseil flamand. Son objectif : introduire une nouvelle matière obligatoire dans le cours d’histoire de l’enseignement secondaire. Celle du mouvement flamand…

Le cours d’histoire dispensé dans l’enseignement secondaire, traditionnel, professionnel et technique flamand, est actuellement soumis à une restructuration qui vise, notamment, à imposer un minimum de deux heures par semaine. Ceci pour corriger une certaine anarchie, les situations variant selon les écoles et les années d’études.

Anarchie à laquelle n’échappent pas certaines matières. Ainsi, si le mouvement flamand est au programme de certaines écoles secondaires, il ne l’est pas dans d’autres. Or, estime le président de la VU, l’influence importante qu’a eue ce mouvement sur l’histoire de la Belgique, mouvement dont les représentants sont toujours actifs rend inévitable de s’y intéresser tout particulièrement.

Ce n’est que par l’introduction réelle d’une matière « Vlaamse Beweging – dans le programme de l’enseignement secondaire que la jeunesse flamande apprendra à connaître et à comprendre le passé de l’émancipation flamande croissante et de la libération politique, sociale et culturelle de notre peuple, argue Jaak Gabriëls.

Et son argumentation se renforce d’autant plus qu’après plus de 150 ans, la Belgique unitaire s’est muée en Etat fédéral, les deux grandes communautés du pays ayant opté pour plus d’indépendance. Evolution qui aura son influence sur la vie des générations à venir, estime-t-il.

Sa proposition tient donc en une idée : prévoir, dans le programme d’histoire générale de l’enseignement secondaire organisé ou subsidié par la Communauté flamande, des leçons consacrées au mouvement flamand. Autrement dit : s’étendre un peu moins sur l’histoire nationale et un peu plus sur l’histoire flamande…

Mais pour que les têtes bien pleines ne soient pas uniquement e adolescentes, un autre mandataire VU, le sénateur Rik Vandekerckhove, s’est attaché, lui, dans une autre proposition de décret, à la création d’une chaire consacrée à « l’histoire du mouvement flamand » dans l’enseignement universitaire de la Communauté flamande. Car celle-ci doit s’assurer que dans l’enseignement supérieur et universitaire, les résultats de la réforme de l’Etat soit pleinement compris. Soit, qu’à côté de l’histoire nationale, les universités ne négligent pas – l’histoire fédérale de la Flandre -. D’autant qu’une étude approfondie du mouvement flamand devrait contribuer à un comportement flamand sain et plus conscient. Cette chaire universitaire devrait se consacrer à tous les aspects du rôle du mouvement flamand dans le processus d’émancipation du peuple flamand.

Conclusion : Dans la perspective de l’Europe 1992, il esi grand temps que nous

réapprenions à découvrir et apprécier notre propre identité. Pour une meilleure

connaissance de la Flandre, aussi bien dans sa dimension européenne

qu’internationale… Contradictoire ?

[165] La Wallonie. Cahier pédagogique, Région wallonne / Institut Jules Destrée, 1998 — notes de l’auteur

Préface

Marcella Colle-Michel (inspectrice à la Communauté française)

Maurice Lecerf (Dir. gén. adjoint Enseign. Province Liège)

Philippe Mottequin (Dir. Services Diocésains Enseign. Secondaire Namur- Lux)

Carte blanche 2 (en rapport avec la fiche 3)

Langue: “une langue est un système de signes vocaux doublement articulés, propre à une communauté humaine donnée. A cette définition “scientifique” s’ajoute un usage courant qui attribue à la langue un caractère standard, unifié,officiel.”

Langue endogène: “issue d’une langue plus générale, la langue endogène est un parler qui a évolué, s’est transformé, s’est indivifualisé dans une aire géographique déterminée où il continue une tradition multiséculaire.”

Patois: “parler propre à une région à l’intérieur d’un dialecte.”

Carte blanche 3 (en rapport avec la fiche 7)

Y a-t-il une littérature wallonne?

(aucune mention de la littérature en langue wallonne)

Carte blanche 6 (en rapport avec la fiche 16)

“(…) le français était la langue des provinces wallonnes (…)”

Bibliographie

Historiographie révisionniste.

C46 Wallonie région d’Europe: Belgique: Wallonie / Bruxelles – Brussel / Vlaanderen.

Carte blanche 9

26 Symbolique wallonne

“Au XIXe siècle, le coq s’est affirmé comme emblème de la République française. Finalement, l’Assemblé wallonne décide: “La Wallonie adopte le coq rouge sur fond jaune, cravaté aux couleurs nationales belges.”

Carte blanche 6

Des provinces françaises

“ (…) au début des Temps Modernes, il y avait une multitude de duchés (de Brabant, de Luxembourg, par exemple), de principautés (Liège), de comtés (Hainaut, Namur).”

(…) Jusqu’à l’époque autrichienne, “à aucun moment, on ne voit appraître une préfiguration de ce que sera la Wallonie. C’est la République française qui réalise l’amalgame des différentes provinces et prépare la Belgique de 1830.”

(…) “Les départements d’autrefois sont devenus les provinces belges.” Les départements français étaient de simples subdivisions territoriales, où le préfet ne faisait qu’exécuter les décisions de l’Etat central. “Ce centralisme – jacobinisme – a été introduit après la Révolution française de 1789 pour brimer voire briser le pouvoir de l’aristocratie locale.”

C6 La Wallonie dans la francophonie (carte)

6 La Wallonie dans la francophonie

“On estime le nombre de francophones ayant le français comme langue maternelle ou “familière” à 133 millions, et à 25 millions le nombre des autres personnes connaissant le français dans le reste du monde.”

“Le néerlandais est parlé par 21 millions de personnes. Le français est parlé par les cinq continents et est enseigné dans presque tous les pays. Il est en usage dans tous les forums internationaux.”

4 La position culturelle des Wallons

(Félix ROUSSEAU, Le problème culturel en Belgique, in: La Nouvelle Revue Wallonne, t. XIII; 3-4, 1965, s.p.)

Le latin populaire a donné naissance “aux dialectes de langue d’ oïl au nord de la Loire, aux dialectes de langue d’oc au sud du fleuve. Nos dialectes wallons, picards, lorrains appartiennent à la famille des dialectes d’oïl.”

“Sans aucune contrainte, de leur propre volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris, et, depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française.”

“Les Wallons ont eu une chance inouïe dans leur histoire: un dialecte d’oïl, c’est-à-dire appartenant à la même famille linguistique que leurs propres dialectes, est devenu très tôt une langue universelle. Ils s’y sont rattachés tout naturellement. Il n’y a jamais eu de culture wallonne. Ce n’est pas le dialecte qui a créé le trait d’union entre tous les Wallons, mais bien le français, autrefois comme aujourd’hui.”

C4 La position culturelle des Wallons (carte de l’Europe)

français/ breton, anglais / gallois, espagnol / galicien, allemand / romanche , … MAIS ‘français’ en Wallonie!

[166] Pieter Kerstens (Bruxelles), « Devoir de mémoire à géométrie variable ! », courrier des lecteurs, L’Avenir du Luxembourg, 5 février 2008 (à propos du « décret d’Arena » relatif à la transmission de la mémoire)

Le décret d’Arena relatif à la transmission de la mémoire et à la promotion des droits de l’homme me laisse pantois.

Il faut entretenir la flamme de l’Histoire: fort bien. À partir de quand? Va-t-on enfin demander des excuses et de justes réparations aux Italiens pour les ignobles sévices commis contre nos aïeux par Jules César?

Allons-nous, Belges, encore tolérer plus longtemps l’oubli dans notre mémoire collective de l’occupation espagnole et plus précisément des troupes du Duc d’Albe, qui se sont comportées comme des assassins dans nos provinces durant le 16€ siècle? (..)

Doit-on se limiter géographiquement-à la Belgique ? Le futur décret sera-t-il étendu à la transmission de la mémoire et qui implique entre autres:

– les exactions de l’Empire Ottoman dans les pays du bassin méditerranéen ?

– les exterminations, les crimes contre l’Humanité et les déportations organisées par le socialisme totalitaire, tout au long du 20° siècleen Europe, en Afrique ou en Asie (plus de 100 millions de victimes)?

– l’ignoble mascarade des J.0. de Pékin de 2008 qui couvre l’existence de plus de 1300 laogaïs en Chine, pays où les libertés fondamentales n’existent pas ?

Pays où les condamnés à mort sont exécutés (8000 en 2007)

pour un répugnant trafic d’organes vendus à prix d’or aux occidentaux ?

Le «devoir de mémoire» n’est pas à géométrie variable! Stop aux manipulations et aux hypocrites!

[167] Université de Mons, catalogue des exposés scientifiques destinés à l’enseignement secondaire et aux hautes écoles, 2013-2014 : exposés de Philippe Destatte

DESTATTE Philippe Historien et prospectiviste, Philippe Destatte est directeur général de l’Institut Destrée, un centre de recherche et think tank européen localisé à Namur et spécialisé dans l’intelligence territoriale en politiques publiques et le développement régional. Depuis 2004, Philippe Destatte enseigne l’histoire de Belgique, de la société et des institutions à l’Université de Mons (Ecole de Droit et Faculté Warocqué d’Economie et de Gestion) et y est actuellement maître de conférences. Formé à la prospective en France et aux Etats-Unis, notamment à l’Université de Houston, Philippe Destatte enseigne cette discipline en master professionnel d’Economie aux universités de Paris-Diderot et Reims Champagne-Ardenne. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages parmi lesquels Un autre pays (19702000), dernier volume de la Nouvelle histoire de Belgique (Le Cri, 2009).

+ adresse électronique : philippe.destatte@umons.ac.be

Exposé 128.

DESTATTE Philippe – La Révolution industrielle en Wallonie C’est l’idée même de Révolution industrielle comme processus de changement total et de mutations de tous les domaines de la société qui sera d’abord présentée et discutée : le concept est particulièrement utile au moment même où nous assistons à une profonde transformation des sociétés contemporaines. L’exposé aborde les temps longs et les différentes étapes de la Révolution industrielle en Wallonie et analyse son bilan de manière précise. Cette présentation permet de conclure sur l’observation de la Révolution cognitive à laquelle nous assistons actuellement.

Adapté aux étudiants de 4, 5, et 6& années du secondaire — durée approximative de l’exposé : 45 minutes.

Exposé 127.

DESTATTE Philippe —- La Région wallonne, Les efforts de redressement Depuis la mise en place du gouvernement Eyskens-Merlot, en 1968, des politiques publiques ont été mises en place par des institutions nouvelles qui ont tenté d’enrayer le déclin qui a frappé progressivement la Wallonie depuis la Première Guerre mondiale. La présente conférence a pour objectif de montrer la permanence des efforts réalisés ainsi que l’amplitude des moyens qui se sont accrus au fur et à mesure de la réforme de l’Etat et des transferts de compétences aux entités fédérées.

Adapté aux étudiants de 4, 5, et 6° années du secondaire — durée approximative de l’exposé : 45 minutes.

[168] « Le Parlement wallon devient “territoire de mémoire” », Vers l’Avenir, 9 mai 2012

Depuis quelques années, le Parlement wallon a créé en son sein un «comité de mémoire et de démocratie» composé de plusieurs députés.

Son but principal : travailler à l’élaboration d’un cadastre des lieux de mémoires de la Première et Deuxième Guerre mondiale en Wallonie. À terme, un site internet répertoriera tous ces lieux.

Mais, au-delà, le comité est actif dans toutes les actions .

de mémoires qui sont entreprises en région wallonne.

Ce mercredi, le bâtiment du Parlement wallon deviendra d’ailleurs officiellement «territoire de mémoire ».

Une plaque commémorative sera installée dans la verrière du Parlement.

L’action, menée le lendemain de la commémoration de la fin du nazisme, a été lancée en synergie avec l’ASBL «Territoires de mémoire ».

Il s’agit d’un centre d’éducation à la résistance et à la citoyenneté reconnu par la Communauté française de Belgique.

« Pour effectuer un travail de Mémoire auprès des enfants, des jeunes et des adultes, l’association développe diverses initiatives pour transmettre le passé et encourager l’implication de tous dans la construction d’une société démocratique. garante des libertés fondamentales» expliquent les responsables de l’ASBL.

Dans le cadre de cette synergie, «territoires de mé.

moire» recevra bientôt du Parlement le label « passeur de mémoire ».

Une collaboration fondamentale pour le président du Parlement, Patrick Dupriez.

« Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre, disait Churchill. Le fascisme n’est pas une menace à l’horizon, il est en germe à côté de nous, parfois en nous : c’est la « normalisation » chez nos voisins, français frappés d’amnésie, d’un parti de la peur et de la nostalgie sélective ou l’arrivée le week-end passé de 22 néonazis au Parlement grec ».

Deux événements qui montrent effectivement que le ventre de la bête est encore fécond…

Sources — 3.2 Le débat chez les historiens et les lecteurs

[169] « Flamands-Wallons : le couple raté », courrier des lecteurs (Claude Thayse, Gilles Vanden Burre, Marc Walckiers, Vincent Laborderie), Le Vif/L’Express, n° 23, 8 juin 2012, p. 108

FORUM DES LECTEURS — Flamands-Wallons : le couple raté

Il faut féliciter le Vif/L’Express d’avoir publié le dossier « Wallons-Flamands, le couple raté » dans son édition du 25 mai. Il éclaire d’un jour nouveau ce propos d’Ernest Renan dans Qu’est-ce qu’une nation ? : « L’oubli et je dirai même l’erreur historique sont un facteur essentiel de la formation d’une nation et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. » Un regret, que ce dossier se limite à ce qui s’est passé depuis 1830, alors que les relations difficiles entre les populations de parlers « thiois » et « romans » sont beaucoup plus anciennes et expliquent la tendance lourde qui a alimenté une guerre civile et économique froide qui dure depuis plus de cent cinquante ans. Osons le dire : les problèmes linguistiques ne sont pas une invention récente. Quels que soient les régimes qui se sont succédé dans nos régions et sans qu’il y ait eu de marquage physique ou administratif, une frontière linguistique existe depuis longtemps. À preuve : l’Église, seule structure dominante constante depuis la fin de l’Empire romain, en a perçu l’ampleur et tenu compte en structurant son organisation pour éviter les tensions. Philippe II, fils de Charles Quint, ne réorganise-t-il pas entre 1559 et 1561 les évêchés médiévaux qui auparavant « chevauchaient la frontière des langues ». Et, à la même époque, les collèges de Jésuites sont répartis en deux provinces « pour faciliter l’administration et pour assurer la concorde et l’union sacrée » [sic !]. Les Carmes et les Récollets ont adopté le même principe au XVIIe siècle, les Capucins en 1712. Même préoccupation en 1781, contre un projet d’édit sur les ordres contemplatifs qui prévoyait une assemblée unique et l’élection d’un « visiteur général ». Le Grand Conseil de Malines – instance supérieure de justice des Pays-Bas – et les conseils de justice provinciaux qui souhaitaient éviter « des prépondérances des maisons des provinces flamandes ou wallonnes, ce qui pouvait entraîner des murmures et des dissensions ».

— Claude Thayse, maître de conférences, École de santé publique, ULB, par courriel

À la lecture du dossier « Wallons – Flamands, le couple raté », j’ai trouvé les conclusions tirées de cette analyse historico-psychologique tout à fait malhonnêtes intellectuellement. Au niveau historique, les symboles sont connus : l’élite francophone dominante, les soldats flamands envoyés au front en 1914, le « Walen buiten » ou la collaboration au sortir de la Seconde Guerre mondiale. De là à en conclure que le « divorce est annoncé » ou que, « depuis toujours, Flamands et Wallons évoluent chacun de leur côté », on tombe dans le simplisme primaire. Le clou se trouve page 26 lorsque le journaliste démontre l’échec de l’État belge en concluant par : « Aujourd’hui, devant la télé, le Flamand savoure The Voice van Vlaanderen. Le francophone s’éclate devant The Voice Belgique ». On croit rêver… […] Pas une seule fois les mots solidarité ou multiculturalité ne sont cités et pas une seule donnée économique n’est prise en compte. Quel intérêt y a-t-il donc à annoncer la fin du modèle belge ? Ce modèle qui témoigne, au moment où d’autres pays sont au bord de la faillite, d’un espoir pour l’avenir : faire cohabiter, au cœur de l’Europe, des Communautés différentes de manière pacifique, prospère et solidaire.

— Gilles Vanden Burre, président du comité de direction de l’ASBL BPlus, par courriel

En 1830, les Belges étaient unanimes pour se séparer du royaume de Hollande dominé par les réformés et plus que maladroit à l’égard de ses nouveaux concitoyens. Très libéral dès l’origine […], le jeune État belge admit dès 1837 l’exigence des Belges du nord (Flamands, Brabançons, Anversois, Limbourgeois) d’être administrés dans leur langue et confia aussitôt le choix de cette langue à une commission ad hoc ; et c’est le désaccord persistant entre Belges du nord sur le choix de leur langue commune qui retarda jusqu’à 1898 l’adoption du hollandais (rebaptisé néerlandais) comme 2e langue nationale de Belgique. Ce n’est évidemment pas ce qu’on enseigne aux jeunes Flamands. […] Concernant vos « actes 2 à 4 », ce sont bien les deux guerres mondiales qui ont suscité les dissensions entre Belges du nord et du sud, notamment par la captivité prolongée de nombreux militaires francophones en Allemagne. Mais il y a des lacunes majeures dans votre « tragédie » belge :

– Le succès extraordinaire de l’État belge, devenu 2e puissance industrielle mondiale à la fin du XIXe siècle, ce qui permit de développer le nord de la Belgique au XXe siècle. […]

– Le combat d’inciviques de l’après-guerre contre le recensement linguistique de la loi de 1932, combat ayant mené aux lois de malheur de 1962 et 1963 abolissant ce recensement et créant une situation arbitraire et antidémocratique en périphérie bruxelloise. […]

— Marc Walckiers, par courriel

Un nationalisme francophone qui s’ignore

Dans sa dernière chronique (Le Vif/L’Express du 25 mai), Pascal De Sutter avance une idée singulière : les Flamands voudraient obliger Bruxellois et Wallons à vivre « à la flamande ». On se demande bien d’où vient cette idée. Une connaissance basique du nationalisme flamand suffit en effet pour savoir que la volonté de coloniser ou d’assimiler la Wallonie y est totalement absente. Mais renonçons à comprendre puisque l’auteur ne s’appuie que sur une seule et mystérieuse donnée : son « intime conviction ». Analysons plutôt son discours et qualifions-le comme il doit l’être : du nationalisme francophone. L’utilisation de la peur d’être conquis et assimilé par un « autre » constitue en effet l’argument principal utilisé par les nationalistes. Que cet « autre » soit musulman, francophone ou flamand ne change rien à l’affaire. Brandir la peur de la viande halal et du voile islamique, de la francisation de la Flandre, ou de la flamandisation de Bruxelles et de la Wallonie font appel aux mêmes mécanismes psychologiques. Sans surprise, la conclusion finale de M. De Sutter est la même que celle des nationalistes flamands : séparons-nous au plus vite de cet « autre » qui va nous dominer et nous imposer son mode de vie. Cette peur de la domination renvoie ainsi à un Vic Van Aelst déclarant : « Les francophones n’arrêteront leur lutte que quand le cabillaud au large d’Ostende parlera français. » La différence fondamentale est que, alors que les déclarations de M. Van Aelst avaient suscité indignation et condamnation en Flandre, la chronique ici citée est passée comme une lettre à la poste en Belgique francophone. La raison en est simple : le nationalisme francophone passe inaperçu puisqu’il ne se conçoit pas. M. De Sutter nous démontre cependant que ce nationalisme existe bel et bien.

— Vincent Laborderie, doctorant en sciences politiques à l’Université catholique de Louvain

[170] Walter Pauli, « “Ik hoop dat Bart De Wever niet de Boris Jeltsin van Vlaanderen wordt” », entretien avec l’historien Lode Wils, Knack, 17 juin 2020, p. 98 et 103

(texte original en néerlandais)

IK HOOP DAT BART DE WEVER NIET DE Historicus Lode Wils over de anti-Belgische ziel van de Vlaamse beweging

BORIS JELTSIN VAN VLAANDEREN WORDT De zoveelste episode van een schijnbaar eindeloos slabakkende federale formatie wordt steeds weer uitgelegd als het resultaat van de manoeuvres van Paul Magnette, Joachim Coens of Bart De Wever. Historicus Lode Wils plaatst het in een breder historisch perspectief.

’Als De Wever de druk van de N-VA kan weerstaan, zal hij een groot staatsman zijn.

Door WALTER PAULI, foto LIES WILLAERT hun uitles van wat er in 1830 gebeurde: de Belgische opstand tegen Willem I was géén opstand van het Franstalige zuiden tegen het Nederlandssprekende noorden, waarbij Vlaanderen het kind van de Franstalige rekening werd. In de splitsing van 1830 speelde de taalkwestie slechts een heel ondergeschikte rol.

LODE WILs: Onder Willem I was het Frans ook in Den Haag de hoftaal. Daaraan is pas een einde gekomen aan het einde van de negentiende eeuw. Koning Willem III (1817-1890) was op oude leeftijd hertrouwd met de jonge Duitse prinses Emma. Na de dood van haar echtgenoot was hun dochter Wilhelmina nog een kind. Emma werd regentes, en als Duitse vond zij het vanzelfsprekend dat aan haar hof geen Frans maar Nederlands werd gesproken.

Het Frans van de Nederlandse koningen uit de negentiende eeuw is nooit gezien als een vijandelijke daad tegenover het Nederlandse volk, het Frans van Leopold I en Il wel als een aanslag op Vlaanderen. CD&V-kamerlid Hendrik

er Was in Vlaanderen véél meer gecollaboreerd dan in Wallonié en je kunt moeilijk de helft van de Vlaamse bevolking in de gevangenis steken. Dat kwam omdat het Waalse politieke klimaat veel patriottischer was dan het Vlaamse. Vandaar dat zo veel Vlamingen geen bezwaar hadden om samen te werken met de nazis.

Résumé en français : L’historien Lode Wils (KU Leuven) rappelle que la révolution de 1830 ne fut pas une révolte du Sud francophone contre le Nord néerlandophone : la question linguistique y joua un rôle secondaire, et le français était aussi langue de cour à La Haye. Il ajoute : « On a collaboré beaucoup plus en Flandre qu’en Wallonie (…) parce que le climat politique wallon était bien plus patriotique que le climat flamand. »

[171] Entretien avec Lode Wils, Knack, 10 juillet 2019, p. 14

(texte original en néerlandais)

wils: De flamingantische leugenpropaganda heeft uitstekend werk geleverd. De visie op de geschiedenis die de Vlaamse Beweging heeft gepropageerd, is al zo ver doorgedrongen dat heel onze bevolking — flamingant of niet — gelooft dat België ontstaan is in 1830. Maar is er iemand die zal beweren dat Frankrijk ontstaan is in 1789? We weten allemaal dat Frankrijk gegroeid is vanuit de middeleeuwen en dat die protonatie tot natie omgevormd is door de revolutie van 1789.

Zo is ook België 400 jaar lang gevormd vanaf Filips de Goede in 1430 en omgevormd tot natie door de Brabantse Omwenteling (1789) en de Belgische Revolutie (1830). Zo is dat met alle landen in Europa gegaan, maar alleen hier denkt men dat België in 1830 uit de lucht kwam vallen, uit het niets geschapen werd door de grote mogendheden. Dat is de beste illustratie van hoezeer onze historische visie is aangetast door de Vlaamsnationalistische propaganda. In propaganda wordt de geschiedenis altijd zorgvuldig verdraaid.

Résumé en français : « La propagande mensongère flamingante a parfaitement fonctionné » : toute la population croit que la Belgique est née en 1830, alors que personne ne dit que la France est née en 1789. La Belgique s’est formée pendant quatre siècles depuis Philippe le Bon (1430) et est devenue une nation par la révolution brabançonne (1789) et la révolution belge (1830).

[172] Bart Brinckman, entretien avec le politologue Kristof Jacobs, De Standaard, 28 juin 2016

(texte original en néerlandais)

BRUSSEL Bijna 70 jaar geleden organiseerde België een referendum over de toekomst van Leopold III. De apotheose van de koningskwestie leidde haast tot een burgeroorlog. Kristof Jacobs (Radboud Universiteit Nijmegen):

’In zekere zin herbeleven de Britten een light variant van de Belgische geschiedenis. Twee gelijkenissen: de uitslag is relatief nipt, en diverse regio’s staan lijnrecht tegenover elkaar. In Belgié was dat Vlaanderen tegen Wallonië, in Groot-Brittannié gaat het om Schotland en Noord-lerland tegen

Engeland en Wales, of de Londense regio tegen de rest

Résumé en français : À propos du référendum sur le Brexit, Kristof Jacobs (Université Radboud de Nimègue) le compare à la consultation populaire belge de 1950 sur Léopold III, qui faillit mener à la guerre civile : résultat serré et régions opposées les unes aux autres.

7.   Sources complémentaires

1.1   Théorie raciale pré-nazie d’un futur recteur d’université en Belgique

La régionalisation en Belgique a un fondement racial, raciste, typique de l’extrême-droite. (in: Annuaire de la SLLW, 1995, p.179-211)

Un futur recteur d’université en Belgique a développé une théorie raciale pré-nazie

La régionalisation en Belgique a un fondement racial, raciste, typique de l’extrême-droite.

Dans une théorie raciale pré-nazie, un futur recteur de l’ULg, Julien Fraipont, a jeté les fondements du racisme en Belgique. Il n’a jamais été remis en question.

Le souhait de certains de diviser la Belgique en 4 Régions et plus en provinces est réellement une conception de l’extrême-droite.

Le dictionnaire Larousse (1933), raciste envers les Belges

Dans les années 1940 et 1950, des universitaires ont perpétué cette analyse raciale, voulant distinguer les « Wallons » des « Flamands »:  E. Debaille (Charleroi), le Dr Jorissenne (Liège) et Roger Pinon (Charleroi / Liège). Ils n’ont JAMAIS été inquiétés…

E. Debaille (conservateur du Musée archéologique de Charleroi), Nos vrais ancêtres, 1945 – La fin d’une légende … germanique !!! (Points de vue et documentation du wallon – directeur E. Lempereur)

 

(p.21) En outre, nos mœurs, notre caractère, notre langue, tout nous apparente aussi à nos frères néolithiques du Sud.

On peut donc conclure que la race wallonne (à part dans les îlots encadrant les charbonnages) ne provient aucunement d’une souche germanique, mais qu’elle appartient incontestablement au type alpin du grand anthropologue français Montandon, et que les préhistoriens désignent sous le nom de race néolithique.

Il importe donc ne de ‘pas laisser s’accréditer la légende apocryphe attribuant aux Wallons une origine subnordique, car il y va de l’avenir de notre race.

 

Discours de R(oger) Pinon prononcé au Congrès National wallon de Charleroi, 26/5/1957, in: L’ Ethnie Wallonne, 1958

 

L’ Ethnie wallonne: la Race wallonne: (pp.5-6)

(p.5) « Possédons-nous une base racique stabilisée?

Le fonds de la population wallonne est constituée par des brachycéphales d’origine néolithique, auquel il faut ajouter un mince apport gaulois, puis franc, de race dolicocéphale. …

… Le type du Wallon est l’homme de taille moyenne, aux cheveux châtains ou foncés, de même que les yeux, avec une protubérance occipitale presque nulle, des crêtes sourcilières développées, une face large.

Ce type s’écarte du Flamand, plus grand de taille, blond de cheveux, aux yeux bleus, avec une protubérance occipitale très accentuée et une face allongée.  Il s’écarte du Français brachycéphale, par la taille notamment, qui est plus grande. » (p.5)

 

Selon une étude du Dr. Jorissenne, de Liège, “plus de 50 p.c. des Flamands sont prognathes, alors que plus de 85 p.c. des Wallons sont orthognathes.

Or, dans les régions industrielles, 40p.c. au moins des noms de familles sont d’origine germanique.  La différence de pourcentage entre les noms de familles germaniques et le prognathisme probable des ancêtres marque la résorption de ce caractère racique, et la stabilisation de la race. »  (p.6)

 

« Notre démarche est généralement plus lourde que la française, mais plus légère que la flamande. » (p.6)

 

1.2   Jules Destrée, politicien raciste, voire antisémite, fait caché par l’Institut Destrée

(LB, 08/10/1981 & LS, 12/08/1995)

Bernard Padoan, Jules Destrée, patriote et raciste, LS, 12/08/1995

 

Un trait de la personnalité de Jules Destrée est son antisémitisme et son dégoût pour le métissage.

 

Bernard Padoan, Jules Destrée, patriote et raciste, LS 12/08/1995

 

Sire (. .. ), laissez-moi Vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité: il n’y a pas de Belges.  De Jules Destrée, on ne retient bien souvent que cette phrase, tirée de sa célèbre “Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre”, adressée à Albert Ier en 1912.  Pour Jean-Philippe Schreiber, docteur en philosophie et lettres de l’ULB et chargé de recherches au FNRS (1), “c’est un peu court».  Une lecture attentive de la « Lettre », ainsi que des écrits antérieurs et postérieurs de Destrée l’ont amené à la conclusion que l’homme dont le Mouvement wallon a fait sa figure de proue n’était peut-être pas tout à fait celui que l’on croit.  On a beaucoup exagéré le trait en ce qui concerne Jules Destrée, surtout quant à sa pensée avant guerre, présentée comme nationaliste wallonne, voire séparatiste, explique l’historien.  Certes, Destrée aime avant tout la Wallonie, dont il contribuera à faire découvrir le patrimoine. Mais c’est l’iïdée qu’il se fait de la Belgique qu’il défend en s’adressant au roi.  Une Belgique francophone, mais où l’on respecte les deux communautés.  C’est une pensée typique de la bourgeoisie de l’époque, dont Destrée fait partie.  Celle-ci voit dans le français la langue de l’élite, et dans le flamand le dialecte des masses populaires.  Ce que Destrée craint, c’est que les revendications flamandes qui se font jour à l’époque ne mettent en péril la nation telle qu’il la conçoit, c’est-à-dire francophone.  Il est d’ailleurs significatif que Destrée se soit adressé au roi, symbole même de l’unité du pays.  Il voit en lui la seule personne capable de mettre un frein aux revendications flamandes et d’empêcher que, par réaction, les Wallons ne se cabrent, provoquant l’éclatement du pays.  Jules Destrée n’est certainement ni séparatiste ni rattachiste.  C’est un patriote, explique Jean-Philippe Schreiber, et son patriotisme sera encore renforcé par l’expérience de la guerre. Il y voit les masses ouvrières, tant flamandes que wallonnes, défendre ensemble la patrie contre d’autres ouvriers, allemands ceux-là.  C’est un bouleversement intellectuel considérable pour de nombreux penseurs socialistes, comme Destrée ou Henri De Man.  Malgré l’artificialité de l’état belge, Flamands et Wallons ont réussi à construire une nation psychologique.  Les nuances apportées à la pensée de Destrée avant la guerre permettent de mieux comprendre comment, après guerre, il se « convertit » à l’unitarisme.  Devenu ministre des Arts et des Sciences, Destrée exalte désormais, sans contradiction apparente, le roi Albert et le cardinal Mercier, les deux symboles de la Belgique unitaire.

 

 

DESTRÉE ANTISÉMITE

 

Un autre trait méconnu de la personnalité de Jules Destrée, c’est son antisémitisme et son dégoût pour le métissage.  Certes, l’antisémitisme fait partie du bagage intellectuel du temps, explique Jean-Philippe Schreiber. A l’époque, on assimile les Juifs à la finance, à la ploutocratie et au cosmopolitisme.  Mais, chez Destrée, comme chez son maître, Edmond Picard, l’antisémitisme se teinte de considérations raciales. Il faut cependant rester honnête en disant que cet aspect de la personnalité de Destrée ne revêt pas un caractère fondamental dans son oeuvre.  Il n’empêche que c’est au titre de sa haine des métis que Jules Destrée aura des mots très durs pour… les Bruxellois, qui ont, selon lui, “additionné les défauts des deux races (flamande et wallonne), en perdant leurs qualités “.

 

MYTHE ET RÉALITÉ

 

Destrée patriote, Destrée antisémite… Drôle de portrait pour une figure légendaire du Mouvement wallon.  L’homme a peut-être été victime des généralisations abusives d’une histoire vulgarisatrice qui n’a retenu de lui que « la » phrase de sa fameuse “Lettre».  Il est intéressant de noter qu’en 1981, lorsque l’institut Jules Destrée (le bien-nommé) publia une nouvelle édition de la « Lettre », il en élaguera certains passages où Destrée affirme clairement son patriotisme. Pour Jean-Philippe Schreiber, cela s’explique par le fait que l’historiographie wallonne est encore fort (trop?) imprégnée d’un esprit offensif, pas assez dégagée du politique.  La Wallonie est moins riche identitairement que la Flandre.  Elle se cherche des personnages et n’a gardé de Destrée que ce qui lui convenait, en évacuant les côtés les moins souriants de l’homme et en se refusant de faire une lecture complète de la “Lettre au roi”.  Dans quelques décennies, lorsque l’historiographie wallonne sera moins marquée, elle fera une lecture plus équilibrée de Destrée.  Et – pourquoi pas? – se posera « la » question: Destrée n’était-il pas tout compte fait, plus belge que wallon?

 

Quelques repères

 

– 1863: naissance de Jules Destrée à Marcinelle.

– 1894: Destrée devient député socialiste de Charleroi sur la liste du POB (Parti ouvrier beige).  Il le restera jusqu’à sa mort.

– 24 août 1912: publication de la -Lettre au roi sur la séparation de la Wallonie et de la Flandre» dans le “Journal de Charleroi ».

– 16 février 1921: Jules Destrée préside la séance d’inauguration de l’Académie royale de langue et de littérature française.

– 16 mars 1929: Jules Destrée et Camille Huysmans signent le “Compromis des Belges”, dénonçant “comme funeste toute propagande tendant à la constitution de deux États séparés”.

-3 janvier 1936: mort de Jules Destrée.

 

JULES DESTREE ET LA BELGIQUE, LB 04/03/1976

 

A l’occasion de l’exposition commémorative que Charleroi a consacrée à Jules Destrée, plusieurs journaux (surtout ceux reflétant les vues du Rassemblement wallon) ont rappelé la fameuse “Lettre au Roi” de 1912, dans laquelle le leader socialiste wallon déclarait notamment : “Sire, il n’y a pas de Belges”.  Parce que Jules Destrée – qui devait ensuit devenir ministre du Roi – affirmait ainsi, en une formule-choc, la prise de conscience wallonne, certains en font hâtivement le pionnier du fédéralisme, voire du séparatisme. 

 

Il est utile à cet égard de relire ce que Destrée écrivait en 1914, dans un ouvrage paru à Paris sous le titre “Wallonie”.  Il précise sa pensée en ces termes : “Mon pays, c’est la Wallonie. Il est politiquement incorporé dans un pays plus grand : la Belgique. Et la Belgique elle-même est une petite nation qui vit  nécessairement de la vie de ses grands voisins et participe à la civilisation de l’Europe occidentale. J’aime mon pays. J’aime aussi la Belgique dont il fait partie. J’aime encore tout ce que je puis comprendre de la merveilleuse activité humaine de la France, de l’Allemagne, de l’Angleterre.  Mais c’est un sentiment qui n’est vraiment puissant et chaud qu’à son centre, et qui va se refroidissant à mesure qu’il s’élargit.”

 

Destrée se défend aussi d’être rattachiste, écrivant : “Les Flamands affirment leur affinité avec la culture germanique, les Wallons affirment leur affinité avec la culture française, mais ni les uns ni les autres ne souhaitent ni n’admettent sans révolte la suppression de leur indépendance.”  Et de conclure, afin d’éviter toute équivoque :

 

“Est-ce à dire qu’il n’y ait pas de Belges, en Belgique, ainsi que je l’ai un peu exagérément affirmé, par une outrance nécessaire, dans la « Lettre au roi » ?  Agacé par les déclarations faciles et les indignations de commande de ceux que j’ai appelés plus haut les patriotes conventionnels, j’ai voulu alors marquer fortement ce qu’avait de précaire et de superficiel la nationalité belge.  J’ai voulu montrer qu’une union de moins d’un siècle n’était que peu de chose en présence d’une distinction de plus de quinze siècles, qu’il n’y avait là qu’un vernis léger qui, au moindre choc, devait laisser apercevoir l’infrastructure profonde. Mais ce peu de chose, au point de vue de l’histoire, n’est pas peu de chose pour nous.  Nous sommes les petits-fils des révolutionnaires de 1830; trois générations d’une vie magnifiquement ardente ont établi entre Flamands et Wallons des liens assez solides, ont engendré des souvenirs exaltants, ont donné naissance à un patriotisme commun qui n’est pas toujours de convention.  je pense que la moindre alerte extérieure le rendrait évident et agissant. Si quelque voisin menaçait notre indépendance, Flamands et Wallons se trouveraient instantanément unis pour lui tenir tête. Mais aussitôt le danger passé, ils retourneraient à leurs querelles.”

 

Ces lignes prémonitoires furent écrites au début de 1914.  Plutôt que de parier – comme l’hebdomadaire “Forces Wallonnes” – de la “fidélité wallonne de Jules Destrée », pourquoi ne pas parler de sa triple fidélité: wallonne, belge et même européenne?

 

Marcel Grégoire, Jules Destrée et la Belgique, LS 20/02/1986

 

Le 11 février dernier, Le Soir rappelait la lettre que Jules Destrée écrivait au roi le 15 mai 1912.  Il lui disait effectivement : « Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges, mis à part le monde officiel et une espèce de Belges, peu intéressante, qui semble avoir additionné les défauts des deux races, en perdant leurs qualités », à savoir les Bruxellois. « Ce n’est pas un peuple, mais un agglomérat de métis ». Dans sa lettre, Destrée envisageait la séparation des deux peuples d’une manière ambiguë.  D’une part, c’était « un danger pour l’unité nationale, un danger pour notre royaume » ; d’autre part « si c’était la séparation complète, pourquoi ne pourrait-elle pas se réaliser dans la concorde et l’harmonie ? ». Et d’approuver le roi d’avoir préconisé « la force par l’union, par l’entente loyale et cordiale ».

 

Ce qu’on oublie généralement, c’est ce qui a suivi.

 

D’abord, à peine deux ans après l’envoi de cette lettre, de 1914 à 1918, l’attitude de la population belge, mises à part de rares exceptions, allait infliger à Destrée le plus cuisant et, aussi, le plus heureux des démentis.  Lui-même donnait d’ailleurs l’exemple en allant, pendant la guerre, plaider à l’étranger la cause de la Belgique.

Plus tard, en mars 1929, il élaborait, comme « député de Charleroi », avec « Camille Huysmans, député d’Anvers, tous deux anciens ministres des Sciences et des Arts », le Compromis des Belges (1), qu’avaient signé, du côté wallon les députés wallons parmi lesquels Brunet, Hubin, Mathieu, Pierard, Troclet et Van Malleghem, et les députés flamands Anseele, Bouchery, Doms, Eekelers, Soudan et Achille Van Acker.

 

On y lit notamment :

« La Belgique est une nécessité nationale et internationale. » Autrement dit, « l’Etat politique, assez artificiellement composé et qui n’est pas une nationalité » dont parlait la lettre de 1912, demeure une nécessité et nationale et internationale.

Il semble urgent, si l’on veut conserver l’Etat belge, d’établir la base d’une entente cordiale entre Flamands et Wallons. »

 

Cela dit

« 1 Les soussignés dénoncent comme funeste toute propagande tendant à la constitution de deux Etats séparés, ou au rattachement de la Wallonie à la France, de la Flandre aux Pays-Bas ;

» 2 Ils reconnaissent que tous les services officiels de l’Etat… doivent employer en Flandre le néerlandais, en Wallonie le français… »

» Ils recommandent à leurs concitoyens, pour les rapports particuliers, la plus grande bienveillance et les égards les plus courtois pour les Wallons en Flandre, pour les Flamands en Wallonie;

» 3 Ils voient, dans les autonomies provinciale et communale, tradition trop oubliée de nos pays, le moyen le plus efficace de faire respecter la libre volonté des citoyens ; »

» 4 …

» 5 Une situation spéciale sera réservée à l’agglomération bruxelloise, selon les désirs de celle-ci,

» 6 … D’une manière générale, les soussignés chercheront la concorde dans la liberté et s’efforceront de ne rien écrire ou de ne rien dire qui puisse blesser les susceptibilités de la région à laquelle ils n’appartiennent pas ;

»7 … »

 

J.G., L’Histoire travestie : Jules Destrée et la solidarité Bruxelles-Wallonie, LB 08/10/1981

 

En 1912, dans sa fameuse « Lettre au Roi » dont on ne cite actuellement que des extraits soigneuse­ment choisis en fonction des thèses du F.D.F., du Rassemblement Wallon et de certains P.S., Jules Destrée écrit à propos des Bruxellois: « (…) Cette population de la capitale n’est point un peuple : c’est un agglomérat de métis. »

J.G., L’ histoire travestie: Jules Destrée et la solidarité Bruxelles-Wallonie, LB 08/10/1981

 

“En 1923, Jules Destrée aura la probité de reconnaître qu’en niant l’existence des Belges dans sa lettre au Roi datant de 1912, il s’était trompé.”

 

in: P.V., Jules Destrée dans les batteries allemandes, LB 28/06/2004

 

Sinon l’annexion pure et simple, c’est en tout cas la vassalisation – un ‘Tributärstaat’ – que devaient faciliter la multiplication des liens économiques et commerciaux avec l’Empire ainsi que la transformation de l’Etat unitaire belge en Etat fédéral, accompagnée d’une action culturelle intense en Flandre.

 

Pourquoi a-t-on fédéralisé la Belgique ?

(Jean Cleeremans (Brussel / Bruxelles), LB, 28/11/1991)

Marcel Grégoire, Jules Destrée et la Belgique, LS 20/02/1986

 

Le11 février dernier, Le Soir rappelait la lettre que Jules Destrée écrivait au roi le 15 mai 1912.  Il lui disait effectivement : « Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands; il n’ y a pas de Belges, mis à part le monde officiel et une espèce de Belges, peu intéressante, qui semble avoir additionné les défauts des deux races, en perdant leurs qualités », à savoir les Bruxellois. « Ce n’est pas un peuple, mais un agglomérat de métis ». Dans sa lettre, Destrée envisageait la séparation des deux peuples d’une manière ambiguë.  D’une part, c’était « un danger pour l’unité nationale, un danger pour notre royaume »; d’autre part « si c’était la séparation complète, pourquoi ne pourrait-elle pas se réaliser dans la concorde et l’harmonie ? ». Et d’approuver le roi d’avoir préconisé « la force par l’union, par l’entente loyale et cordiale».

 

Ce qu’on oublie généralement, c’est ce qui a suivi.

 

D’abord, à peine deux ans après l’envoi de cette lettre, de 1914 à 1918, l’attitude de la population belge, mises à part de rares exceptions, allait infliger à Destrée le plus cuisant et, aussi, le plus heureux des démentis.  Lui-même donnait d’ailleurs l’exemple en allant, pendant la guerre, plaider à l’étranger la cause de la Belgique.

Plus tard, en mars 1929, il élaborait, comme « député de Charleroi », avec « Camille Huysmans, député d’Anvers, tous deux anciens ministres des Sciences et des Arts », le Compromis des Belges (1), qu’avaient signé, du côté wallon les députés wallons parmi lesquels Brunet, Hubin, Mathieu, Pierard, Troclet et Van Malleghem, et les députés flamands Anseele, Bouchery, Doms, Eekelers, Soudan et Achille Van Acker.

 

On y lit notamment :

« La Belgique est une nécessité nationale et internationale. » Autrement dit, « l’Etat politique, assez artificiellement composé et qui n’est pas une nationalité » dont parlait la lettre de 1912, demeure une nécessité et nationale et internationale.

«Il semble urgent, si l’on veut conserver l’Etat belge, d’établir la base d’une entente cordiale entre Flamands et Wallons. »

 

Cela dit

« 1 Les soussignés dénoncent comme funeste toute propagande tendant à la constitution de deux Etats séparés, ou au rattachement de la Wallonie à la France, de la Flandre aux Pays-Bas;

» 2 Ils reconnaissent que tous les services officiels de l’Etat… doivent employer en Flandre le néerlandais, en Wallonie le français… »

» Ils recommandent à leurs concitoyens, pour les rapports particuliers, la plus grànde- bienveillance et les égards les plus courtois pour les Wallons en Flandre, pour les Flamands en Wallonie;

» 3 Ils voient, dans les autonomies provinciale et communale, tradition trop oubliée de nos pays, le moyen le plus efficace de faire respecter la libre volonté des citoyens; »

» 4 …

» 5 Une situation spéciale sera réservée à l’agglomération bruxelloise, selon les désirs de celle-ci ;

» 6 … D’une manière générale, les soussignés chercheront la concorde dans la liberté et s’efforceront de ne rien écrire ou de ne rien dire qui puisse blesser les susceptibilités de la région à laquelle ils n’appartiennent pas;

»7 … »

 

Philippe Destatte, Quitter la confusion et rendre sa fête à la Wallonie, DW/FdeW Spécial sept. 96, I-II

Au delà de cette sélection – qui en vaut une autre pour la Communauté française et qui veut mettre en avant la so­lidarité entre la Wallonie et Bruxelles -, les historiens se sont interrogés sur la pertinence de l’événement que constituerait la date du 27 septembre 1830 : il ne se se­rait rien passé ce jour-là, a-t-on dit, en voyant dans ce choix la main des politiques, la turpitude des historiens à leur solde et, pour tout dire, un mythe à déconstruire. Le choses sont pourtant, sous ce plan-là, assez claires. Dans une brochure rédigée dès 1976 par Hervé Hasquin et Georges Van Hout, et largement diffusée dans les écoles ainsi que dans le public par Paul de Stexhe, nou­veau Président du Conseil culturel, on lit, sous le titre, Pourquoi le 27 septembre ?, que, dans la nuit du 26 au 27, entre trois et quatre heures du matin, les Hollan­dais parviennent à évacuer le parc, silencieusement et dans un ordre parfait, s’épargnant ainsi la reddi­tion. Cette fuite consacre la victoire de Bruxelles et des volontaires wallons. […] .

Le mythe, assurément, n’est pas là où d’aucuns ont cru le dénicher… Ainsi, non seulement le Conseil culturel n’a pas essayé de vendre un événement sanglant du 27 sep­tembre mais, d’autre part, l’historien américain Rooney* a battu en brèche l’exaltation du rôle des Wallons dans les Journées de Septembre, en mettant en évidence le fait que, parmi les noms des morts et des blessés qu’il a iden­tifiés comme étant les insurgés tombés au combat, la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou ..des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands (6).

 

·         J.W. Rooney, Profil du Combattant de 1830, in: revue Belge d’Histoire Contemporaine, t.12, p.479-504, 1981

 

La francophilie à l’Institut Destrée, un désastre intellectuel…

 

Maurice Bologne, Notre passé wallon, Institut Jules Destrée, 1973

 

préface : Jean Pirotte (président de Wallonie Libre)

 

Jules Destrée : « (…) La Wallonie est le morceau de France (sic) ». (p.9)

 

(p.62) Henri IV proposa, en 1605, une alliance aux Provinces-Unies, moyennant la reconnaissance du droit de garder le comté de Flandre et la Wallonie (sic).

 

(p.63) En 1634, Richelieu conclut de nouveaux accords avec les Provinces-Unies.

(…) « Prise à nouveau d’inquiétude (sic) à l’approche des armées françaises, la Hollande rompit cet accord. »

 

(p.64) Comme toujours, dans la Principauté, le parti populaire se tournait vers le Sud et le parti conservateur vers le Nord. (…)

(p.65) Les régiments wallons du roi d’Espagne étaient formés de soldats recrutés dans les régions de langue française (sic) comprises dans les Pays-bas et le pays de Liège.

 

(p.66) Certains historiens attachent une importance considérable (sic) à la révolution brabançonne qui éclata à la fin du mois d’octobre 1789.

Elle n’intéresse guère la Wallonie. (sic)

 

(p.68) L’HEUREUSE RÉVOLUTION LIÉGEOISE

Tout autre est la Révolution liégeoise qui se fit aux couleurs rouge et jaune, origine du drapeau wallon.

C’est dans la lutte des révolutionnaires liégeois mar­chant contre les Kaiserlicks (avril 1790) qu’est né le célèbre Valeureux Liégeois, deux ans avant la Marseillaise. Ils avaient pour devise « Etre libre ou mourir » et pour sym­bole le vieux Perron. Leurs chefs s’appelaient Bassenge, Chestret de Haneffe et Fabry. (…).

 

L’armée de Dumouriez ramena la liberté (sic) grâce à la victoire de Jemappes (6 novembre 1792) remportée sur les troupes autrichiennes commandées par le Hennuyer François de Croix, comte de Clairfayt.

Tandis qu’une Convention nationale liégeoise votait la réunion du pays de Liège à la France (22 février 1793), Dumouriez, poussé par l’ambition de se constituer un royaume, reprenait à son compte l’idée d’un Etat belgique et convoquait des assemblées chargées de choisir une Convention belge. Il rencontra cependant l’hostilité des populations rétrogrades de la région thioise et il n’y eut de majorité démocratique réelle que dans les régions wallonnes.

Les Thiois firent bon accueil à la restauration autri­chienne (1793-1794) mais le retour de l’armée française, à la suite de la victoire de Fleurus (26 juin 1794), fut considéré par eux sans la moindre joie.

(p.69) L’incorporation à la République, le Ier octobre 1795, des ex-Pays-Bas autrichiens et de la ci-devant princi­pauté de Liège fut bien accueillie par le peuple wallon, mais il n’en fut pas de même dans la région thioise.

La fameuse guerre des paysans (boerenkrijg au Nord, Klöppelkrieg à l’Est) n’est rien d’autre que la révolte thioise contre le régime français. Elle n’intéresse pas la Wallonie (sic), si ce n’est toutefois par le fait qu’elle fut matée par le général wallon Jardon originaire de Verviers.

Les chefs de ces chouans thiois (sic) sont le Bruxellois Charles-François Jacquemin, dit de Loupoigne, qui séjournera à Alost, Afflinghem, Louvain ou Neerijse d’où il terrorise (sic) le Brabant wallon, le baron de Meer, seigneur de Moorsel, le baron de Hartemberg d’ori­gine souabe, l’industriel Emmanuel-Benoît Rollier de Rupelmonde, Jean-Corneille Elen de Montaigu, le curé Lampertz de Weiswampach, Jean-Baptiste Caymaex de Berlaar et Emmanuel-Joseph Van Gansen de Westerloo.

Le résultat de la période française fut de mettre fin au particularisme provincial de l’ancien régime, et parti­culièrement d’atténuer fortement, pour les Wallons, la distinction antérieure entre les « Belges » et les « Liégeois », devenus citoyens d’une même patrie pour la première fois dans leur histoire et, par-dessus le marché, d’une patrie conforme aux aspirations de la plus grande partie (sic) des habitants. (…)

(p.70) Des observateurs plus perspicaces se rendaient pour­tant compte de la différence de comportement entre les Thiois et les Wallons. Le préfet du département de l’Ourthe, Micoud d’Unions, écrivait en 1813 que « les peuples qui ne parlent pas français sont en général contre nous » et que « tous les Flamands et les Allemands des départements réunis s’insurgeront dès que les enne­mis auront passé le Rhin ». (…)

 

La défaite définitive de Napoléon à Waterloo (18 juin 1815) fit entrer cette décision dans la réalité et c’est ainsi que la Wallonie (sic) actuelle fut incorporée contre son gré au nouvel Etat, à l’exception de Malmedy qui subissait un sort plus cruel(sic)  encore par son annexion à la Prusse.

Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur l’époque impériale, il n’en reste pas moins que le souvenir de l’Empereur est resté vivace (sic) en Wallonie où Napoléon est un personnage de légende : les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse en sont un témoignage certain (sic).

 

(p.72) XII. NAISSANCE DE L’ÉTAT BELGE

L’ANNEXION A LA HOLLANDE

 

L’annexion des provinces belges et liégeoises aux Pays-Bas après la défaite napoléonienne allait renforcer le sentiment français (sic) de la population wallonne en raison notamment des tentatives de néerlandisation dont elle devint l’objet. La résistance opposée à ces tentatives par la classe dirigeante et le clergé thiois allait la maintenir dans l’illusion (sic) que nous venons de signaler, à savoir celle d’une communauté belge homogène.

Guillaume d’Orange avait en effet pris des arrêtés qui proclamaient la langue flamande (sic) langue nationale, et toléraient l’usage du français, langue étrangère, « dans quelques parties de la Belgique où le flamand n’est pas usité », car pour lui la langue française était l’expression d’une civilisation étrangère et odieuse (sic) qu’il fallait extirper du royaume.

Les mesures prises par le Roi visaient en tout premier lieu à empêcher l’emploi de la langue française dans les provinces flamandes, considérant à juste titre que c’est dans cette région que la néerlandisation offrirait la moindre résistance; mais l’opposition des francophones fut telle que Guillaume dut reculer peu de temps avant la révolution, le 4 juin 1830 exactement, date où un arrêté permit à nouveau l’emploi de la langue française dans les régions flamandes.

Bien entendu, tout (sic) était fait pour favoriser l’emploi du néerlandais et c’est depuis lors qu’on l’enseigne dans les écoles wallonnes. (…)

Les francophones des régions thioises se moquaient de la « ridicule prétention des Hollandais » de vouloir les néerlandiser : « Jamais il n’existera rien de plus absurde, de plus incohérent, que votre langue néerlandaise, écri­vait un certain Belgicus en 1829; attachée à une parti­cule du globe, ignorée du reste du monde, elle n’a pas même l’avantage d’être comprise d’une province à l’autre. » (sic)

 

(p.75) La plupart des personnalités libérales dirigeantes étaient des Wallons ou des Flamands totalement fran­cisés, comme Louis De Potter, qui subissaient l’influence intellectuelle et politique de la France. Nombre d’entre eux avaient fait leurs humanités en France. Ils suivaient avec passion le déroulement de la politique française et s’enthousiasmaient pour les doctrines de Royer-Collard, de Benjamin Constant ou de Lamennais.

 

(p.76) La Révolution belge

 

« La voie légale nous est ouverte », écrivait encore au début d’août le journal de Charles Rogier (Le Politique). Seul un petit groupe de démocrates groupés autour d’Alexandre Gendebien aurait voulu déclencher une insurrection avec l’aide de la France, mais Louis-Philippe n’eut pas de peine à les dissuader (fig. 6).

Le parallélisme entre les événements de Paris et de Bruxelles est frappant : de part et d’autre, ce sont les ouvriers imprimeurs qui sont à la tête de l’émeute et c’est au chant de la Marseillaise et de la Parisienne que les premières manifestations ont eu lieu.

L’émeute commença à Bruxelles dans la soirée du 24 août et, fait caractéristique, les (sic) manifestants portaient une cocarde aux couleurs françaises à leur chapeau et criaient « Vive la France » (sic)  et « Vive la liberté ». (p.77) Le lendemain eut lieu la fameuse représentation de la Muette de Portici au théâtre de la Monnaie, tandis que les manifestations de la veille reprenaient sur la place et dans les rues avoisinantes. C’est alors que l’émeute devint insurrection et que des drapeaux rouges se mêlèrent aux couleurs françaises.

Le 26 août, le drapeau bleu-blanc-rouge est hissé à l’Hôtel de Ville, en présence de milliers de personnes enthousiastes, mais tous les insurgés ne poursuivaient pas le même but et la bourgeoisie prit peur devant la destruction de fabriques, de maisons et de boutiques. Elle constitua une garde bourgeoise chargée de maintenir l’ordre. Son premier soin fut d’adopter les couleurs rouge, jaune et noir (dans le sens horizontal) de la république des Etats belgiques unis et de faire enlever les couleurs françaises.

Comme l’écrira Louis De Porter dans ses Souvenirs personnels (I, 118), le « conflit s’était élevé entre les bourgeois qui ne voulaient que la conservation de leur bien-être, n’importe comment ni sous qui, et le peuple qui voulait l’indépendance et la liberté à tout prix, entre celui-ci qui demandait des armes pour combattre les Hollandais et ceux-là qui les refusaient de peur que le peuple ne pillât les boutiques ».

Le 27 août, la grande bourgeoisie semblait maîtresse de la situation et la première Brabançonne célébrera cette victoire sur le peuple.

Cependant, le mouvement s’était étendu aux régions wallonnes. De graves désordres avaient éclaté à Liège et à Verviers les 27, 28 et 29 août et les émeutiers, qui s’étaient attaqués aux machines et aux propriétés, arbo­raient eux aussi les couleurs françaises (sic), mais comme à Bruxelles, une Commission de sûreté les fit remplacer par les couleurs locales.

 

(p.78) L’opposition crut le moment venu d’obtenir le redres­sement de ses griefs et l’état-major de la garde bourgeoise chargea des gens comme Lesbroussart et Gendebien d’envoyer une Adresse au Roi. Lors d’une entrevue entre les chefs de la garde bourgeoise et le Prince d’Orange, le 31 août, ce dernier leur reprocha d’arborer « des couleurs factieuses », entendez par là des couleurs bra­bançonnes. « Nous n’avons pris ces couleurs, répondit Rouppe, que comme signe de ralliement et pour éviter qu’on n’arborât partout (sic) le drapeau tricolore français ». Le Prince ayant persisté à manifester son mécontente­ment, tous les délégués s’empressèrent de les mettre en poche.(…)

 

Le 7 septembre, des volontaires liégeois, conduits par Charles Rogier, ouvriers pour la plupart, bien armés et pleins d’enthousiasme révolutionnaire, entraient à Bruxelles au chant de la Marseillaise (sic).

Tandis que les modérés se contentaient de demander une séparation administrative entre le Nord et le Sud, Louis De Potter lança le mot d’ordre d’une république fédérative indépendante et l’aile avancée de l’opposition créait, à l’instigation des Liégeois, la Réunion centrale ou Réunion populaire où, selon White, « toute proposition (p.79) d’opposition à la volonté populaire, fût-elle même juste et politique, était déclarée antinationale et attirait sur ses auteurs les accusations dangereuses de traître et de partisan de la Hollande ».

 

(p.80) Il y a peu (sic) de Flamands, dit R. Demilin… Gand est nettement dominée par les Orangistes… Lierre et Malines ne bougent pas (sic)… Bruges rentre aussitôt dans le calme. Louvain seul fait exception.

 

(p.82) Comme en 1789, c’est dans le pays de Verviers que le sentiment français est le plus prononcé et, après le vote du 4 octobre proclamant l’indépendance, c’est de cette ville que partira, dès le 21 octobre, un nouveau mouve­ment de réunion à la France, qui s’exprimera au Congrès National le mois suivant. (NDLR : Le travail de collabos francophiles.)

Le 22 novembre, par 174 voix contre 13, la monarchie fut préférée à la république pour des raisons d’oppor­tunité et les réunionistes, de Stassart en tête, lancèrent la candidature du roi des Français, Louis-Philippe en personne.

Il semble qu’elle s’opposât déjà à la candidature de Léopold de Saxe-Cobourg, qualifié d’« homme du parti anglais ».

Un pétitionnement populaire s’organisa en faveur de cette réunion à peine déguisée et c’est évidemment de Verviers qu’il partit; de là il gagna la Wallonie entière. Les sources officielles ne donnet le nom que d’une seule localité flamande : Fumes. Comme l’écrivait le comte de Celles, le pétitionnement provenait des « provinces gallomanes », et cela malgré le bruit que le ministre français des Affaires étrangères, Sebastiani, aurait déclaré que « la France n’accepte point et n’acceptera pas la réunion de la Belgique à ses provinces ». Il s’agissait bien en effet de toute la Belgique et non de sa partie française de langue et de civilisation, en vertu de la théorie des frontières naturelles alors en cours, c’est-à-dire les frontières de l’ancienne Gaule.

C’est ce qu’exprimait, à la séance du n janvier 1831, le député montois Blargnies lorsqu’il disait que « l’homme ne peut détruire ce qu’a fait la nature » et que « la nature (p.83) a voulu que la Belgique fût une partie des Gaules … La France et la Belgique sont unies (sic) par le langage, les mœurs (sic) , les habitudes, les nécessités de leur commerce et d’une défense commune… Il n’est que deux modes d’existen pour la Belgique, concluait-il, elle doit être l’avant-garde de la France où celle de ses ennemis ».

« Ce n’est pas, comme on dit, quelques habitants demandent la réunion à la France, c’est une population tout entière (sic) », affirmait le député verviétois Davigiu à la même séance.

Pour ne pas allonger outre mesure cet exposé cependant fort schématisé, nous passerons sous silence les circonstances qui firent opposer les candidatures (napoléoniennes) du duc de Leuchtenberg au fils de Louis Philippe, le duc de Nemours, quand il apparut clairement que le roi des Français refuserait la couronne de Belgique pour lui-même. Toujours est-il que le 3 février 1831, après deux tours de scrutin, Nemours l’emporte sur Leuchtenberg, une majorité écrasante (sic) de Wallons ayant voté pour lui.

Trois candidats avaient été en présence : Nemour, Leuchtenberg et Charles d’Autriche. Au premier tour, Nemours a récolté 89 voix, surtout wallonnes (…); Leuchtenberg a récolté 67 voix et Charles 35, dont 30 proviennent des provinces flamandes. Au deuxième tour, ils obtenaient respectivement, 97, 74 21 voix.

Le président du Congrès.Surlet de Chokier.proclama Louis-Charles-Philippe d’Orléans, duc de Nemours roi des Belges et les cris de « Vive le duc de Nemours, vive le Roi ! » furent aux mêmes instants répétés par une foule immense (sic) assemblée aux abords du palais, lit-on dans le compte rendu des discussions du congrès national.

 

(p.84) Le 12 août, une armée française de 50.000 hommes commandée par le maréchal Gérard lui impose /à Guillaume d’Orange/ un armistice et sauve le jeune Etat d’une défaite qui aurait entraîné sa disparition.

Les premières années du Royaume reflètent les senti­ments des Wallons (sic) qui avaient joué un rôle de première importance dans la Révolution : le Roi épousa la fille du roi de France, la langue française fut la langue officielle ; bref, on rêva d’une Belgique française.

Quoi d’étonnant ? Les historiens sont unanimes (sic) à le reconnaître et Henri Pirenne tout le premier : sans les Wallons et les Liégeois en particulier, il est permis de croire que la Belgique ne serait pas née.

La réalité, quoi que l’on fasse, ne perd pas ses droits et cette réalité allait vite exiger que l’on tînt compte de son existence. L’illusion d’une « nation belge » franco­phone allait se dissiper rapidement sous les coups du (p.85) flamingantisme, expression de l’existence d’une « nation flamande » sur le territoire unitaire. (NDLR En réalité, les fransquillons refusaient l’épanouissement des néerlandophones dans leur langue…)

Grâce au développement de la démocratie, basée sur la loi du nombre, cette « nation » allait faire peser son poids de plus en plus dans la balance belge jusqu’à effacer les traces de ce qui fut la Belgique de 1830.

 

 

(p.86) XIII. NAISSANCE DU MOUVEMENT FLAMAND

LA RÉACTION FLAMANDE

 

Les (sic) Révolutionnaires se proposaient, on le voit, à l’origine, de réunir la Belgique à la France, tout au moins sous forme d’une monarchie commune, mais ils échouèrent à cause de l’opposition unanime des Grandes Puissances et s’efforcèrent alors de créer une Petite France (sic) à côté de la grande et de faire de la capitale un Petit Paris (sic).

On attribue (sic) à Charles Rogier, à tort ou à raison, ce programme typique de l’esprit qui animait les Belges de cette époque : « Les efforts de notre gouvernement doivent tendre à la destruction de la langue flamande pour préparer la fusion de la Belgique avec notre grande patrie, la France ».

Que Rogier ait ou non écrit ces lignes à Palmerston, tout se passa comme si le premier gouvernement belge s’était assigné ce but. Il n’interdit pas de parler les patois (sic) (p.87) flamands, mais il fit en sorte que la connaissance du français fût indispensable pour occuper une situation dans l’Etat, bien que la population du royaume se composât de 57,9 % de néerlandophones et de 40,2 % de francophones (sic). Cela s’explique par le fait que les classes dirigeantes flamandes étaient de culture française depuis des siècles.

 

(p.88) L’année 1840 marque la fin de la Belgique orientée vers la France; elle n’avait duré que dix ans. Dès 1841, en effet, le roi Léopold charge Jean-Baptiste Nothomb de constituer un gouvernement « préservé du mauvais esprit de Paris ».

De 1836 à 1844 six projets qui tendaient à resserrer les relations commerciales entre la Belgique et la France, tous favorables à la Belgique, ont échoué par hostilité à l’influence française. (…)

 

Le 22 juillet de l’année suivante, naît le chant de lutte du flamingantisme, le Vlaamsche Leeuw, composé sur le modèle du Rhin Allemand contre les bellicistes français. Il fera scandale pendant quelques années, mais moins d’un siècle plus tard, toute la Flandre (sic) l’entonnera. (…)

(p.89) Charles Rogier tenta de tenir tête à l’orage qui menaçait de détruire l’œuvre de la Révolution. A nouveau ministre dans le gouvernement libéral de 1857, il a beau proclamer que la nécessité de l’unité du pays empêche de reconnaître le flamand (sic) comme langue officielle, on ne l’entend plus et, en 1861, il devra céder la place à Van den Peereboom, député d’Ypres, élu avec l’appui des flamingants, ardent flamingant lui-même.

Le recensement officiel était, en effet, venu indiquer aux politiciens la voie à suivre pour obtenir les suffrages populaires : sur 1000 habitants du royaume, 423 parlent le français (sic) exclusivement et 498 des patois (sic) flamands.

 

(p.90) Note sur le bilinguisme flamand

Le problème du bilinguisme traditionnel des Flamands ins­truits, qu’ils voudraient imposer par réciprocité aux Wallons traditionnellement unilingues (sic), est exposé d’une façon exhaus­tive dans l’ouvrage de Jacques des Cressonnières intitulé Essai sur la Question des Langues dans l’Histoire de Belgique. Bruxelles, Lamberty, 1919.

 

 

(p.91) XIV. NAISSANCE DU MOUVEMENT WALLON

LA RÉACTION WALLONNE

 

Léopold II inaugure le 15 août 1887, à Bruges, un monument aux chefs des communiers flamands, Breydel et De Coninck, qui assassinèrent, en 1302, tous ceux qui ne savaient pas prononcer schild ende vriend, c’est-à-dire les gens de langue française.

Cette cascade de conquêtes avait fini par inquiéter les (sic)è Wallons. Ceux que les nécessités de la vie avaient établis à Bruxelles, mis en contact plus direct avec les Flamands, furent les premiers à s’émouvoir. Ils fondèrent, en 1888, une société de propagande wallonne sous la présidence de l’avocat Termonia. Les Liégeois les suivirent avec une fédération wallonne présidée par leur bourgmestre J. d’Andrimont. En 1884 déjà, un rédacteur de La Meuse écrivait à l’occasion de la constitution d’un gou­vernement catholique homogène s’appuyant sur une majorité flamande : « C’est le régime de la persécution (sic) des Wallons qui commence. »

 

(p.92) Les Flamands se sont mis avec ardeur à détruire (sic) plusieurs siècles d’influence française, tandis que les (sic) Wallons restent sentimentalement attachés au rêve de 1830 : la Petite Belgique, sœur (sic) de la France.

(p.94) En 1902, le comte Albert du Bois lance à un million d’exemplaires sn ‘Catéchisme des Wallons’ pour préconiser la réunion de la Wallonie à la France.

 

(p.98) Après la guerre /14-18/, la Belgique française renaîtrait, plus belle, plus grande, débarrassée (p.99) de l’horripilante question des langues.

(…)

 

 

(p.100) L’ILLUSION PERDUE

 

L’opinion wallonne crut que tout rentrait dans l’ordre et c’est par des quolibets et des moqueries qu’elle accueillit, en 1921, l’élection de cinq nationalistes fla­mands. Elle voyait dans cette manifestation électorale la dernière convulsion (sic) du flamingantisme mourant, le dernier spasme de l’agonie.

Le réveil fut douloureux, car c’est le 31 juillet de cette même année 1921, pendant que les « braves gens » pensaient à de paisibles vacances, que fut votée une loi sur l’emploi des langues en matière administrative favo­rable aux revendications flamandes. Cette loi fut baptisée Loi Von Bissing par l’opinion wallonne parce qu’elle faisait penser aux ordonnances que le gouverneur alle­mand avait prises à la requête du Conseil de Flandre.

L’Assemblée wallonne riposta en faisant introduire au Sénat un projet de loi qui avait pour but d’instaurer le bilatéralisme en vertu duquel une loi ne pouvait être promulguée que si elle avait été votée par une majorité flamande, d’une part, et une majorité wallonne, d’autre (p.101) part. Le Sénat le rejeta le 19 octobre. Le suffrage universel que les Wallons (sic) avaient été si ardents à réclamer jouait en faveur des Flamands, plus nombreux et plus décidés.

Après la loi von Bissing, l’Université von Bissing. (sic)

C’est le nom que les Wallons avaient donné à l’Université de Gand flamandisée sous l’occupation. Les gouverne­ments belges flamandisèrent à leur tour cette université en deux temps. La flamandisation partielle fut acquise le 31 juillet 1923 et la flamandisation intégrale le 21 octobre 1930, juste au moment où l’on célébrait le centenaire de la révolution belge !

L’armée ne fut pas épargnée. Une loi de septembre 1928 avait établi des régiments wallons et flamands; en 1938, une autre loi créait des divisions flamandes et wallonnes, mais exigeait de l’officier qui veut devenir major la connaissance approfondie des deux langues.

Vinrent ensuite, à partir de 1932, les lois établissant l’unilinguisme en Flandre et en Wallonie.

 

(p.108) (…) d’après M. Spaak, le grand quar­tier général flamandisé était animé d’un esprit de défaitisme épouvantable (sic).

Il n’est pas surprenant, dès lors, que cette tragédie ait abouti à la reddition de Léopold III, malgré les avis de son gouvernement.

Que se passa-t-il ensuite ? Cela c’est une autre histoire qui débuta par le fait que peu de temps après, les soldats flamands furent libérés par le vainqueur, tandis que les (sic) soldats wallons étaient enfermés pour de longues années dans les camps allemands.

 

Defay historien :

 

« Nous n’avons pas de fibre nationale ! » (sic)

(Institut Jules Destrée, à Lîdje : 11/10/1996)

 

1.3   Le séparatisme inventé par les Allemands, prôné par les partis fascistes REX et V.N.V.

Fait (volontairement ?) caché: les Allemands ont inventé le séparatisme belge avec le plan de Von Bissing (LB 19/09/1996)

(DH, 22/05/2014)

Léon Degrelle, collaborateur des Nazis, et aussi francophile (fait bien caché)

(in: Amand Géradin, Florilège wallon, éd. Rex, 1931)

“Le 10 avril 1937, le journal rexiste ‘Le Pays réel’ publia le texte de l’accord conclu entre Léon Degrelle et Staf Declercq, président du V.N.V., le parti nationaliste flamand de l’époque.  L’accord commence par ces termes: “Rex défend le programme suivant: la transformation du régime unitaire belge en un Etat fédéral.” Plutôt fâcheux et combien compromettants, les précurseurs du régime dont nous dotèrent les partis depuis 1980 …  Pourquoi se crurent-ils obligés de réaliser les souhaits de Rex et du V.N.V.?”

(Jo Gérard, Oui! La Belgique existe, je l’ai rencontrée, 1988)

in: Jos Vinks, De Vlaamse Beweging, Wat is dat?, 1985

 

Hier is de volledige tekst van het accoord V.N.V.-Rex

Tusschen Rex, vertegenwoordigd door Léon Degrelle en het V.M.V., vertegenwoordigd door Staf De Clercq, wordt volgende overeenkomst gesloten:

 

  1. – REX VERDEDIGT VOLGEND PROGRAMMA
  2. a) Ten opzichte van het nationale vraagstuk, de omvorming van den huidigen Belgischen eenheidsstaat in een federalen staat, zoals hij bepaald geworden is in de voordracht uitgesproken door Paul De Mont den 4en 0ktober te Luik, goedgekeurd door den Leider van Rex en door 25.000 Waalsche Rexisten.

Deze voordracht wordt gevoegd bijl deze overeenkomst als een keure, ten titel van inlichting.

Groot Brussel (nader te bepalen) zal geregeerd en bestuurd worden zoodat er een einde zal gesteld worden aan de huidige verfranschingspolitiek en dat aan de Vlamingen de volledige ontplooiing van hun nationaal bestaan zal worden gewaarborgd-.

 

  1. b) Ten opzichte van de politieke en sociaal-economische vraagstukken, een staatsordening waar bij waarborg van de volkskontrool en volksmedezeggenschap door het voortbestaan van het politiek parlement op grondslag van het algemeen stemrecht, de levende en natuurlijke stemrecht tot uiting komen in een korporatieve volksordening.

 

  1. – HET V.N.V. AANVAARDT :

a Ten opzichte van het nationaal probleem, de Belgische federale staat, hetgeen niet insluit het opgeven zijner dietsche opvatting.

 

Met  het oog op deze opstelling, wordt de strijd gevoerd binnen den Belgischen Staat, onder de kroon van Saksen-Koburg.

 

  1. b) Zoals hierboven. (1b).

 

III. – Met het oog op de uitwerking van dit programma en tot strijd en verweer in Vlaanderen tegen het communisme, duiden de leiding van Rex en V.N.V. ieder 3 afgevaardigden aan die den Staf vormen van de gelijkloopende actie van Rex en V.N.V.

 

  1. IV. – Het doel dezer overeenkomst is de mogelijkheid voor te bereiden van de versmelting van V.N.V. en Rex-Vlaanderen in eene Vlaamsch Nationale organisatie.

Rex zal met het oog hierop een aanhoudende kampagne voeren tot reintegratie van de taalvervreemden van Vlaanderen in de nationale gemeenschap.

Rex verbindt zich zijn organisatie van het Volksfront te behouden in zijn huidigen vorm en geest.

Rex zal onmiddellijk de middelen overwegen ten einde de syndikalisten en mutualisten in Vlaanderen aan te sluiten bij de bestaande organisatie “lk Dien”.

Al de uitingen van Rex in Vlaanderen, behoudens de redevoeringen van den Leider, van Rex. zullen in het Nederlandsch geschieden.

 

  1. – Deze overeenkomst is afgesloten door den Leider van Rex. Deze verbindt zich het onderhavig accoord uit te breiden tot en te doen naleven door de heele Rex-beveging.

 

  1. – Deze overeenkomst Rex Vlaanderen-V.N.V. zal slechts met toestemming van beide partijen tot andere groeperingen worden uitgebreid.

 

VII. – Rex Vlaanderen en V.N.V. zullen gemeenschappelijk overleggen mits welke hervormingen hun vertegenwoordigers in het parlement een regeering zouden kunnen steunen.

 

VIII. – Dit accoord zal geheim blijven tot de gemeenschappelijke Leiding oordeelt dat het noodig of gewenscht is dit openbaar te maken in gemeenschappelijk overleg.

                                                                                       get. G. DECLERCQ                                                                                       

6 Oktober 1936.                                                                     L. DEGRELLE.

1.4   La collaboration ouverte de la « Wallonie » avec les nazis et celle francophile avec le régime français de Vichy

1.4.1   Collaboration ouverte de la « Wallonie » avec les nazis

Martine Dubuisson, José Gotovitch, Historien, dir. du Centre d’Etudes et de documentation Guerre et sociétés contemporains, LS 12/06/1998

Il y a eu des collaborateurs wallons tout aussi forcenés que les Flamands, voire plus agressifs puisque dans un milieu hostile; ils étaient cependant isolés dans une population qui les vomissait.  En Flandre, on ne peut pas dire qu’ils aient été isolés.  Ils ont bénéficié, à tort ou à raison, d’une relative compréhension de la population – sans dire pour autant que toute la Flandre a été collaboratrice. 

Jo Gérard, Le dossier noir du séparatisme belge, in : Le dossier du mois, 4, 1963, p.12-19

 

 

I. Ce cher baron von der Lancken

 

Ce cher baron von der Lancken, voyez-le en août 1914 : il a quarante-sept ans, la taille bien prise, une élégance de guêpe prussienne et belliqueuse. Il appartient à une vieille famille de junkers. Il a fait d’excellentes études d’histoire, de droit et d’économie politique à Lausanne.

Il adore Chartres et Florence.

C’est un guerrier très cultivé et qui, lors du siège d’An­vers par les troupes de Guillaume II, insistera pour que l’ar­tillerie de sa Majesté Impériale ménage la cathédrale.

Le baron est adjoint au gouverneur général von Bissing qui représente l’empereur en Belgique occupée.

Le 13 février 1915, von der Lancken est nommé chef de la « Section Politique » créée par von Bissing.

Il a dans ses compétences, la politique religieuse, la politique flamande et la presse. Autour de lui, toute une équipe de fonctionnaires actifs, zélés, discrets.

Le baron va devenir un personnage très important encore que trop oublié, de notre histoire nationale. Pourquoi ?

 

 

Le père du séparatisme belge

 

Lorsqu’il s’installa dans ses bureaux de la Section Poli­tique, à Bruxelles, le baron von der Lancken se vit remet­tre par von Bissing un dossier portant la mention « Geheim » (Secret).

Il l’ouvrit et y trouva, d’abord, une lettre du chancelier von Bethmann – Hollweg adressée à M. von Sandt, un fonc­tionnaire tatillon qui était le chef de l’administration civile allemande, en Belgique.

Ce von Sandt, quel rond de cuir, lent, précautionneux, toujours entre le garde-à-vous et le parapluie !

Le baron von der Lancken lit la missive du chancelier : « Nous devons soutenir d’une façon aussi apparente que possible le mouvement culturel flamand, et nouer des con­tacts avec certaines personnalités flamandes ».

A ces directives datées du 2 septembre 1914, étaient joints de curieux rapports rédigés par un capitaine de la Landwehr, le docteur Dirr, membre de la Diète bavaroise.

Le docteur Dirr avait analysé la mentalité en Flandre occupée.

Le 23 décembre 1914, il est convoqué à Bruxelles, car le chancelier du Reich von Bethmann-Hollweg venait d’insister, une semaine plus tôt, sur : « L’intérêt qu’avait l’Allemagne à s’acquérir auprès d’une forte partie de la population belge, une position de protecteur naturel et d’ami véritable..

 

(p.13) « Il faut qu’un service spécial assume cette tâche et accor­de une attention approfondie et persévérante au problème flamand. »

Le docteur Dirr, à la veille de Noël 1914, parle donc devant von Bissing et von der Lancken. M déclare que les Allemands doivent accorder aux Flamands des lois scolaires, des lois linguistiques et une université unilingue à Gand.

Le gouverneur von Bissing approuve mais recommande la plus extrême prudence et il ajoute textuellement : « Pour gagner complètement ou partiellement les Flandres, il con­vient de suivre des voies plus paisibles, purement pratiques, celles de la politique réaliste. Ce résultat présuppose, un petit travail de tous les jours, un travail réfléchi, patient, persévérant, prudent. Ce dernier ne devait pas porter attein­te au principe directeur essentiel du mouvement flamand à l’égard de nous autres, Allemands. Ce principe est formulé dans de multiples déclarations de milieux flamands influents et peut être brièvement défini de la façon suivante : Seuls des individus isolés désirent le rattachement à l’Allemagne. La grande majorité des sujets flamands veulent être des Germains à culture hollande-flamande, mais ne veulent pas devenir des Allemands authentiques parlant le haut-allemand. Ils veulent que soit assurée l’autonomie nationale des Néer­landais ».

» Le mouvement flamand se donne pour objectif le relève­ment matériel et spirituel du rameau flamand par le, moyen de la langue maternelle. Il reconnait les Allemands du Reich comme un peuple ami, apparenté aux Flamands, mais il ne voit nullement en lui un compatriote. »

 

 

En pleine action

 

Les directives du gouverneur von Bissing ne demeureront pas lettre morte.

Elles aboutiront à la création du « Conseil de Flandre », le 4 février 1917. Il rassemblera les activistes Tack, Borms, Heynderickx, Kimpe, Picard, Doussy qui avaient formé un Comité d’Action.

Dès le 28 janvier 1917, von der Lancken adresse à Berlin un rapport sur cet organisme.

Voici ce document étonnant : « Le 7 janvier eut lieu à Bruxelles, sous la direction du directeur-général de l’Instruc­tion Publique, M. Tack, une réunion de quarante-six hommes de confiance de tout le pays flamand et où les différentes tendances activistes étaient représentées. Des membres du corps professoral de l’Université de Gand étaient également présents.

» A cette réunion, on s’est arrêté à la formule suivante :

» Les Flamands en Belgique exigent pour la Flandre une indépendance complète et absolue, un gouvernement auto­nome et le développement immédiat de toutes les mesures qui peuvent faire atteindre ce but.

» La réunion a élu un conseil exécutif qui prépare la con­vocation d’une assemblée plus importante de délégués du mouvement flamand activiste pour le 4 février 1917. C’est à l’approbation de ces délégués qu’on soumettra la formule d’union, et un exposé des motifs adressé aux puissances neutres ainsi qu’un manifeste à adresser au gouverneur général et au Chancelier.

» Le Comité des chefs s’est entendu à cet effet avec la section politique. Les débats ont montré que les chefs fla­mands ont parfaitement conscience de la portée de leurs actes. En particulier, ils savent très bien que leur conduite sera considérée par le Gouvernement belge du Havre com­me révolutionnaire. Malgré cela, ils sont décidés à pour­suivre leur but. En conformité avec les déclarations concer­nant la Belgique et la Flandre faites par M. le Chancelier au Reichstag, le 5 avril 1915, et avec la politique flamande du Gouverneur général approuvée par le Chancelier, ils se déclarent disposés à suivre, avec leurs adeptes, l’Allema­gne sur la voie qui peut conduire le peuple flamand à la plus grande indépendance possible. S’il était impossible de prendre une décision finale en ce qui concerne le sort futur de la Belgique et de la Flandre, ainsi que la réorganisation de l’Etat sur cette base, les chefs flamands sont pourtant d’avis qu’on pourrait hâter les mesures qui conduisent à la réalisation de ce but, notamment, la séparation administra­tive. Mais comme la séparation administrative n’offre pas assez de garantie pour l’avenir, il convient de préparer encore pendant la guerre et par les moyens appropriés la future autonomie de la Flandre, autant que cela se peut.

» C’est relativement à cette revendication et pour l’exé­cution pratique des possibilités offertes que les activistes veulent entrer en pourparlers avec le Gouvernement général et la direction de l’Empire. Dans ce but, ils se proposent de former un comité nommé par une espèce d’assemblée nationale et de lui confier la direction des négociations.

» La question de savoir si l’autonomie doit se faire sous forme de fédération dans une Belgique future ou sous forme d’Etat indépendant, doit être écartée afin de maintenir l’union entre les activistes.

» Les représentants des groupes les plus avancés de la Jeune-Flandre ont admis cette restriction ; ce groupe, comme on le sait, veut la complète disparition de l’Etat Belge.

»  C’est ainsi qu’on est parvenu à arrêter une action com­mune de tous les groupes sur la base d’une idée politique commune et dans un but déterminé. Ce fait est d’une gran­de importance politique. Les dirigeants du mouvement acti­viste sortent ainsi du cadre de la constitution de l’Etat Belge et affirment la volonté de l’établissement d’un nouveau gouvernement et d’une nouvelle forme d’Etat pour la Flandre et éventuellement pour la Belgique si l’Allemagne y prête la main.

» On peut être certain que la prochaine assemblée à la­quelle assisteront de nombreux hommes de confiance de tout le pays flamand, approuvera les propositions et les proclamations préparées par le Comité des dirigeants.

* L’intention des chefs est de faire émettre par l’assem­blée, le vœu que le Comité à nommer par elle soit reçu par M. le Gouverneur général et par M. le Chancelier, pour leur soumettre ses décisions et de commencer les pourpar-ler à ce sujet. »

Le 3 mars 1917, von Bethmann-Hollweg reçoit à Berlin, une délégation du Conseil de Flandre et l’assure que : « L’Empire allemand s’occupera encore de la Flandre après la conclusion de la paix ».

 

 

De jolis messieurs

 

Les activistes étaient-ils tous des « idéalistes » fourvoyés dans une politique dangereuse par amour pour la Flandre ?

Pour dissiper ce mythe, il suffit de lire un document quasi-inconnu de nos jours, le discours que prononça en octobre 1920, l’avocat général Straetmans, à la réouver­ture des tribunaux belges.

Ce haut magistrat déclara : « Tack était, avant la guerre, professeur à l’athénée royal d’Ixelles. C’est cet individu qui, plus d’une fois, a déclaré, dans des réunions activistes, que les Flamands devaient une grande reconnaissance aux Allemands, que les Allemands versaient leur sang pour les Flamands, et qu’on devait admettre les réquisitions d’ou­vriers faites par les Allemands, si la situation militaire les exigeait absolument.

« Tack fut président de la délégation qui se rendit à Ber­lin, président du premier Conseil de Flandre, et président de la Commission des fondés de pouvoir.

» II fut nommé directeur général de l’enseignement supérieur au ministère flamand des sciences et des arts, au traitement initial de 10.000 francs (1) ; comme professeur à l’Université de Gand, il avait 6.000 francs et une indemnité de 4.000 francs pour un cours d’encyclopédie.

(p.14) » Voilà donc un traitement fixe de 20.000 francs. Il avait, en outre, les jetons de présence pour les séances du Con­seil de Flandre et des commissions, des frais de voyage et de propagande. Et, alors qu’il est professeur à l’Université de Gand, et qu’il doit donc se rendre régulièrement dans cette ville pour donner ses cours, il trouve moyen de se faire payer des états de frais pour des déplacements de Bruxelles à Gand, en qualité de directeur de l’enseignement supérieur !

» Les professeurs de l’Université de Gand recevaient une indemnité variant de 600 francs à deux mille francs, pour compenser la suppression du minerval.

» Ils avaient également une indemnité de vie chère.

» Ne perdons pas de vue que les activistes touchaient ces traitements et indemnités, pendant la guerre, à un mo­ment où le traitement de base d’un premier président de cour d’appel était encore de 11.250 francs.

» II n’est pas sans intérêt de constater que certains chefs activistes, tels que Tack, étaient ravitaillés par des camions allemands.

» Non seulement Tack était payé pour sa propagande mais son fils mineur, habitant avec lui, étudiant à l’univer­sité de Gand, figure également dans les documents saisis comme ayant touché la somme de 2.725 francs du chef de propagande en faveur de l’université de Gand.

» Le docteur Dumon, de Bruges, a pu, grâce à son acti­visme réaliser un véritable miracle financier. Bien que doc­teur, il devint le fournisseur attitré des Allemands pour les denrées alimentaires, tabacs, etc…

» Lorsqu’il débuta dans les affaires, il disposait d’un capi­tal de 6.140 francs dont 5.000 lui avaient été prêtés par un tiers. C’était en novembre 1914. Il pouvait se rendre en Hollande pour y acheter des quantités considérables de mar­chandises ; d’après le receveur des douanes de West-Cappelle, il introduisait, au moins trois trains de marchan­dises par semaine, rien que par cette station-frontière.

» Ces marchandises étaient exemptes des droits de douane. Mieux valait, d’après Dumon, frustrer le fisc belge que de devoir majorer le prix de vente aux Allemands, à raison des droits dûs.

« II s’ingéniait, écrit-il, dans une requête, à faire tout ce qu’il pouvait pour assurer de notables quantités de mar­chandises aux armées allemandes et pour empêcher qu’elles ne fussent fournies pour la consommation des Belges.

» Dans ces conditions, il n’y a rien d’étonnant à ce que, disposant d’un capital initial de 6.140 francs, il ait fait des bénéfices dépassant 1.500.000 francs.

« Dumon était, naturellement, un activiste exalté.

» Karel Heynderickx, dont le désintéressement était hautement vanté par tous et par lui-même, a eu avec les Allemands, une correspondance volumineuse au sujet de la fixation de ses traitements et émoluments.

» II n’a accepté les fonctions de professeur à l’Université d’abord, de secrétaire général au ministère de l’intérieur ensuite, que lorsque les conventions lui donnant les garan­ties désirées furent couchées sur le papier ; des assurances verbales ne lui suffisaient pas.

» Et Heynderickx, le secrétaire communal de la petite ville de Saint-Nicolas, avait obtenu, comme secrétaire géné­ral, un traitement initial de 12.000 francs, une indemnité annuelle de 5.000 francs et, comme professeur à l’Université, 7.000 francs soit donc un traitement total de 24.000 francs. Il avait en outre, une indemnité mensuelle de vie chère de 158 francs, jetons de présence, etc…

» En cas de perte d’emploi, on lui assurait une rente via­gère de 10.650 francs. Cette somme représentait ce qu’il était censé gagner à Saint-Nicolas comme secrétaire com­munal, comme assesseur au conseil d’arbitrage, comme secrétaire du Davidsfonds et comme agent principal de la Société d’Assurances « Les Propriétaires Réunis ». Mais il est avéré que certains des chiffres qu’il a indiqué pour servir de base au calcul de la garantie sont exagérés et qu’il gagnait moins de 10.650 francs.

 

(1)   II s’agit de francs à multiplier par 30 pour connaître leur valeur actuelle.

 

» Comme personnification du désintéressement, le per­sonnage est vraiment peu réussi…

» Voilà le soit-disant idéalisme de Messieurs les acti­vistes, pris sur le vif.

» Les chiffres cités résultent des pièces saisies. Or, nous n’avons certainement pas toutes les pièces puisqu’à l’ap­proche de la débâcle allemande, on a brûlé des quantités énormes de papiers, tant du côté allemand que chez les activistes, et que la plus grande partie des archives acti­vistes, fut transférée à Leipzig.

» Il est donc permis d’affirmer que les avantages signalés ne constituent qu’une partie de ceux dont ils jouissaient en réalité.

» Ces Messieurs persuadés que les Allemands seraient victorieux, et avec eux, l’activisme, étaient convaincus qu’ils occupaient définitivement les places qu’ils s’étaient distri­buées et que, plus tard, ils pourraient s’en attribuer et en distribuer d’autres encore.

» L’activisme n’était en réalité, qu’une escroquerie politi­que.

» Les activistes furent des instruments aux mains des ennemis ; ils devaient d’après le programme allemand, indi­qué par le testament politique de von Bissing, créer et attiser des dissensions entre Belges, pour que notre patrie, divisée, devînt plus sûrement la proie de l’ennemi.

» Nous osons formuler le vœu que ceux qui ont la charge de diriger les destinées de notre chère Belgique, se sou­viennent de ce que voulaient les Allemands ; il importe de ne pas exécuter leur programme. »

Mais au discours de l’avocat général Straetmans joignons une autre révélation, en l’occurence la lettre qu’un fonction­naire allemand, le Docteur Asmis écrivit, le 9 octobre 1918 à von der Lancken : « Je vous serais reconnaissant si vous vouliez m’informer si les livres et les actes de votre admi­nistration financière contiennent des paiements faits aux activistes et si ces sommes ont été portées dans les livres de façon à pouvoir être facilement reconnaissables. Dans ce cas, je vous prie d’ordonner la disparition de tels paiements. Une personnalité flamande me raconta, cet après-midi, que les livres de l’administration financière portaient entre autres, une remarque au sujet des 5.000 marks touchés par le doc­teur Borms pour son voyage à Berlin. De telles annotations dans les livres pourraient être fatales aux Flamands inté­ressés, dans le cas d’une vérification des livres par le Gou­vernement belge, à son retour. A mon avis, il est du devoir du Gouvernement allemand de protéger dans la mesure du possible les Flamands des désavantages résultant de leur collaboration avec nous ».

Quelques jours plus tard, le 30 octobre 1918, le docteur Asmis donnait dans une autre lettre, ces directives prou­vant l’intention délibérée de l’Allemagne d’entretenir, même après la guerre, des germes de discorde en Belgique : < II faut insister pour que ne quittent le pays que ceux qui, par suite de leur activité politique et de leurs relations « avec les autorités allemandes et des personnes allemandes, auraient à craindre pour leur vie.

> Chacun doit pouvoir juger s’il se trouve dans ce cas. Il est cependant de l’intérêt de la continuation du mouvement flamand qu’il reste au pays le plus grand nombre d’activis­tes possibles. Ceux-ci pourraient se soustraire aux attaques et persécutions de la foule en se tenant cachés pendant les premiers jours de tumulte qui suivront la rentrée victorieuse du Gouvernement Belge. »

Les  quelques  documents que  nous  venons   de   publier démontrent clairement que le séparatisme fut, en Belgique, une création allemande.

 

 

II. LES DESSOUS D’UNE CERTAINE PROPAGANDE

 

On s’imagine généralement, que les méthodes modernes de propagande par le cinéma et par la presse ne datent que de la guerre 1940-1944.

Les nazis inondèrent, à cette époque, la Belgique, de jour­naux, d’illustrés et de films dans le double but de nous diviser irrémédiablement en Flamands et en Wallons et de nous persuader de la toute-puissance éternelle du Illme Reich.

Nous allons prouver, aujourd’hui, que ces méthodes étaient déjà abondamment utilisées et dans les mêmes intentions, eh 1914-1918.

(p.15) Les Allemands avaient créé une « Pressezentrale » une section centrale de la presse dont le rapport von der Lancken du mois de février 1918 précise bien les objectifs et le fonctionnement :

« La nouvelle direction chercha aussi à rester en contact avec la «Conférence de la Presse» qui se tient régulièrement à Berlin, deux fois par semaine, en partie par l’intermé­diaire du ministère des Affaires Etrangères, en partie par l’intermédiaire du ministère de l’Intérieur, suivant que les choses à traiter étaient du domaine de l’un ou de l’autre de ces départements. Par cette innovation, les représentants des journaux allemands purent recevoir, par exemple, des directives concernant le mouvement activiste wallon qui commençait à se manifester, déjà avant la publication de l’appel dans la presse allemande ; il en fut de même pour la démission du premier ministre belge et le manifeste du « Raad van Vlanderen » au peuple allemand. Cette façon d’influencer fut continuée personnellement à l’occasion de la présence du chef de la Pressezentrale qui prit souvent contact avec le chef du service d’information du ministère des Affaires étrangères, les chefs de l’« Office de guerre pour la Presse » ainsi qu’avec les attachés militaires du ministère des Affaires étrangères. »

Toutefois, le baron von der Lancken n’est pas entièrement satisfait, il est même déçu par le patriotisme des journalistes flamands :

« La presse activiste flamande répond bien à son but qui est de faire de l’agitation en faveur de l’affranchisse­ment du peuple belge. Cependant, elle ne s’entend pas encore fort bien à étendre le cercle de ses lecteurs par une meilleure présentation des sujets et des informations dont elle dispose. Il est donc très compréhensible que cette presse n’a pas encore pris un style qui lui est propre et dépend fortement du concours des autorités allemandes qui s’occupent de la presse. Ceci résulte de ce que les journa­listes flamands qui travaillaient dans la presse belge avant la guerre ont refusé jusqu’à présent d’entrer dans la rédac­tion de feuilles activistes ».

 

Des buts précis

 

Si les Allemands soutiennent des journaux à leur dévo­tion, c’est avec l’espoir de préparer l’opinion belge au plan von Bissing tel que le gouverneur général le développe dans la lettre qu’il adresse, le 6 avril 1917, à Guillaume II, lui-même :

« Conformément aux indications de Votre Majesté, j’ap­plique toute mon énergie à développer le plus rapidement possible la politique flamande (Flamenpolitik) ordonnée par Votre Majesté. Après m’être entendu sur les mesures à prendre, le 17 du mois passé, avec le représentant du chancelier, le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, j’ai institué une Commission qui doit préparer la division de l’ancien royau­me de Belgique en partie flamande et partie wallonne. Com­me premier pas, j’ai, d’après l’avis de cette Commission, divisé, par ordonnance du 21 écoulé, le territoire du gou­vernement général en deux régions administratives, une flamande et une wallonne. En prenant pour base la limite linguistique, ces deux territoires sont bornés par les fron­tières des provinces et il n’y a que le Brabant qui sera divisé en deux.

» A mesure que l’avancement des travaux le permettra, les ministères wallons seront transférés à Namur, tandis que les flamands resteront à Bruxelles. Suivant nos prévi­sions, on commencera par le déplacement du ministère wal­lon de l’Industrie et du Travail à Namur. Dès maintenant, on prend des mesures pour trouver des locaux à Namur. La séparation des ministères belges sera suivie d’autres mesu­res de séparation, il convient de signaler particulièrement l’organisation judiciaire. Aux mesures de séparation des autorités belges se joindra la nomination de deux chefs d’administration allemands pour la Flandre et la Wallonie et cette désignation va même se faire dès maintenant.

» Les espérances fondées sur la création d’une Flandre délivrée de l’influence des Wallons seront, espérons-le réa­lisées et serviront, alors, certainement les intérêts allemands.

«  Je me permets, cependant d’ajouter qu’il ne serait pas bon d’abandonner à son sort la Flandre délivrée de la domi­nation de la Wallonie, ou encore, de la considérer comme un objet de marchandage dans les pourparlers de paix qui sont imminents. Si l’empire allemand n’y prend garde, le sort de la Wallonie sera celui d’un ennemi de l’Allemagne, entièrement francisé. Une Wallonie rendue à l’influence fran­çaise deviendrait automatiquement un instrument de domina­tion anglaise et servirait de prétexte aux visées anglaises sur les côtes de la Flandre. L’extension de la puissance allemande et de l’influence allemande en Wallonie ne me paraissent pas moins importantes qu’en Flandre. Economi­quement, la Wallonie vaut même plus pour l’Allemagne que la Flandre à cause de son industrie, en particulier à cause de ses charbonnages que j’ai maintenus en pleine activité. Assurément, la valeur économique des Flandres grandira considérablement lorsque les trésors en charbon de la Cam-pine seront exploités. Il faut noter, en outre, qu’il y a entre Flamands et Wallons beaucoup de relations économiques qui doivent continuer après la séparation, si l’on ne veut pas que tous deux ou au moins l’un des deux, ne subissent des dommages. La population wallonne est plus facile à manier et à diriger que la flamande. Les Flamands sont naturellement plus lourds et plus enclins à la résistance. Les Wallons sont plus légers, et s’ils gagnent beaucoup, s’ils ont quelques avantages sociaux, s’ils peuvent jouir de la vie, ils sont faciles à gouverner. En conséquence, je considère comme un devoir envers Votre Majesté et envers la Patrie de faire remarquer qu’il faut avoir soin de conserver une Wallonie bien organisée à côté d’une Flandre bien orga­nisée. »

Les projets de von Bissing sont l’objet des préoccupations constantes des dirigeants allemands.

Le 7 mars 1917, le chancelier von Bethmann-Hollweg écrit au maréchal von Hindenburg :

« Les intérêts allemands que nous poursuivons avec cette politique apparaissent clairement. Le sort de la Belgique dépend du succès final de nos armes. Quoi qu’il arrive, une Belgique dont l’organisation intérieure est séparée et dont la majorité flamande est délivrée de la domination de la minorité wallonne, orientée vers la France, sera plus aisément rendue utile aux intérêts allemands que l’Etat Belge dans sa constitution actuelle.

» Ce but sera atteint d’autant plus vite que nous par­viendrons à mettre les Flamands de notre côté… »

Et dans ses « Souvenirs de guerre » Ludendorff dira : – Notre propagande flamande avait commencé à prendre dans l’armée Belge. Il nous arrivait assez souvent des déserteurs dont les témoignages montraient que le mouve­ment flamand diminuait l’hostilité de l’armée belge à notre égard. »

D’ailleurs, le 7 février 1918, Ludendorff signait la lettre que voici adressée au chancelier d’Empire : « Je me per­mets d’envoyer à votre Excellence la copie d’un mémoire de l’amiral commandant le Corps de Marine, traitant de la politique flamande. L’amiral von Schröder qui est, depuis plus de trois ans, en Flandre, doit indiscutablement être considéré comme une personnalité à même de juger de la question flamande. Je ne puis que prier à nouveau Votre Excellence de favoriser, par tous les moyens, l’opposition entre Flamands et Wallons afin d’ébranler le moral et, par (p.16) là, la force combattive de l’armée belge composée de plu­sieurs divisions.

» Le gouverneur général, Freiherr von Falkenhausen, me fit savoir qu’il considère comme un réel renforcement de la cause flamande, en ce moment la réception de ses chefs par Votre Excellence et l’assurance que Votre Excellence est disposée à maintenir les buts du précédent chancelier et de protéger le caractère propre du peuple flamand qui nous est apparenté, contre l’oppression des Wallons et des Français.

»  Dans l’intérêt de l’action militaire, je serais tout spé­cialement reconnaissant à votre Excellence, si elle pouvait se résoudre à agir dans ce sens. »

De son côté, le général von Lossberg, chef d’état-major du 4me corps d’armée, écrit au Kronprinz Rupprecht, le 6 janvier 1918 : « Sub. 1°. Une propagande à l’armée belge est possible et promet des résultats. Les divergences qui ont surgi, ces derniers temps, entre Flamands et Wallons peuvent être rendues plus profondes, les difficultés du gou­vernement belge qui se trouve sous l’influence française peuvent être augmentées. Ainsi, une propagande adroite pourrait agir de façon déprimante sur la mentalité de la partie flamande de l’armée belge.

»  Sub. 2°. La propagande doit accentuer fortement ce qui sépare les Flamands des Wallons, notamment appuyer sur toute injustice ou abandon que les Flamands ont dû souffrir de la part des Wallons, avant et pendant la guerre. Il faut que l’on démontre aux soldats flamands que la  politique francophile a précipité la Belgique dans le malheur, qu’elle est cause de toutes  les souffrances actuelles et  que  la France et l’Angleterre ont abusé et abuseront encore dans l’avenir de la Belgique comme bouc émissaire contre l’Alle­magne, si les Flamands ne parviennent pas à une complète indépendance.

» Comme moyens appropriés, il y a lieu de considérer la presse flamande du pays occupé et les publications spécia­les des organisations activistes. Parmi ces dernières, ce sont surtout les sociétés d’ouvriers et les associations pro­fessionnelles qui, par des revendications énergiques, pour­ront gagner une forte influence sur les soldats belges. Il faut accorder moins de valeur à la collaboration des classes supérieures de la société. La collaboration d’Allemands, offi­ciers du service de renseignements, officiers, reporters de guerre, peut être utile et doit être employée, mais ne doit pas être rendue publique.

» De plus, des éclaircissements souvents répétés aux soldats belges sur la vie, le travail et le salaire des pri­sonniers de guerre belges, en Allemagne, par la parole et l’image, influenceront avantageusement les soldats. A cet effet, s’il y a un moyen quelconque, il y aura lieu de tra­vailler, en dehors du lancement de tracts de l’autre côté des lignes, en empruntant le chemin de la Hollande. »

 

Par la presse et par le film

 

L’Oberleutnant von Heimburg chargé d’organiser la pro­pagande activiste dans l’armée belge démasque froidement ses batteries et il déclare : « Le but que nous poursuivons par notre propagande flamande au front belge est un but militaire. Nous inondons le front belge de quantité de jour­naux flamands, entre autres du périodique belge « Door Vlaanderen heen ». Cette feuille a pour but d’exacerber la nostalgie du soldat flamand et cela par la reproduction d’in­térieurs flamands ; avec une mention tendancieuse par exemple : « Joseph reviens ! Tes parents t’attendent ! » Ces photos ont réellement été prises dans des familles dont les fils sont au front belge. Cette photo tombera peut-être avec le journal, dans les mains du Joseph en question. Mais en voyant cela, n’importe quel soldat flamand, généralement très peu éduqué, se sentira pris de nostalgie. Dans cette même feuille, on énumère les griefs nombreux des Flamands. Joignez le sentiment du mécontentement provoqué par ceci au sentiment de nostalgie : le moral s’en trouvera fort abat­tu. Nous soutenons, aussi, indirectement, tous les journaux flamands en pays occupé, et nous favorisons la création de journaux nouveaux. Dans ces journaux se trouveront des articles de personnalités très influentes dans le mouvement flamand d’avant-guerre, articles traitant des griefs flamands en général, et plus particulièrement des plaintes envoyées à ces meneurs par des soldats prisonniers en Allemagne au sujet des traitements infligés aux Flamands dans l’armée belge. Lorsque ces journaux tombent dans les mains de membres actifs et intellectuels du mouvement flamand d’avant-guerre, ils diront : « II est impossible que ces acti­vistes soient des traîtres. Des hommes comme Borms, Depla, Heynderickx, Augustijns, De Clerck, Dosfel et autres, ne peuvent être des renégats : c’est impossible. Borms lui-même n’avait-il pas poussé ses adeptes à s’engager dans l’armée belge ? » D’autre part, la variété et la profusion des journaux flamands accréditeront l’idée que le mouvement activiste est beaucoup plus important que les journaux bel­ges ne veulent le leur laisser croire. Tous ces faits et réflexions feront que ces lecteurs intellectuels se groupe­ront, verront beaucoup plus vite le plus petit grief et le gros­siront malgré eux. Quant au soldat plus simple qui lira ces journaux, il croira encore beaucoup plus vite tout ce qu’il y trouvera, et la moindre punition ou réprimande qu’il encour­ra, il l’imputera au seul fait d’être Flamand. Grâce à tout ceci, il se créera de l’autre côté un autre mouvement fla­mand pareil à celui de ce côté-ci. Or, ce mouvement fla­mand ne pourra évidemment en aucune façon être toléré par l’autorité militaire belge. Le résultat en sera la création d’un mouvement clandestin, et par le fait même, il y aura du frottement, de l’effervescence et du mécontentement dans l’armée belge. Sa cohésion, son unité, son moral en souffriront grandement pendant qu’elle s’occupera d’elle-même, elle ne s’occupera pas de nous. De toute façon, nous pour­rons tenir un front de 50 km avec un nombre très restreint de régiments contre une armée ennemie de beaucoup supé­rieure en nombre, et en cas d’une offensive allemande, cette armée démoralisée et très réduite dans sa discipline et sa valeur combattive, n’opposerait que peu de résistance ou bien devrait être remplacée par des Anglais ou des Français ce qui signifierait pour ceux-ci une perte de 80.000 à 100.000 hommes ce qui n’est pas à dédaigner. J’espère que nous réussirons. »

Le 12 août 1918, l’Oberleutnant allemand Picht, dans un rapport sur les moyens à utiliser pour hâter la division de la Belgique, écrit : « Pour le cinéma, l’histoire et les paysa­ges des Flandres présentent une matière heureuse et à peine entamée. L’Universum-Film A.G. récemment fondée qui est en relation avec le « Bild und Filmamt » serait probablement disposée a entreprendre une action dans ce sens.

» Des représentations spéciales consacrées à la Flandre attireraient, vraisemblablement, un nombreux public. »

Le 29 août 1918, l’officier-de renseignements Hauptmann Staehle envoie cette lettre à l’état-major général de Berlin : « L’utilisation des films comme moyen tout particulièrement efficace pour la propagande du mouvement flamand en Alle­magne, dans les pays neutres et dans les pays occupés, est considérée ici comme souhaitable et très urgente. Le récent développement du mouvement flamand dans l’armée belge et dans le pays occupé offre de la matière pour une action cinématographique intense et dramatique. Le projet d’un pareil film se trouve ici. Il devrait être pris à Courtrai et environs, en partie pour des raisons topographi­ques, en partie parce que l’activité dans le camp des pri­sonniers de cet endroit donnera matière à être filmée, en partie encore parce que des prisonniers qui ont déjà colla­boré à des représentations de propagande peuvent servir de figurants.

» Un entretien préalable entre l’officier qui règle les tour­nées de propagande des prisonniers et le directeur et le régisseur de la société cinématographique en question au sujet de la possibilité et des conditions du film serait nécessaire.

» L’entreprise pourrait se faire sur des bases purement commerciales, puisque les frais (petit nombre d’acteurs, petits frais pour accessoires) ne seraient pas élevés. » L’activiste J. Wannyn, révèle M. Wullus Rudiger dans son livre « Flamenpolitik », avait constitué une société dans le ‘ but de tourner des films, de louer et de représenter ceux-ci, et d’établir des salles de cinémas. Le 7 septembre 1918, il s’adressait au capitaine allemand Staehle pour le mettre au courant du projet d’adaptation cinématographique du célè­bre roman d’Henri Conscience « Le lion des Flandres », et pour demander son concours.

Il expliquait qu’un consortium avait réuni l’argent néces­saire à la représentation. Il estimait les frais à 50.000 francs. On aurait besoin de milliers de figurants, notamment pour la (p.17) dernière partie, le « clou » : la bataille des Eperons d’Or ». Il avait consulté des chefs activistes d’Anvers et de Bruxel­les, entre autres, Borms, et tous étaient enchantés du pro­jet. L’adaptation cinématographique avait été faite par le sous-officier allemand Mùller, du théâtre allemand de Gand, et on avait prévu comme metteur en scène, M. Maximilien Moris, directeur du même théâtre, très avantageusement connu comme régisseur en Allemagne et même à l’étranger. Comme acteurs étaient prévus ceux du théâtre en question et des acteurs flamands en renom. Le matériel technique avait été promis par l’« Office de la Photographie et du Cinéma ». On le voit : ici encore, d’après les vœux des chefs activistes eux-mêmes, la plus grande fraternité, la plus grande aide mutuelle entre les activistes et les Allemands. La victoire de l’Allemagne n’était-elle, d’ailleurs, pas la leur?…

Mais du côté allemand on fit des difficultés parce qu’une firme de Berlin avait l’intention de s’occuper de la chose et pour des motifs d’ordre militaire, notamment à cause du danger d’espionnage, à l’occasion des déplacements de nombreux figurants et techniciens.

 

Mais les vrais Flamands ?

 

Malgré tous leurs efforts, les Allemands ne parvenaient pas à répandre le séparatisme et à y rallier les masses flamandes.

A Wevelgem, les Allemands avaient organisé une repré­sentation théâtrale et y conduisirent des soldats flamands prisonniers mais activistes.

Le résultat fut bien décevant à en juger par cette note de l’Oberleutnant Picht : « II n’y avait au théâtre que des femmes d’activistes courtraisiens, des Allemands, les famil­les de trois prisonniers citoyens de Wevelgem, et quatre ou cinq habitants. A la sortie du théâtre, on lança des pier­res aux soldats activistes ; on les hua, on leur cracha au visage, on les traita de traîtres. Un cabaretier de l’endroit refusa de servir à boire et ne le fit que sur l’injonction formelle des Allemands. Un des prisonniers dut à l’inter­vention des Allemands de n’avoir pas été lynché. On sut plus tard que le curé de Wevelgem voulant empêcher que ses fidèles ne donnent dans le piège des activistes, leur avait défendu, dans son sermon du matin, d’assister à la représentation, sous prétexte que la pièce était licencieuse. »

Hugo Verriest, le célèbre prêtre et poète flamand disait à des activistes qui le questionnaient dans sa retraite d’Ingooigem : « Je suis trop vieux. Je suis comme un patriar­che qui se repose d’un rude labeur. Je ne puis comprendre ni approuver la séparation administrative. Ensuite, comme Belge, comme Flamand, comme Catholique, je ne pourrais me pardonner de me séparer du Roi. »

Mais, après l’armistice, un journal séparatiste, le Vlamenland parut à Berlin et on pouvait lire dans un numéro de décembre 1918 : « L’activisme restera pour la Belgique, ce que la Pologne et la Finlande furent pour la Russie, ce que l’Irlande fut pour l’Angleterre : un danger pour la Belgique, aussi longtemps que la Flandre n’est pas déclarée autonome, avec langue unique. »

En juillet 1920, le même journal écrivait : « Le soutien moral dont bénéficie le caractère racique menacé de la race flamande, rencontre grâce à notre action une estime sans cesse croissante. Jamais, il ne fut plus pressant, qu’à cette époque de lutte acharnée. Si on réussit à délivrer les marches-frontières (Grenzmarken) germaniques en Flandre, de la pression romaine (Welschen) la cause de l’Allemagne s’en trouvera servie dans une grande mesure. »

 

 

III. LES HERITIERS DE REX ET DU V.N.V.

 

Deux hommes vont appliquer, en 1940-44, les directives séparatistes allemandes en Belgique. Ils utiliseront un voca­bulaire et lanceront des idées, hélas, très semblables à celles que propagent, aujourd’hui, certains extrémistes.

Ces deux agents du Reich furent Léon Degrelle et Staf De Clercq.

Le premier était un tribun exalté, un ambitieux sans scru­pules et un admirateur passionné de Hitler qui lui dira un jour : « J’aurais aimé avoir un fils tel que vous. »

L’autre, le leader du V.N.V., se présentait sous l’aspect d’un petit homme trapu, lyrique et imprégné de la mystique germanique du sol, de la langue et de la race.

Dès le 2 décembre 1940, Staf De Clercq démasque ses batteries au cours d’un meeting à Anvers où il proclame :

•  A l’époque où la Belgique était maîtresse du territoire, nous avions à lutter pour nos frontières, car l’Etat Belge était notre ennemi. Ceux qui auront désormais à déterminer nos frontières ne sont plus nos ennemis.   L’expression

« frontières » a une toute autre signification dans l’ordre national-socialiste. Nous avons pour devoir de placer notre confiance dans le Führer. Ce qu’il fera sera bon pour tout notre peuple.

» La Flandre est en marche vers son destin qui est néer­landais et allemand. Les soldats flamands du front, pendant la guerre mondiale, aussi bien que les activistes et les nationalistes flamands, se sont toujours élevés contre la violation des institutions néerlandaises et germaniques. D’où notre lutte pour notre séparation d’avec la Wallonie et la France. »

Le 10 mai 1941 fut signé l’accord Rex-V.N.V. qui partageait la Belgique en deux communautés, la flamande et la wallonne respectivement considérées, désormais, comme les chasses gardées de Staf De Clercq et de Léon Degrelle.

Staf De Clercq, chef du V.N.V. (au mur, un portrait du grand patron).

Le lendemain de cet accord, Léon Degrelle développait devant la presse collaborationniste des thèses fédéralistes qui ressemblent un peu trop aux idées lancées aujourd’hui par le Mouvement Populaire Wallon. Qu’on en juge : « C’est pour permettre aux Nationalistes de Flandre de prendre conscience, en toute indépendance, des intérêts de leur peuple que nous avons donné notre approbation la plus ami­cale à l’unification des mouvements flamands, scellée au­jourd’hui.

» Ce sera à ce parti unique flamand à rendre au peuple flamand la conscience de son génie et à préparer son avenir.

» De toute manière, il faudra abandonner la prétention de vouloir, du dehors de la Flandre, dicter aux Flamands une ligne de conduite. C’est à eux seuls à décider ce que la Flandre sera.

» La question de la cohabitation des Flamands et des Wallons ne se fut jamais posée avec une telle netteté si la Flandre n’avait pas été jusqu’à 1940 victime de tant d’incompréhension, de bêtise et de mépris.

» Les fautes du passé pèsent sur le présent. En ce qui concerne l’avenir, il ne sera pas le résultat de concessions faites avec regret ou avec commisération.

» II n’y aura de fédération flamande-wallonne que si on la veut de part et d’autre. Aux partisans de cette fédéra­tion de la rendre possible, utile et désirable. »

Quant à Staf De Clercq, son langage fut identique à celui de l’actuelle « Volksunie » – Aux Wallons, nous ne contestons nullement le droit de vivre et le droit au déve­loppement populaire, mais les temps doivent être définitive­ment révolus où ils disposaient de nos possibilités de vie et de développement et où ils avaient leur mot à dire. Ceci sera notre affaire. Et quant à ceux de nos nationaux qu’une (p.18) cohabitation forcée nous a fait perdre, pour eux, parle bien haut, en nous, la voix du sang. Ce qui nous appartient doit nous revenir. Ceci est une nécessité inéluctable sur laquelle nous devons axer notre action. »

De son côté, Henri de Man, le président du parti socialiste, passé à l’Ordre Nouveau, déclarait dans un discours à Charleroi : « Bien entendu, le fédéralisme présuppose plusieurs conditions. La première c’est que les décisions concernant les intérêts communs ne devraient plus reposer sur la base individualiste du suffrage universel, mais bien sur l’égalité des deux communautés linguistiques ou popu­laires. Cette revendication s’impose autant dans l’intérêt des Wallons que dans celui des Flamands. Sous le régime du suffrage universel, une majorité flamande pourrait imposer sa volonté à une minorité wallonne ; par contre, avec une unité administrative Flandre faisant pendant à une unité ad­ministrative Wallonie l’égalité serait garantie. A cette con­dition, ce n’est pas seulement l’autonomie culturelle qui devient possible, mais aussi l’autonomie administrative des deux communautés populaires dans la plupart des domaines de la vie politique, sans pour cela empêcher qu’existent pouvoir exécutif commun et la fonction de protecteur et d’arbitre du monarque, source de toute autorité. »

Enfin, un autre collaborateur des Allemands, le journaliste Robert Poulet, poussait, aussi, à la roue du fédéralisme, le 12 mai 1941, dans un éditorial du « Nouveau Journal » • « L’échange de blancs-seings auquel ont procédé les co-contractants rexistes et V.N.V. d’avant-hier ne vaut évidem­ment que pour eux-mêmes et leurs mouvements ; mais il ne reflète pas mal la démarche que tous les bons esprits de ce pays sont prêts à faire. « Flamands, décidez vous-mêmes de votre sort » ; « Wallons, choisissez librement votre des­tinée » ; quitte, le lendemain, à s’apercevoir que la logique, que la géographie, que l’économie, que les convenances européennes, que la sensibilité populaire même, sous cer­tains de ses aspects, postulent un « compromis des Bel­ges » sur un terrain, sur un plan, dans un esprit beaucoup plus pareils à ce qu’ils furent, avant 1790 qu’à ce que nous avons connus à partir de 1830. »

 

Le mardi 2 septembre 1941…

 

Pour appuyer la campagne de division des Belges, le V.N.V. organisa, le 2 septembre 1941, une manifestation à Bruxelles. Deux journalistes patriotes MM. Ooms et Delandsheere nous ont laissé une description de ces … festivités :

« Avec la complicité de l’occupant et sous son patronage, s’est déroulée aujourd’hui une manifestation tendant à faire croire que Bruxelles, capitale de l’ensemble du pays, doit être considérée comme un fief flamand.

» Pour le prouver, les chefs V.N.V. avaient fait venir à Bruxelles tous leurs adeptes. Brigades noires, gardes en uniforme, groupes d’hommes, de femmes, d’enfants chantant et dansant se sont dirigés vers la Grand’Place. La Maison Flamande était le centre de cette agitation tumultueuse.

» Une tribune avait été dressée devant l’Hôtel de ville pour recevoir les « autorités ».

» Y ont pris place, avec de nombreux officiers allemands représentant le pouvoir occupant et la Wehrmacht : les fla­mingants les plus notoires comme le secrétaire général Leemans, le commissaire aux prix Beeckman, l’abbé Cyriel Verschaeve flanqué de ses deux collègues au conseil cul­turel, les professeurs Van Roosbroeck et J. Van de Wiele, les gouverneurs Grauls et Lysens ; le Dr Borms ; Elias, Bourgmestre de Gand ; F. Daels ; Van Thillo ; Ernest Van den Berghe ; Edgard Delva ; R. Speleers ; le chef de la Corporation de l’Agriculture Meeuwissen ; Tack, comman­dant la Garde Flamande ; Hendrickx, directeur général de l’Office national du Travail et autres V.N.V. de seconde zone.

» La cérémonie comprenait une partie musicale et une partie oratoire. Le Président général de la Ligue nationale du chant flamand, M. Karel Peeters, s’est attaché à mon­trer comment la conscience nationale trouvait son expression dans le chant. Et il n’a pas manqué de saisir cette occa­sion pour affirmer sa certitude que la ville de Bruxelles finirait par appartenir aux Falmands.

» Le même thème a été développé avec plus de fougue par le sieur Wies Moens qui a dit sa confiance dans cette conquête d’une ville « où avait travaillé Ruysbroeck et où reposaient les cendres de Breughel ».

» Des sonneries de trompettes thébaines, des chants de Tinel et Peter Benoit, des hymnes repris en chœur par la foule figuraient au programme de cette manifestation spec­taculaire. Une compagnie de gardes flamands défila sur la Grand’Place au son d’une marche de Meulemans qui diri­geait l’exécution musicale. »

 

 

Les Flamands qui ne marchent pas…

 

A l’écrasante majorité de 90 % de ses membres, le corps professoral de l’université flamande de Gand adressa aux professeurs de l’Université de Bruxelles, fermée par les nazis, cette émouvante lettre : « Nous considérons les mesures prises contre l’Université libre de Bruxelles comme un aspect de l’intervention directe de l’autorité occupante dans la vie intellectuelle et culturelle de notre pays au mépris du droit des gens. Le sort fait aujourd’hui à Bruxelles sera demain, si nous ne soutenons votre résistance, celui de Louvain. Gand et Liège n’échapperont pas plus aux manœu­vres de l’envahisseur.

» II n’est pas douteux que la nomination des professeurs récusés par vous n’a été qu’un moyen pour tenter de bri­ser la résistance sans cesse grandissante dans notre pays.

» Vous n’ignorez pas que le corps professoral des Uni­versités d’Etat n’a aucune compétence en matière de nomi­nation. Ceci ne nous a pas permis d’adopter une attitude semblable à celle de votre conseil d’administration en ce qui concerne les professeurs récemment nommés par l’en­nemi et encore vis-à-vis de quelques autres, ceux qui depuis l’occupation se sont comportés comme des serviteurs com­plaisants de l’envahisseur.

» En tant que professeurs de l’Université de Gand, liés à notre peuple par notre milieu et par nos contacts avec les étudiants, nous pouvons vous donner l’assurance que la majorité écrasante des Flamands ainsi que la grande majo­rité des professeurs de Gand est, de te façon la plus for­melle, adversaire de l’attitude à la Ouislirig de la minorité dont une infime partie par conviction, mais la plus grande partie pour des raisons de bas intérêt, vont instaurer l’Ordre Nouveau.

» Aujourd’hui, comme par le passé, l’autorité occupante veut provoquer la division de notre pays afin de mettre notre peuple au service de sa propre conquête de la suprématie mondiale. Ces desseins doivent être déjoués.

» Votre résistance a créé, parmi nous, une meilleure com­préhension. Cette compréhension réciproque qui existe à Gand, nous souhaitons la renforcer par une meilleure com­préhension entre Gand et Bruxelles, non sans insister sur l’immense intérêt qu’il y aurait à englober nos collègues de Louvain et de Liège. L’union de nos quatre universités apparaîtrait indiscutablement aux yeux de toute la population de notre pays dressée contre l’occupant comme un symbo­le… Votre résistance cessera d’avoir un caractère local pour prendre un caractère national. Nous comprenons mieux, de jour en jour, que la libération de notre pays ne dépend pas uniquement de la force des armées extérieures à nos fron­tières, mais dépend également de notre propre action et du soutien que nous apportons dans ses formes les plus diver­ses, à la résistance de tout le pays. Vous avez donné l’exemple de la volonté de lutte, chers Collègues, et c’est dans cet esprit que nous voulons, dans l’avenir, nous trouver à vos côtés et vous assister de toutes les forces dont nous disposons. »

Quant au fameux professeur Daels, i! publiait, le 12 juil­let 1943, une « Lettre ouverte à l’autorité allemande » qui en disait long sur ses déceptions de nationaliste flamand mais qui jetait, aussi, un jour plutôt cru sur les véritables buts des nazis et de leur propagande dans l’armée belge, par le truchement du V.N.V., dès 1939 : « Ce qui a vexé toute­fois le plus les Flamands germaniques et de sentiment national, ce qui a ébranlé le plus fort leur confiance, est la politique à double sens, qui, sur le terrain proprement natio­nal, a été pratiquée par l’Allemagne en Flandre. Des milliers de jeunes gens de Flandre qui servaient en tant que soldats dans l’armée belge pendant les journées de guerre ont accordé pleine et entière confiance à la propagande alle­mande qui était faite par-dessus la ligne de feu, par radio et affiches et incitait les soldats flamands au sabotage et à la désertion avec l’assurance que les Allemands ne faisaient pas la guerre aux Flamands mais avec la Flandre pour lui apporter sa libération.

» Les Allemands devraient savoir qu’ils doivent en grande partie leur succès rapide à l’Ouest à l’action démoralisante que les soldats nationaux-flamands ont exercée dans l’armée belge d’une façon consciente et décidée, au risque de leur vie.

» Des promesses faites en pareilles circonstances ne peu­vent être rompues sans se déshonorer soi-même profon­dément. Bien vite il a été pratiqué en Flandre par certains milieux allemands influents une politique de division. On se présentait comme libérateurs du peuple flamand tandis qu’on maintenait en minorité les forces politiques saines de ce peuple. On défendait de parler de réformes de l’Etat et on créait la S.S. qui, de quelque manière et en quelque sorte, est une préfiguration de l’ordre des choses à venir et un reniement de notre indépendance en tant que peuple. En effet, la S.S. c’est le cheval de Troie. Que l’on ait dû faire appel pour ceci à des déséquilibrés, tel Lagrou ; un caporal, tel François ; un homme entièrement démuni de doctrine tel De Langhe ; un inconstant, tel Van Hulze, est également une indication de la signification d’une politique dite de « Fingerspitzengefühl » qui ne nous a pas échappé.

« La naïveté des Allemands est grande, mais qu’elle soit si grande de penser pouvoir gagner un peuple à l’aide d’un groupe de propagandistes tels que les S.S. actuels, dépasse toute imagination ! Pensent-ils vraiment que les Flamands n’ont pas de mémoire et ne savent, par conséquent, point se rappeler, après un an ou deux, de quels milieux la plu­part des S.S. sortent ? Quel sombre passé pèse sur eux ! « Notre honneur est fidélité » est la devise des S.S. Tous les S.S. flamands ont renié d’une façon éhontée les idéaux qu’ils servaient jusqu’au 10 mai 1940 ou qu’ils prétendaient, du moins, servir. Le peuple flamand est, quoi qu’on puisse dire, un peuple propre. Seuls les honnêtes gens ont des chances de gagner la confiance de ce peuple. »

 

 

Que conclure ?

 

De même qu’en 1914-1918, les menées séparatistes ou fédé­ralistes des Allemands échouèrent lamentablement en 1940-1944. Mais on ne peut que s’indigner de voir ces thèmes de propagande repris, aujourd’hui, par des gens qui oublient combien ces slogans furent profitables à nos enne­mis d’hier et d’avant-hier.

En tout cas, l’actuel vocabulaire fait de termes tels que « communauté flamande » ou « communauté wallonne », « droit du sol », « Autonomie administrative » bref, toute cette terminologie provient, directement, du programme allemand de séparatisme établi en 1914-1918 et poursuivi en 1940-1944.

Et même, ce fameux « compromis des Belges » dont d’aucuns se gargarisent sans cesse, fut lancé par le jour­naliste collaborationniste Robert Poulet, dans « Le Nouveau Journal » du 12 mai 1942 avec l’accord de la Propaganda Abteilung, bien entendu !

Aux vrais Belges, tant Flamands que Wallons, de tirer, eux-mêmes, les conclusions !

 

Jo Gérard.

 

(s.r., p.195) /tract : Vlaamsche soldaten/

 

Durant les combats de 14-18, les Allemands desti­naient ces tracts aux soldats flamands afin de les pousser au défaitisme. Pour asseoir sa domination, l’occupant s’efforça toujours de dresser les Flamands contre les Wallons.

 

Maurice De Wilde, L’ordre nouveau, éd. Duculot, 1984

 

(p.26) Il ne fait aucun doute que Degrelle, pour arriver à ses fins, n’a refusé l’aide financière ni de l’Italie, ni de l’Allemagne. Du 23 avril au 3 mai 1933 déjà, quelques mois après la prise de pouvoir d’Hitler, Degrelle et deux de ses colla­borateurs, Guido Eeckels et Jean Denis, se rendirent à Berlin et assistèrent aux tètes du premier mai. Les billets de train ainsi qu’un visa leur furent gratuite­ment fournis par l’ambassade allemande à Bruxelles. Jusqu’en 1936, Degrelle ne semble pas avoir entretenu d’autres relations avec l’Allemagne.

Durant l’été 1936, après le résultat spectaculaire de Rex aux élections légis­latives du mois de mai (d’un seul coup, 21 députés et 12 sénateurs, 72.000 voix rien qu’en Flandre, pour 166.000 au V.N.V.), Degrelle parvint à se faire inviter par Mussolini. Il rencontra le Duce et son ministre des Affaires étrangères et gendre Ciano à Rome le 27 juillet 1936, le jour même de la naissance de sa fille Anne. Résultat concret de l’entrevue, Ciano lui accorda une aide financière massive. (…)

 

Pascale Leyder, Le rexisme dans la province de Luxembourg 1935-1940, ULg, Fac. de philosophie et lettres, Mémoire 1983-1984

 

(p.33) Le 1er mai, L.D  aurait parlé à « 10 000 Ardennais  enthousiastes » ( 2000 à Saint-Hubert,1500 à Houffalize, 2500 à Hotton, 2000 à Durbuy ) (2) .

Le 8 mai, L.D. parle encore à Libramont, à Athus, à Martelange et à Bastogne .

Albert FASBENDER, quant à lui, se déplace dans son arrondis­sement électoral: Villers-devant-Orval, Fays-les-Veneurs, Offagne, Torgny, Lamorteau, Meix, Botassart, Ucimont, Sensenruth, Bouillon, Jamoigne et Arlon (3) . Le nord de la province devait être quadrillé de la. même façon par les propa­gandistes et les candidats locaux .

Le 21 mai, à Arlon, se déroule un meeting important, qui fera couler beaucoup d’encre dans la presse locale . Les candidats rexistes luxembourgeois à la Chambre, au Sénat et au Conseil Provincial s’expliquent déviant leur auditoire . Pierre NOTHOMB, convié au débat, y fait une déclaration retentissante qui marque bien son opinion sur REX ; « Je vois ici, à la tribune, des rexistes qui le sont depuis quinze jours . Pauvres petit bleus ! Alors que moi je suis rexiste depuis quinze ans . J’ai même été le premier rexiste du pays . C’est moi qui ai couvé la doctrine rexiste ; les principes rexistes sont les miens et furent ma propriété avant d’être ceux des disciples  de Degrelle . Et j’ai un tel amour pour mes principes, c’est-à-dire pour les principes rexistes, que je ne crains pas de déclarer que les rexistes ont fait le plus grand bien au pays . Je vais plus loin

 

(2)   P.P?., 5.V. 1936, p.l .

(3)  Voir Annexe I .

 

(p.34) encore : si je devais voter autre patt que dans le Luxembourg … Eh bien, je voterais probablement rexiste . Seulement, faites attention : un succès rexiste serait en définitive un succès socialiste  » (1) .

Bien sûr, les rexistes ne l’entendent pas de cette oreille, Pierre LIFRANGE n’hésitant pas à qualifier l’orateur de « rexiste honteux »  : le meeting se termine dans le chahut . Selon 12. Pay* R.é.2.1, Pierre NOTHOMB  » profite de son ancienne collaboration aux Editions Rex pour dire qu’il fait de la politique rexiste au sein du Parti catholique . Rien n’est plus faux !

Si Pierre Nothomb voulait faire de l’action rexiste, il n’avait qu’à se désolidariser des partis pour faire campagne avec nous  . Il ne l’a pas fait parce qu’il n’était pas sûr de réussir .Toutes les voix qu’il sollicite des rexistes seraient des voix arrachées au rexisme .

Le succès prochain de REX l’empêche de dormir . Défiez-vous ! On ne vote pour REX qu’à REX !  » (2) .

Plus tard, à l’issue du scrutin législatif, Pierre NOTHOMB n’ayant pas été élu,  Le Pays Réel  qualifie l’homme politique d' »opportuniste malchanceux », d' »éternel candidat », de « tourneveste » et de « braconnier », et publie l’extrait d’un tract électoral que le candidat catholique aurait fait distribuer dans le Luxembourg :

 » Dans l’impossibilité absolue où sont les rexistes d’avoir dans le Luxembourg un élu, les rexistes luxembourgeois, qui ne veulent pas que leur voix soit une voix perdue et renforce le parti socialiste, doivent voter pour les réfor­mateurs aux idées rexistes qui se trouvent sur la liste catholique.

Il y en a un, c’est Pierre NOTHOMB ! Votez à coté de son nom sur la liste n° 4 « (3) .

 

(1)  A.L., 23.V.1936, p..3 ; L.S., 23.V.1934, p. 4 ; J.L., 31.V.1936 , p. 4 .

(2)   P.R., 24.V.1934, p.8 .

(3)  PR., 5.VI.1936, p.2 .

 

(p.36) Le Comité s’appellera désormais l’Action Nationale  ( du nom du journal véhiculant les idées de ce mouvement ) et regroupe des éléments  « catholiques réactionnaires » (1) . Les Jeunesses Nationales (1925-1932),formées par Pierre NOTHOMB dans l’optique de son mouvement politique, sont  » une organisation de milices de jeunes d’extrême-droite  » (2) , affirme Monsieur BEAUFAYS .Elles regroupaient de jeunes élèves des collèges catholiques . Ceux-ci ne portaient pas d’uniforme mais un insigne ;  » Ces jeunes gens étaient de service aux meetings de l’Action Nationale/ vendaient le journal dans les rues, paradaient aux cérémonies patriotiques, se querellaient avec les jeunes gardes socialistes  et avec les nationalistes flamands  » (:3) , écrit Monsieur STENGERS.

Le mouvement nothombien s’inspire du fascisme italien tout comme le rexisme et la plupart des mouvements nationalistes francophones durant l’entre-deux-guerres .

Si, dans une première période, le Comité de Politique Nationale milite pour une nation forte, dirigée par « l’élite » intellectuelle et sociale, dotée d’une armée puissante, l’Action Nationale prétend réformer l’Etat en instituant un corporatisme qui renforcerait le pouvoir exécutif et réduirait le pouvoir des partis politiques .

«  Pierre Nothomb prétend que son nationalisme est anti-parlementariste et non anti-parlementaire . Il veut dire par là qu’il entend lutter contre la toute-puissance des Chambres et des partis » (4), écrit Monsieur BEAUFAYS .

 

(1) J. BEAUFAYS, op.cit., p. 1 31 .

(2) Idem, p. 147 .

(3) J. STENGERS, La droite en Belgique avant 1940, in C. du. n° 448-449, Bruxelles , 30.1.1970 ,p.!9 .

(4) J. BEAUFAYS, op. citat., p. 140 .

 

(p.37) Le mouvement nationaliste s’opposait fermement à la « Standsorganisatie » du Parti catholique et notamment aux démocrates chrétiens, « socialisme baptisé » , et était tout à fait

opposé au Parti Ouvrier Belge perçu comme un véritable danger . (1)

Le « parcours » politique de Pierre NOTHOMB est particulier . Ainsi, en 1921 le Comité  de Politique Nationale présenta des candidats aux élections provinciales sur une liste intitulée  » Parti National Populaire « y mais ne remporta aucun succès . En 1924, un  groupe nationaliste de Dinant proposa à Pierre NOTHOMB d’être son premier candidat aux élections législatives, mais celui-ci préféra rejoindre en 1925 l’Union Catholique de Bruxelles qui ne lui réserva cependant qu’une onzième place, et Pierre NOTHOMB ne fut pas élu .(2)

Selon Monsieur BALACE, la « phase fasciste » de Pierre NOTHOMB se situe après cet échec électoral .(3) Le Baron était en effet un grand admirateur de MUSSOLINI . Il organisait des cycles de conférences en Belgique avec pour thème le fascisme italien, et fut d’ailleurs  » Commandeur de la Couronne d’Italie  » . En vue des élections législatives de 1929, Pierre NOTHOMB démissionna du poste de directeur politique du journal L’Action Nationaie. , mais échoua une fois encore sur une liste catholique . En 1930 enfin, il engagea ses fidèles des Jeunesses Nationales à adhérer aux Jeunes Gardes Catholiques .(4) Pierre NOTHOMB  devra attendre 1934 pour être élu sénateur catholique de la province de Luxembourg où il est à cette époque président de l’Association Catholique de l’arrondissement d’Arlon .

 

(1) J.BEAUFAYS, op.cit., p. 144 à 147 .

(2) Idem, p. 142 .

(3) F. BALACE, Fascisme et cattholicisme politique dans la Belgique francophone

de l’entre-deux-guerres, in : Handelingen van het XXXIIe Vlaamsfilologencongres 1979, p.149 et 150 .

(4) Idem, p. 151 .

 

(p.60) CHAPITRE IV L’ACTION REXISTE

Pourquoi la province de Luxembourg avait-elle voté en masse pour REX ?

 » Ne serait-ce pas ridicule d’imaginer que les paisibles paysans des villages des environs de Laroche (sic) étaient devenus fascistes ? Ils n’étaient rien de plus que de naïfs enthousiastes « (1), affirme Jean STENGERS . Selon cet auteur, la « paysannerie » était peu attirée par les idées de droite qui séduisaient surtout la petite bourgeoisie, les commerçants, les petits industriels et des intellectuels (avocats, médecins etc…) (2) . Or nous avons relevé la présence de nombreux agriculteurs sur les listes provinciales  aux cotés, précisément, de cette petite bourgeoisie des affaires et de ces intellectuels . Comment, dès lors, expliquer ce succès rexiste ? On pourrait évoquer l’origine luxembourgeoise du Chef de REX, Léon DEGRELLE . Sa famille est très connue dans la province . Cette explication ne nous semble pas suffisante . La propagande électorale organisée par Louis COLLARD fut exceptionnelle, dit-on . Les meetings’  furent bien suivis, malgré le fait que ces réunions étaient payantes . L’équipe rexiste étaient jeune et dynamique .

N’oublions pas non plus l’attitude ambiguë de Pierre NOTHOMB, « admirateur » du mouvement rexiste, qui se prétendait même « premier rexiste » .

De plus le Luxembourg est une terre très catholique, et sans doute est-ce là la principale raison du succès rexiste . REX dénonçait le vieux Parti catholique et ses leaders, leur incapacité, voire même leur malhonnêteté . REX apparaissait aux yeux de certains comme « plus catholique que les catholiques eux-même » . De plus REX entretenait volontairement la confusion entre un catholicisme confessionnel et un rexisme politique, tout en prônant la défense des intérêts  chrétiens (3) .

 

(1)  J. STENGERS,  La droite en Belgique avant 1940,  in :  Courrier du Crisp, n° 463-469, Bruxelles , 30. I . 1 970 , p.26 .

(2)  Idem, p. 10 .

(3)  F. BALACE, Fascisme et catholicisme politique dans la Belgique francophone de l’entre-deux-guerres, in : handelingen van het XXXIIe Vlaamse Filologencongres, 1979, p.163   .

 

(p.157) CONCLUSION

L’aventure rexiste dans la province de Luxembourg avant, la seconde guerre mondiale peut1 se résumer ainsi : fulgurante ascension, et déclin non moins rapide . Après des début très favorables, REX fond_ comme neige au soleil ; mais il se reformera cependant en 1940 dans une collaboration avec l’occupant nazi .

Déjà en 193e, plusieurs esprits, notamment au sein de l’Union Communale Socialiste de Bouillon et de la Ligue des Travailleurs Chrétiens luxembourgeoise, voyaient en Léon DEGRELLE un émule d’Adolf HITLER . Le Chef de REX prouva en effet qu’il était bien ce  » petit dictateur  » comme le qualifie Monsieur Maurice DE WILDE dans sa série télévisée V<ï W-teuwe (kde . Avec un leader tel que Pierre NOTHOMB, les catholiques luxembourgeois ont assurément favorisé l’expansion du rexisme dans la province . En effet, les catholiques, prêtres en- tête, accueillaient amicalement REX en tant que mouvement apostolique, invitant son chef, Léon DEGRELLE, a prendre la parole dans les Cercles et les Associations Catholiques . L’Avej’VÔt du. Luxentàou/tg, ne manquait pas non plus de recommander les journaux rexistes à ses lecteurs par une publicité abondante . Lorsque le rexisme devint « politique » et nettement adversaire des cadres du Parti catholique, des hommes tels que l’abbé GRIBOMONT ou Monseigneur PICARD, qui avait amené Lëon DEGRELLE à l’A.C.J.B., tentèrent en vain d’enrayer le succès grandissant de ce mouvement . Mais hélas,, la partie était déjà trop bien engagée pour REX dans le Luxembourgx et Léon DEGRELLE n’eut qu’à proposer des listes rexistes aux élections législatives de mai 1935 pour remporter un succès foudroyant .

Nous avons tenté d’expliquer les causes de ce succès dans la province de Luxembourg .

 

In : J.-M. F., Un Obersturmbannführer à la retraite, in : PP ?, 13/04/1983, p.71-86

 

(p.73) Un autre /meeting/ à Berlin donne à Degrelle l’occasion de voir le général allemand Berger de travailler à l’annexion pure et simple de la Belgique au Reich.

 

In: LEXICON Politieke & Jeugd Kollaboratie, io uitg. (instructieve omroep), 1985, p.24-25

 

Degrelle (1906-)

 

Tijdens de tweede wereldoorlog was hij officier van het Waals vrijwilligerslegioen. Als politicus trachtte hij zich in de gunst van Hitler te werken, onder meer door uit te roepen dat de Walen volbloed-Germanen waren en door de symbolische uitspraak ,,Heil Hitler ». Hij propageerde een Boergondische staat, zonder precies te stellen wat zo’n staat konkreet inhield. Degrelle was eentalig Frans, wat zijn verhouding tot de Vlamingen niet verbeterde, ondanks een in 1936 gesloten akkoord met het VNV, waarin hij Staf De Clercq verzekerde zijn ambities tôt Wallonie te beperken. Zijn politieke loopbaan eindigde bij de Duitse kapitulatie en Degrelle week naar Spanje uit, waar hij nu nog woont. Hij werd door het Belgisch gerecht bij verstek ter dood veroordeeld.

 

(p.41) Jeugdkollaboratie

2. Wallonië

Benevens de ,,Jeunesse Rexiste », die reeds voor de oorlog bestond, werden tijdens de bezetting enkele nieuwe Waalse jeugdbewegingen gesticht. Langdurige besprekingen leidden in 1943 tot de fusie van de belangrijkste van deze nieuwe groepen (de ,,Jeunesse Romane ») met de Rex-jeugd en de oprichting van de ,,Jeunesse Légionnaire ». Deze ,,eenheidsjeugdbeweging », die nauwelijks enkele duizenden leden telde, stond volledig onder SS-invloed, als gevolg van de in 1943 tussen Degrelle en Himmler overeengekomen inschakeling van de hele Rex-beweging in het SS-raderwerk.

 

(p.42) Jeunesse Légionnaire

Nadat Paul Mezetta, gewezen Oostfrontvrijwilliger, de leiding van de Rex-jeugd van Hagemans had overgenomen, kwam de 10de april 1943 na een fusie met de Jeunesse Romane de Jeunesse Légionnaire tôt stand, die de vijf jeugdorganisaties groepeerde die in 1942 aan de onderhandelingen hadden deelgenomen (Jeunesse Rexiste, Jeunesse Romane, Jeunesse Wallonne, Jeunesse Masculine de l’AGRA, Amitiés Germano-Wallonnes). De Jeunesse Légionnaire hing niet langer van Rex af. Bo-vendien spitste de werking zich o.m. toe op de Service de la Terre, de Germaanse Landdienst. De Jeunesse Légionnaire telde in oktober 1943 nauwelijks duizend leden. Ze rekruteerde vrijwilligers, voor de Waffen SS via deelname aan de Germaanse Landdienst en de Weersportkampen*. Met ledenaantal schijnt in 1944 enigszins te zijn toegenomen, maar het overschreed nooit de 2000. Steun ontving de Jeunesse Légionnaire van de Duitse Hitler Jugend, die in september ’43 3000 gratis uniformen leverde.

 

Op alle fronten in het nauw, Knack 20/02/08, p.30-38

 

Over de collaboratie in het Zuiden

(recrutering bij het Legioen)

nl. jonge idealisten die misleid waren door de politiek-heroïsche praatjes van de gecensureerde pers

 

(p.36) Victor Matthys, de voorlopige baas van Rex na het vertrek Van Léon Degrelle naar het oostfront, richt in maart 1943 het Département Sécurité et Information (DSI) op. Dit département moet politieke tegenstanders, vermeende verzetsstrij-ders en werkweigeraars in kaart brengen en in de gaten houden. Het DSI bezorgt zijn gegevens aan de Geheime Feldpolizei of aan de Sipo-SD. Zij zijn immers bevoegd om arrestaties te verrichten. Het duurt echter niet lang of leden van het DSI ontpoppen zich als afpersers, zwendelaars en dieven. Ze arresteren in het wilde weg mensen die ze als verdachten beschouwen.

 

Yves Raisière, (concernant l’étude de Flore Plisnier : Ils ont pris les armes pour Hitler ; la collaboration armée en Belgique francophone) Collabos: aussi en Wallonie, VA 23/02/2008

 

Le monde catholique. Selon Fabrice Maerten (CEGES), il ne pour­rait plus ignorer que le rejet du suffrage universel et l’attirance vers les régimes d’ordre a conduit une partie de ses plus fervents adeptes à suivre Degrelle dans l’aventure rexiste.

 

Le monde socialiste. Selon le CEGES, une des contribu­tions les plus originales de ce tra­vail est d’avoir démontré que le gros du contingent de la collabo­ration armée vers la fin de l’Occu­pation provenait de la popula­tion ouvrière du sud du pays, en particulier du Hainaut. Soit de l’électorat traditionnel du parti socialiste.

 

Jean-Michel Bodelet, Le rexisme dans la Province de Luxembourg, 1939-1944, Mémoire ULG, 1995-1996

 

(p.147) Les rexistes au sein de la Sipo-S.O.

Après la guerre, de nombreux rexistes seront accusés d’assassinat. Si ceux-ci en ont commis, et en nous rappelant la remarque faite dans l’introduction concernant l’amalgame, dans la mémoire collective, qui associe rexiste et collaborateur, ce ne fut pas une logique de « Contre-Terreur », c’est-à-dire, la politique proprement rexiste de vengeance. Il n’y aura, dans la province de Luxembourg, qu’un seul cas de ce type pendant l’occupation. Ces « rexistes tueurs »  accompliront leurs, basses, besognes au sein de la terrible Sipo-S.O.

Nous avons déjà mentionné, l’existence de réseaux d’indicateurs pour cette dernière, et le nombre de rexistes y ayant pris partis. Ce n’est, comme nous l’avons également souligné, que le 1 er août 1943 qu’une antenne du S. O. de Liège s’installera à Arlon, répondant ainsi à la dégradation de la situation (résistance, sabotage,…) dans la province de Luxembourg.

Nous ne ferons pas, ici, l’inventaire de tous les crimes de S.O. dans cette province. Nous allons simplement, citer deux rexistes présents au sein de cet organisme.

Le plus célèbre, si l’on peut parler de célébrité dans ce cas, est sans doute A. Lambert de Bourcy. A son retour du front de l’Est, il demandera à être attaché à la police allemande, non pas comme il voudra le faire croire après la guerre, pour échapper à la Légion, avec laquelle il avait eu quelques déboires mais sans doute dans le but de venger la mort de sa soeur, assassinée dans le tram vicinal à Bastogne.

(p.150) Par exemple, en décembre 1940, le curé de Bourcy fait un sermon patriotique. A. Lambert lui envoie une lettre où il se plaint de son « discours politique ». Il communique le double de cette lettre au Pays Réel, qui la publie le 205. Le prêtre ne sera cependant pas inquiété. Hélas, tous n’auront pas la même chance: (…).

 

(p.160) Le rôle de la presse clandestine

Si Le Soir est reparu assez rapidement après la guerre, son contenu a, quant à lui, sensiblement changé. Il passera aux yeux de la population comme Le Soir « volé ». Le Pays Réel, lui, dont le premier numéro d’après mai 1940 est daté du 25 août, va s’engager, de plus en plus dans une. propagande pro-nazie.

D’autres journaux voient le jour, comme La Légia à Liège (52) ou l’Areler Volkszeitung, organe presque officiel du D.S.V., qui sort de presse le 09 août 1941.

Tous ont cependant un point commun, ils sont soumis au contrôle de la Propaganda Abteilung  et donc les informations qu’ils diffusent sont plus qu’orientées.

 

(p.163) Si les premières exécutions de rexistes en Wallonie eurent lieu en

septembre 1941, ce genre de mesure « expéditive » ne fut pas de rigueur, dans un premier temps, dans le Luxembourg.

Au départ, la population se contentera d’arracher les affiches de propagande et de laisser ces « collabos » dans leur coin ou de les injurier,…

 

(p.167) 1. A défaut de justice belge…

Dès le début de l’occupation, les rexistes et leur famille sont victimes de quolibets, moqueries,… de la part de la majorité de leurs compatriotes.

 

Reflector, 10, 1971, p.204

“Men mag niet uit het oog verliezen dat na de oorlog meer Waalse dan Vlaamse incivieken ter dood werden gebracht (122 tegen 105).”

 

La répression de l’incivisme en Belgique : 346 283 dossiers, 1 247 condamnations à mort, in : Le journal du siècle, 18/08/98

 

En Belgique, l’aventure tragique de la collaboration se termina, en septembre 1944, en même temps que s’ouvrirent les prisons et les tribunaux chargés de juger les « traîtres », ceux qui avaient pactisé avec l’Allemagne nazie.

Pas mal de légendes ont couru sur l’épuration, explique M. Willequet, historien belge. La première, c’est qu’une répression féroce se serait abattue sur des centaines de milliers de Belges – et l’on cite le nombre des dossiers : il y en eut 346 283 !

C’est oublier que chaque plainte exigeait une enquête, et que 84 % de ces enquêtes furent négatives, ou révélèrent des doubles emplois. I1 n’y eut en réalité que 57052 poursuites, dont 53005 condamnations, 4736 acquittements et 399 applications de la loi de défense sociale.

 Voilà quelques repères qui permettent d’esquisser la pyramide des peines. II y eut 1 247 condamnations à mort (548 flamands, 699 francophones) ; 242 personnes furent effectivement exécutés :

105 dans les arrondissements flamands, 122 dans les arrondissements wallons, 15 à Bruxelles. Les détentions perpétuelles furent au nombre de 1 022 dans le nord du pays et de 817 au sud. Les emprisonnements de dix à vingt ans se décomposèrent en 3 342 arrêts pour la partie flamande et 2 491 arrêts pour la partie francophone. Enfin, seule la base (peines de moins de trois ans) révèle une nette prépondérance flamande : 14 115 contre 8013.

Une dernière opinion généralement répandue voudrait que la justice ait été particulièrement répressive au lendemain de la Libération pour devenir ensuite plus indulgente. C’est vrai, c’était inévitable, et il y eut en 1944 quelques peines capitales sinon imméritées, du moins mal équilibrées par rapport à des jugements postérieurs. Mais ces cas furent très rares, et, par la suite, le jeu des grâces et des commutations de peine devait largement rétablir l’équilibre. Cinq ans plus tard, il n’y avait plus que 3 075 détenus inciviques dans les prisons.

Quelles étaient les bases juridiques des poursuites qui furent intentées ? Essentiellement les suivantes : l’article 113 du Code pénal (avoir porté les armes contre la Belgique en guerre) ; l’article 1l8 bis (collaboration intellectuelle ou politique) : l’ article 121 bis (dénonciation) et l’article 115 (collaboration économique).

On estime que les 12 893 condamnés à des peines criminelles correspondent aux 10 366 Belges qui furent recensés par ailleurs comme ayant servi dans la Wehrmacht, tandis que les 15775 condamnés à des peines correctionnelles pourraient couvrir les 16029 membres des formations auxiliaires. On voit que ces calculs n’aboutissent qu’à des approximations, et

c’est normal, D’autre part, on sait que le général Reeder, chef de l’administration militaire occupante, déclara qu’il y avait eu environ 30 000 Belges dans l’ armée allemande. C’est beaucoup plus que les 10366 indiqués dans les statistiques judiciaires – mais il faut tenir compte des tués et des disparus, qui échappèrent aux tribunaux. Retenons néanmoins un fait des plus intéressants : un tiers au moins des porteurs d’ armes a agi par conviction politique. C’est énorme.

L’article 118 bis (collaboration politique) provoqua 23 584 condamnations. Il faut préciser que seuls furent frappés les  individis qui avaient exercé des dfonctions réelles dans des partis d’« ordre nouveau », ou qui s’étaient fait connaître par une propagande active. Ajoutons-y les 20652 déchus de leurs droits civils et politiques : simples adhérents passifs, qui doivent donc être additionnés aux collaborateurs politiques, Si l’on tient compte des tués, des disparus et des mineurs d’âge, le nombre des fascistes convaincus, amis politiques de l’occupant, devrait avoir plafonné autour des 50 000.

La collaboration économique (article 115) totalisa 1 504 condamnés pour ce seul article et 4003 condamnés pour d’autres articles en plus. Il faut dire que seuls furent frappés les cas les plus graves et les plus flagrants ; tous les autres bénéficièrent de la nécessité reconnue « pour un pays occupé par l’ennemi de maintenir une activité économique lorsqu’ elle présente un intérêt évident pour la population, alors même qu’elle profite inévitablement à l’envahisseur » (texte du rapport du régent, précédant l’arrêté-loi du 25 mai 1945). Enfin, la dénonciation à l’ ennemi n’entraîna que 4 101 condamnations pour ce seul article 121 bis et 4 138 pour d’autres articles en plus.

Ces chiffres peuvent paraître minces, au regard des quelque 40 000 prisonniers politiques dont la plupart tombèrent victimes, hélas, de leurs propres concitoyens ; mais il faut constater que dans ce domaine, la preuve était des plus difficiles à établir, et que le doute doit profiter à l’accusé. Chose plus curieuse, les Wallons se montrèrent beaucoup plus dénonciateurs que les Flamands : 0,82 pour mille, contre 0,32.

L’importance numérique de la collaboration a donc été au total très mince.

 

Belien, Een mythe doorprikt : « Vlaanderen als bakermat van racisme en antisemitisme », Secessie, 7, 2002, p.27-35

De ‘Encyclopédie du Mouvement Wallon’ – uitgegeven met overheidssteun door het ‘Institut Jules Destrée’ / !/ – in tegenstelling tot de ‘Encyclopedie van de Vlaamse Beweging’, geen artikel aan de collaboratie. De historicus Alain Collignon had zo’n artikel wel geschreven, maar het werd niet opgenomen.

(cf Knack, 30 mei 2001) Collaboratie moet in de Belgische gechiedschrijving uitsluitend een Vlaams fenomeen blijven. (…) »

 

A.M., Van stroom tot stroom tot aan de zee, in : Delta, 2, 2004, p.19

 

Wie de in 2001 door Hervé Hasquin gepubliceerde Encyclopédie du Mouvement wallon naleest, krijgt de indruk dat er in Wallonië enkel verzetshelden hebben geleefd. Léon Degrelle, die toch stelde dat de Walen Germanen waren, komt er niet voor. 

 

Le "Lebensborn" de Wégimont (1942-1944), où des enfants furent conçus par des SS "flamands", "wallons" et allemands

(AO, 15/11/2012)

1.4.2   Collaboration ouverte de la « Wallonie » avec le régime pro-nazi de Vichy

 

Hervé Hasquin, Les séparatistes wallons et le gouvernement de Vichy (1940-1943), Une histoire d‘Omerta, Classe des Lettres Académie Royale de Belgique, 2004

 

(p.11) Il se chuchote bien que certains wallons réfugiés en France auraient entretenu des contacts avec le régime de Vichy pendant la guerre; des bruits convergents rapportent même que quelques personnalités liégeoises auraient aidé à 1’« épuration  » de dossiers personnels dans les archives du Fonds d’Histoire du Mouvement wallon dans les années cinquante, mais on en reste au stade des rumeurs. En 1984, le livre de M.F Gihousse ouvre des pistes prudentes, ponctuées de nombreux points d’interrogation faute de documents décisifs : dix ans plus tard, F Balace et A. Colignon, se fondant sur des dénonciations publiées dans le journal collaborationniste Cassandre sont nettement plus incisifs .

Aujourd’hui, globalement, deux thèses sont pour l’essentiel en présence. Selon, Ph. Destatte :

« L’attitude de ces exilés est clairement anti-allemande et opposée à la politique collaborationniste française. Ils sont dénoncés depuis la Belgique par les journaux à la solde de l’ occupant. Ces contacts ne semblaient pas se poursuivre au-delà de la mort de Georges Truffaut en avril 1942, ni de l’occupation de la zone libre, fin novembre 1942 ».

(p.12) En revanche, Ch. Kesteloot, se fondant sur des rapports de certains protagonistes conclut plus radicalement :

« (…) 1940 et 1941 ont été des périodes de flottement, d’échafaudage de plans divers s’inspirant de thèses proches de l’Ordre nouveau. (…) le rattachement de la Wallonie à la France est une revendication qui leur tient tellement à coeur qu’ils sont prêts à négocier avec un gouvernement dont on peut à tout le moins contester la légitimité ».

Il nous est possible aujourd’hui de trancher le débat. Nous avons eu la bonne fortune d’entrer en possession d’archives encore non exploitées et composées de quelques centaines de lettres, de coupures de presse, de journaux clandestins, de projets d’articles destinés à la presse clandestine wallonne mais qui n’y paraîtront pas . La confrontation de ces éléments avec les archives de Vichy conservées au Quai d’Orsay permet d’apporter une réponse définitive. Il n’y a eu de la part des personnes incriminées et réfugiées en France aucune opposition à la politique de collaboration du gouvernement de Pétain ; les contacts, les relations suivies qu’elles ont entretenus avec Vichy se sont poursuivis jusqu’ à la fin de l’été 1943, avec un seul but : convaincre les autorités françaises du moment du bien-fondé du rattachement de la Wallonie à la France.

 

(p.21) La capitulation belge intervient le 28 mai. Ce jour-là, le président du Conseil, Paul Reynaud, se déchaîne contre le Roi des Belges. L’enchaînement des circonstances libère les énergies et les colères. Ce 28 mai 1940, un abbé, aux sentiments wallons bien connus, mais dont la trace s’est perdue en France dans les années trente, refait surface. L’abbé Englebert, « belge wallon, habitant la France, depuis longtemps désireux d’être naturalisé « , se présente comme un « informateur avisé qui dès 1939 faisait prévoir les événements actuels » ; il se propose de prendre la parole à la T.S.F « pour dire qu’il y a une Belgique française qui ne trahit pas comme la Belgique germanique ». Le lendemain, c’ est un chanoine belge du nom de Bonjean qui télégraphie de Tunisie : « Douloureusement atteint. Trahison. Me mets à votre disposition pour aller soutenir moral et organiser résistance émigrés belges ». C’ est anecdotique, voire folklorique, mais traduit assez bien l’ampleur du choc émotionnel subi par quelques wallons francophiles.

 

(Achille Englebert, dit Omer (Ollomont-Nadrin l 893 – Jérusalem 1991) avait été, dans les années vingt, un membre actif de l’ Assemblée wallonne; il fut l’un des fondateurs de La Terre wallonne, Écrivain prolifique, il séjourna en France jusqu’au début des années cinquante, avant d’aller aux États-Unis, au Mexique, au pérou, en Argentine; il se fixa à partir de 1960 au Carmel du Pater à Jérusalem (E.M.W, t. I).

 

(p.24) Les Allemands avancent; le 16 juin, Reynaud est remplacé par pétain. Bref, le projet grandiose n’est plus que chimères; Thone a lui-même quitté Paris et en passant par Vichy est arrivé à Albi , où il retrouve ses beaux-parents, mais où les Belges sont interdits de résidence. Confronté aux difficultés qui sont celles de tous ses compatriotes après la reddition de l’ armée et le discours de Reynaud, il doit bien en convenir . les attestations dont il est porteur pèsent peu car « on a tendance à mettre, depuis la trahison du Roi, tous les Belges dans le même panier, sans tenir compte des éléments francophiles qui ont tout

 

(Jacques Mahieu (dit Jules) (Wasmes 1897 – La Brigue (France) 1968). Curé à Roux ( 1926), actif dans les associations wallonnes du pays de Charleroi, il participe à plusieurs publications sous des pseudonymes. Bien que sanctionné par son évêque. il s’implique davantage. devient en 1936 le directeur de La Wallonie nouvelle et fonde en 1939 le Parti wallon indépendant qui essuie un échec retentissant aux élections. Sa volonté de créer un parti politique l’a brouillé avec les responsables de la Concentration wallonne ; il part en France ; dès avant cet épisode, l’évêque de Tournai l’avait réputé démissionnaire, privé de son traitement, puis l’ avait frappé d’interdiction d’ encore porter la soutane dans le diocèse (H. HASQUIN, L’abbé Mahieu, fondateur du Parti wallon indépendant ( 1939 ), dans Recueil d’Études d’histoire hainuyère offertes à M. A. Arnould, Analectes d’histoire du Hainaut, t. II, 1983, pp. 119-131 ; E.M.W, t. II).

 

(p.25) risqué pour la cause commune}}. Cette lettre adressée à un ministre – Intérieur ? Réfugiés ? -, il la signe, non plus en qualité de Président des Amitiés françaises, non pas en qualité de délégué aux questions des réfugiés belges, mais, et c’est un geste d’affirmation, une façon de s’identifier clairement car c’est un gage d’avenir vu les circonstances, en qualité de Président de la Ligue d’ Action wallonne. Hasard de l’Histoire, cette lettre est datée du 18 juin ! Le préfet du Tarn donnera les instructions en conséquence le 24.

Mais autre hasard de l’Histoire. Ce même 18 juin, l’ abbé Mahieu qui caresse aussi l’ ambition d’ être le porte-parole de la Wallonie, écrit à pétain, nouveau président du Conseil « au nom du peuple wallon », comme il se plaît à le rappeler le 20 juillet 1940 à ce même pétain, devenu depuis quelques jours « Chef de l’État français ».

À Montpellier, Mahieu ne perd pas de temps. Il a été rejoint par son ami de Charleroi, l’ avocat Carlier. Ils s’ activent et frappent à la porte du 2e Bureau de l’Etat-Major de la 16e Région. Dans une note datée de Montpellier, le 12 juillet 1940, le général de corps d’ Armée de la Laurencie fait rapport au ministre de la guerre. L’abbé Mahieu et Carlier sont présentés comme « Chefs du Mouvement autonomiste wallon ». Après s’ être livré à un historique du problème wallon, du « mouvement autonomiste » et de son organe La Wallonie nouvelle qui se tire à 7.000 exemplaires, ils évoquent les « services rendus à la France ». Ils font état de contacts établis entre eux et le Chef du 2e Bureau dès 1937 . mis en relation avec le colonel Mermet, ils le rencontreront même en moyenne deux fois par semaine de décembre 1939 à juin 1940; pendant cette dernière période, ils fournirent aussi à la demande du 2e Bureau, « des travaux » au Ministère de l’Information. Bref, Mahieu et Carlier souhaitent

travailler à nouveau pour la France. La note ajoute :

 

(Arille Carlier (Monceau-sur-Sambre 1887 – Charleroi 1963). D’abord compagnon de route de Destrée, il apporte son soutien aux entreprises de l’abbé Mahieu à partir de 1934-35 et dirige même La Wallonie nouvelle. Il ne restera pas en France. De retour en Belgique en 1940, il fit de la résistance active et fut emprisonné d’août 194l à août 1943. Après la guerre, il fut directeur du journal Wallonie libre (1947-59) (E.M.W, t. I; cf aussi A. BOLOONE-LEMAIRE, Arille Carlier ou la conscience wallonne, Charleroi, Institut J. Destrée, 1969, p. 44).

 

(p.26) « Ils estiment que la Belgique n’est plus un État possible. La Wallonie doit être rattachée à la France soit purement et simplement, soit avec un statut spécial. Par Wallonie, ils entendent tout ce qui est au sud de la ligne : Lille-Aix-la-Chapelle.Ils supplient que les  Wallons ne soient pas oubliés dans le traité de Paix ».

À l’occasion de cette rencontre, Mahieu dépose un premier mémoire intitulé Réunion de la Wallonie à la France, celui-là même qu’il fera parvenir également à pétain le 20 juillet 1940 .

En résumé, Mahieu propose le rattachement de la Wallonie à  la France et celui de la Flandre à la Hollande pour constituer des « Pays-Bas  » agrandis dont la Couronne serait confiée soit aux Orange-Nassau, soit aux Saxe-Cobourg. L’ Angleterre, qui a des relations avec les partisans de la « Grande Néerlande » n’y verrait pas d’inconvénient; l’ Allemagne et ses pangermanistes verraient sans doute d’un bon oeil l’incorporation de la Hollande et de la Flandre dans le Reich d’autant qu’un thème est redevenu familier aux Allemands, celui d’une Belgique « État artificiel ». Les avantages pour la France sont multiples : l’accroissement territorial est confortable, consolide la frontière Nord-Est et donne à Paris une position plus centrale, accroissement démographique et donc amélioration de la force militaire, d’ autant

plus intéressant que ces Wallons sont de culture française et pas une « masse hétéroclite d’immigrés venus de partout ». apport industriel alors que la France trouverait de nouveaux débouchés pour ses produits agricoles. L’élément le plus surprenant du Mémoire, qui aux yeux de Mahieu est sans doute un argument fort, mais q ui témoigne aussi de sa candeur et de son incapacité à appréhender correctement la politique française, consiste à faire apparaître l’annexion de la Wallonie comme une compen-

 

(Mahieu n’hésite pas à écrire « Les chefs du Mouvement wallon sont en France, groupés autour de moi » ., il espère que le maréchal et son gouvernement entendront « notre appel et nos offres de service « , il fait bien sûr part de ses nombreux états de service depuis 1935 avec le Ministère de la Guerre, l’État Major général de l’Armée (1936), le 2E Bureau, les Ministères des Affaires étrangères (depuis 1935), de l’Information (depuis 1939), avec le cabinet Reynaud dès que fut annoncée la capitulation belge, sans compter ses nombreux contacts personnels avec des personnalités politiques et du monde culturel dont des représentants éminents de la presse française de la droite extrême, Maurras (Action française), Émile Buré (L’Ordre) (Archives Quai d’Orsay série Z – Vichy – Europe n° 165).

 

(p.27) sation de la perte probable de l’ Alsace Lorraine et de quelques colonies. La Belgique disparue, pourquoi ne pas abandonner le Congo à l’ Allemagne ? De toute façon, les colonies ne sont jamais qu’un  » bien précaire}} et sont appelées à s’émanciper. En revanche, pourquoi ne pas s’inspirer de la théorie des nationalités chère à l’ Allemagne et ne pas revendiquer pour la France, outre la Wallonie, la Suisse romande et la vallée d’ Aoste ?  » Nous, Wallons, Français de l’ extérieur, nous pensons que la France ne doit pas hésiter entre son unité continentale et l’ abandon de l’une ou l’ autre colonie, plus ou moins indéfendable ». En conclusion, tout est possible pour les Wallons à la condition que la France se montre moins timorée que par le passé. Il faut se resituer à l’ époque; la victoire du Reich est à ce point écrasante que pour le francophile Mahieu, l’alternative est simple : ou la Wallonie est rattachée à la France, ou « la Belgique de 1939 est maintenue » et les Wallons « devront vivre dans un État vassal du Reich » (annexe 2).

 

(p.40) Pierre Clajot, né à Liège en 1896, admirateur de Truffaut, travailla « pour le copted ‘u service français’ à partir de 1939 « le long de la frontière belgo-allemande (de la Calamine à St. Vith) » (Archives Quai d’Orsay – série Z – Vichy – Europe – n° 179 – rapport du 18 novembre 1940 et annexes).

 

(p.53) Ceci nous ramène à une autre facette des activités de Thone pendant la « drôle de guerre » : sa complicité avec les Services de renseignement français de l’ Armée de Terre ; c’est d’ailleurs dans un appartement, propriété de Thone, que logea le capitaine Bernier,

attaché au SR de Lille, lorsqu’il prit la direction de l’ antenne de Liège camouflée au Consulat général en septembre 1939. En fait, Thone, à partir du printemps 1941, ambitionna de développer une filière de renseignements politiques, complémentaire à la filière militaire qui s’ était reconstituée progressivement à l’initiative du colonel Louis Rivet, chef du SR Terre. Il arriva à ses fins dès l’ été. Bref, transmission de rapports, de journaux et de coupures de presse en provenance de la Belgique occupée, fourniture de renseignements politiques « pointus « , c’est déjà tout cela l’ action de Thone en relation avec le régime de Vichy pendant le premier semestre de 1941.

 

(p.58) /Le colonel français Louis Rivet / exerce tout aussi clandestinement des activités de contre-espionnage à l’ encontre des pays de l’ Axe. Avant la guerre, Rivet disposait d’ agents recruteurs belges. Il en réembauche certains. Ainsi, dès que l’invasion de mai 1940 déferle sur la Belgique, l’un deux, Laurent Auguste Thibout, francophile notoire – il était président à Liège du Comité Belgique-France et fréquentait donc Sarrien et Thone – file s’installer à Vichy. il y présidait depuis 1923 l’ Amicale Franco-Belge ! Il y retrouvera l’un des adjoints de Rivet, le capitaine Leman, alias « Lemonnier » qui avait travaillé pour SR à Verviers en 1939.

Le « réseau Thibout-Leman » s’adjoindra au printemps 194l les services de Régibeau, alias « Arthur « , qui lui-même recrutera à Liège et dans les environs des agents dont plusieurs avaient été des sympathisants de la Ligue d’Action wallonne.

 

(p.92) À notre connaissance, aucun article envoyé par Thone ne paraîtra dans les feuilles clandestines. En soi, c’ est déjà une réponse, En fait, le message envoyé à Thone par une frange de la résistance wallonne fut plus subtil. L’organe de la section liégeoise du mouvement « Wallonie libre}}, Sambre et Meuse dirigé de juillet 1941 à juillet 1942 par Fernand Schreurs et Victor Van Michel publia deux articles au titre identique ou quasi identique à la littérature reçue, mais au contenu radicalement différent. L’un était intitulé La France et Nous, l’ autre France. éternelle.

La France et Nous exprime un avis nuancé. « La Cité ardente » qui s’est toujours sentie « trop française » a ressenti la violente secousse qui a « ébranlé » la France. Certains ont pris le parti de Pétain, d’ autres ont choisi « la France libre et son chef « .

(p.93) « Disons immédiatement que Sambre et Meuse entend n’être d’aucun parti et reste fidèle à la France et rien de plus.

Il ne nous appartient pas de juger le gouvernement Pétain. La guerre n’est pas finie et aussi longtemps que la situation actuelle se maintient, il est prématuré de cataloguer en bloc le gouvernement de Vichy parmi les collaborateurs ou les gaullistes. Chaque chose viendra à son heure ».

(…) Cet épisode de pénétration avortée de la presse clandestine par les courants idéologiques dont Thone est le fer de lance, est également révélateur des hésitations, des tensions, parfois avouées, qui parcourent les milieux dirigeants de Sambre et Meuse, comme ceux de Wallonie libre l’ année précédente. Réintégrer la France reste l’objectif sentimental. Ce rêve, que l’on ne croit pas inaccessible car les circonstances de la guerre peuvent (p.94) aider, reste bridé dans son expression car un fait ramène périodiquement les dirigeants aux dures réalités : l’opinion publique, les Wallons dans leur immense majorité, ne sont pas disposés à entendre ce discours sur la réunion à la France, a fortiori quand la « grande Nation  » est sous le joug d’un régime tel que celui de Vichy, Et très certainement, le mépris, voire la colère, finissent par gagner ceux qui dans le secret de leur coeur espèrent toujours un arrangement providentiel dont Thone pourrait être le maître d’oeuvre. Même le chef des « séparatistes » a perçu qu’il fallait composer. Les expressions « rattachement » ou « annexion » à la France ne figurent dans aucune des contributions quémandées; Thone a compris lui aussi qu’ il était devenu inopportun de hérisser le poil des Wallons. La propension à se répandre en éloges de la France, à rappeler que leur destinée invite les Wallons à s’en rapprocher, n’exclut pas de flatter la tradition de liberté des Liégeois : la démarche placée sous le signe de l’ autonomie, ne risquera pas de heurter des populations que l’ on sait par ailleurs francophiles.

 

(p.97) Que cette France se rassure, elle n’a rien à craindre des Wallons peu enclins à s’ aligner sur les thèses allemandes du docteur Rust :

« Le Reich s’intéresse assez vivement au mouvement wallon et un Centre d’Études wallonnes a été constitué par le Führer à Marburg (Prusse Orientale). Ce centre d’études, après avoir entrepris d’ importants travaux sur l’ ethnographie et la linguistique wallonnes serait arrivé à la conclusion que les Wallons ne sont, ni des Flamands, ni des Allemands, ni des Français, mais qu’ils forment une ethnie spéciale.

Selon le docteur RUST, les Wallons ne peuplent pas seulement la partie méridionale de la Belgique, mais ils constituent le fond de la population de sept départements français, Nord, Pas-de-Calais, Somme, Aisne, Ardennes, Marne, Meuse. Dans ces conditions, les intentions du Führer sont de former, avec ces divers éléments une état indépendant wallon qui réunirait les régions industrielles de la Wallonie belge aux régions agricoles de la Picardie et de la Champagne et qui aurait un débouché sur la mer. Cet état aurait Liège pour capitale ».

 

(p.99) Pierre Hubermont (1903-1989), de son vrai nom Joseph Jumeau, socialiste, actif dans les milieux culturels wallons, fut séduit après 1940 par l’Ordre nouveau. Fondateur d’un journal collaborationniste, La Wallonie, il présida aussi la Communauté culturelle wallonne subventionnée par les Allemands (E.M.W, t., II).

 

(p.100) Insensiblement, le zèle de Thone l’amène à dénoncer les comportements de certains de ses compatriotes, au risque même de mettre leur sécurité en danger. Rien ne l’obligeait à commettre certaines délations. Pourtant, il attire l’attention de Vichy sur les agissements, (…), de la « colonie belge » de Montpellier :

« Une des plus inoportunes consiste dans le repérage de tous les aérodromes de la région. A Toulouse, Leenaers /ingénieur belge/ a signalé une organisation non seulement de passage mais de désertion des compagnies de travailleurs. J’ai les documents. »

 

(p.105) Certes Thone met à contribution, mais avec une extrême prudence, son ami H. Albert, le « gaulliste » qui est à cent lieues d’imaginer la nature des activités du liégeois. Les questions et les réflexions de cet ami sont d’ailleurs parfaitement éclairantes sur la suspicion et la rancoeur des Belges à l’égard de la France :

« La mauvaise humeur des sphères belges à l’égard de la France actuelle provient, en grande partie, du fait que de nombreux Belges qui ont séjourné en France se sont plaints, à tort ou à raison, des mauvais traitements dont ils auraient été l’ objet, en tant que Belges, de la part des Français en général, et surtout de la part des autorités françaises.

Personnellement, ajoute l’ami, je n’attache aucune croyance à ces affirmations. Je sais combien est grande l’amitié du peuple de France envers les Belges en général et des Wallons en particulier.

Mais j’aimerais que vous me documentiez le plus possible à ce sujet » .

(Extrait d’un courrier d’Henri Albert. communiqué par Thone à Sarrien le 5 juin 1942.)

 

/Cependant,/ André-Jean Faure, préfet hors cadre depuis la mi-juin 1941, avait pris en main le problème des camps d’internement dont il confessait que « les conditions déplorables » qui y régnaient « ne sauraient être plus longtemps tolérées, sans compromettre la réputation d’humanité de la France ». 

(p.106) Au fil des semaines les contacts entre Thone et les amis de Wallonie se densifient. Par ailleurs, Mahieu s’ est à nouveau rendu à Lisbonne et à la demande de Thone établira « noir sur blanc le récit de son expédition  » .

(p.107) Mais il y a plus important. En septembre 1942, Thone a vu Thiry et Schreurs. Le compte rendu de l’entrevue, écrit-il, ne serait qu’une répétition d’informations déjà reçues :

« Sauf sur le point extrêmement important de la propagande réussie, par les frères Van Belle, le sénateur Charles et le député François, auprès des organismes syndicaux clandestins.

À ce jour, les importants syndicats des mineurs, des métallurgistes, des transports, des carriers sont acquis à la thèse du rattachement, Le travail continue à Liège et tend à obtenir le même résultat dans les autres provinces wallonnes. J’estime que si les circonstances (Gestapo) le permettent et si certains appuis pouvaient être assurés au moment opportun, poursuit-il, on pourra obtenir des résultats impressionnants ».

 

(p.108) En URSS, les troupes allemandes commencent à piétiner ; les combats de rue commencent à Stalingrad le 4 septembre.

Depuis l’été, les bombardements aériens frappent les villes allemandes et françaises. Et puis, il y a la répression qui touche la zone libre; la police allemande y pénètre de plus en plus sou(p.109) vent sans vergogne dans sa chasse aux résistants; les juifs sont traqués et déportés. Telles sont déjà les réalités de la zone non occupée à la fin de l’été et au début de l’automne 1942. Mais Thone imperturbablement poursuit l’ objet de ses obsessions. Quant à Louis Pierard, à peine rentré de Suisse, en octobre 1942, ne voilà-t-il pas qu’il sollicite l’autorisation de faire une tournée de conférences en Algérie sur le thème « Raisons d’aimer la France ». Le 28 octobre, Vichy donne le feu vert, mais le député socialiste n’ aura pas le temps de s’y rendre 214. le 8 novembre 1942, les Américains débarquent à Casablanca, Oran et Alger.

(p.116) Les démarches suivirent leurs cours. Le 17 avril 1943, moyennant la signature de certificats d’arryenneté – ce fut chose faite le 20 -, la banque Worms et Cie fit virer 150 000 francs au compte de Thone chez le Crédit lyonnais à Nice. Voilà Thone muni d’une belle somme dont il n’a de compte à rendre à personne . On comprend ses effusions dans les remerciements chaleureux qu’il adresse à Pilon; il y exprime sans fard ses sentiments pro-français et anti-belges :

« Le modèle de certificat d’arryenneté, que je puis signer preuve en main, stipule en outre que je garantis sur l’honneur, que je suis de nationalité française. Je le suis, en effet. J’espère que le futur traité de paix le reconnaîtra, mais, en attendant, la loi et les règlements me considèrent encore comme un simple métèque.

J’ai donc refait la déclaration dans ce sens, me reconnaissant tristement Belge. J’espère que cela ne constituera pas un cas de forclusion « .

 

(p.119) Thone aime par dessus tout la France, et si les Nazis lui font horreur, il n’ aime pas les Anglais. Il collabore dans tous les sens du terme avec le régime de Vichy. Opportunisme dira-t-on ? Pragmatisme invoquera-t-on ? Naïveté tentera-t-on de justifier ? Inculture politique avancera-t-on en dernier recours ? Rien de tout cela. Il est « collaborateur  » par conviction car il est aussi un « pétainiste » aveugle, un « maréchaliste » convaincu, un bourgeois conservateur qui adhère aux idéaux du régime, sans se poser de questions.

Thone, c’est aussi celui qui s’aventure dans un congrès de la Légion française des combattants et en sort encore plus admiratif de Pétain en février 1942 :

« Un congrès légionnaire vient d’ avoir lieu à Nice. J’ ai froidement emboîté le pas à un délégué et ai assisté à toutes les séances. Prodigieux d’ intérêt, car, en l’absence de la presse et de témoins gênants, on y a donné sur la politique intérieure une somme d’informations qu’il m’aurait été impossible de recueillir en un mois à Vichy. Mais quand on sait cela, on n’en admire que plus la profonde et magnifique sagesse du Maréchal » .

(Lettre de Thone à Sarrien, 24 février 1942)

 

(p.122) Ce Thone là n’est pas enthousiasmé par les coups de mains menés par des groupes armés de la Résistance. Ses lectures de la presse belge l’inquiètent; il fait volontiers sien le vocabulaire de la presse collaborationniste. Ce ne sont que d’ « extraordinaires exploits de gangsters « , « à se croire à Chicago » . « Tout cela promet pour l’ immédiate après-guerre » confie-t-il à Quentin . Quelques jours plus tard, il renchérit :

« (…) La série noire continue au pays. Il y a tous les jours une colonne pour les exploits des gangsters. J’ai l’impression que nous trouverons une drôle de mentalité lorsque nous rentre-

 rons « .

(…) Le « vieux bourgeois », conservateur, francolâtre et rattachiste, « maurrassien  » et « maréchaliste « , quittera non sans nostalgie les côtes ensoleillées du Sud de la France pour les brumes parisiennes, avant de retourner en triomphateur à Liège sur les traces des Américains en septembre 1944.

 

(p.123) Le doute n’est plus permis, Thone, Mahieu et quelques autres ont été des « collaborateurs » dans le sens le plus péjoratif du terme, Cependant, une pesante loi du silence, telle une chape de p1omb a colmaté les fuites, embrumé les souvenirs, généré des amnésies, provoqué le scepticisme, voire même l’indignation, lorsque, malgré tout, depuis une quinzaine d’ années, des informations moins reluisantes perçaient les ténèbres.

Pourquoi ce silence assourdissant, collectif et surtout coupable ? Deux explications au moins éclairent l’injustifiable. D’ abord Thone avait barre sur un nombre impressionnant de personnalités. Ensuite, le Mouvement wallon avait intérêt à occulter la duplicité de plusieurs de ses ténors dans le problème épineux des relations de la Wallonie avec la France.

 

(p.126) C’était tout de même plus commode de ‘casser sa plume’ dans le Sud de la France, en touchant les mensualités de Vichy qu’en affrontant les rigueurs de l’occupation en Belgique.

 

(p.129) Aucun des ténors du Mouvement wallon qui avait siégé au Directoire de Wallonie libre, dans les organes dirigeants de Sambre et Meuse et du Rassemblement Démocratique et Socialiste Wallon, c’est-à-dire ses acteurs les plus emblématiques d’avant guerre, si l’on excepte Rey prisonnier et Truffaut décédé, n’ aurait osé soulever à partir de 1944 le voile qui pudiquement recouvrait la question des négociations secrètes avec Vichy. Au moins jusque 1943, ces acteurs avaient eu deux fers au feu. Tous étaient antinazis, anti-léopoldistes, anti-gouvernement Pierlot. Ils affichaient dans leurs publications des sentiments très francophiles – la France par dessus tout , mais avec un engagement aux côtés de de Gaulle qui ne s’affirmera sans équivoque que dans le courant de l’année 1942. Ce groupe d’amis était « rattachiste  » avant la guerre, il l’est resté pendant le conflit, Rappelons nous que la majorité d’entre eux avait été avant 1940 des fidèles de Mahieu et de la Concentration wallonne et qu’ils ne rompirent point les liens après 1945, à commencer par Bologne. Mais ces Liégeois « rattachistes », sous peine d’être totalement en porte-à-faux par rapport à une opinion liégeoise et wallonne de plus en plus fascinée par la résistance anglaise et gaulliste, se trouvaient dans 1’incapacité politique d’exprimer leurs choix profonds au grand jour et devaient ruser, spéculer, sur une possible réussite de Thone. Qu’ils l’aient parfois mis en garde, c’est possible. Mais n’était-ce pas aussi l’encourager à persévérer que de lui transmettre jusqu’au début de 1943 des Rapports dont on savait qu’ils devaient éclairer les partenaires français, c’est-à-dire Vichy ! Aucun d’eux n’ignorait le nom du destinataire intermédiaire, Fernand Sarrien : tous l’avaient par ailleurs fréquenté à Liège.

Que certains aient fait le choix de la France comme avenir de la Wallonie à la fin des années trente, est leur droit. La démocratie implique la libre expression des idées ; encore faut-il politiquement rallier une majorité à sa cause, et donc convaincre.

Qu’ils se soient efforcés de profiter des circonstances pour arriver à leurs fins, en négociant au mépris de toute dignité, avec un régime autoritaire et fascisant qui bafouait les droits et libertés les p1us élémentaires et faisait siens nombre de principes raciaux du IIIe Reich (p.131) constitue une faute impardonnable, et laisse une tache indélébile. Le rapprochement avec ce qui s’est passé au sein du Mouvement flamand vient à l’esprit. Il subsiste toutefois une différence de taille (sic), la France de Vichy n’ était pas la puissance occupante et elle ne s’était pas alignée sur toutes les extravagances meurtrières des Nazis.

 

(p.134) Tous les « réfugiés  » wallons stipendiés par Vichy, sous le contrôle de Thone, ne succombèrent donc pas à la collaboration politique active. Robert Fenaux paraît également relever de cette catégorie. Mais tous furent complices par leur amnésie.

Les épisodes retracés n’ ont au total que de très lointains rapports avec l’ aura de la Résistance. On savait déjà que les Wallons et Bruxellois francophones s’y étaient beaucoup plus impliqués que les Flamands. Mais plus personne n’était dupe quant à la part marginale prise par le Mouvement wallon dans cette Résistance, même s’il réussit à s’accaparer quelques lauriers, tant fut considérable le discrédit dans lequel s’ était embourbée une frange importante du Mouvement flamand 261, Toutefois, combien n’ était-il pas vulnérable ce Mouvement wallon, paré de vertus refusées à son pendant flamand ! N’ était-ce pas une forme d’incivisme en tout cas çà l’ aurait été aux yeux de l’ opinion publique – d’ avoir choisi en pleine guerre la fin de la Belgique et le rattachement à la France ? Rien là de très glorieux ! Il valait mieux éradiquer jusqu’ au moindre soupçon et faire oublier aussi, que les principales cibles de Wallonie libre furent à côté des Nazis et des Rexistes, d’ abord la Belgique, les Flamands, le Roi et le Gouvernement de Londres, Ouf, on pouvait tout de même s’ attribuer une spécificité « antifasciste ».

 

 

Annexes

 

/Mépris d’un soi-disant Wallon, collabo, pour le wallon/

(p.139-145)

Juillet 1940 – Réunion de la Wallonie à la France (Mémoire remis par l’abbé Mahieu)

(p.139) … le petit peuple /wallon/ utilisant en outre des patois romans (le wallon, le picard et le lorain). … »

(p.147) « Victor Hugo a entendu les habitants de Dinant parler flamand. Or, ces gens de Dinant son de purs Wallons. Le grand poète a pris pour du flamand ce qui n’est que du patois roman. »

 

(p.146-150)

Début août 1940

La question wallonne (Extrait du second rapport de l’abbé Mahieu)

 

/Ainsi, l’abbé Mahieu voulait que la Belgique soit dépecée en faveur de l’Allemagne nazie et de la France pro-nazie de Vichy…/

(p.146) « La théorie des nationalités énonce le principe que la frontière linguistique doit coïncider avec la limite des langues. C’est ce principe que l’Allemagne n’a cessé de revendiquer pendant des années. Elle devra encore l’invoquer pou porter ses frontières plus loin vers l’ouest (Alsace-Lorraine – Grand Duché de Luxembourg – régions germaniques de Belgique – Flandre et Hollande). Il n’est juste que de lui opposer le même principe pour revendiquer la Wallonie comme territoire français. »

 

(p.149) Le transfert des populations

« Nous voulons parler du rapatriement des éléments wallons ouf rancisés des teritoires incoporés au Reich ou à l’Etat de Flandre à constituer.

Hormis le cas où il s’agit de Wallons émigrés en Flandre et qui désirent rentrer dans leur pays d’origine, il ne semble pas désirable de voir cette population s’établir soit en Wallonie, soit dans le nord français, où il y a déjà surpopulation. La remarque vaut sutout pour les Flamands francisés ou les Alemadns francisés (Luxemboug belge et aussi Grand Duché). IL n’est pas désirable de renforcer par des apports germaniques les régions du nord où le métissage s’accuse de longue date. (…) Il vaudrait mieux s’efforcer d’installer ces « récuéprés » au sud de la Loire dans la mesure du possible, et compte tenu des professions (les tisserands seront dirigés sur les pays de tissage, etc.).

En outre, lorsque ces immigrants seront nantis d’un nom germanique, il serait sage de les obliger à adopter un nom français au moment même de leur installation à la première résience en France. (…)

En Wallonie même, il existe beaucoup de descendants d’immigrés flamands. Le changement obligatoire du nom, imposé en même temps, pourrait soulever des dificultés d’adapatation. (…)

De cette manière, on effacera un peu à la fois les traces de germanisme dans les nouveaux territoires français. »

 

Christian Laporte, Séparatistes jusqu’à l’extrême, Une étude explosive sur les rattachistes wallons proches du régime de Vichy, LS 23/01/2004

 

Jusqu’ en janvier-février 1943, l’imprimeur liégeois Georges Thone, figure emblématique du Mouvement qui présida plus tard le Grand Liège et qui fut un des fondateurs du  Rassemblement wallon, tenta de négocier le rattachement de la Wallonie à la France, alors vichyste, avant de verser définitivement dans le camp nazi.

Un dérapage aussi incroyable qu’incompréhensible pour le Mouvement wallon et les séparatistes sudistes dont le combat avait toujours été démocratique… Un écart d’autant plus surprenant enfin, que Thone fut aussi très proche de Wallonie libre, mouvement wallon de résistance par excellence. (…)

Le  » hic  » est que l’historiographie officielle sur Thone ne dépassa jamais le constat que celui-ci avait, effectivement, eu des contacts avec le gouvernement du maréchal Pétain dans le but

de faire part aux autorités françaises de l’état d ‘espritd es Wallons. (…)

Mais hastuin va netement lus loin : « (…) Il est collaborateur par conviction car il est aussi un éptainiste aveugle, un maréchaliste conaincu, un bourgeois conservateur qui adhère aux valeurs du régime sans se poser de questions. »

Dans la même veine, Hasquin situe aussi l’abbé Jacques Mahieu qui allait as’adresser à Philippe Pétain. Et égratigne d’ autres compagnons de route qui ont, pour le moins, hésité avant de rejoindre le camp des démocrates. (…)

Qui plus est, dans les documents mis au jour, l’historien a aussi retrouvé un chèque de 150.000 francs français versés par le régime via la banque Worms en avril 1943. Le malaise n’en est que plus grand lorsqu’on découvre que Thone y fait une déclaration d’aryenneté sous serment.

 

(…) Wallonie libre, très francophile et rattachiste dans un premier temps, évolua cependant à partir du constat qu’une bonne partie de l’opinion wallonne se sentait proche des Britanniques mais aussi de de Gaulle. Pour se dédouaner le cas échéant de Thone et de ses amis ? Une certitude sous la forme d’une directive confidentielle mais qui n’a pas été détruite…, poursuit Hervé Hasquin : le directoire savait parfaitement ce que faisait l’imprimeur liégeois.

Mais l’historien a d’autres éléments accusateurs : Les amis de Thone ont continué à recueillir des renseignements pour Vichy. Et cela alors qu’ils étaient bien informés du retournement de situation. L’aveuglement antibritannique et antibelge de Thone a conduit à l’incroyable. Libre à chacun de se battre pour ses idées politiques sur le terrain démocratique. Autre chose est de s’allier à gens peu respectables pour parvenir à ses fins… (…)

 

Sur son serment d’aryenneté et sa nationalité… française qui lui ont permis d’être aidé par le pouvoir pétainiste : Le modèle de certificat d’aryenneté (…) stipule, en outre que je garantis sur l’honneur que je suis de nationalité française.: Je le suis en effet. J’espère que le futur traité de paix le reconnaîtra. (…) J’ai donc refait la déclaration dans ce sens, me reconnaissant tristement belge. (…)

 

A propos de la Résistance en Belgique que la collaboration assimile au banditisme : La série noire continue au pays. Il y a tous les jours une colonne pour les exploits des gangsters. J’ai l’impression que nous trouverons une drôle de mentalité lorsque nous rentrerons.

 

R.V. :

Mahieu et Thone, deux ordures d’inciviques, n’ont jamais été jugées. Elles n’en donnent pas moins envie de vomir sur eux.

Récemment, à la VRT, j’ai vu un ancien kollabo, qui avait participé au massacre des patriotes et de leurs familles pendant la guerre à Meensel-Kiezegem, et qui ne s’en repentait pas. Condamné à mort, il n’a jamais été exécuté ! (…)

 

in : Knack Extra, 02/02/2011, p.13-

 

Historiek van de onafhankelijkheidsgedachte

 

Interview met Waals geschiedenisprofessor Hervé Hasquin

‘Een onafhankelijk Wallonie is een zinloos project’

De mentale omslag in Wallonie is er gekomen met de grote staking tegen de eenheidswet van

Gaston Eyskens in 1960, zegt MR-politicus en historicus Hervé Hasquin. ‘Op dat moment ben ik ook, als zeventienjarige, een aanhanger van het fédéralisme geworden.’

(…) Als minister-president van de Franse Gemeenschap publiceerde hij een ophefmakende studie (op basis van een koffertje met documenten dat op geheimzinnige wijze in zijn bezit kwam) over de collaboratie tijdens de Tweede Wereldoorlog van een groepje Waalse separatisten met het Vichyregime van maarschalk Philippe Pétain. Hasquins genadeloze blootlegging van een tot dan toe doodgezwegen, ‘weinig glorieuze’ episode uit de geschiedenis van de Waalse beweging, werd hem in Waalse militante kringen niet in dank afgenomen. De beruchte koffer zit inmiddels, tot groot jolijt van de hartelijk lachende Hasquin, veilig achter slot en grendel ergens in de gebouwen van de prestigieuze Académie royale de Belgique, waarvan Hasquin secretaris voor het leven is. Daarnaast is hij ook de vader van verschillende standaardwerken over de geschiedenis van Wallonië en de Waalse beweging.

 

A.M., Walenland, in: Delta, 3, 2004, p.22-23

 

Het is één van de mythes die in de Zuidelijke Nederlanden nog altijd de ronde doen: tijdens de Tweede Wereldoorlog heeft de ‘Vlaamse’ bevolking duchtig gecollaboreerd met de Duitse bezetter terwijl de ‘Walen’ hun strepen verdienden in het verzet. Die mythe lijkt nu stilaan te

worden doorprikt. ULB-historicus en voorzitter van de Franse Gemeenschapsregering Hervé Hasquin (MR, en dus een ‘onverdachte’ figuur) publiceerde onlangs een studie (1) waaruit blijkt dat een aantal wallinganten in de periode 1940-1943 toenadering zochten tot het Franse collaborerende Vichy-regime. Zij gingen pleiten voor een aanhechting van Wallonië bij het

Frankrijk van maarschalk Pétain. Wij vernemen o.a. dat er in Vichy een sectie bestond voor de « questions belges et luxembourgeoises au sein du Ministère des Affaires étrangères du Gouvernement de Vichy »

 

(p.23) Vooral Georges Thone, uitgever en drukker, liet zich daarbij niet onverlet. Thone is een van de centrale figuren in de Waalse Beweging. Deze demystificatie komt niets te laat. Wie er de in 2001 gepubliceerde Encyclopédie du Mouvement Wallon op naleest krijgt de indruk dat er in Wallonië enkel verzetshelden hebben geleefd. Léon Degrelle, die toch stelde dat de Walen Germanen waren, komt er niet in voor. (…)

 

(1)   « Les séparatistes wallons et le Gouvernement de Vichy (1940-1943), une histoire d’Omerta », uitgegeven door de Académie de Belgique, 196 pag.

 

Réactions de collabos francophiles, négationnistes :

 

Une lettre de François Perin , LS 28/01/2004

 

Je lis, avec étonnement, dans « Le Soir » du 23 janvier que Georges Thone fut un des fondateurs du Rassemblement Wal­lon. Les fondateurs des premiers partis wallons présentés en or­dre dispersé aux élections de 1965 furent : Robert Moreau dans le Hainaut (ancien cadre FGTB ; Front wallon), Fernand Massart à Namur (député socia­liste dissident), Pierre Rouelle, bourgmestre de La Hulpe, moi-même à Liège (sous le sigle PWT). Ces formations fusionnè­rent en une seule le lendemain des élections au mois de mai 1965, ce qui provoqua le départ

de l’extrême gauche conduite par Ernest Mandel (trotskiste). Après cette préhistoire, le Rassemblement wallon fut fondé sous le coup de l’affaire de Louvain en 1968 avec l’appui désin­téressé (sic) de Jean Duvieusart (an­cien Premier ministre PSC en 1950).

Georges Thone ne fit jamais partie d’aucune de ces forma­tions politiques, ni comme fonda­teur ni comme membre du bu­reau ni comme membre d’une assemblée de militants.

Je n’ai pas rencontré Georges Thone pendant la guerre. Mem­bre du mouvement clandestin Jeune Wallonie (section jeunes de Wallonie libre), membre de la presse clandestine notamment socialiste, je peux confir­mer que Georges Thone y était totalement étranger.

Quand j’ai rencontré Georges Thone après la guerre, dans les années 60, il était… gaulliste ! Il recevait à sa table diverses per­sonnalités, non seulement Fer­nand Dehousse mais aussi André Genot, successeur d’André Re­nard à la tête du mouvement po­pulaire wallon : curieuses fré­quentations pour un homme d’extrême droite.

Sans doute avait-il changé d’avis en raison de son idée fixe : le rattachement à la France, quel­le que soit la nature du pouvoir politique de la République. Il se­rait resté du même avis, même si la France avait été communiste ! J’ai été témoin de ces propos.

Votre dernière phrase est inu­tilement malveillante : Com­ment le mouvement wallon de guerre pouvait-il voir son « bre­vet de résistentialisme écorné » par un homme qui n’en fit ja­mais partie ?

Par contre un des leaders les plus acharnés du mouvement wallon pendant la guerre, tel que François Simon, ne se tour­na pas vers Pétain à Vichy mais au contraire prit contact avec de Gaulle à Alger !

 

FRANÇOIS PERIN (ancien ministre) LIÈGE

 

Yves de Wasseige (Marcinelle), Les « collabos wallons », Le Vif 06/02/2004

 

Je suis scandalisé par l’article « Les collabos wallons» (…). Dans tout l’entretien, il s’agit du comportement d’une seule personne, mais votre titre est au pluriel. Cela n’est pas correct. Collaborer avec le régime de Vichy, sur­tout avant 1942, n’est évidemment pas de même nature que collaborer avec les autorités d’occupation allemandes, voire avec la Gestapo. Votre titre fait, hélas! cet amalgame inacceptable. (…) Vous titrez « Révélation ». Mais vous au­riez dû vérifier certaines affirmations. Les agissements de Georges Thone sont connus et d’ailleurs décrits sur deux pages complètes dans l’Encyclo­pédie du Mouvement wallon, tome III, pages 1528, 1529 et 1530. Editions de l’Institut Jules Destrée, mars 2001.

La collaboration avec le régime de Vichy, surtout jusqu’en 1942, n’est pas constitutive en elle-même d’une colla­boration avec les autorités allemandes d’occupation. Il n’y avait, donc, pas matière à accusation, sauf le cas où une

telle collaboration aurait délibérément conduit à des dénonciations auxdites autorités allemandes. Je laisse, bien entendu, la critique de la réponse et des amalgames intolérables qu’elle comporte à la responsabilité de M. Hervé Hasquin.

J’ai été sénateur du Rassemblement wallon, j’ai toujours été et suis toujours un Wallon. Un article comme celui-ci est in­jurieux à l’égard des très nombreux mili­tants wallons, des résistants wallons et, finalement, des Wallons d’aujourd’hui, par les assimilations, les amalgames et les insinuations qu’il comporte.

 

Claude Thayse (Nivelles), Les « collabos » wallons, Le Vif 06/02/2004

 

J’ai été très étonné, dans l’article traitant du livre du ministre-prési­dent MR et historien Hervé Hasquin (Le Vif/L’Express du 23 janvier), de la gé­néralisation faite à tout le Mouvement wallon du comportement de Georges Thone pendant la guerre. D’autant plus que, si l’auteur apporte bien des documents nouveaux, les faits étaient connus depuis très longtemps (voir à ce propos l’encyclopédie du Mouve­ment wallon). Par ailleurs, si M. Thone était effectivement encore vivant lors de la création du Rassemblement wal­lon, son rôle s’est borné à contribuer financièrement au lancement de la section liégeoise. Dire que son rôle a été particulièrement décisif est exagé­ré. Il ne faudrait pas laisser entendre qu’il fut quasiment l’égal d’un Jean Duvieusart ou d’un François Perin! De la lecture de l’article, il me reste l’impression que votre journal cherche à établir un parallèle entre la collabora­tion massive bien connue en Flandre et les errements de quelques Wallons, sa­lissant ainsi la mémoire des nombreux héros qui, au nom du Mouvement wal­lon, certes rattachiste et gaulliste dans sa très grande majorité, ont combattu la barbarie nazie.

 

1.4.3   Témoignages d’anciens collabos « wallons » des nazis

Les anciens SS wallons ne renient rien

(VA, 21/01/2011)

2.   Collaboration francophile et anti-néerlandophone dès 1945 

Belgique : les mensonges de l’Histoire 

 

Une propagande bien orchestrée notamment par des historiens collabos francophiles tente depuis 3 décennies de brouiller les pistes sur notre Histoire commune pour diviser le peuple belge.

 

En voici quelques exemples :

 

1 FAUX : prisonniers « flamands » libérés contre prisonniers « wallons » déportés en 40-45

 

Malheureusement, concernant la libération des prisonniers flamands et pas des wallons en 1940, on nous serine toujours ce que les Anciens ont répété béatement pendant des décennies.  La propagande hitlérienne les a bien roulés et la propagande francophile prit le relais. Rien que dans le village d’Ardenne, où j’habite, quasiment tous les hommes, des Wallons, sont revenus. 

 

Citons ceci:

J. de Launay, J. Offergeld, La vie quotidienne des Belges sous l’occupation, 1982

(p.53) « 100.000 prisonniers belges internés dans des camps provisoires avaient réussi à fuir et à rentrer chez eux motu proprio.  400.000 furent libérés en juin en qualité de spécialistes,

Wallons et Flamands, – soit au début plus de Wallons que de Flamands, contrairement à une

légende antiflamande qui perdure jusqu’à ce jour. (voir J. de Launay, La Belgique à l’heure

allemande, éd. Legrain, Bxl, 1977, p.77-78)

(…) Au début d’octobre 1940, 225.000 hommes, dont 145.000 Flamands et 80.000 Wallons, se trouvaient donc internés en Allemagne.”

 

2 FAUX : l’incivisme fut bien plus important du côté « flamand » que du côté « wallon »

 

Reflector, 10, 1971, p.204

“Men mag niet uit het oog verliezen dat na de oorlog meer Waalse dan Vlaamse incivieken ter dood werden gebracht (122 tegen 105).”

 

3 FAUX: Les francophones se sont installés dans la périphérie bruxelloise et ont respecté les néerlandophones qui y habitaient déjà.

 

L’ETAT de DROIT

Ce mot est aussi à la mode chez les dirigeants français.  Ceux-ci n’ont rien trouvé de mieux pour appliquer ce principe que d’envoyer en Corse la Légion étrangère et assassiner en Nouvelle-Calédonie quelques (sales) Kanakes qui voulaient simplement leur indépendance …  Comme quoi cette expression juridique peut être utilisée de façon trompeuse.

Au nom de l’état de droit, certains se permettent malgré leur bilinguisme de traiter la langue de l’autre communauté qu’ils ont rendue minoritaire de langue ‘flamande’ en sachant la connotation péjorative qu’elle contient.  Un bilingue qui met les deux langues qu’il connaît sur un pied d’égalité dirait plutôt ‘langue néerlandaise’.  Mais à Bruxelles, ce préjugé est tenace. 

Alors, affirmer que “les francophones se sont installés dans la périphérie dans le respect total des communautés locales” reste à prouver.

J’en veux notamment pour preuve deux témoignages récents:

·      celui d’un employé habitant Ganshoren depuis 35 ans, originaire de Bambois / Fosse-la-Ville, mon village natal, qui ne s’est jamais gêné pour se moquer des “Flamands’ de son quartier;

·      ceux d’un couple d’employés de banque retraités, originaires de Limal, habitant

     Mabompré-Houffalize.  Ils m’ont affirmé regretter que, encore dans les années ‘60, 

     les employés néerlandophones dans les banques bruxelloises étaient OBLIGES de

     parler exclusivement en français quand ils travaillaient ‘en backoffice’.

Etc.

 

 

 

5 FAUX : les 11 juillet et 27 septembre, fêtes respectivement des communautés « flamande » et « française » ( !?)

 

Le vrai 27 septembre, in: PP?, 21/09/19, pp.8-10

 

(p.8) “Le jour où un historien s’ attachera à analyser les origines de nos grandes fêtes communautaires, donc le 11 juillet pour les Flamands et le 27 septembre, oui, oui, ce jour-là, cet historien s’amusera bien.  mais il ne fera pas rigoler tout le monde de la politicaille.”

 

Philippe Destatte, Fêtes de Wallonie … Fête de Wallonie … allez savoir!, in: DW, spécial sept. 1996,p.11-12

(p.12) “L’historien américain Rooney /J.W. Rooney, Profil du Combattant de 1830, in: Revue Belge d’Histoire Contemporaine, t.12, p.479-504, 1981/ a battu en brèche l’exaltation du rôle des Wallons dans les Journées de Septembre, en mettant en évidence le fait que, parmi les noms des morts et des blessés qu’ il a identifiés comme étant les insurgés tombés au combat, la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands.”

 

6 FAUX: Roland de Lassus, “francophone”

 

V.He., Fausses notes autour de Lassus, LB 11/04/1994

Le musicien était-il flamand ou francophone?

 

Roland de Lassus “franco-flamand”, LB 15/4/94

Communautairement inclassifiable, il est avant tout une des gloires artistiques des Pays-Bas Catholiques, qui donnèrent naissance , quelques siècles plus tard, à l’ Etat belge …

 

7 FAUX : Bruxelles, ville « francophone »

 

P.V., Au temps des cathédrales, Plus de deux cents pièces de littérature moyen-néerlandaise, à l’Albertine, LB 12/04/1999

 

“Une sorte de bibliothèque, en fait, de textes qui circulaient au coeur du Brabant à l’aube du 15e siècle.”

“… un si éloquent témoignage du lointain enracinement de la culture flamande dans la capitale.”

 

1980

Jo Gérard, Belgique : 150 ans (conférence à Saint-Aubin (Florennes)) (09/1980)

 

En 1830, les « Flamands » étaient les plus mécontents.

Révolution belge : 8000 volontaires à Bruxelles, du 23 au 27/09/1830.

Dont 5000 « Flamands » (Bruxelles et environs) et 3000 « francophones ».

 

1984

Maurits Cailliau, Het Walenland en de Nederlanden, 1984, Uitg. De Nederlanden

 

(p.20) Wanneer wij onze cijfers (inklusief Waals-brabant) afgerond samenvatten, dan ontstaat volgend beeld:

1 Minder dan 1.500.000 niet-ingeweken, zogenaamde oorspronkelijke Walen (waarin evenwel begrepen het Moezelfrankisch taalgebied in Henegouwen en het Duits taalgebied).

2 Ongeveer 400.000 niet-assimileerbare « verse » vreemdelingen.

3 Ongeveer 50.000 Vlamingen 1ste en 2de generatie, die nog niet volledig verfranst zijn.

4 Ongeveer 1.500.000 afstammelingen van verfranste Vlamingen, ingeweken tijdens de laatste anderhalve eeuw.

 

1996

Jacques Wanty, Un divorce belge? Et après?, L’ Accent, 121, 1996, pp.3-12

 

(p.3) La particratie ne semble passionnée que par les tensions communautaires; c’ est son fonds de commerce électoral.  Elle en perd de vue les autres problèmes économiques et sociaux, pourtant autrement graves dans cette période de mutations fondamentales et lourde d’ échéances redoutables.

 

(p.7) Ni la région flamande ni la région wallonne, ni bien sûr la région bruxelloise, n’ ont jamais eu en tant que telles d’ existence historique,ni même de traditions homogènes.  Après le morcellement féodal et communal du Moyen-Age, eles ont toutes fait partie intégrante de l’ ensemble territorial dit « les XVII Provinces » dans le cadre du Grand Duché de Bourgogne puis de l’ Empire des Habsbourg.

 

Les trois grandes composantes de la région flamande sont la West- et l’ Oost-Vlaanderen, la zone du Vlaams-Brabant-Antwerpen, et le Limbourg.  Elles ont des traditions distinctes et se sont pendant plusieurs siècles combattues.

Des hommes politiques flamands de haut niveau affirment en privé qu’ un Etat flamand se verrait rapidement scinder en trois tronçons, vu leurs traditions divergentes et leurs rivalités potentielles.

La Wallonie ne possède aucune des caractéristiques d’ un Etat.  Comme la Flandre, ses composantes ne possèdent ni traditions communes ni complémentarités économiques internes.  Le seul facteur commun, là aussi, est la langue française, que beaucoup de Wallons parlent d’ ailleurs fort mal.

Aucune province wallonne n’ a jamais fait partie de la France, sauf entre 1794 et 1814, par conquête, comme la Flandre d’ ailleurs.

 

1996

Jacques Wanty, Un divorce belge? Et après?, L’ Accent, 121, 1996, pp.3-12

 

(p.8) Le rattachement à la France est une utopie que ne caressent pas moins de 5 % de Wallons, quoiqu’une poignée d’ agitateurs, officieusement soutenus par certains milieux français, s’ en fassent les propagandistes.

En Flandre et en Wallonie, la réalité historique est défigurée en mythes trompeurs.

(p.9) Dans l’ autre communauté, on a fait croire à beaucoup de Wallons que les victoires de la République française à Jemappes (1792) et à Fleurus (1794) ont été libératrices.

En réalité, elles ont marqué une période d’ oppression, d’ exaction et de pillages.

L’ entretien du mythe de Napoléon, chaque 18 juin, anniversaire de la défaite finale de l’ Empereur, relève de la plus stupéfiante des absurdités.

Par ailleurs, les Liégeois se plaisent à croire quels Français ont toujours éprouvé pour leur ville un amour immodéré.

En fait, les Rois de France ne se sont servis de la Principauté de Liège que comme d’ un pion dans leur politique rhénane. Ils n’ ont pas hésité à lui causer à l’ occasion d’ un maximum de tort. L’ épisode, réel ou mythique, des 600 Franchimontois s’ inscrit dans un de ces moments.

(p.10) Le « divorce de velours » tchécoslovaque sert de plus en ,plus de référence, voire e modèle.  La séparation pacifique a pourtantdes conséquences économiques et sociales néfastes, particulièrement pour les Slovaques dont les dirigeants ont voulu la scission, mais aussi pour les Tchèques.

Suivant une étude publiée par le groupe Coudenberg en 1996, Cost of non-Belgium – Valeur ajoutée de la Belgique fédérale, l’ éclatement de la Belgique entraînerait une chute sensible du niveau de vie dans chacune des régions du pays.  Contrairement à des déclarations démagogiques et sottes, la rupture avec la Wallonie ne susciterait pas d’ accroissement de prospérité dans la population flamande, bien au contraire.

La première conséquence d’ un suicide de l’ Etat belge serait l’effondrement de notre monnaie.  Il s’ ensuivrait (p.11) de graves perturbations dans notre système bancaire et la ruine de très nombreux possesseurs d’emprunts de l’Etat belge et de titulaires de dépôts.

La dislocation de la Belgique entraînerait automatiquement le démantèlement de multiples et sensibles réseaux financiers, juridiques, administratifs, culturels, d’ infrastructures.

Le rapport du groupe Coudenberg démontre clairement qu’à lui seul, le partage de la dette publique présenterait un coût financier très élevé non seulement pour les pouvoirs publics successeurs de l’ Etat belge mais aussi pour les entreprises et pour les particuliers.

(p.12) Des dérives micro-nationalistes actuelles constates en Belgique, les politiciens francophones portent autant de responsabilités que les politiciens flamands.  Dans les milieux des eux communautés qui accaparent la parole sont équitablement partagés l’ absence de culture historique, le manque de réalisme, le manque de vision. »

Les Belges accepteront-ils d’ adhérer à la vision raciste que partagent chez nous non seulement nos partis à vocation linguistique mais aussi quelques ténors de tous les partis dits « traditionnels »?

S’ il en était ainsi, Hitler aurait gagné chez nous, à titre posthume.

 

2003

Veertig jaar faciliteiten, in : De Zes, 1, 2003-2004, p.1

 

11 juli 1963: de Kamer keurt na jaren aanslepende gesprekken. congressen, onderhandelingen, massabetogingen, een schijnontslag van de regering en een ultiem conclaaf op Hertoginnedal een nieuwe taalwet goed. In zes Vlaamse gemeenten rond Brussel en vijfentwintig taalgrensgemeenten krijgen Frans- of Nederlandstaligen al naargelang het taalgebied taalfaciliteiten voor bestuur en onderwijs. De communautaire spanningen zouden, zo doolde men, voorgoed zIjn opgelost.

Veertig jaar lang zijn deze faciliteiten in Wallonië met mondjesmaat of helemaal niet toegepast. Een kleine Vlaamse school in Komen wordt eerst behekst, later gedoogd maar nooit betaald. De Waalse voet staat op het rempedaal. Geen Vlaamsgezinde gemeenteraadsleden of burgemeesters om de sociaal zwakkere Vlaming te verdedigen. Wallonie terre d’accueil, weet je.

In Vlaamse gemeenten staal de voetop het gaspedaal, enkele plaatselijke momenten met Algoet in Rode  uitgezonderd. Meteen zijn er scholen voor Franstaligen. Die mogen we miljaar de miljaar betalen, maar we hebben er niets te zeggen. Tweetaligheid en zelfs aansluiting bij Brussel was en is de vrome wens en de dagelijkse praktijk van tientallen franskiljonse bestuurders om de vaak bevoorrechte klasse ter wille te zijn.

 

Elke studie, elk rapport bevestigt het al die jaren: de verfransing gaat systematisch verder mede door die faciliteiten, die als breekijzer dienen om Vlaanderen nog eens een morzel gronds te ontwringen.

 

Vlaamse regeringen met hun ministers hebben geen haar op hun tanden op hier en daar een dan nog uitgerangeerde Peeters en Sauwens na. Unitaire en federale regeringen en hun partijen hebben nooit wat

 gedaan om misbruik van de faciliteiten de kop in te drukken. Integendeel, ze hebben ze gebetonneerd, Geen enkele Waalse partij wil de faciliteiten afschaffen. Integendeel. Ze willen ze met een Minderhedenverdrag heel Vlaanderen opdringen.

 

Voor ons is er na die veertigjarige uitputtingsslag maar één oplossing meer. In de zes en in Voeren hebben wij onafgebroken moeten betalen voor een stukje verworven Vlaamse autonomie. Die autonomie moeten het Vlaams Parlement en de Vlaamse partijen, die van die faciliteiten zeggen af te willen, nu maar eens gebruiken om een

 Spirit-senator en ex-ijzerbedevaartkomiteevoorzitter achterna te proclameren: « Waalse vrienden, laten we scheiden. » Dan pas zal Vlaanderen de vrome wens van haar ex-minister president Dewael kunnen realiseren: « Faciliteiten moeten uitdoven. »

 

Mise au point par René Louwers (Bruxelles) concernant la fusillade de Grâce-Berleur en 1950, contre la manipulation des faits par un pseudo-journaliste (LSI, 06/1990s)

Affaire royale / Référendum du 12 mars 1950 - mise au point concernant la division entre "Wallons" et "Flamands" à propos du retour du roi Léopold III

(in: René Hasquin, éd., Histoire de Wallonie (sic), s.d., p.312)

Ce qui s’est passé en Alsace-Lorraine s’est également passé dans le sud de la Belgique: 

la France finance des organisations séparatistes

 

Pierri ZIND, Elsass-Lothringen, une nation interdite, 1870-1940, Copernic, Paris, 1979

 

 (p.18) (p.29) /les activités pro-françaises de la mystérieuse ligue d’Alsace créée en 1871 par Gambetta (généreusement financée par la France)

 

racisme français : ségrégation raciale

Pierri ZIND, Elsass-Lothringen, une nation interdite, 1870-1940, Copernic, Paris, 1979

 

(p.110-111) Le racisme français : l’idée raciste de répartir les Alsaciens-Lorrains en 4 races suivant 4 modèles de cartes d’ identité, la carte Modèle A, barrée aux couleurs tricolores, remise aux habitants dont les parents et les grands-parents étaient nés en France ou en Alsace-Lorraine, la carte Modèle B, barrée de 2 traits rouges, imposée aux habitants dont un des membres de la famille était d’ une origine dite étrangère, c-à-d. non française et non alsacienne-lorraine, la carte Modèle C, barrée de 2 traits bleux, attribuée aux Alsaciens-Lorrains dont les 2 branches maternelles et paternelles étaient originaires de pays alliés à la France ou resté neutres durant la guerre de 14-18 ; la carte Modèle D, sans aucune barre de couleur, réservée aux “étrangers des pays ennemis”, aux descendants d’Allemands, d’Autrichiens, de Hongrois ou d’autres peuples des Empires centraux, “Cette carte D revenait aussi à leurs enfants, même s’ils étaient nés depuis 1870 en Alsace-Lorraine.”

 

 

 

Ce qu’on ne dira jamais dans la presse francophone, contrôlée par la France, sauf de façon sporadique: 

La France a divisé la Belgique dès 1968 … (LB 28/09/2004)
in : Delta, 4, 2005, p.23

« Il reste que les événements de Louvain inquiètent non seulement en
Belgique, mais aussi à  l’étranger, notamment quant au rôle que le général de Gaulle, Président français, aurait pu jouer dans cette affaire. Dès le 13 février 1968, l’ambassade de Grande-Bretagne à Bruxelles écrit à Londres que « les Wallons constituent la prochaine sérieuse cible de la subversion française. »
(. ..)
L’auteur d’un rapport daté de mars 1968 réalisé par l’ambassade de Grande-Bretagne, et pris très au sérieux à Londres, précise que la Sûreté belge, s’inquiète de l’encouragement français à l’activisme wallon (…). »
(in : LB 28/09/2004)

1302

J. Hellinckx, Usurpation, LB 15/10/1988

 

« Pourquoi, diable, nos politiciens ont-ils besoin de s’accaparer des victoires purement belges pour justifier l’existence de leur région artificielle? »

« 11 juillet 1302″ ‘Victoire des Klauwaarts lors de la bataille des Eperons d’Or, seulement possible grâce à l’ aide des Namurois, des Hennuyers, des Brabançons et des Malinois. »

Sans parler du « 27 septembre 1830 ».

 

1400s

P.V., Au temps des cathédrales, Plus de deux cents pièces de littérature moyen-néerlandaise à l’Albertine, LB 12/04/1999

 

“Une sorte de bibliothèque, en fait, de textes qui circulaient au coeur du Brabant à l’aube du 15e siècle.”

“… un si éloquent témoignage du lointain enracinement de la culture flamande dans la capitale.”

 

1579

Op de veldtochten die tijdens de meeste zomers tussen 1579 en 1713 gehouden werden waren er in de Nederlandse legers veel Walen, Fransen, Duitsers, Engelsen, en Schotten – de “mac’s”, die een vaste baan vonden in de Nederlandse krijgsdienst.

 

(De grondslagen, de unie van Utrecht, De Nederlanders in de 17de eeuw, Uniboek, Bussum)

 

1798

Paul Vaute, Un bicentenaire oublié?, LB 14/10/1998

 

En octobre 1798, les régions rurales de Belgique se soulevaient contre le régime révolutionnaire français.

 

1830

Van Cauwenberghe raconte des âneries

 

Festivités / Affirmer l’identité wallonne, AL 23/08/2005

 

Van Cau a quant à lui rap­pelé le pourquoi des Fêtes au mois de septembre. « Pour les Wallons, les Journées de sep­tembre 1830 représentent la rupture avec le royaume néerlandophone des Pays-Bas et la création d’un nouvel État, à vocation démocratique (sic), fondé sur la langue française. Voilà pour­quoi les fêtes de septembre étaient restées populaires en Wallonie face à un 21 juillet très académique. »

– Ou comment le racisme d’un homme politique – unilingue, cela est essentiel chez un raciste – peut conduire à raconter des âneries…

 

1830

Jacques Franck, Un livre passionnant qui rétablit quelques vérités / 1830 : de la régionalisation à l’indépendance, LB 07/01/1981

 

(Jacques Logie : 1830, de la régionalisation à l’indépendance, éd. Duculot)

La « liste des blessés soignés dans les hôpitaux bruxellois pendant les journées de septembre prouve qu’il y eut autant de volontaires originaires des Flandres que de Wallonie. Ainsi, à l’hôpital Saint-Jean, sur 144 blessés, on dénombre 79 Bruxellois, pour 32 Flamands et seulement 19 Wallons ; tandis qu’à l’hôpital Saint-Pierre, on relève 57 Bruxellois, 23 Flamands et 21 Wallons. »

Jacques Logie conclut: « On ne peut donc attribuer à l’une ou l’autre partie du pays le monopole de l’esprit révolutionnaire ».

 

1830

Sylvie Lausberg, D’abord flamande, la révolution de 1830?, LB 23/09/2006

 

Guido Fonteyn y forçait le trait jusqu’à accuser les patrons de 1850 d’exploiter plus durement les Flamands dans les mines alors que les ouvriers wallons auraient bénéficié selon lui, d’avantages sociaux et de loi­sirs. Méconnaissance historique et mémoire sélective ! Les luttes sociales, bien postérieures à 1850 et communes aux ouvriers flamands et wallons, sont elles aussi revisitées par M. Fonteyn à l’aune des tensions communautaires actuelles, sans que l’orateur évoque même brièvement l’attitude de la bourgeoisie flamande – parlant français et qui n’a pas levé le petit doigt pour défendre les ouvriers de Flandre contre les « ogres » du patronat wallon…

 

1830

Philippe Destatte, Fêtes de Wallonie … Fête de Wallonie … allez savoir!, in: DW, spécial sept. 1996,p.11-12

 

(p.12) “L’historien américain Rooney /J.W. Rooney, Profil du Combattant de 1830, in: revue Belge d’Histoire Contemporaine, t.12, p.479-504, 1981/ a battu en brèche l’exaltation du rôle des Wallons dans les Journées de Septembre, en mettant en évidence le fait que, parmi les noms des morts et des blessés qu’ il a identifiés comme étant les insurgés tombés au combat, la majorité était des travailleurs manuels de Bruxelles ou des faubourgs, c’est-à-dire essentiellement flamands.”

 

1830

in : Maurice Bologne, La Révolution de 1789 en Wallonie

 

Des volontaires wallons – et particulièrement liégeois – y ont joué un rôle important. Des recherches récentes de l’historiographie montrent pourtant qu’il ne fut pas décisif et que ce ne furent pas les Wallons et les francophones (sic) de Bruxelles qui couvrirent de leur sang les barricades, mais des Bruxellois parlant le flamand. »

 

1830

Georges Désir, ancien animateur de la RTB et menteur

 

M. Désir et l’histoire, LB 18/09/1980

 

“Dans un flamboyant “Billet du Bourgmestre” diffusé dans sa commune, Georges Désir proclame qu’en 1830: “Naissait la solidarité Wallonie-Bruxelles.”  Et de citer avec éloge le rôle de Charles Rogier à l’appui de sa thèse dont on trouve pas la moindre trace dans les journaux et les discours de 1830, car la révolution fut essentiellement nationale, ce qui gêne Georges Désir.

L’excellent homme ignore que son héros Rogier deviendra gouverneur d’ nvers et que lorsqu’il quitta sa charge, les Anversois lui payèrent par souscription, une maison à Saint-Josse: “Pour les services qu’il avait, en tant que gouverneur, rendus aux arts et aux lettres flamands.”

 

1831

Le vrai 27 septembre ?, p.8-10, PP ? 21/19/83

 

(p.8) Le jour où un historien s’attachera à analyser les origines de nos grandes fêtes communautaires, donc le 11 juillet pour les Flamands et le 27 septembre pour les francophones, oui, oui, ce jour-là cet historien s’amusera bien. Mais il ne fera pas rigoler tout le beau monde de la politicaille.

 

Le 11 juillet commémore la bataille des Eperons d’Or. Or, elle ne fut nullement, en 1302, un combat livré par les aïeux de la Volksunie, du T.A.K. ou du V.M.O. contre les méchants fransquillons.

La preuve en est que le comte de Namur et le chanoine liégeois Guillaume de Juliers se battaient du côté flamand et que leur tactique contribua singulièrement à la victoire.

Et qu’on ne nous serine pas que les Eperons d’Or fut une bataille opposant le petit peuple flandrien aux méchants aristocrates puisque nombre de ceux-ci luttaient aux côtes des milices communales contre la cavalerie de Philippe le Bel.

Et le 27 septembre. ?

Cette date fut choisie par nos wallingants et nos fanatiques de la francité pour célébrer la victoire remportée par les volontaires de 1830 sur les troupes hollandaises retranchées dans le parc de Bruxelles.

En effet, le 27 septembre 1830, les soldats de S.M. Guillaume 1er évacuèrent la nuit et en « stoemelings » leurs positions.

Quand nous leur donnons l’assaut, elles sont abandonnées par leurs défenseurs : donc, va pour le 27 septembre, pavoisons, sortons nos coqs et écoutons les homélies des Dehousse, des Moureaux et autres cocoricotants bonshommes.

Minute, papillons, minute !

C’est le 23 septembre 1830 à l’aube que l’armée hollandaise attaqua Bruxelles, d’où, la veille, avaient bel et bien fichu le camp les chefs de la révolution, y compris l’illustre Rogier qui planta là les quelques 130 volontaires qu’il avait amenés de Liège dans la capitale.

Ce n’est pas joli, joli ?

Attendez la suite.

 

Les colonnes hollandaises pénètrent en ville. Rue de Flandres, elles reculent sous un déluge de projectiles, mais elles enfoncent la Porte de Schaerbeek et vont se retrancher dans le parc en poussant l’ânerie jusqu’à ne pas occuper la place Royale.

En ce 23 septembre qui se bat à Bruxelles ?

Quelques centaines de bourgeois et des milliers d’hommes du peuple. au maximum 8.000.

Or, en 1830, l’agglomération bruxelloise est à 80 % flamande, comme le prouve irréfutablement le recensement de 1829.

Et qui parle le flamand ? Le petit peuple. Celui qui, en sarrau bleu, fait le coup de feu sur les barricades et qui, abrite dans les caves de la rue Royale, canarde les Hollandais cachés sous les taillis du parc.

 

Oui, mais les Wallons ?

 

Ils sont très peu nombreux à participer aux combats décisifs du 23 et du 24 septembre. En dehors des Liégeois de Rogier, ils ne sont que quelques dizaines.

Pourquoi ? Mais c’est bête comme chou : pour arriver à Bruxelles en partant de Namur, de Mons, de Charleroi, de Verviers, il faut, en 1830, faire la route à cheval ou à pied.

Calculez les distances et la vitesse et vous comprendrez que les Wallons n’afflueront dans la capitale qu’à partir du 25 ou du 26 septembre.

Et n’oublions pas que nos amis ont fort à faire dans leurs propres villes où ils attaquent les garnisons hollandaises.

Ils ne peuvent donc être à la fois chez eux et à Bruxelles !

Le premier choc, et Dieu sait s’il fut rude, entre Hollandais et Bruxellois fut supporté par ces derniers. Et sur cent combattants, quatre-vingts ne parlaient que le flamand des Marolles, de Saint-Josse, de Molenbeek, du Bas de la Ville. Quand Charles Rogier rentra dans la capitale pour y racheter sa fuite et qu’il mettra les bouchées doubles, on le verra choisir comme commandant en chef de nos insurgés un aristocrate mi-espagnol, mi-limbourgeois : don Juan van Halen.

Donc, le vrai 27 septembre devrait être une fête nationale.

D’ailleurs les contemporains des événements de 1830 ne s’y trompèrent pas un instant.

 

D’OU LE 27 SEPTEMBRE 1832

 

Le 28 mai 1831, les deux cents députés de notre Congrès National décident d’octroyer des drapeaux d’honneur aux villes et aux villages qui avaient le mieux contribue au succès de la révolution.

Pour fixer les détails de cette récompense, il y eut plusieurs débats, mais les événements retarderont l’exécution du projet.

Les événements ? De graves problèmes diplomatiques, la nécessité urgente de structurer l’organisation administrative et militaire du pays, le choix si difficile d’un roi et surtout la constante et lourde menace d’un retour en force de l’armée hollandaise.

C’est dans ce climat que le 21 juillet 1831, Léopold 1er prête son serment et que le gouvernement propose que les drapeaux d’honneur soient remis par le souverain lui-même, place Royale, le 27 septembre aux cent communes qui furent les plus vaillantes durant la révolution.

Mais à peine Léopold 1er s’est-il installé à Laeken où il prépare ses Joyeuses-entrées dans nos cites que les troupes hollandaises violent nos frontières.

Le mois d’août 1831 est tragique. Notre armée, mal équipée, subit de durs revers et nous ne serons sauves de justesse que par l’arrivée en Belgique des 50.000 fantassins et cavaliers français du maréchal Gérard. Nos malheureux soldats étaient déjà les victimes de 1’imbécillité pacifiste des députés qui, à chaque (p.9) demande de crédits pour la défense du pays, avaient riposté : « Nos jeunes gens auront bien assez de leurs fourches pour repousser une éventuelle agression. »

C’est textuel et cueilli dans l’abondant bêtisier parlementaire de l’époque.

Où en est-on à la fin août 1831 ? sauvés par les Français, les Belges gardent le Limbourg hollandais et le Luxembourg, mais Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, maintient dans la citadelle d’Anvers une garnison de 5000 hommes. il occupe aussi les forts de Liefkenshoek et de Lillo.

 

Notre opinion publique supporte de plus en plus mal cette présence hollandaise et comme Léopold Ier pousse à fond le réarmement du pays, nous rêvons d’en découdre avec les Bataves. 

En 1832, le roi a épousé Louise-Marie d’Orléans et il décide de faire du 27 septembre, la toute grande fête qui était impensable l’année précédente.

En vue de la cérémonie, des ouvriers s’affairent sur la place Royale : ils construisent une estrade, la complètent d’un baldaquin orné des armoiries de nos neuf provinces. Le décor comporte aussi un lion et une statue représentant la Belgique, les mains chargées de couronnes civiques. L’ensemble ne manque ni de couleur, ni d’allure.

 

Sur l’estrade, d’un côté du trône destiné à Léopold Ier, se grouperont les diplomates ; de l’autre, on a préparé une loge réservée à la reine.

Sur les tribunes se rangeront les ministres, les parlementaires, les hauts fonctionnaires et les blessés des combats de septembre 1830.

Cent communes ou plus précisément quatre-vingt dix-neuf, vont être à l’honneur et leurs délégués, au maximum cinq par commune, recevront des mains du roi un drapeau commémorant leur participation à la révolution. Le choix des cités et des villages illustre et confirme le caractère national de la fête du 27 septembre.

 

Voici la liste trop peu connue de ces communes.

Tout d’abord des francophones : Andenne, Ans et Glain, Arlon, Ath, Bastogne, Binche, Bouillon, Braine-l’Alleud, Braine-le-Comte, Charleroi, Châtelet, Couvin, Diant, Sdour, Enghien, Ensival, Fayt-lez-Manage, Fleurus, Fontaine-l’Evêque, Gembloux, Genappe, Gosselies, Grâce-Montegnée, Grez-Doiceau, Hermée, Herstal, Herve, Hodimont, Huy, Ixelles, Jemappes, Jemeppe-sur-Meuse, Jodoigne, La Hestre, la Hulpe, Leuze, Liège, Luxembourg, Maffle, Meslin-l’Evêque, Mons, Morlanwelz, Namur, neufchâteau, Niveles, Péruwelz, Perwez, Philippeville, Quaregnon, Quiévrain, Rebecq-Rognon, Saint-Ghislain, Saintes, Sclayn, Seneffe, Soignies, Thuin, Tournai, Verviers, Waterloo, Wavre. On y ajouta Paris en gratitude envers la France.

 

Et voilà les communes alors à majorité flamande : Aalst, Aarschot, Anderlecht, Antwerpen, Boom, Brugge, Bruxelles, Dendermonde, Diest, Gel, Gent, Geraardsbergen, halle, Hasselt, Herenthout, Herzele, Heverlee, Kortrijk, Leuven, Lier, Maaseik, Meerhout, Menen, Mol, Molenbeek, Oostende, Overijse, Roermond, Roeselare, Ronse, Sint-Pieters-Leeuw, Tervuren, Tielt, Venlo, Watermael-Boisfort, Westerloo (sic).

 

Dès le matin du 27 septembre 1832, Bruxelles s’éveille au son des cloches et des salves d’artillerie.

La place royale est envahie par la foule, on se presse aux fenêtres pour assister à l’arrivée de l’émouvant cortège des blessés de septembre 1830. On en compte quatre cents qui, partis de l’hôtel de ville, atteignent la place Royale précédés par une (p.10) fanfare et un détachement de cavalerie. Mais, venant du Palais royal et portés par des sous-officiers, voici les drapeaux d’honneur que le roi va remettre aux délégués des communes.

Quelques instants plus tard on crie : « Vive la reine !’, car apparaît, dans une calèche, Louise-Marie qu’accompagne le duc d’Orléans, son frère.

Les canons tonnent une fois de plus pour annoncer Léopold 1er en tenue de général de la Garde civique.

On avait créé une « Commission des Récompenses nationales » que présidait Alexandre Gendebien, tribun romantique, très éloquent mais d’un entendement politique plutôt limité. C’est de famille…

 

Gendebien rêve d’en découdre avec la Hollande et son discours au roi en témoigne : « Sire, ce jour si glorieux pour la nation est aussi bien doux pour le cœur de Votre Majesté, puisque, après quinze mois d’un règne laborieux et de pénibles contrariétés. Elle trouve dans les acclamations du peuple de consolantes compensations. Sire, entourée de l’élite de la Nation et de tant de braves, Votre Majesté doit être rassurée sur le sort de la Belgique. La Nation a mis sa confiance en vous, Sire ; elle est digne de la vôtre.

Fort de cette confiance réciproque, n’hésitez pas à donner le signal du combat et j’ose garantir à Votre Majesté un anniversaire plus glorieux encore que celui qui vous cause aujourd’hui tant d’émotions. »

 

La réponse de Léopold 1er ne manque ni d’intérêt, ni d’une portée nationale contrastant avec la signification étroitement régionaliste qu’on a voulu donner aujourd’hui au 27 septembre, au mépris de la vérité historique.

Ecoutons le roi : « J’éprouve une vive satistaction de pouvoir prendre part en personne à une solennité dont la législature a décrété la célébration. Les événements dont ce jour est l’anniversaire ont consacré l’indépendance de la Belgique. A ce titre, ils ont droit à la commémoration la plus éclatante. C’était pour repousser l’envahissement du sol de la Belgique, pour défendre vos foyers et tout ce qu’un citoyen peut avoir de cher que vous aviez pris les armes. Votre bravoure a obtenu le succès le plus complet. Une armée ennemie, supérieure en nombre, composée de torces régulières et bien organisées, a dû vous céder le terrain. Vous avez su la retouler jusque dans son propre pays ; vous n’avez été arrêtés que par votre modération. Vous avez mérité de la patrie le signe glorieux que la reconnaissance publique offre à chacune des communes venues au secours de la capitale.

 

Il perpétuera le souvenir de vos efforts et de vos triomphes. Vous saurez vous y rallier si notre territoire vient de nouveau à être menacé. Ces belles provinces réunies pour la première fois en nation indépendante, ne prodigueront plus leur sang ni leurs richesses pour des causes étrangères à leurs intérêts.

La patrie, dans les jours d’épreuve, ne réclamera pas en vain le secours de vos bras. Vous saurez combattre encore avec le même courage pour cette nationalité qui vous est précieuse et prouver à l’Europe qu’un peuple qui chérit son indépendance et qui est résolu à la défendre au prix de tous les sacrifices, ne saurait aisément être subjugué. »

 

La cérémonie continue, en ce 27 septembre 1832, par le défilé des délégations des communes auxquelles le roi remet les drapeaux d’honneur accompagnés d’un diplôme. Un reporter qui est présent de noter . « Les représentants des communes sont appelés selon l’ordre alphabétique de celles-ci. »

 

Léopold 1er s’entretient cordialement avec chaque délégation. A celle de Jodoigne il dit : « Vous êtes des braves ! » et à celle de Roeselare . « Peu de localités ont autant sacrifié que la vôtre à l’indépendance. »

Le souverain parlera aussi avec de nombreux blessés de septembre 1830 et, follement acclamée, la famille royale assistera devant le palais à un défilé de la Garde civique, des fantassins du 3e de Ligne, des Guides et, certes, des blessés de septembre.

Deux pantagruéliques banquets clôtureront, à la belge, cette journée mémorable.

Les blessés de septembre eurent droit, entre autres mets, à des poulets-salade, à des montagnes de frites et à des gâteaux à la crème au cours de leur festin qui se déroulera dans les galeries encadrant le Palais de Justice alors situé rue de Ruysbroeck.

C’est à la Chambre des Députés que festoyèrent les délégués des communes tandis qu’un immense feu d’artifice illuminait le ciel nocturne. On y lisait, en lettres étincelantes : « Septembre « .

 

ET POUR CONCLURE

 

Une jeune et brillante attachée au Musée de l’Armée, Marie-Anne Paridaens, se livra à des recherches sur le sort des drapeaux d’honneur distribués le 27 septembre 1832. Que sont-ils devenus ?

Marie-Anne Paridaens nous le raconte : « L’enquête que nous avons menée auprès de toutes les communes qui reçurent un drapeau d’honneur, se révéla concluante.

Sur nonante-huit localités interrogées, nonante-deux répondirent. Dix-neuft d’entre elles ne le possèdent plus. Certains drapeaux ont disparu, parfois sans que les autorités concernées sachent comment. Plusieurs turent détruits au cours des deux conflits mondiaux. Ceux d’Andenne, Hermée, Herve et Tienen ont été anéantis en 1914-18 : celui de Hermée fut vraisemblablement brûlé en 1914 et celui de Tienen perdu lors de l’entrée des Allemands dans cette ville, le 18 août 1914.

 

Après la guerre, l’Etat remplaça celui de Herve lequel sort encore à l’occasion du Te Deum du 21 juillet. La Seconde Guerre mondiale entraîna la perte des drapeaux de Nivelles, Ostende et Tournai. Le premier périt en même temps que les archives et autres souvenirs historiques de la cité dans l’incendie de l’hôtel de ville consécutif aux bombardements allemands des 10, 14 et 15 mai 1940. Le deuxième brûla en mai 1940 en même temps que la maison et la bibliothèque communales. Le troisième disparut lors du pillage du Musée d’Armes pendant le conflit. La destruction de celui de Wavre est également imputable à la guerre. Il n’empêche qu’à ce jour soixante-quatre drapeaux existent encore. En plus ou moins bon état, en original ou sous forme de copies, ils sont conservés soit dans les maisons communales, soit dans les musées locaux, soit encore au Musée royal de l’Armée.

Ceux qui se trouvent dans les maisons communales et les hôtels de ville y occupent une place d’honneur dans un salon, la salle de réunion du conseil communal, le hall, le bureau du bourgmestre, le local du « Heemkundige Kring », la salle des mariages. Si certaines communes n’ont guère précisé leur lieu de conservation, on peut raisonnablement supposer qu’ils se trouvent dans un des locaux précités. » Et Mlle Paridaens de souligner l’importance attachée par maintes communes a ces drapeaux qu’elles qualifient de « Précieuses Reliques ».

Mais oui, les reliques du vrai 27 septembre.

 

1831

Jean Bartelous (Forest), L’Etat belge voulu par les grandes puissances, LB 01/06/1983

 

Dans votre numéro du 17 mai paraît le premier article consacré aux Flamands de culture française.

J’y lis « que la francisation fut soudainement détournée de son cours par Napoléon à Waterloo et ensuite par la naissance de l’Etat belge voulu par les grandes puissances, précisément pour bloquer l’expansionnisme politique         de la France.

Si je crois que la francisation des régions du sud du Rhin a été bloquée par la défaite de Napoléon, je ne crois pas que la naissance de l’Etat belge ait été voulue par les grandes puissances.

Il n’est pas douteux que la Russie, la Prusse et l’Autriche ont été pendant de fort nombreuses années très hostiles à la création à un Etat belge indépendant.

L’Angleterre de 1830, diri­qée par le duc de Welling­ton, ne voyait pas sans re­gret détruire son oeuvre maîtresse du Congrès de Vienne, et le roi Louis-Philippe était trop mal assuré de la solidité de son trône pour risquer une guerre générale contre l’Europe.

Les révolutionnaires belges et le Parti du mouvement à Paris lui ont forcé la main beaucoup plus qu’il ne l’aurait voulu.

Quant à la Prusse, elle ne put apporter son concours à Guillaume ler, beau-père de Frédéric-Guillaume III, par crainte d’une révolte polonaise dans ses provinces voisines de la Russie.  Pas davantage, le prince de Met­ternich ne put intervenir, retenu par la crainte de la révolte des petits Etats ita­liens.

La chute de Wellington, en même temps que l’arrivée au pouvoir des libéraux plus préoccupés de politique in­térieure que d’une guerre générale en Europe, amené Lord Palmerston à accepter l’idée d’un Etat belge indé­pendant, pourvu que cette indépendance ne cachot pas une annexion déguisée par la France.

Voilà pourquoi le prince de Talleyrand fut obligé d’ac­cepter en janvier 1831 la neutralité de la Belgique. Croyez-moi, Ma Chère « Libre Belgique », l’Etat belge a été beaucoup plus toléré par l’Europe que vou­lu.

 

1914

in: Knack 12/11/2008, p.48-50

 

(p.48) Daniel Vanacker (1951), gepensioneerd journalist van de krant De Gentenaar (…) Vanacker schreef meerdere intéressante boeken over de samenwerking van een aan­tal Vlamingen met de Duitse bezetter tijdens de Eerste Wereldoorlog. Waarom beschouwt hij dat zogenaamde activisme als begrijpelijk en bijna onvermijdelijk?

Daniel Vanacker: ‘Aan de vooravond van de Eerste Wereldoorlog zaten veel flaminganten in zak en as. Het parlement had net de algemene dienstplicht en de schoolplicht goedgekeurd. En dat gebeurde zonder voldoende respect voor het Nederlands. Vergeten we niet dat de Franstalige parlementariërs destijds nog steeds de vernederlandsing van Vlaanderen weigerden. Een aan­tal flaminganten verloor daardoor het vertrouwen in het parlement. En toen de Eer­ste Wereldoorlog uitbrak, maakten de franskiljons van de omstandigheden misbruik om in Vlaanderen het Nederlands onder de mat te vegen. Vocht België niet schouder aan schouder met de Franse buur? Het bondgenootschap tussen Frankrijk en België hield voor de meeste Franstalige politici het einde van de Vlaamse Beweging in. Enkele Vlaamsgezinde radicalen in Gent en Brussel zagen precies in de Duitse bezetting een alternatief om tegen de bedreigende verfransing in te gaan. Ook in gematigder Vlaamse milieus evolueerden de geesten in de richting van een bestuurlijke scheiding.’

 

(p.49) Vooral Gentse liberale vrijzinnigen lieten zich tot het activistische avontuur verleiden. Hoe verklaart u dat?

 

VANACKER: Reeds voor de oorlog bestond er in Gent een kleine groep van radicale jongeren, niet alleen vrijzinnigen, maar ook katholieken. Zij stapten in oktober 1914 als eersten in het activisme. Ze bewonderden de Duitse cultuur en verafschuwden de Franse. Duitsland bezat toen op tal van terreinen een veel betere reputatie, terwijl de Franse taal symbool stond voor verdrukking. De katholieken onder die jongeren stoorden zich geenszins aan het wetteloze aspect van de collaboratie. Ze zagen de Vlaming als door God op de wereld gebracht. De realisatie van een zelfstandig Vlaanderen lag voor hen in het verlengde van de schepping. In die zin sprak men van een natuurrecht. Op den duur lieten meer jonge Gentse liberalen dan katholieken zich door het activisme bekoren. Om diverse redenen. Samenwerking met het protestantse Duitsland vormde voor hen geen bezwaar, want menig liberaal was bepaald protestants. Bovendien voerde baron von Bissing in oktober 1916 de vernederlandsing van de Gentse Universiteit in. Voor de liberalen was dit veel belangrijker dan voor de klerikalen die doorgaans in Leuven studeerden. De jonge generatie Gentse liberalen aasde ook gretig op postjes in de besturen. Dat had te maken met een gevoel van frustratie en onmacht. Voor de oorlog ontbrak het die jonge generatie aan enige impact in de libérale partij. De top ervan was overtuigend Franstalig en duldde de liberale flaminganten slechts voor het organiseren van volkse meetings en het ronselen van stemmen. Gent was destijds een francofiele stad.

 

1914

(s.r., p.195) /tract : Vlaamsche soldaten/

 

Durant les combats de 14-18, les Allemands desti­naient ces tracts aux soldats flamands afin de les pousser au défaitisme. Pour asseoir sa domination, l’occupant s’efforça toujours de dresser les Flamands contre les Wallons.

 

1923

J.G., L’ histoire travestie: Jules Destrée et la solidarité Bruxelles-Wallonie, LB 08/10/1981

 

“En 1923, Jules Destrée aura la probité de reconnaître qu’en niant l’existence des Belges dans sa lettre au Roi datant de 1912, il s’était trompé.”

 

1930s

in : DELTA, 10, 2008, p.21-22

 

De eeuwige fascist. Dat Joris van Severen ten onrechte geboekt staat als een fascist is iets waar wij al lang niet meer wakker van liggen. Alhoewel wij aan de hand van tientallen citaten kunnen bewijzen dat dit niet waar is, hebben wij al lang de pogingen gestaakt om die onzin te weerleggen. Wat baten kaars en bril…?

Maar soms loopt de kwade wil (of is het domheid?) zô de spuigaten uit dat het echt wel opvalt. Onlangs lazen wij dat fabeltje eens te meer in de (overigens doorgaans vertrouwbare) « Dictionnaire de la Seconde Guerre mon­diale » van Paul Aron en José Gotovich. Maar diezelfde Dictionnaire vertelt tezelfdertijd dat het fascisme « … een op de staat geaxeerde massabeweging was ». Wel, dat is dan net het tegengestelde van wat Van Severen met zijn beweging wilde zijn. Voor hem was de staat slechts een middel, weliswaar noodzakelijk, maar toch niet meer dan dat. Dat kunnen wij zwart-op-wit aantonen.

 

1930s

Hervé Hasquin, régionaliste et négationniste

 

A.M., Van stroom tot stroom tot aan de zee, in : Delta, 2, 2004, p.19

 

Wie de in 2001 door Hervé Hasquin gepubliceerde Encyclopédie du Mouvement wallon naleest, krijgt de indruk dat er in Wallonië enkel verzetshelden hebben geleefd. Léon Degrelle, die toch stelde dat de Walen Germanen waren, komt er niet voor. 

 

1932

Olivier Standaert, Au temps où les francophones dirigeaient la Belgique, LB 03/ Olivier 11/2007

 

Le tournant de 1932

 

A l’exception des franges progressistes, les élites francophones voient d’un mauvais œil les lois lin­guistiques du XIXe siècle. Elles incarnent une perte de pouvoir. Une perte d’emplois aussi, puis­que les Flamands peuvent désormais prétendre à des postes qui leur étaient jadis inaccessibles. Fortement discrédité par les activités collabora­trices de l’Activisme au sortir de 14-18, le mouve­ment flamand opère « un lien de plus en plus étroit entre territoire et langue », poursuit Jean-Pierre Nandrin. 1932 sera une année charnière : les par­tis flamands modérés réclament le bilinguisme pour l’ensemble du pays. Les Wallons, confrontés à une forte immigration flamande entre 1848 et 1855, ne sont guère favorables à l’idée d’installer des écoles néerlandophones sur leur sol. Peur de voir s’étioler leur cohésion culturelle ? « Certaine­ment », affirme Jean-Pierre Nandrin. « Il a donc fallu tracer une frontière répondant à ce souhait d’unilinguisme, lance Els Witte. Déjà, Bruxelles reçoit un statut particulier. Au fond, les lois lin­guistiques de 1932 préfigurent le tracé de frontière de 1962-1963. »Mais à l’époque, cette séparation a encore le don de pouvoir fluctuer. Toute commune changeant de majorité linguistique doit changer de langue de référence. C’est ce qui arrive en 1947 à Evere, Berchem Sainte-Agathe et Ganshoren. Témoins de la forte francisation de Bruxelles, ces trois communes seront, illégalement, rattachées à Bruxelles, et placées en régime bilingue. Une entrave à la loi, et un symbole de tout ce que la question des langues revêt de délicat : personne n’avait osé publier les résultats du recense­ment… A l’horizon pointe l’exigence des partis flamands de fixer cette frontière pour de bon. La révision de la Constitution de 1970 n’est plus très loin.

 

1938

À cogiter, DH 18/02/2006

De R. G., par e-mail:

 

À cogiter… Supprimer l’armée au profit d’une force de défense européenne ? Et pourquoi pas un gouver­nement européen au profit d’une Bel­gique unie ? Restructuration pour l’ar­mée, mais jamais pour nos gouver­nants! Pour rappel, en 1938 il y avait 17 ministres pour diriger la Belgique, sans ordinateur ni autre moyen moderne! »                          

 

1940

Jean-Marie Triffaux, La libération anticipée des prisonniers de guerre arlonais, VA 01/04/1991

 

“Les Arlonais “non patoisants” de même que les patoisants non repris sur les listes du “Sprachverein” comme les autres Belges francophones (sic), ne purent évidemment pas obtenir leur retour anticipé en Belgique.”

 

1945

LE CONGRES WALLON DE 1945

 

José Mespouille, Coup de semonce: difficile de passer la rampe, VA, 07/11/1995

 

“Honteusement manipulé par Joseph Merlot, le congrès très divisé sur l’avenir de la Wallonie, apprit que tout était arrangé avant et que c’était le fédéralisme qui avait été choisi par les ténors de la politique, avant l’ouverture du Congrès.”

 

1950

José Happart le fait-il exprès ?, LB 09/06/1990

 

Mardi, José Happart etait ravi de déterrer de vieux souvenirs et de révéler, hist0rien à l’ appui, que les familles des quatre victimes des incidents de Grâce-Berleur le 30 juillet 1950 ne s’étaient jamais constituées partie civile et que le dossier répressif avait été classé sans suite. En cette période riche en dossiers liégeois pourris et en révélation de scandales, il pensait apporter sa petite touche au tableau.

Il a perdu une bien belle occasion de se taire. Me Derwael, avocat au barreau de Liège, s’ est empressé de signaler que l’avocat des familles, c’était lui; qu’un jugement contradictoire de non-lieu avait bien été rendu le 23 juin 1955 après une instruction approfondie menée par le juge Capelle.

Ce n’est pas tout ! Le président de la chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Liège, qui a rendu ce jugement, n’est autre que… le grand-père de l’historien (Thierry Goossens) qui annonçait mardi, aux côtés de José Happart, que l’ affaire avait été mystérieusement étouffée !

Me Derwael n’est toujours pas revenu de la légèreté – voire l’amnésie – de José Happart et de ses amis, Et il ne sera pas seul !

 

1950

Oscar De Smet, Secrétaire national de la Ligue royale des vétérans du roi Léopold III

CONTROVERSE / Une fracture douloureuse, LB 05/02/2008

 

UN DOCUMENTAIRE EXCEPTIONNEL, « Léopold III ou la chute d’un roi », raconte son influence sur la vie politique actuelle. Un film à la trame com­plexe mais intelligente. C’est ainsi que paraissait dans « La Libre » du 17 janvier la présentation du documentaire « Léopold III ou la chute d’un roi ». Quelques réflexions : une fracture douloureuse ? Oui, assurément, mais y voir un lien quelconque avec une fracture Nord-Sud ou Wallons-Flamands actuelle, non ! Tirons quelques enseignements des résultats de la consultation populaire qui avait pour objet le retour au pouvoir du roi Léopold. Résultat national : 57,68 pc en faveur du Roi. Sept provinces sur neuf s’étaient exprimées par oui ! En Wallonie, deux provinces sur quatre étaient pour le retour du Roi (Namur et Luxembourg). Il y a une fracture oui, mais il faut constater qu’elle réside essen­tiellement dans le caractère industriel des bassins Sambre et Meuse – charbonna­ges et métallurgie -, les provinces concernées : Hainaut et Liège. Il s’agit donc d’un clivage social. Le même phénomène apparaît dans l’arrondissement d’Anvers, le seul de sa province à s’être exprimé en défaveur du Roi, arrondissement aux activités industrielles et portuaires intenses, de dur labeur. Heureusement, l’amélioration du niveau de vie pendant un demi-siècle a largement atténué ce clivage social. Mais la fracture actuelle est bien plus grave. Il y a danger pour la survie de notre pays.

Un documentaire exceptionnel ? Allait-on enfin assister à un premier pas, en direction de la vérité sur la question royale ? Que nenni ! 57,68 pc démocratiquement exprimés pour le retour du Roi. Résultat remarquable après cinq années de propagande antiroyaliste (de diffamations, de contrevérités, de non-dits pour la moitié de la presse, par toute la radio nationale, cependant que circulaient les ragots les plus vils). Et ce n’est pas tout, la majorité absolue à la Chambre et au Sénat, pour aboutir à l’effacement du Roi, sous la pression de la grève générale, l’abandon de l’outil, un climat insurrectionnel, des sabotages, des morts. Hélas […]

 

1958

Roger Pinon, professeur à l’Lg, régionaliste et raciste, jamais inquiété…

 

Discours de R. Pinon prononcé au Congrès National wallon de Charleroi, 26/5/57, in: L’ Ethnie Wallonne, 1958

 

L’ Ethnie wallonne: la Race wallonne: (pp.5-6)

(p.5) « Possédons-nous une base racique stabilisée?

Le fonds de la population wallonne est constituée par des brachycéphales d’origine néolithique, auquel il faut ajouter un mince apport gaulois, puis franc, de race dolicocéphale. …

… Le type du Wallon est l’homme de taille moyenne, aux cheveux châtains ou foncés, de même que les yeux, avec une protubérance occipitale presque nulle, des crêtes sourcilières développées, une face large.

Ce type s’écarte du Flamand, plus grand de taille, blond de cheveux, aux yeux bleus, avec une protubérance occipitale très accentuée et une face allongée.  Il s’écarte du Français brachycéphale, par la taille notamment, qui est plus grande. » (p.5)

 

Selon une étude du Dr. Jorissenne, de Liège, “plus de 50 p.c. des Flamands sont prognathes, alors que plus de 85 p.c. des Wallons sont orthognathes.

Or, dans les régions industrielles, 40 p.c. au moins des noms de familles sont d’origine germanique.  La différence de pourcentage entre les noms de familles germaniques et le prognathisme probable des ancêtres marque la résorption de ce caractère racique, et la stabilisation de la race. »  (p.6)

 

« Notre démarche est généralement plus lourde que la française, mais plus légère que la flamande. » (p.6)

 

1959

Le racisme francophone toujours très actif en 1959 au Concours Reine Elisabeth

 

Anne François, “Lentement la mentalité a changé”, LB 22/05/1999

 

Présentatrice du reine Elisabeth depuis 1959, Aimée De Smet devait annoncer en 1959 lors de la finale les heures de passages des trams, ce qui était encore normal à cette époque.  “Quand je l’ai fait en deux langues, le public m’a chahutée.  Mais il s’est calmé, et j’ai continué!”

 

1963

Arthur GILSON, Comment les Fourons sont vraiment passés au Limbourg, LB 31/12/87

 

La Libre Belgique du 28 décembre fait état d’une étude de M. Marcel Hotterbeex consacrée aux conditions dans lesquelles les Fourons ont été tranférés au Limbourg.  Son exégèse aboutit à une conclusion : « Le transfert des Fourons a donc été le fait d’une majorité acquise grâce au poids de la Flandre ».

Pour avoir vécu tous les événements qui ont conduit, malgré mon opposition répétée, à la modification de mon projet de loi sur ce point, je dois considérer que la conclusion de M. Hotterbeex pourrait relever plus de la polémique que de l’histoire.

On ne peut, en effet, sans manquer d’objectivité, passer rapidement sur le rôle important joué par les Wallons et les francophones, spécialement par la représentation socialiste, particulièrement fournie, au cours des travaux de la commission de l’Intérieur de la Chambre. Je pense à MM.  André Cools, Terwagne, Gruselin, Harmegnies…

Or, c’est à la commission, d’abord, que tout s’est déterminé.  Après intervention

du francophone socialiste M. Demets, réclamant le transfert au Hainaut de

Mouscron Comines, l’ancien bourgmestre socialiste de Liège, M. Gruselin,

renchérit en proposant d’imposer un principe rigoureux à la base de la loi, à

savoir : « Toute commune flamande dans une province flamande, et toute

commune wallonne ans une province wallonne», ce qui impliquait aussi, d’après

lui, que les Fourons soient transférés au Limbourg.  Tous les francophones de la

commission firent chorus. Les Flamands, eux, hésitaient, car ils étaient partagés.

Finalement, ils se rallièrent à la condition réaffirmée qu’il en aille bien de Mouscron-Comines d’une part et des Fourons d’autre part, ce qui fut expressément convenu.

L’ancien ministre Vanderpoorten se fit l’interprète de la commission en rédigeant le texte nécessaire.

Je fus seul à m’y opposer par deux fois, mais la commission vota les amendements.  L’article 1 de la loi ainsi modifiée fut voté à 1’unanimité, de même que l’ensemble de la loi. Quelques semaines plus tard seulement, des voix s’élevèrent pour réclamer le maintien des Fourons à Liège.

Malheureusement, les Flamands, partagés à l’origine, avaient dû faire campagne en faveur du nouveau principe qui inspirait la loi pour faire accepter unanimement que Mouscron-Comines (un ou deux sièges de députés) soient transférés en Wallonie.

 

La proposition ultérieure des Wallons (qui étaient pourtant à  l’origine des nouveaux textes) de garder Mouscron-Comines, mais de reprendre les Fourons est ainsi apparue aux Flamands comme une duperie et ils se sont élevés tout de suite et unanimement cotre cette volte-face.

D’où des débats rendus plus difficiles à la Chambre et au Sénat, les deux présidents des partis de la coalition veillant toutefois prudemment à assurer les majorités nécessaires pour que la loi votée telle qu’elle sortait des travaux de la commission de l’intérieur.  Ce qui explique que tant de voix wallonnes ou francophones se soient jointes pour le vote final, en dépit des objections soulevées.

On en retiendra, en tout cas, que les parlementaires socialistes wallons furent bien mal inspirés au moment d’arrêter le texte définitif à soumettre au Parlement et qu’il leur fut impossible de revenir sur les termes de l’accord conclu en commission, quand certains d’entre eux voulurent refuser cette fois le transfert des Fourons en Flandre, tout en exigeant celui de Mouscron-Comines en Wallonie.

 

Je constatais, dans « La Libre Belgique» en 1965 : «On était devenu psychologiquement et politiquement impossible d’obtenir des Flamands que le principe nouveau, voulu par les Wallons, ne sorte qu’unilatéralement ses effets… » Mais j’étais bien placé pour ajouter : « Il reste aujourd’hui que ce rattachement – purement administratif il est vrai et sans influence sur le régime linguistique des communes intéressées – n’en est pas moins contesté.  C’est un fait auquel un homme politique ne peut manquer de porter son attention.»

 

Tout cela m’inspire une dernière réflexion : on devrait toujours se garder d’exploiter les inconvénients d’une situation qu’on a soi-même contribué à créer créer !

 

1963

Walen buiten!, in: Delta, s.d., p.23

 

Herinnert ge het u nog? En de splitsing van de Leuvense universiteit werd inderdaad een feit. Velen beschouwen dit als een overwinning van Vlaanderen. Maar zij vergeten dan wel dat ook een niet onaanzienlijk aantal Franstaligen daar brood in zagen. De waarde van de gronden in en om Ottignies steeg in die periode immers pijlsnel. Dat kunt ge o.m. lezen in de biografie van Pierre Harmel. In 1963 werd Harmel naar Ottignies gesommeerd door de Waalse ACW-voorzitter André Oleffe en PSC-volksvertegenwoordiger Philippe le Hodey. Deze maakten Harmel toen duidelijk dat een aantal Franstalige figuren al volop bezig waren de splitsing mogelijk te maken (kassakassa). Harmel heeft altijd de pogingen gesteund om op zijn minst een deel van de universiteit unitair te houden (hij dacht daarbij aan de voortgezette opleidingen na kandidatuur en licentie) om zo de grote onderzoekscentra te Leuven te behouden. Har­mel dacht zelfs aan een grote Europese katholieke universiteit die deze opleidingen in het Engels zou aanbieden. Het is trouwens ook zo dat Leopold III vanuit zijn ballingsoord Argenteuil verschillende hoogleraars heeft benaderd om ervoor te zorgen dat tenminste een deel van de Franstalige universiteit in Leuven kon blijven. Hij wou dit voorstel overigens voorleggen aan paus Paulus VI, die zeer bekommerd was om de Leuvense situatie. Daarom vroeg Leopold III aan kardinaal Suenens om een brief terzake aan de paus te bezorgen. Later vernam hij dat de paus niets ontvangen had, Suenens had de brief gewoon

in zijn schuif laten liggen. Zo’n verhalen hebben Harmel ertoe gebracht later zeer scherp te zijn voor de rol van het episcopaat.

 

1963

Uit « LA LIBRE BELGIQUE van 31.12.1987. HOE DE VOER NAAR LIMBURG OVERGING

 

« LA LIBRE BELGIQUE » van 28 december meldt een studie van de heer Marcel Hotterbeek over de wijze waarop de Voer naar Limburg overgeheveld raakte. Zijn ontleding mondt uit op volgend besluit: « De overheveling van de Voer is dus een gevolg van een meerderheid die verworven werd dank zij het gewicht van Vlaanderen. « 

Daar ik de gebeurtenissen waar ik mij steeds tegen verzet heb, aanleiding gaven tôt wijziging van mijn voorstel van wet hieromtrent, van dichtbij heb meegemaakt, mag ik mij veroorloven de mening uit te drukken dat het besluit van dhr Hotterbeek meer tôt het domein van de polemiek dan wel tôt dat van de geschiedenis hoort.

Wil men objectief blijven, dan kan men zomaar niet over de roi heenstappen die door de Walen en de Franstaligen gespeeld werd, en in het bijzonder door de uitgebreide socialistische vertegenwoordiging tij-dens de werkzaamheden van de Commissie van Binnenlandse Zaken van de Kamer. Ik denk hier aan de hh. André Cools, Terwagne, Gruselin, Harmegnies…

Welnu, precies daar in die Commissie, werd allés van meetaf bepaald. Na de tussenkomst van de Franstalige socialist Démets, die Komen-Moeskroen naar Hene-gouwen wilde overgeheveld zien, ging de heer Gruselin, voormalig socialistische burgemeester van Luik, een stap verder wanneer hij een strak principe ten grond-slag van de wet voorstelde, namelijk het volgende: « Allé Vlaamse gemeenten in Vlaamse provincies, en alle Waalse gemeenten in Waalse provincies », wat naar zijn mening ook beduidde dat de Voergemeenten naar Limburg zouden overgegaan zijn. Alle Franstalige leden van de Commissie beaamden dit volmondig, terwijl de Vlamingen eerder verdeeld bleven en aarzelden.

Uiteindelijk draaiden zij bij op de uitdrukkelijke voorwaarde dat het wel, enerzijds over Komen-Moes­kroen zou gaan, en anderzijds over de Voer, wat expliciet werd overeengekomen.

Oud-Minister Vanderpoorten werd dan de tolk van de Commissie .en stelde de nodige teksten op.

Tot tweemaal toe stond ik alleen met mijn verzet hiertegen, maar de Commissie stemde de amendementen. Het artikel 1 van de aldus gewijzigde wet werd met eenparigheid van stemmen gewijzigd, alsmede het geheel van de wet. Het is pas enkele weken later dat stemmenn opgingen voor het behoud van de Voer bij Luik.

Maar, de Vlamingen die aanvankelijk verdeeld waren, hadden een hele campagne moeten voeren om het nieuwe principe dat aan de basis van de wet lag te laten aanpassen.

 

1977

Félix Rousseau, régionaliste, francophile et menteur

 

Félix Rousseau, Wallonie, terre romane, 1977

 

(p.9) « Historiquement parlant, parmi les habitants de la Belgique actuelle, seuls (sic) les Wallons descendent des anciens Belges, puisque les Flamands ont pour ancêtres des envahisseurs germains qui s’établirent dans le Nord de la Gaule aux IVe et Ve siècles de notre ère. »

(p.47) « Sans aucune (sic) contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l’orbite de Paris et, depuis 7 siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française. »

 

1979

Vers l’Avenir, un journal négationniste

 

WALLON, tu es ROMAN et LATIN !, in : VA, 1979

 

La WALLONIE EST ROMANE et LATINE. Tout au long des siècles, elle est demeurée (« et demeure », n.d.l.r.) une pro­vince de cette civilisation (latine) ; sans cesse, elle a été chargée de défendre cette culture contre des agresseurs qui, TOUJOURS, venaient de l’Est et du Nord.

 

1979

François De Coudenberg (fransquillon révisionniste de Bruxelles), Les mille ans de Bruxelles?, LB 17/12/1979

 

M. G.G. (Koekelberg) nous dit qu’il est ancien du sémi­naire d’histoire de l’U.C.L. Si cette affirmation est exacte, le manque d’objectivité de G.G. est tout à fait impardonnable.

Tout d’abord, G.G. nous dit que pendant des siècles Bruxelles comme toute la Wallonie fit partie du Saint Empire romain germanique.

Ceci est bien vrai. Mais ce que G.G. tait sciemment, c’est qu’à l’époque où Bruxelles devenait ville, la Flandre ne faisait pas partie de ce même Saint Empire mais était vassale du roi de France !

 

Par conséquent la croissan­ce ethnologique de Bruxelles s’est faite en dehors de la Flandre.  Une ressemblance entre le parler brabançon et les patois flamands, fort différents de Zoutenaaie  à Zichem-Sussen-Bolder, ne justifie pas qu’on parle de caractère «fondamentalement (sic) flarnand jusqu’au XIXe siècle.

La preuve, c’est un Flamand du XIIIe siècle qui nous la donne.  S’il est ancien du séminaire d’histoire de l’U.C.L., G.G. doit connaître la Rymkroniek du poète lim­bourgeois Jan van Helu.  Déjà en 1280, ce poète vitupère par­ce que Bruxelles n’est pas assez flamande à son gré.

Au XVIIIe siècle c’est un autre Lirnbourgeois, l’avocat Verloye, qui réclame la flamandisation de Bruxelles . (Celle-ci a toujours été récla­mée à ma connaissance par des Anversois, des Limbourgeois, etc., mais jamais par un Bruxellois d’authentique vieille souche.)

En 1356 les Flamands s’emparèrent de Bruxelles par la force mais quelques semaines plus tard ils en étaient chassés par les patriotes bruxellois conduits par Evrard t’Serclaes au cri de « Bruxelles au riche duc ».

En 1380, dans leur guerre contre le sire de Gaesbeek, ce ne sont pas les Gantois ou les Anversois que les Bruxellois appellent comme alliés mais des Liégeois.

En 1381, lors du recensement de Wenceslas (qui se trouve dans les archives du pleban de Sainte-Gudule), il y avait à Bruxelles des écoles wallonnes et des écoles thioises.

Alors, où est le caractère fondamentalement flamand de Bruxelles?  En réalité, issue des deux cultures mais ne se voulant ni entièrement de l’une ni entièrement de l’au­tre, Bruxelles a toujours eu son caractère original.

 

1980

Les lois de 1980, un crime de lèse-histoire (F.E. Stevens)

 

F.E.  Stevens (historien), D’où vient-elle donc, cette fameuse « frontière » linguistique ?, in : PP ? 03/11/1983, p.81-83, 90

 

Les grotesques lois des 8/9 août 1980 reposent sur une aberration, celle de croire à l’existence, en Belgique, de deux « communautés», de deux « peuples » différents.  Cette conception erronée se fonde, à son tour, sur l’analyse inexacte de l’origine de la « frontière » linguistique.  Rétablissons donc la vérité historique, tout en rappelant pourquoi nos savants se sont si longtemps trompés.

 

REMARQUONS, d’abord, que cette ligne entre les langues germaniques et

romanes ne se cantonne pas à nos pays.  En fait, elle traverse l’Europe

occidentale de part en part: elle parcourt nos contrées d’ouest en est et y délimite

le néerlandais du français; elle bifurque ensuite du nord au sud et sépare, en

Belgique, au Luxembourg, en France et en Suisse, l’allemand du français.

Enfin, elle reprend le sens ouest-est par la Suisse et le nord de l’Italie, où elle se

situe entre l’allemand et l’italien.  Ce tracé connut d’ailleurs, au cours des siècles

et pour diverses raisons, des changements plus ou moins importants.  En outre,

parallèlement à la « frontière » linguistique, se trouve une série de démarcations

entre les prépondérances germanique et  romane, respectivement au Nord (à l

‘Est) et au Sud (à l’Ouest), dans des domaines tels le droit coutumier,

l’archéologie, le folklore ou les rites funéraires, par exemple. 

Manifestement, donc, le centre de l’Europe occidentale est une vaste zone de

richesses humaines, provenant du contact multiséculaire et fécondant entre les

deux composantes ethniques principales du peuple européen.

 

Le phénomène de la dualité linguistique de l’Europe occidentale a pratiquement

été négligé par les historiens, sauf curieusement en Belgique, où nombre de

chercheurs, depuis une centaine d’années, s’efforcent de trouver une explication

plus ou moins rationnelle au tracé de la «frontière» linguistique.  Afin d’alléger

la longue liste de leurs tâtonnements, nous dirons que quatre grandes théories se

sont succédé depuis la fin du 19e sicèle jusque peu après la Deuxième Guerre

mondiale.  La plus ancienne, celle de « l’obstacle », est aussi la plus tenace.  Elle

prétend que les invasions germaniques du Ve Siècle ont été arrêtées devant une

forêt ou une chaussée fortifiée.  La deuxième, celle du « repli germanique »,

pense que la colonisation franque s’est implantée loin dans le Midi, mais que

son impact linguistique fut refoulé vers le Nord, au VIII, siècle, lors de la

Renaissance carolingienne et de sa nouvelle latinisation.  La troisième estime

que, vers le IXe siècle, une « seconde vague » de tribus germaniques est arrivée. 

La quatrième, enfin, contrairement aux trois précédentes qui cherchent

l’explication du côté des nouveaux-venus, rend le cadre différent d’influence

romaine » responsable du phénomène.

Etudions d’un peu plus près chacune d’elles.

 

Vers les années 1880, Godefroid Kurth, un de nos meilleurs historiens de cette génération, lance l’idée, basée sur une étude toponymique, que la « frontière linguistique » résulte de l’arrêt des Germains devant la Silva carbonensis, dont notre forêt de Soignes constitue un vestige.  Le raisonnement était assez simple, voire simpliste : puisque la grande majorité des noms de lieu en Flandre sont d’essence germanique, une minorité seulement se retrouvant en Wallonie, il faut admettre que les Francs n’ont pas franchi en masse une certaine ligne, un certain obstacle, à savoir la forêt charbonnière, et que la « frontière » éthique entre Germains et Latins.  Il fallut peu de temps pour comprendre que les invasions germaniques qui ont amené dans nos régions des tribus venues de loin, après avoir traversé monts et vallées, fleuves et forêts, ne pouvaient pas avoir buté sur notre Silva carbonensis.  La conception de « l’obstacle » semblait néanmoins valable, et G. Des Marez, disciple de Kurth, se contenta de substituer à la forêt charbonnière la chaussée romaine fortifiée de Bavai à Cologne.  Henri Pirenne, ne connaissant que cette seule théorie conçut – donc – l’histoire de Belgique comme la lente intégration de Germains et de Latins d’où émergèrent progressivement le peuple et la civilisation belges ! Et voilà notre malheureux Pirenne obligé de sortir cent tours de passe-passe dans l’espoir de coller à une vérité vraie (l’unité Euro-belge), mais qui avait été tronquée dès le départ.  Aussi, le« Pirennisme », tout en voyant clair quant au fond, est-il sujet à caution.

L’hypothèse de « l’obstacle » ne repose évidemment sur rien.  Tout le monde sait – devrait savoir – que les Francs sont descendus jusqu’aux Pyrénées, que les Visigoths se sont installés en Espagne, que les Burgondes vécurent dans le sud-est de la France, que les Ostrogoths et les Lombards se sont fixés en Italie et que les Vandales ont été lusq ‘ u’en Afrique.  Parler d’un arrêt des invasions germaniques au nord de la Marne, frise l’inconscience ! Il faut retenir, au contraire, que la population européenne, partout, même dans le Midi, comporte un élément plus ou moins important d’origine germanique.  Que cesse le mythe des Latins et des Germains en Europe.  Sachons, enfin, que l’Europe est habitée par le même peuple composé – dans des proportions inégales, il est vrai – par ses deux éléments fondamentaux.  Songeons enfin à reconstruire l’Europe de demain sur cette vérité de toujours, plutôt que d’entreprendre le casse-tête de la juxtaposition des nationalismes artificiels et suicidaires.  Au début, il y avait l’Europe. Les nations actuelles sont bien plus jeunes, et pour refaire l’Europe, il s’avérerait plus efficace de se baser sur la vieille tradition…

 

La deuxième théorie vient d’Allemagne.  C’est la seule « étrangère ». Elle émane de F. Petri, professeur à Bonn qui, peu avant 1940, inconsciemment ou non, permit aux nazis de faire valoir des « prétentions territoriales» sur la Belgique et le nord de la France.  En effet, dans une vaste étude, menée avec toute la « Pünktlichkeit » allemande, l’auteur a démontré d’une manière absolument irréfutable, en se fondant sur la toponymie, sur les fouilles archéologiques et sur les coutumes, notamment que la présence franque, tout en diminuant progressivement, s’impose jusqu’à la Loire, mais décroit entre ce fleuve et la Méditerranée.

Ayant établi une fois pour toutes que le Belge et le Français moyens sont faits de Germains et de Latins, il a renvoyé aux oubliettes la conception de l’obstacle.

Mais il n’a pas formulé de théorie acceptable quant à l’origine de la « frontière » linguistique.  En effet, cette dernière ne l’intéressait que fortuitiement.  Aussi émit-il, à titre d’hypothèse, l’idée du recul de l’influence des langues germaniques par le retour au latin, du temps de la Renaissance carolingienne.  Cette proposition est d’autant moins probable que rien n’explique, dans le contexte culturel du VIIIe siècle commun à tout l’Empire de Charlemagne, pourquoi ce fameux tracé se serait fixé là où il se trouve actuellement et non pas ailleurs.  Et nous avons une explication bien meilleure !

Signalons seulement pour mémoire la théorie de Ch. Verlinden, professeur à la R.U.G. il v a quelques décennies, qui prouva – documents incontestables à l’appui – qu’au cours du IXe siècle, de nouveaux petits établissements germaniques s’implantèrent, en Campine notamment.

Il va de soi que ces arrivées tardives – la « frontière » linguistique était, à l’époque, en voie d’achèvement – n’expliquent pas grand-chose, d’autant moins qu’elles étaient limitées à des superficies réduites.

 

Venons-en, enfin, à la seule théorie qui, dans l’état actuel de nos connaissances, a de fortes chances d’être exacte, sans offrir pour autant une absolue certitude.  Peu avant 1940, un jeune chercheur de la R.U.G., R. De Maeyer publia dans son ouvrage sur les villas romaines en Belgique le résultat de fouilles concernant la période depuis les conquêtes de jules César.  A l’appui de nombreux arguments très convaincants fi a établi sans aucun doute possible que l’indiscutable présence romaine (50 av.  J.-C. 400 après J.-C.) dans l’ensemble de notre ancien territoire, était certes moins profonde et moins positive au Nord qu’au Sud.

Au Midi, les villas croissaient plus nombreuses, les chaussées étaient mieux entretenues, et l’enseignement du latin plus effectif, tandis qu’au Nord se produisait la situation inverse.  Les considérations de ce jeune savant s’arrêtaient là, malgré un timide rapprochement entre ses constatations et l’attrait certain de notre fertile zone limoneuse pour le colonisateur romain.

 

Après la guerre, peu avant 1950, Jan Dhondt, un des plus éminents historiens de l’école gantoise, malheureusement disparu trop jeune, s’est risqué, dans une revue quasiment confidentielle (« Het Leger-De Natie », IIIe année, n° 1) à exprimer l’hypothèse que l’étude de De Maeyer pourrait impliquer la solution au problème de l’origine de la «frontière» linguistique.  Il avance, en effet, que le tracé de cette dernière ne diffère pas tellement de celui de la démarcation entre le sol sablonneux, au Nord, et le terrain limoneux, au Sud, et que l’intensité plus forte de la colonisation au Sud résout le problème.  Il pense que, lors de leur installation dans tout le territoire belgo-romain, les Francs ont subi, au Sud – région à forte romanisation – l’influence du latin, tandis qu’ils imposèrent leur langue au Nord où leur prestige de conquérants impressionna des Belgo-Romains moins civilisés.

 

Cette hypothèse, même imparfaite, présente un double avantaqe.  D’abord, au contraire des autres, elle n’offre pas de faille, elle explique tout et est intellectuellement acceptable.  Ensuite et surtout, elle n’oblige plus les historiens tel Pirenne à recourir à des expédients pour présenter la suite de notre histoire nationale comme une réelle entité.  Si l’on accepte la théorie De Maeyer-Dhondt, la population belge est UNE, dès l’origine, composée d’apports équivalents latins et germaniques, et parlant – par hasard – les deux langues de leurs composantes.

Une double et évidente conclusion s’impose. 1°) La civilisation européenne est un ensemble à caractère unitaire dont les variantes, nombreuses, réelles et respectables, proviennent d’une différenciation dans le pourcentage des éléments fondamentaux.  Et bâtir l’Europe sur ces bases-là ne relève pas de la gageure. 2°) La population et la civilisation belges représentent, dans cet ensemble européen, la zone la plus européenne, c’est-à-dire celle où les composantes gallo-romaines et germaniques sont le plus harmonieusement présentes – disons environ 50-50%.  Voilà notre vocation pour demain – servir d’exemple à l’union européenne – que nous aurions grand tort de mettre en péril par nos stupides querelles intestines.  Et dans cette même optique, toute notre histoire nationale devient limpide.  Ce n’est plus par hasard que nos occupants n’ont pu disloquer notre unité. Ce n’est plus par hasard que nos principautés féodales – presque toutes à cheval sur la « frontière» linguistique – se sont rapprochées au-delà de leurs rivalités.  Ce n’est plus par hasard que nos Bourguignons et nos Habsbourgs ont pu grouper nos anciennes provinces en un ensemble politique puissant.  Ce n’est pas de 1830 que datent la Nation et l’Etat belges.  Une brève conclusion à la conclusion: les lois de 1980 sont, vues sous cet angle, un grave crime de lèse-histoire !

 

1980

Willy Kuijpers, DE TALENTELLING IN BELGIË, in: Néerlandia, 4, 1980, p.130-132

 

De talentelling en volkstelling verwekten twintig jaar geleden, in 1959, eens te meer deining naar aanleiding van de voor december 1960 door Gaston Eyskens aangekondigde volkstelling. Het verzet van Vlaamse zijde, de anti-talentellingsactie werd bepaald door.

–          zekere fouten inherent aan de talentelling zelf en

–          door belangrijke verschuivingen in het taalregime van verschillende gemeenten die het rechtstreeks gevolg waren van de sterk betwiste uitslagen der laatste talentellingen en waarbij talrijke gemeenten voor Vlaanderen verloren gingen.

 

WETENSCHAPPELIJK ?

 

Sedert het ontstaan van België in 1830 werden 10 algemene volkstellingen gehouden, de eerste in 1846, de laatste in 1947 en 9 hiervan gingen ook gepaard met een talentelling. Met uitzondering van de eerste talentelling in 1846, waarvan op enkele vergissingen na, men over ‘t algemeen aanvaardt dat ze degelijk wetenschappelijk materiaal opleverde, waren de methode en de uitslagen van alle andere talentellingen het voorwerp van een ernstige kritiek. Reeds de formulering van de vragen, in sommige gevallen de onbevoegdheid en precies op de betwiste punten, de onbetrouwbaarheid van zekere agenten met de tellingswerkzaamheden belast, moeten a priori tot onnauwkeurige uitslagen aanleiding geven.

 

Bij de vier talentellingen die op deze van 1846 volgden nl,. in 1866 – 1880 – 1890 en 1900 werd niet meer gevraagd naar de « gewone omgangstaal », maar naar de « kennis » der verschillende landstalen.  Daar voor het bepalen van deze « kennis » geen objectieve maatstaven vastgesteld werden, waren de uitslagen van deze tellingen met betrekking tot de twee- of meertaligheid haast zonder waarde.

 

Daarenboven werd reeds vanaf de tweede talentelling (1886) een objectief onderzoek naar het werkelijk taalgebruik bemoeilijkt door polemieken. Bij elke volgende talentelling bleek steeds meer dat men aan de uitslagen ervan een taal-politische-betekenis ging hechten en geleidelijk kregen de talentellingen het karakter van een referendum. Naarmate men het jaar 1947 nadert – jaartal waarin de laatste talentelling plaatshad – verliezen de officiële Belgische taalstatistieken hoe langer hoe meer hun wetenschappelijke waarde.

 

In 1910 en bij de drie volgende talentellingen (1920 -1930 – 1947) werd benevens de gebruikelijke vraag naar de talenkennis een bijkomende vraag opgenomen om de meertaligen te kunnen onderscheiden volgens « de meest gebruikte taal ». Zodoende zou men vanaf 1910 de inwoners van België terug op een meer objectieve grondslag kunnen indelen naar de gesproken talen en zou aan de laatste vier talentellingen van wetenschappelijk standpunt een grotere waarde kunnen toegekend worden indien deze niet tot politieke machtsdemonstraties uitgegroeid waren. Dat was vooral het geval in 1930 en 1947.

 

 

DE TALENTELLING VAN 1930

 

Deze ging gepaard met uiterst hevige polemieken in en om Brussel en langs de taalgrens, waarbij zelfs doodsbedreigingen te pas kwamen. De onbetrouwbaarheid der uitslagen werd nu ook van officiële zijde erkend en op bevel van de toenmalige minister van Binnenlandse Zaken Prosper Poullet, werden in 1933 « Taalcontroleurs » aangesteld om in enkele taalgrensgebieden de uitslagen van de laatste talentelling te onderzoeken. De controle kon in 23 taalgrensgemeenten uitgevoerd worden en in 22 hiervan werden onjuiste uitslagen ten nadele van het Nederlands vastgesteld. Een nazicht over heel de lijn werd verder onmogelijk gemaakt o.m. ten gevolge van ernstige bedreigingen en agitatie.

 

Inmiddels werd door de taalwet van 1932 bepaald dat in het taalgrensgebied een gemeente als tweetalig diende beschouwd te worden, wanneer de anderstalige minderheid ten minste 30 % van het bevolkingscijfer bedroeg.

 

DE TALENTELLING VAN 1947

 

Samen met andere factoren, zou deze bepaling de volgende talentelling, in 1947, tot een waar taalreferendum misvormen, wat ingevolge het sociaal-economische overwicht van de franstaligen praktisch uitsluitend in hun voordeel uitviel. Evenals in 1930 werden daarbij oneerlijke middelen gebruikt die de reeds om andere motieven onbetrouwbare uitslagen der telling voor sommige streken totaal onaanvaardbaar maakten.

 

Werden bij de talentelling van 1930 bij de Procureur des Konings te leper klachten neergelegd wegens doodsbedreigingen tegen taalcontroleurs (zonder rechterlijk gevolg!), zo stalen in 1947 voorstanders van de verfransing van Ronse eenvoudig de Vlaamse tellingsformulieren (eveneens zonder rechterlijk gevolg), (p.131) zodat in deze belangrijke Vlaamse taalgrensstad door uitschakeling van een zeker aantal Vlaamse formulieren, precies 30,6 % franstaligen konden opgetekend worden, wat net genoeg was om de stad officieel tweetalig te maken.

 

De heer Dufrasne, directeur-generaal van het Nationaal Instituut voor de Statistiek, sprekend over de talentelling van 1947 in sommige gebieden waar twee of meer talen gesproken worden, bekende dat de taalstatistieken hun wetenschappelijk karakter verloren hadden.

 

Uit de volgende cijfers blijkt dat in sommige taalgrensgebieden, de uitslagen der talentellingen 1947 niet juist kunnen zijn omdat de aangegeven verschuiving der taalverhoudingen tussen 1930 en 1947, zonder noemenswaardige in- of uitwijking of zonder andere aanwijzingen in de samenstelling van de bevolking, eenvoudig materieel onmogelijk is.

 

Zo zou volgens de officiële talentelling in het arrondissement Aarlen, op 17 jaar tijd het aantal duitssprekenden verminderd zijn :

 

– in Attert van 82 % in 1930 tot 28 % in 1947.

– in Niederelter (= Autelbas) van 83 % in 1930 tot 10 % in 1947.

– in Elcherot (= Nobressart) van 92 % in 1930 tot 4 % in 1947.

 

In het land van Overmaas stijgt het aantal officieel franssprekenden tussen 1930 en 1947 :

 

– te Moelingen van 27 % tot 69 %.

– te Remersdaal van 21 % tot 65 %.

 

BESTUURLIJK BELEID VOLGDE DEZE VERVALSTE TALENTELLINGEN

 

Deze en andere gelijkaardige cijfers bewijzen de onbetrouwbaarheid van de telling. Hier is geen sprake geweest van een normale evolutie, maar van een « taalrevolutie »! De toenmalige homogene regering Van Houtte voelde wel aan dat hiertegen iets moest gedaan worden maar verwaarloosde toch de enige redelijke maatregel te nemen die zich opdrong : een objectieve controle op de betwiste uitslagen laten uitvoeren. Inmiddels wilde men deze ongerijmde cijfers niet bekend maken en slechts op 10 junl 1954 – zeven jaar na de telling – werden de uitslagen, onder Waalse druk, gepubliceerd. De regering – Van Acker (lV) erkende impliciet de onbetrouwbaarheid van de telling door de speciale wet van 2 juli 1954 uit te vaardigen waarbij voor zekere taalgrensgemeenten een « correctief » op de aI te drastische gevolgen van de telling aangebracht werd. . .

 

(In aansluiting hierbij dient aangestipt te worden dat alhoewel het probleem der taalverhoudingen in België regelmatig aanleiding geeft tot polemieken, betwistingen en moeilijkheden, er nog nooit een officieel volledig en objectief taalgrensonderzoek te plaatse werd ingesteld. Hiervoor schijnt wel een zekere vrees te bestaan! Zo werd een voorstel tot wetenschappelijk onderzoek naar het beloop der taalgrens, dat reed:

in 1951 door een Vlaams deskundige in het Officiële Centrum Harmel voorgesteld werd, bestreden en afgewezenl)

 

Niettegenstaande de zeer betwistbare waarde vat deze talentelling vooral te Brussel en langs de taalgrens, werden er op grondslag van deze tienjaarlijke tellingen toch wijzigingen in het taalregime van talrijke gemeenten doorgevoerd. Het gevolg hiervan was dat de oorspronkelijke volkstaal geleidelijk verdrongen werd en dat het gebruik der Franse taal in bestuur en onderwijs steeds verder uitbreiding nam, wat te Brussel en langs de taalgrens de geleidelijke, maar soms ook tamelijk snelle romanisatie ten gevolge had van vele oorspronkelijk nederlands- of duitstalige gemeenten.

 

ENKELE VOORBEELDEN VERDUIDELIJKEN DEZE GEBIEDSROOF

 

In 1830 telde geen enkele gemeente van de huidige Brusselse agglomeratie meer dan 50% franstaligen en slechts in 3 gemeenten van de 19 waren er meer dan 30 % franssprekenden. Volgens de officiële talen telling van 1947 was er echter een franssprekende meerderheid in alle gemeenten van de hoofdstedelijke agglomeratie met meer dan 70 % franssprekenden in

10 gemeenten. In het hele gebied van de huidige Brusselse agglomeratie daalde volgens deze « officiële tellingen », het procent nederlandstaligen van 66% in 1846 tot 24 0/0 in 1947.

 

Langs de taalgrens :

–          In de streek Moeskroen – Komen – Waasten kreeg de Vlaamse minderheid een verdere afbouw

–          De Vlaamse taalgrensstad Ronse werd tweetalig

– Edingen werd tussen 1930 en 1947 officieel ééntalig Frans ; de nederlandstaligen (71 % in 1846) verloren er de strijd.

 

(p.132) – In de 15 Vlaamse gemeenten die ten zuiden van Brussel een Nederlandstalige « Corridor » vormen tussen de verfranste hoofdstad en Wallonië, verhoogde het percentage franstaligen van 2 % in 1946 tot 15 % in 1947.

– Van de 16 Nederlands- of Duitstalige gemeenten in Overmaas (prov. Luik) werden er volgens de talentelling van 1947, 12 volledig verfranst, werden er 3 andere tweetalig met franstalige meerderheid en bleef er slechts éen enkele tweetalig met nederlandstalige meerderheid. Gans de zuiver Nederlandse Voerstreek dreigde hiermee voor het Nederlands verloren te gaan op Sint-Martens-Voeren na.

– De Stad Aarlen, in 1846, haast volledig duitstalig (16 % franstaligen, veelal nieuwe ingeweken ambtenaren) geeft In 1947 95 % franstaligen en 5 % duitstaligen.

In 1846 was het Arrondissement Aarlen, op 2  ‘randgemeenten’ na, geheel duitstalig ; in 1930 was er in 16 gemeenten op de 23 nog een duitstalige meerderheid van méér dan 80 % die – zonder uitwijking – in 1947 spoorloos verdwenen was en op één gemeente na, was heel het arrondissement franstalig geworden.

– In de Provincie Brabant, die steeds een nederlandstalige meerderheid gekend had, geeft de talentelling van 1947 een franstalige meerderheid aan.

 

Alhoewel de talentellingen als dusdanlg niet als de orzaak van de verfransing in sommige taalgrensgebieden en te Brussel kunnen beschouwd worden, toch werd er de romanisatie bevorderd door zekere gevolgen die wettelijk of onwettelijk aan de ultslagen van betwiste tellingen gegeven werden. De bestaande taalwetten zijn in deze aangelegenheid ondoelmatig gebleken en waren en zijn niet bij machte de taal der sociaal-economisch zwakkeren voor terreinverlies te behoeden.

 

DE ANTI-TALENTELLINGSACTIE

 

Toen de regering-G. Eyskens (1 1) einde 1958 begon te spreken over een nieuwe talentelling in 1960, oordeelden sommige Vlaamse kringen dat er wellicht vlugger en gemakkelijker resultaten zouden bereikt worden door te trachten een nieuwe talentelling te verhinderen, dan door te streven naar een verbetering van bestaande taalwetten. Enkele Vlaamse verenigingen namen openlijk stelling tegen de voorgenomen talentelling, waarvan men vreesde dat ze weer kon uitgroeien tot een taalreferendum en gezien het nog steeds bestaande sociaal-economisch overwicht der franstaligen, een nieuwe uitbreiding van de verfransing officieel zou mogelijk maken.

 

Andere verenigingen sloten zich bij dit standpunt aan, er groeide stilaan in Vlaanderen een antitalentellingamentaliteit en er werd met boycot gedreigd.

 

Teneinde een doeltreffender en gecoordineerde actie tegen de voorgenomen talentelling mogelijk te maken, werd te Brussel op 14 maart 1959 het « Vlaamse Aktie-komitee Brussel en Taalgrens » opgericht. Het was een overkoepelend organisme, waarblj einde 1959 meer dan twintig Vlaamse cultuur- en strijdverenigingen, van verschillende politieke strekking, aangesloten waren en dat, geruggesteund door de talrijke leden der aangesloten verenigingen, een scherpe strijd aanbond tegen de talentelling. De actie bereikte vlug een tamelijk brede verspreiding in ruime bevolkingslagen en slaagde er ook in de steun te krijgen van een deel

der plaatselijke openbare besturen in Vlaanderen. Zo hadden op 28 augustus 1959 reeds 69 gemeentebesturen een motie tegen de talentelling gestemd. In november werd een zogenaamde « Geen-Talentellingdag » ingericht en op 28 en 29 november werden 71 plaatselijke manifestaties geteld, waarbij de pluralistische samenwerking opvallend was. Een laatste vergadering die te Brussel plaats had op 6 december 1959 werd besloten met een slotresolutie waarin het actiecomité de grondbeginselen van zijn werking aldus formuleert :

 

1. afschaffing van elke talentelling .

2. geen verlies van Vlaamse grond of mensen ;

3. institutionele waarborg van de homogeniteit en de integriteit van Vlaanderen;

4. definitieve afbakening van de taalgrens en begrenzing van de Brusselse agglomeratie, met afschaffing van aIle « faciliteiten’. in de Vlaamse gemeenten ;

5. strikte en volledige tweetaligheid te Brussel.

 

Twintig jaar na deze vergadering, mag men zich wel eens afvragen hoe het mogelijk is dat deze taalgrensstrijd zo onvoldragen resulteerde in de Hertoginnedalwetten van 1962-1963 en dat de Vlaamse meerderheid – als rechtstreeks gevolg van de vastlegging der taalgrens – zich grondwettelijk in 1971 liet minoriseren.

 

1980s

Commission franç. de la culture de l’ agglo de BXL, Fête de la communauté fr. de Belgique, s.d.

 

(p.22) On voulut choisir comme jour de fête une date qui n’aurait pas commémoré d’événement trop local.  On ne retint ni le 29 octobre 1468, jour du massacre des “600 Franchimontois” dans leur vaine tentative de secouer le joug de Charles le téméraire sur la principauté ni le 18 juin 1316, jour où les Liégeois aavaient imposé à leur prince-évêque la Paix de Fexhe, par laquelle ils se protégeaient contre son arbitraire. (p.22) “De toute façon, il eût été malencontreux de choisir une date coïncidant avec celle de la bataille de Waterloo.”

 

1983

La déglingue communautaire, in : PP ? 21/9/83, p.7

 

Avec la communautarisation, c’est pis.  Tout s’est déglingué.  Artistes, cinéastes, hommes de théâtre, gens de lettres non rompus aux astuces politiciennes se demandent à qui ils peuvent opportunément s’adresser dans le dédale de bureaux, de commissions, de sous-commissions spéciales, de cadres temporai.res, de commis aux relations communautaires ou internationales.  N’empêche qu’avec l’esprit manoeuvrier et dirigisme qu’on leur connaît, les socialistes ont progressivement avancé leurs pions.  Ils ont nommé, ils continuent à désigner leurs hommes à eux, hommes liges tantôt fantoches, tantôt détenteurs d’un vernis culturel de surface, mais toujours pénétrés de leur importance et du bien-fondé de la cause.

 

M. Moureaux dispose d’un remarquable capital d’intelligence, son Q.I. n’est pas déficient, il ne manque pas d’habileté, mais par son sectarisme à oeillères, il n’entend certes pas que l’on se mette à ruer dans les brancards, et s’il fait mine d’accorder ses largesses (limitées) à des hommes et des institutions qui ne sont pas de son bord, il n’en poursuit pas moins l’opération f rouge » qui lui permettra (à lui ou à son successeur) de donner une coloration écarlate-roseau-poing à toutes les manifestations de la vie culturelle francophone.

On vient d’en avoir maintes nouvelles preuves.  Au jardin Botanique métamorphosé en « Centre culturel de la communauté française», et arrosé de millions débloqués par Persoons (auquel il a évidemment rendu hommage), qui croyez-vous qu’il ait installé en place directoriale ? Albert-André Lheureux, l’animateur du Théâtre de l’esprit Frappeur, l’homme qui créa en premier lieu tant de spectacles sous la verrière ? Pas du tout.  Tandis que M. Lheureux préparait ses valises pour s’en aller négocier quelques contrats au Québec, le ministre-président de l’exécutif de la Communauté française de Belgique (ouf!) ameutait la presse pour lui communiquer le nom de l’heureux (sans jeu de mots) élu au fauteuil no 1 du nouveau centre: M. Jean-Pierre Hubert, assistant social de 37 ans, extraordinaire bonhomme dont on nous dit qu’il a assuré sa «formation complémentaire dans les domaines de l’animation culturelle, l’audiovisuel, lai-t dramatique, la gestion administrative et le droit public ». Extraordinaire Fre ‘ goli qui fut: de 1971 à 1973, animateur de la Maison de la Culture de Mons; de 1973 à 1977, chargé de mission au secteur des centres culturels du ministère de la Culture,- de 1977 à 1979, chef de cabinet adjoint au cabinet du ministre de la Culture française J.-M. Dehousse; de 1979 à 1982, délégué par la Communauté française en qualité de directeur de la Maison de la Culture de Mons et, en 1982, conseiller au cabinet du ministre-président de l’exécutif de la Communauté française, notamment chargé des secteurs de l’éducation permanente, de la jeunesse, de la Lecture et des Centres culturels.

Pardon pour le côté indigeste et ronflant de ce curriculum vitae, mais ce n’est pas tout.  Comme si tout ce qui précède ne suffisait pas, sachez encore que M. Hubert est échevin de la Culture et de la Famille à La Louvière depuis 1977;.président du Centre dramatique wallon pour l’Enfance et la jeunesse; président du Centre de la gravure et de l’image imprimée de la Communauté française; vice-président du Ballet de Wallonie, et qu’il exerce diverses responsabilités dans le domaine de la promotion de la chanson française (fondateur de «Diffusion alternative», animateur du Festival d’Obourg, président de la Société wallonne de recherche et de développement des industries du spectacle).

 

Que vouliez-vous que fit M. Lheureux face à pareil homme d’appareil?  Comme un os à ronger, on lui dira, à son retour du Nouveau Monde, qu’on le tient en réserve pour la succession de M. Jean Nergal au Théâtre du Parc!  Comme si M. Nergal était tout disposé à passer la main, et comme si le Parc était nécessairement le théâtre qui convient à M. Lheureux!

 

Somme toute, la bonne filière à suivre n’est pas celle de faire ses preuves dans un théâtre mais dans un cabinet ministériel, tout en donnant des gages de parfaite fidélité à une ligne culturelle socialiste.

Attendons-nous à voir la prochaine consécration de beaux esprits conscientisés à d’autres leviers de commande.  Les fromages ne manquent pas.  Ils n’attendent que ces messieurs-dames, du stade Jean Louvet.  D’ores et déjà, les provinces wallonnes de Hainaut-Namur viennent de se voir gratifiées d’un chargé de mission culturelle en la personne d’un chanteur – dessinateur-acteur-compositeur-interprète – vedette de la scène, de la radio et de l’écran, (…).».  Allons, tant mieux ! Il poussera sans doute la ritournelle aux fêtes de la Francité, tout comme son collègue Julos Beaucame, chanteur salarié de la Communauté qui ne cesse de rentrer au bercail auréolé de tournées d’ambassadeur culturel au Québec ou au Mexique. Un chantre de la francophonie patenté dont le numéro est bien au point: un zeste de Max Elskamp ou de Victor Hugo pour que l’on comprenne tous azimuts, puis des couplets patoisants (sic) d’Ecaussinnes que l’on ne pige guère à Seraing ou à Verviers, mais qui donnent tellement l’illusion de la cohérence d’une âme francitaire.  Et pourtant, malgré les saltimbanques, tôt ou tard, la Wallonie, la Francité, inscrira son destin.

 

1983

Jo Gérard, La plus grande aventure militaire des Belges, De la guerre des gaules à mai 1940, 1983

 

(p.50) La mêlée des Eperons d’Or /le 11/7/1302/ ne fut ni un conflit nationaliste entre la France et la Flandre, ni une version médiévale de la Commune de Paris.

(p.49) Elle fut une victoire essentiellement belge, pourtant toute une Ecole d’historiens a travesti la portée exacte de ce combat en le présentant tel un triomphe flamand sur la France.  Rien n’est plus faux.

D’abord, parce que, dans le camp français, on dénombre des troupes hennuyères sous les ordres de Jean d’Avesnes et un contingent amené du Brabant par le duc Godefroid.

Mais du côté “flamand”, que trouve-t-on?

De nombreux Brabançons aussi!  Ils sont commandés par Jean de Cuyck comme le sont les Mosans par Jean de Namur, les Wallons par Guillaume de Juliers, les hommes du comté de Looz enfin que mène au combat Henri de Petershem.”

 

1983

Le vrai 27 septembre, in: PP?, 23/09/1983, pp.8-10

 

(p.8) “Le jour où un historien s’attachera à analyser les origines de nos grandes fêtes communautaires, donc le 11 juillet pour les Flamands et le 27 septembre, oui, oui, ce jour-là, cet historien s’amusera bien mais il ne fera pas rigoler tout le monde de la politicaille.”

 

1986

Léopold Génicot (UCL), régionaliste, francophile et menteur

 

Léopold Génicot, Racines d’ espérance, Vingt siècles en Wallonie, éd. Hatier, 1986

 

(pp.147) En Belgique, dans l’euphorie (sic), 1796-1914- (-p.210)

 

(p.148) “La république proclame des principes fondamentaux: régime démocratique, égalité, liberté, séparation des pouvoirs. L’Empire les bafoue.  Mais ils ont l’avenir pour eux.”

(p.149) Les réformes introduites sous le régime français en une dizaine d’années, “ont été mieux (sic) acceptées ou tolérées dans les départements de l’Ourthe, de l’Entre-Sambre-et-Meuse (Namurois) et de Jemappes (Hainaut).”

“D’ailleurs, il y avait eu une révolution en 1789, il y en aurait une en 1830, il n’y en eut pas en 1814 ou 1815.”

 

— p.153: titre: L’attachement des Belges aux principes du régime français, in: F.Dumont, L’ irrédentisme français en Wallonie de 1814 à 1831, in :: Connaître la Wallonie, 10, éd.Destrée, 1965

 

(p.155) Le maréchal Gérard, à la tête d’un corps expéditionnaire français, fit reculer en 1830, les troupes hollandaises ayant envahi la Belgique, et enleva le forteresse d’ Anvers.

“La Belgique était sauvée.  Elle, où un monument s’érige dans la plaine de Waterloo qui vit tomber tant des fils sous les coups des Anglais, Hanovriens et Prussiens, n’en a pas dressé à Gérard, …”

 

1986

NAMUR / Freddy Gillain, Souvenir – Fernand Massart : un combat, un symbole, VA 11/10/2001

 

ASBL Souvenir Fernand Massart : (Beez)

M. Vagman, président de l’Asbl, a rappelé qu’il y a un quart de siècle, un décret a imposé le coq wallon aux côtés du drapeau national. Son auteur n’était autre que Fernand Massart. » (député RW)

 

1987

Un instituteur se mue en négationniste…

 

P.B., « Wallonie, région d’Europe », présentée par un instituteur wallon, Messager de Châtelet, 01/01/1987

 

« Histoire : la Belgique est un état artificiel … et accidentel. (…)

Géographie : les communautés en Belgique. Leur origine ? Situation des Fourons, de Mouscron-Comines. »

 

1987

P.-H. Gendebien, un gros collabo francophile

 

P.-H. Gendebien, in: A. Méan, Une certaine idée de la Wallonie, LB, 14/12/1987

 

 « Les Wallons sont un peu comme les Lapons du marché commun.  Ils n’ont pas besoin d’Etat pour exister;  Leur enracinement n’est, d’ailleurs, pas repli frileux sur soi puisque les Wallons ont toujours, dans leur histoire, été ouverts sur la France, Paris, mais aussi sur l’Europe et le monde. »

 

1987

le professeur Génicot (UCL), régionaliste, francophile et menteur

 

Jo Gérard, Le passé belge “rénové” par nos historiens, LB 27/11/1987

 

“Nul n’ ignore l’ existence de la “Geschiedenis van Vlaanderen”, l’histoire de la Flandre, rédigée avant 19410 par plusieurs professeurs d’ université.  On sait aussi qu’en 1973, parut une oeuvre collective et préfacée par le professeur Génicot: “Histoire de la Wallonie”.  Certes, on peut, sans sacrifier l’objectivité scientifique à un ombrageux mininationalisme, raconter le passé des Flamands et des Wallons.  N’offrent-ils pas assez de caractéristiques originales pour justifier qu’ on les analyse?”

 

1988

François de Coudenberg, un renégat fransquillon d’origine néerlandophone

 

François de Coudenberg, /Wezembeek-Oppem/, Les impostures flamandes autour de la périphérie, LB 24/01/1998

 

Engin, la Communauté française, menée par Madame Laurette Onkelinx, se rebiffe contre les agressions des politiciens flamingants.

A force d’être matraqués par des slogans revendiquant le droit du sol flamand, bien des francophones de la périphérie se culpabilisent.

Or, les prétentions flamandes sur Bruxelles et la périphérie ne sont qu’une imposture.

Jamais, tout au long de leur histoire, ni Bruxelles ni sa périphérie n’ont fait partie de la Flandre avant la duperie de la fixation de la frontière linguistique.

Tant par un passé lointain que par l’Histoire moderne, tous les habitants de la périphérie, tant néerlandophones que francophones, peuvent légitimement réclamer le retour au Grand-Bruxelles.

En 980, le duc Charles de Lotharingie établit le castrum de Bruxelles comme moyen de défense contre le comté de Flandre.  Autour de ce castrum, vint s’agglomérer toute une population issue tant de la région thioise que du roman pays de Brabant, ce qui dota Bruxelles de son caractère particulier.  Dès le Xjjje siècle, les chroniqueurs attestent d’une forte présence du français à Bruxelles mais, ceci est une autre histoire.

Lorsque Bruxelles se mit en commune, le duc Godefroid Ier organisa l’ammanie

de Bruxelles, région bien plus vaste que l’actuelle agglomération des 19

communes.  Ce n’était pas un acte  arbitraire du pouvoir central : ce Grand-

Bruxelles était ressenti comme une nécessité par la  population qui veillait

jalousement sur son intégrité.  Ainsi, en 1392, la duchesse Jeanne dut jurer de ne

jamais disjoindre de l’ammanie de Bruxelles l’une des six « mairies’ qui la

composaient. 

Chacune de ces .mairies » couvrait le territoire de plusieurs communes actuelles.

L’ammanie prospéra à l’écart du comté de Flandre, hormis une courte invasion

flamande du 17 août au 24 octobre 1356 (lorsque le comte Louis de Male hérita

le Brabant après la mort de la duchesse Jeanne et de son époux Wenceslas de

Bohème, il ne pouvait agir ici que comme duc de Brabant et non comme comte

de Flandre, les deux états étant séparés.  Ensuite le duché de Brabant échut a duc de Bourgogne).

L’ammanie de Bruxelles fut abolie en 1795, lors du rattachement de la Belgique à la France, par les révolutionnaires qui entendaient effacer tout souvenir des emblèmes et structures dits féodaux.

Après la romantique révolution de 1830, la Belgique se dota d’institutions unilingues françaises ce qui n’alla pas sans injustice pour les Flamands.  Après que deux ouvriers eussent été décapités parce qu’ils n’avaient pu se défendre en français, apparut le mouvement flamand.  Comme le scrutin était censitaire, seuls beati possedentes pouvaient voter et le mouvement n’avait guère d’influence sur la vie politique.  

Après la guerre 1914-1918, le roi Albert 1er instaura, d’une façon quelque peu contraire à la Constitution, le suffrage universel. Les Flamands entrèrent au Sénat et au Parlement et firent aboutir leurs revendications légitimes.

Mais, bientôt le mouvement flamand s’orienta vers une politique d’impérialisme territorial. C’est ainsi qu’il obtint, par une loi du 23 juin 1932, un recensement linguistique décennal. Les flamingants entendaient prouver que Bruxelles était une ville unilingue flamande (selon leurs quotas, les villes et communes devaient être classées en: communes à minorité protégée, là où celle-ci atteignait 30 pc; communes bilingues, là où il y avait équivalence; communes unilingues, là où la minorité n’atteignait pas les 30 pc).  Or, après le premier recensement linguistique, Bruxelles aurait dû devenir unilingue française ! Les flamands s’étaient trompés tant du point de vue psychologique que linguistique. Ils estimaient que seuls quelques bourgeois et snobs pratiquaient le français tandis que le peuple parlait flamand. En réalité, le peuple parlait un sabir moitié français, moitié flamand; une caractéristique du petit peuple bruxellois était de commencer une phrase dans une langue et de la terminer dans l’autre.  De plus, le peuple bruxellois était farouchement opposé à toute entrave à sa liberté et craignait, à juste titre une Flandre contraignante.

Aussitôt, les ‘mangeurs de parole’ (LLB, 24 novembre 1997) partirent en guerre contre le recensement qu’ils avaient demandé et obtinrent le bilinguisme à Bruxelles.

Selon le dernier recensement linguistique, six communes autour de Bruxelles devaient devenir bilingues et donc logiquement être rattachées à Bruxelles.  Dans cinq autres les francophones devaient obtenir le statut d’une minorité protégée.  Lors de la fixation d’une frontière linguistique, le CVP s’opposa farouchement au rattachement des six communes à la région bruxelloise, ceci pour une raison bien simple: parmi ces six communes, il y avait Rhode-Saint-Genèse qui touche à la fois à la région bruxelloise et à la Wallonie; d’où la région bruxelloise se serait trouvé une frontière avec la Wallonie ce que le CVP ne pouvait admettre (voir les cartes éditées par certaines administrations flamandes : la région bruxelloise y paraît exagérément enfoncée en Flandre).  Le PSC se laissa berner par le »grand frère’ CVP.  Après de sordides marchandages, les francophones des six communes obtinrent en compensation des facilités aussitôt reniées par les ‘mangeurs de parole’ et redéfinies comme ‘transitoires ».

 

1988

Valmy Féaux, président de l’Exécutif « Wallon », déforme l’histoire, donc ment.

 

Robert Baude, REVISIONNISTE de l’HISTOIRE de BELGIQUE ?, s.r.

 

Lors des émissions produites par la RTB les 26 et 27 septembre 1988, à l’occasion des fêtes de la « Communauté française »(!), nous avons vu un garçonnet recevoir de Monsieur FEAUX, président de l’Exécutif Wallon, une leçon d’histoire de Belgique quelque peu ahurissante.

Selon cette Excellence un tantinet régionalisée, la Révolution Belge de 1830 aurait été l’oeuvre des Wallons et des Bruxellois.

Jusqu’à présent, on nous avait enseigné que cet épisode de notre histoire nationale,qui avait vu les Hollandais repoussés dans leur pays d’origine, avait été une oeuvre commune des Belges et que de tous les coins du pays,des Flandriens, des Limbourgeois,des Anversois s’étaient mêlés aux Wallons de partout pour participer avecr les Bruxellois et les Brabançons à ces combats dans les rues de Bruxelles et dans d’autres régions du pays.

Faut-il croire que les méthodes de critique historique moderne bouleversent à ce point nos croyances que vous devrions conclure que notre premier roi des Belge, Léopold ler,ne fut qu’un faussaire ?

Mais contentons-nous de rappeler à Monsieur FEAUX de l’Exécutif Wallon,des témoignages qui ne peuvent être récusés.

Le premier: Tous nous connaissons la Place des Martyrs à Bruxelles et le monument PRO PATRIA qui rappelle à tous,le souvenir des combats de 1830. Ce monument est élevé sur un soole imposant construit en-dessous du niveau du sol sur une aire que nous appelons “crypte”. Les murs de celle-ci sont recouverts de plaques de bronze sur lesquelles sont gravée les noms et les commumes d’origine des 467 combattants enterrés nous cette Place.

Que Monsieur FEAUX daigne un jour descendre dans cette crypte; il y verra que les Flamands ne sont nullement absents de cette nécrologie.

Un deuxième témoignage est celui produit par le Ministère de l’Intérieur qui, le 7 juin 1982, fit parvenir au Secrétaire de Pro Belgica, à l’époque, Mr MONIQUET, une lettre dans laquelle sont repris les noms des communes ayant reçu, le 27 septembre 1832, des mains de-S.M., le roi Léopold ler, le drapeau de la reconnaissance.

 

Parmi ces noms de communes nous y trouvons Aalst, Antwerpen, Boom, Brugge, Dendermonde, Diest, Geel, Gent, Geraardsbergen, Hal, Hasselt, Herenthout, Herzele, Heverlee, Kortrijk, Leuven, Lier, Maaseik, Meerhout, Menen, Mol, Oostende, Roeselare, Ronse, Tervuren, Tielt, Tienen, Westerlo.

A moins que nos connaissances géographiques soient troublées par nos réformes constitutionnelles, nous certifions que ces comunes ne sont ni en Wallonie ni dans la « Région Bruxelloise » ni en partie germanophone du pays.

Alors ?’

Alors pourquoi Monsieur FEAUX veut-il tromper non seulement un garçonnet qui fait foi à ce que lui disent les grandes personnes, mais également le public naïf et ignorant l’histoire de Belgique ?

Pourquoi la RTB s’est-elle faite complice d’une mauvaise action?

Nous connaissons certains pays où les révisionnistes de l’histoire font florès.

Allons-nous employer en Belgique les méthodes de ces spécialistes ?

Est-cela le style des nouveaux Belges ?

 

1988

Alain Escada, Fédéraliste made in Belgium, LB 28/10/1988

 

« Si notre pays compte trois particularités linguistiques, il ne présente qu’une seule culture qui est gréco-latino-chrétienne teintée de germanisme. »

 

1989

François Perin, professeur d’université, francophjle et menteur

 

Michel Dellicour (Waterloo), Jo Gérard ou Perin ?, LB 17/03/1989

 

L’article de Paul Vaute consacré au dernier ouvrage de Jo Gérard suscite de ma

part les commentaires suivants.  L’intuition de votre collaborateur me paraît

juste lorsqu’il se demande si à l’avenir, les Belges n’accorderont pas plus

d’importance à l’histoire de leurs  antiques comtés, car les réalités locales ont été

longtemps premières dans notre passé.  Maintenant que la Flandre a été reconnue

comme telle, ne peut-on pas  imaginer l’émergence de relations privilégiées entre

provinces, par-dessus la frontière linguistique ? L’apaisement viendra du

dépassement d’un antagonisme simpliste « Flamands contre francophones ». Je

veux bien suivre Jo Gérard pour « trouver » la nation belge dans la pérennité d’un

caractère et d’une culture spécifiques.  Pour Georges-Henri Dumont, c’est l’esprit

du baroque et particulièrement sa sensibilité religieuse qui se sont fixés au point

de consacrer la rupture culturelle et spirituelle de la Belgique avec les Pays-Bas.

François Perin se trompe lorsqu’il estime que la majorité des Flamands souhaiterait réintégrer les Pays-Bas; et la majorité des Wallons se voir rattacher à la France.  Liégeois d’origine, j’admire la culture et l’esprit français, mais le plus beau caractère du Belge, n’estce pas son sens de la mesure ?  Les Wallons auraient-ils avantage a constituer le département le plus septentrional d’une France centralisatrice ?

 

1990

Martine Dubuisson, La Flandre révise son enseignement / Plus d’histoire flamande, moins d’histoire nationale …, LS 03/07/1990

 

Ecrire l’histoire.  Ou la réécrire.  Ou l’apprendre.  Autant de missions qui, parfois, échappent difficilement à la tentation d’adapter le cours des choses à sa propre interprétation…

 

Il y a un an, Jaak Gabriëls, président de la VU, déposait une proposition de décret au Conseil flamand.  Son objectif : introduire une nouvelle matière obligatoire dans le cours d’histoire de l’enseignement secondaire.  Celle du mouvement flamand…

 

Le cours d’histoire dispensé dans l’enseignement secondaire, traditionnel, professionnel et technique flamand, est actuellement soumis à une restructuration qui vise, notamment, à imposer un minimum de deux heures par semaine.  Ceci pour corriger une certaine anarchie, les situations variant selon les écoles et les années d’études.

 

Anarchie à laquelle n’échappent pas certaines matières.  Ainsi, si le mouvement flamand est au programme de certaines écoles secondaires, il ne l’est pas dans d’autres.  Or, estime le président de la VU, l’influence importante qu’a eue ce mouvement sur l’histoire de la Belgique, mouvement dont les représentants sont toujours actifs rend inévitable de s’y intéresser tout particulièrement.

 

Ce n’est que par l’introduction réelle d’une matière « Vlaamse Beweging – dans le programme de l’enseignement secondaire que la jeunesse flamande apprendra à connaître et à comprendre le passé de l’émancipation flamande croissante et de la libération politique, sociale et culturelle de notre peuple, argue Jaak Gabriëls.

 

Et son argumentation se renforce d’autant plus qu’après plus de 150 ans, la Belgique unitaire s’est muée en Etat fédéral, les deux grandes communautés du pays ayant opté pour plus d’indépendance.  Evolution qui aura son influence sur la vie des générations à venir, estime-t-il.

 

Sa proposition tient donc en une idée : prévoir, dans le programme d’histoire générale de l’enseignement secondaire organisé ou subsidié par la Communauté flamande, des leçons consacrées au mouvement flamand.  Autrement dit : s’étendre un peu moins sur l’histoire nationale et un peu plus sur l’histoire flamande…

 

Mais pour que les têtes bien pleines ne soient pas uniquement e adolescentes, un autre mandataire VU, le sénateur Rik Vandekerckhove, s’est attaché, lui, dans une autre proposition de décret, à la création d’une chaire consacrée à « l’histoire du mouvement flamand » dans l’enseignement universitaire de la Communauté flamande.  Car celle-ci doit s’assurer que dans l’enseignement supérieur et universitaire, les résultats de la réforme de l’Etat soit pleinement compris.  Soit, qu’à côté de l’histoire nationale, les universités ne négligent pas – l’histoire fédérale de la Flandre -. D’autant qu’une étude approfondie du mouvement flamand devrait contribuer à un comportement flamand sain et plus conscient.  Cette chaire universitaire devrait se consacrer à tous les aspects du rôle du mouvement flamand dans le processus d’émancipation du peuple flamand.

 

Conclusion : Dans la perspective de l’Europe 1992, il esi grand temps que nous

réapprenions à découvrir et apprécier notre propre identité.  Pour une meilleure

connaissance de la Flandre, aussi bien dans sa dimension européenne

qu’internationale… Contradictoire ?

 

1990

Roger Ledure (Sofia), Querelles linguistiques, Le Vif 05/10/1990

 

A propos de l’article dithyrambique consacré à François Bovesse , dans le n° du Vif du 31 août.

Loin de moi l’idée de contester les qualités d’intégrité de l’ancien ministre, le rôle important qu’il a joué dans certains domaines, en particulier celui de l’enseignement, ou le patriotisme qu’il a manifesté pendant la guerre.

Mais considérer comme positives ses positions contre la flamandisation de l’Université de Gand et surtout contre un bilinguisme généralisé en Belgique, me semble, pour le moins, faire preuve envers lui d’une bienveillance exagérée et risque de fausser l’opinion des jeunes générations. Que les Flamands aient dû attendre 1932 pour obtenir le droit de suivre dans leur langue un enseignement universitaire se passe de commentaires. Logiquement, sur ce point, François Bovesse n’eut pas gain de cause. Par contre, sa campagne en faveur de l’unilinguisme fut, hélas, couronnée de succès. Le bilinguisme était, à l’époque, accepté par l’immense majorité des Flamands. Pourquoi les Wallons, sous l’impulsion entre autres de François Bovesse, ont-ils, par peur de devoir apprendre une deuxième langue (alors que, maintenant , pour réussir correctement, ils doivent en connaître au moins quatre), refusé cette solution logique dans un pays bilingue ? 

(…) J’ai vécu – et vis d’ailleurs encore – pendant de nombreuses années à l’étranger. Les Belges dans ce cas se sentent avant tout, en non Wallons, Flamands ou Bruxellois, car ils ont en face d’eux des pays infiniment plus vastes et n’ont nulle envie de diviser leurs forces. (…)

 

Vues de loin, les querelles linguistiques (que fait-on à l’étranger avec le français seul ou, « a fortiori » le seul néerlandais ?) où les rodomontades d’un premier échevin de village ou d’un organisateur de ‘pèlerinages’ paraissent bien mesquines.

 

1990

Christian Laporte, journaliste du Soir, révisionniste

 

Christian Laporte, L’ identité wallonne, une carte pour l’ Europe des régions, LS 20/12/1990 (une plaquette pour 10 ans de Région)

 

“L’Institut Jules Destrée dont les travaux font autorité dans le monde scientifique” (sic) réalisé par Philippe Destatte, directeur de l’Institut, l’ouvrage jette un regard “résolument ‘sudiste’ mais pas moins objectif pour autant.” (sic)

Analyse des mouvements et des hommes qui ont permis l’avancée fédéraliste, “Destatte le fait avec la rigueur de l’historien, mais avec l’esprit un tantinet frondeur qui caractérise le Wallon.”

 

1991

Jean Ghislain (Soumagne), Revendication légitime (de: Soumagne), LS 27/06/1991

 

“les communes dites “à facilité” honteusement annexées par la Flandre.”

 

(Encore un ignare dont Le Soir publiera la lettre sans problème…)

 

1991

Philippe Destatte, régionaliste, collabo francophile et révisionniste

 

P. Destatte, L’identité wallonne, Aperçu historique, 1991

 

Les quatre départements

 

« Waterloo, où de nombreux français de Wallonie sont tombés – parfois sous les coups de baïonnettes d’autres Wallons – devait mettre un terme à notre situation légale de citoyens français. » (p.21)

 

Deux (sic) peuples dans le même Etat

 

« D’autres légitimes victoires du mouvement flamand sur l’Etat belge vont suivre: emploi du néerlandais dans les affaires administratives en 1878, dans l’ enseignement moyen en 1883 … «  (p.27)

« une Flandre largement agricole et catholique, face à une Wallonie qui a vécu jusqu’ au bout sa révolution industrielle et décréé les forces politiques qui en sont issues: libéralisme et socialisme. » (p.27)

 

La Wallonie libre est aux côtés de la France libre

 

« La distance est nette entre la combativité dont font preuve les unités wallonnes et les bataillons flamands face à l’

attaque allemande.  Sur ce point, les témoignages, à commencer par celui du Général Van Overstraeten, conseiller militaire du roi, sont légion. » (p.46)

 

L’insurrection

 

 Les résultats de la consultation populaire qui de vait mettre fin à la crise royale « ne sont pas étonnants:  si près de 58 % de Belges sont favorables au retour du roi, 72 % des Flamands ont dit oui, 58 % des Wallons ont dit non. » (p.54)

N.B.

(p.58) Dans tous les arrondissements belges, plus de 55 % des électeurs ont émis un vote favorable en faveur du roi, sauf dans les arrondissements de Tournai-Ath, Mons, Soignies, Charleroi, Thuin; Bruxelles, Nivelles; Namur; Waremme, Huy et Liège.     

Philippeville, Dinant, Verviers, Marche-Bastogne-Arlon et Neufchâteau-Virton avaient donc voté majoritairement en faveur du roi.

 

Conclusion: un peuple aux barricades de la démocratie

« Le facteur culturel fondamental que constitue l’appartenance française de la Wallonie est inséparable de la relation politique que la Région entretient avec son grand Etat voisin. »  (p.101)

 

1993

Publication de révisionnistes

 

Les transferts… à la Belle Epoque…, LB 05/08/1993

 

Ce ne sera peut-être pas une consolation mais la fâcheuse manie qu’on a chez nous de se livrer à des comptes d’apothicaires entre Régions et Communautés, que ce soit sur les investissements publics ou la sécurité sociale, ne date pas d’hier ni d’avant-hier.

Les preuves en abondent dans l’intéressant ouvrage que vient de publier l’Institut Jules Destrée, sous le titre « Raciner les Wallons » (collection « Ecrits politiques wallons », n’ 6),, où on trouve une analyse et un recueil des principaux textes d’Elie Baussart, le fondateur de « La Terre wallonne », mort en 1965.  Ainsi, dans un article paru en mars 1914, celui qui fut un des chantres catholiques du combat pour l’autonomie régionale, évoquant « les griefs des Wallons contre leurs compatriotes du nord », faisait valoir que « c’est chez eux., Flamands, que se dépense la majeure partie des finances que les Wallons alimentent dans une mesure plus large ».

L’addition, svp!

 

… Un « non » wallon au repli

 

Pourtant, en dépit de son peu d’enthousiasme devant les coûts de la solidarité, le même Baussart n’apportera guère d’eau au moulin de nos séparatistes. « La Wallonie, écrivait-il en 1945, n’est que la moitié de ce tout petit pays qu’est la Belgique, à peine un canton, dans l’Europe occidentale.  Donc, pas de repliement sur nous-mêmes, ce qui serait un signe de faiblesse et une cause d’appauvrissement.  Des Belges authentiques en Belgique, de bons Européens en Occident et, comme disait Lamartine, de vrais concitoyens de tout homme qui pense », c’est le plus sûr moyen d’être d’excellents Wallons. Qu’en pense José Happart ?

 

1993

Guy Spitaels, collabo francophile, ment

 

Cabinet de Guy Spitaels, Almanach de la Wallonie, 1993

 

“Il faut rappeler que quelques îlots francophones (sic) subsistent aux Etats-Unis; ils résultent d’ une émigration dans le Wisconsin du 19e siècle.”

 

1994

Roland de Lassus “franco-flamand”, LB 15/04/1994

 

Communautairement inclassifiable, il est avant tout une des gloires artistiques des Pays-Bas Catholiques, qui donnèrent naissance , quelques siècles plus tard, à l’ Etat belge …

 

1995

Les armoiries de la nouvelle province, LB, 04/01/1995

 

« Deux coqs dominant un lion: ainsi seront les armoiries du Brabant wallon. »

 

1996

Paul Delforge, régionaliste et historien négationniste

 

Paul Delforge, Ministère de la Région wallonne, Séminaires de formation, Approche générale de l’histoire du territoire de l’actuelle Wallonie et de ses habitants, Institut JD, 1996

 

(p.3-sv) Le problème de l’enseignement de l’histoire en Wallonie

 (p.4) « Fief français pendant le moyen âge, les pages les plus brillantes de leur histoire /= les habitants du Tournaisis/ appartiennent à l’histoire de France. Evidemment, on n’en parle guère. »

(p.5) « Dans l’exposé de nos rapports historiques avec la France, le parti pris, ou tout au moins le manque d’objectivité est souvent manifeste. Je pourrais citer ici de nombreux exemples qui dénotent un esprit de dénigrement presque systématique. »

« Je m’arrêterai seulement à la période la plus discutée, à savoir la domination française (1794-1814), pour la désigner par l’appellation en usage dans notre terminologie pédagogique. »

Les personnes que j’ai interrogées retenaient ceci : « la persécution religieuse, les assignats, la guerre des Paysans, c’est-à-dire les griefs seulement. »

« Personnellement, je suis arirvé à considérer la Révolution française comme u fait providentiel. Sans elle, le renouveau catholique du 19e siècle n’eût (sic) pu se produire.

En ce qu concerne la Guerre des paysans, remarquons qu’elle n’a pas existé en Wallonie. Ces braves gens, morts pour une idée, méritent notre respect, mais pourquoi les transformer en patriotes belges suivant une tendance qui trouve son point de départ dans Verhaegen ! »

« Le régime français nous a évité ue révolution sociale qu n’auarit pas manqué d’éclater dans le cours du 19e siècle. »

« Ces vingt années de domination française ont réveillé le pays de sa longue torpeur /cf p.18 : contradiction/, lui ont insufflé une âme nouvelle.(…) L’essentiel du Nouveau Régime, instauré par les Français, fut maintenu / après 1814/ : la suppression des privilèges, l’égalité civile, le Concordat, le Code Napoléon, les institutions. Nos provinces ne sont-elles pas des départements sous des noms nouveaux ? » /NDLR cf p.16 : contradiction/

« Notre Révolution de 1830 rste inexplicable sans le régime français. Ceux qui l’on faites étaient tous d’idées et d’éducation françaises. Pour juger du terrain parcouru, il suffit d’établir le rapprochement suivant : en 1789, la Révolution brabançonne, une révolution en partie rétrograde ; en 1830, une révolution qui nous dote de la constitution la plus libérale de l’Europe. »

« Nous voilà loin de l’opinion exprimée dans un livre récent dû à un professeur : que la Belgique a connu dans son histoire deux occupations, l’occupation française et l’occupation allemande. Ce rapprochement, pour le moins inattendu, en dit long sur une mentalité antifrançaise, qui ne désarme pas. »

 

(p.15) Règne de Charles Quint

« Charles était né dans les Pays-Bas, où il reçut une éducation en français. Ce prince apparaissait donc comme assez proche des préoccupations des Flamands et des Wallons . »

 

(in : Philippe Moureaux, Joseph Ruwet, Des principautés, enjeux des impérialismes européens, in : Histoire de la Wallonie, op.cit., p.187-194) (= po ç’ qui sût ou po ç’ qu’ i gn-aveûve divant ?)

 

(p.16) Autonomie des principautés

« Sur le plan judiciaire, les raits communs entre les principautés sont beaucoup moins nets. Le Grand Conseild e Malines chapeautait théoriquement l’édifice. En fait, plusieurs provinces avaient conservé des Cours souveraines et ne connaissaient donc l’appel à Malines. Les Conseils provinciaux avaient une double mission, judiciaire et administrative. Ils jugeaient en deuxième instance les litiges qui aaient été portés devant les tribunaux ordinaires, telles les cours scabinales. Ls remplissaient une véritable mission politique, faisant connaître les lois édictées par le souverain et veillant souvent à leur exécution. »

 

Le Hainaut (p.17)

« Quelques localités hennuyères, parmi lesquelles la ville de Hal, abritaient souvent une populationde langue thioise. »

 

(p.17) Le comté de Namur

Il « se différenciait des autres principautés wallonnes : il était totalement homogène sur le plan linguistique et sa position géographique centrale lui permit déchapper à toute amputation territoriale importante. »

 

(p.18) Tournai, la ville la plus peuplée des Pays-Bas /au 16e s./, fut turbulente sous l’Ancien régime. Elle n’oubliait pas son ancienne appartenance française.(sic)

 

Le duché de Limbourg

« Les habitants y parlaient soit le français, soit l’allemand, soit le thiois. »

 

(p.19) Le duché de Brabant

« On /y/ trouvait des minorités de langue française. »

 

(p.22) « Pendant un siècle /19e s./, les cantons de l’Est vont être soumis à une germanisation constante. »

 

(p.23) Après la guerre, « les mesures administratives prises à l’égard des habitants restés au service de l’Allemagne, la création d’écoles complémentiares obligatoires de 12 à 16 ans pour franciser la jeunesse provoquèrent des ressentiments parmi la population. L’arrivée de nombreux fonctinnaires, notamment dans l’enseignement, qui ignorent bien souvent la lague, condui à une hostilité vis-à-vis de la langue française et de la Belgique. »

(p.24) « faut-il rappelr que les termes de « Flandre » et de « Wallonie » , dans l’acception géographique que nous leur donnons aujourd’hu, ne sont guère antérieurs à 1850 ? »

 

 (p.30) Namur : 4 lignes pour 1692 ; .. 21 lignes pour 1704 !!!

1692 : « le siège de Namur dura du 24 mai au 1er juillet. Vauban, (…) assuma la directin technique des opérations : (…). »

1704 : « Le plus terrible bombardement que la ville ait eu à subir au cours de son histoire ! » « Pendant trois jours et trois nuits (du 26 au 28 juillet /1704/ les Hollandais tirent à bolets rouges et envoient sur la ville des bombes en grand nombre. …) Les Namurois vivent des heures atroces (…).

 

(p.31) (1706) « Les fortereses de Charleroy, Namur, Luxembourg conservaient leurs garnisaons françaises. Maximilien choisit Namur pour capitale de ses nouvaux Etats ; il y est reçu en souverain et s’y coporte comme tel. »

CONTRADICTION : cf ci-dessous :

« Les Hollandais maintenaient la fermeture de l’escaut et obtenaient de tenir garnisaon dans une série de places fortes, sans qu’il leur en coûtât un denier. En efet, les frais dentretien de leurs troupes incombaient uniquement à nos ancêtres. »

(extraits de Félix Rousseau Namur, ville mosane, BXL, Renaissance du Livre, coll. Notre passé, 1958)

 

(p.32) « Namur a été l’éphémère capitale d’un petit Etat essentiellement wallon, lorsque, en 1711, le roi d’Espagne abandonnant la souveraieneté es Pays-Bas à Maximilien Emmanuel de bavière, celui-ci y installa son gouvernement. De 1711 à 1714, Maximilien régna sur un territoire comprenant le comté de Namur, le duché de Luxembourg ainsi qu’une petite aprtie du hainaut et quelques points de la côte flamande. »

 

(p.33) (Naissance d’un chant et d’un drapeau)

Choix d’un symbole par l’Assemblée wallonne en 191(2) :

« Ce fut le coq qui réunit le plus grand nombre d’adhésions , le coq gaulois, comme on l’appelle souvent car on aime jouer sur la double signification du mot Gallus en latin : « coq » et « Gaulois ». On remontait ainsi aux origines. On opposait aussi, bien que cela ne soit guère formulé, le jeune coq wallon eu vieux lion de Flandre. » (…) Un autre mobile : « depuis 1789, en effet, le coq avait été élu sporadiquement comme animal emblématique de la patrie rançaise. »

 

« (…) les différents dialectes de Wallonie n’ont pas abouti et n’aboutiront pas, comme ce fut le cas dans les régions flamandes, à la constitution d’une langue comune wallonne. (…) la seule lanue commune est (..) le français.’ (in : Rita Lejeune, Naissance d’un chant et d’u drapeau, in : histoired e la Wallonie, op.cit., t4, p.481-488)

 

(p.36) « Quant aux Wallons, il n’est guère pensable qu’ils abandonnent la fin de septembre et le coq hardi comme symboles de l’identité wallonne. »

 

(p.38) « Une constante spirituelle indélébile a régi toutes les vicissitudes : romanité devient spécifité d’oïl, et solidarité picarde-wallonne-loraine devient francité. »

in : Albert Henry, Wallon et Wallonie, in : La Wallonie, le Pays et les Hommes, t1, BXL, La Renaissance du Livre, 1977, p.72-74)

 

(p.38) « Sommes-nous des Belges ? sommes-nous des Français ? »

(p.39) « Comme pays wallons appelés « belges » (…) du 16e siècle (surtout au 18e siècle), il n’ y eut (sic) , somme toute, que (sic) les comtés de Hainaut et de Namur et le « Roman pays de Brabant » (l’actuel arrondissement de  Nivelles). » (cf p.32 : Namur , capitale, elle, d’un petit Etat wallon)

 

(p.42-47) Unification politique, essor économique (1794-1914)

La République

(p.42) « Pour mettre un terme au régime d’occupation et mus par des afinités profondes, les partisans du nouveau régime et même des hommes « qui n’étaient pas pour le système républicain » réclamèrent la réunion à la France. »

(p.43) « Comme il n’ y eut pas de consultationd es ppulations, il est impossible d’évaluer le nombre des partisans de la réunion à la France. »

(p.44) « la conscription est la pierre de touche la plus sûre du ralliement ou de l’opposition à l’Empire. Son plus réent hsitorien, Raol darquene, après avoir constaté l’excellent comportement des Belges en général, a dégagé le contraste entre Wallons et Flamands. Sambre et Meuse, Forêts, Ourthe et Jemappes dans l’ordre « ont le mieux répondu aux appels » et si Sambre et Meuse vient en tête, « l’élite liégeoise s’est montrée la lus ardente à défendre les trois couleurs. Parmi les gardes d’honneur de l’Ourthe, il n’y eut pas un seul désigné d’office. Rien que des volontaires. » (sic : cf ci-dessous)

« La fidélité à l’empereur anima les grognards, mais il faut se garder de tout romantisme. Il y eut des réfractaires et des déserteurs malgré les mesures sévères qui les frappaient. Le petit peuple ne pouvait, comme le bourgeois, user de son argent pour se faire remplacer. Il reste que l’attrait ds armes était plus grand dansles départeemnts wallons. Le comportement es conscrits lorsque vinrent les défaites manifesta le même contraste ans l’attitude des Wallons et des Flamands et il en fut de même sur le champ de bataille de Waterloo, où nombreux se distinguèrent les oficiers wallons restés fidèles aux aigles impérialies, nombreux aussi les grognards qui s’illustrèrent dans la « morne plaine ».

« (…) pendant les Cent Jours, au cours desquels nénamoins des ralliements témoignèrent de la ferveur impériale chez certains vieux brisards et aussi du souhait (p.45) de nombreux Wallons de rentrer dans la Grande nation : que l’Empire était beau au temps du prince souverain des Pays-bas ! »

 

(p.45-sv) L’inquiétant amalgame (1815-1830) (sic)

« Les Alliés avaient décidé d’amalgamer les départements réunis à l’ancien royaume de Hollande sans demander l’avis des populations. (sic : cf 1794 à Liège, bien sûr !) Il ne fallut que quinze ans pour que s’écroulât cette consruction contre nature pour les provinces wallonnes, atachées à la culture et à la langue françaises, catholiques de religion et contraintes de subir une énorme dette hollandaise. (…) Tout le pays wallon fut truffé de places fortes symbolisant la crainte es vainqueurs à l’égard du pays le plus peuplé de l’Europe occidentale, dont les armées, pendant un quart de siècle, avaient fait trembler un continent. »

 

(p.45) « Ce furent les mesures en matière linguistique qui lmanifestèrent le pus nettement cette volonté de rompre les amarres qui tenaient les dépatements réunis fermement atachés à la France. »

« (…) dans un etat où le néerlandais serait la langue natinale, les Wallons ne seraient plus que des sujets de seconde zone. »

 

(p.47-sv) 1830 en Wallonie (sic)

(p.47) « Les entiements francophiles rencotnrent beaucoupd e sympathie parmi les masses. »

« Des pétitions circulent du Borinage au Pays de Liège , en passant par Philippeville et Fontaine-l’Evêque, demandant la réunion à la France de Louis-Philippe. »

(p.48) Tentative de soulèvement le 16/6/1831 des ouvriers par des activistes tels l’avocat Jean-Baptiste Teste, Français exilé à Liège depuis 1815, et le bourgmestre de Verviers , David.

« Le Gouvernement était dûment prévenu et avait fait prednre des mesuresd e protection par les commandants miliaires des provinces wallonnes. Une véritable organisation faisait cruellement défaut dans le mouvement réunioniste. »

 

(in : Félix Rousseau, membre de l’Académlie Royale de Belgique, Le problème culturel en Belgique, dans : La Nouvelle Revue Wallonne, tXIII, n° 3-4, 1965)(Cet aticle reproduit le texte d’une conférence donnée dans la province de Namur sous les auspices de la section namuroise de Rénovation wallonne)

(p.51-sv) Y a-t-il des traits propres aux Wallons et à la Wallonie, (dans une perspective historique) ? 

(p.51) « Les Belges appartiennent à deux communautés culturelles absolument distinctes, l’une d’essence latine, l’autre d’inspiration germanique. »

(p.53) « Sans aucune contrainte, de leur prpre volonté, les Wallns sont entrés dans l’orbite de paris, et depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s’est jamais démentie, n’ont cessé de participer à la culture française. »

« Ls Wallons ont eu une chance inouïe dans leur histoire :

un dialecte d’oïl, c’est-à-dire apartenant à la même famille linguistique que leurs propres dialectes, est devenu très tôt une langue universelle. Ils s’y sont ratachés tout naturellement. »

 « Il n’y a jamais eu de culture wallonne. Ce n’est pas le dialecte qui a créé le trait d’union entre tous les Wallons, mais bien le français, autrefois comme aujourd’hui. »

« Possédant , depuis des siècles, le français comme langue de culture, les Wallons ont profité de sa prodigieuse fortune, de son prestige incomparable, de son rayonnement immense dans le monde. »

(p.54) « Langue raffinée, langue de la courtoisie et du bon ton. Même lme lus modeste tâcheron wallon, qui la parle mal, en est pénétré et ne faut)il pas chercher dans la possession de la langue française le secret de ce fonds de savoir-vivre et de politesse qui ne lui fit jamais défaut ? »

« Comme corollaire de tout ceci, il convient de dire un mot sur la position des dialectes wallons vis-à-vis du français.

On sait que les écrits vraiment wallons, rédigés intentionnellement en wallon, sont tardifs. Ils ne sont pas antérieurs au 17e siècle dans le pays de Liège, au 18e siècle dans le Namurois et le Hainaut. Des régions entières n’ont pas fourni d’écrits en wallon avant le 19e siècle.

On hésite à employer le mot littérature à propos de cette production dialectale, car il s’agit d’œuvres sans prétention ni hautes visées, qui cherchent, souvent, à être simplement amusantes. »

« Les auteurs wallonisants restent des francophones convaincus. Il n’existe pas de culture wallonne en Wallonie. Dans notre petite patrie, la belle culture française, si vaste, si profodnément humaine, conserve toute sa puissance d’atraction et de séductin. Son hégémonie est complète et sans rivale.

Voilà, sur le plan culturel, l’exacte positin historique des Wallons. »

 

(p.54-sv) la position culturelle des Flamands

« Dans mon exposé, j’emploierai le mot flamand dans son sens actuel, celui qui désigne tous les habitants du nord de la Belgique, qui parlent un dialecte germanique. »

« J’ai montré plus haut que les Wallons avaient eu une chance immense dans leur histoire culturelle : u dialecte de la même famille linguistique que leurs propres dialectes, donc un dialecte étroitement (p.55) apparenté aux leurx, est devenu, au 13e siècle, ue langue de haute culture, d’un rayonnement international, à savoir : le français, lanque qu’ils ont , tout naturellement, adoptée.

Les Flamands n’ont pas eu cette chance. »

(aux 17e-18e siècles) « Quant aux masses populaires, privées d’une élite et rivées à leur patois, elles tombèrent à un niveau intellectuel très bas. »

(p.56) « Des abus étaient inévitables et il y eut es abus criants. Cependant rectifions la fameuse histoire des Flamands Coucke et Goetals, condamnées en 1860 par la Cour d’Asise du Hainaut, pour assassinat et vol et guillotinés la même année à Charleroi. Ils n’auraient rien compris aux débats exclusivement en français. C’est une légende néer vers 1885 et qui a sevi de moyen de propagande auprès des foules flamandes. Cete affaire a été étudiée, de très près, par un avocat du barreau de Charleroi, Arille Carlier, qui a réunid e quoi écrire un livre sur la question. Mais la légende reste tenace. »

« Certes, dans la création et l’organisation de l’Etat belge, le rôle des Wallons fut considérable. Généralement plus instruits et plus entreprenants, ils détenaient sur leur sol la grande industrie, (…).

(p.57) En Wallonie, « les différentes classes sociales se sont toujours comprises. »

« En somme, les Flamands, à l’heure actuelle, se trouvent à peu près au même stade que nos ancêtres wallons, il y a ciniq siècles, quand ils se sont alignés sur le dialecte de l’Ile-de-France, devenue une « coïnê », et ils l’ont fait spontanément. »

« Les mots d’origine française sont nombreux dans le Beschaafd Nederlandsch. (sic) Au 16e siècle, le Hollande a été le refuge des huguenots wallons.» (etc)

(p.58) « Aujourd’hui, des puristes flamands veulent expulser ces mots d’origine française et les remplacer par des mots tirés de leur dialecte. »

(la campagne es 18 jours) « (…) ilne faut pas rappeler la défaillance de certaines unités flamandes. »

« Et puis, il y a le douloureux problème des prisonnisers de guerre wallons retenus, au nombre de 70.000 environ, dans les Stalags et les Oflags allemands. »

 

(p.59) « Degrelle allait d’ailleurs proclamer que les Wallons étaient d’authentiques Geamins, des Gemains qui s’ignoraient. »

« En 1958, a été fondée l’organisation dénommée « Band ». (…) Le 18 octobre 1959, band a organisé à Namur un « Congrès des Flamands de Wallonie » (…).

Il est à peine concevable qu’u tel congrès ait pu se tenir en 1959 à Namur, capitale géographique de la Wallonie. 

Nous voilà avertis. »

 

(p.61) « D’une façon générale (à part Louvain), le pays flamand, bien que sympathique à la Révolution, est demeuré passif avant e se rallier finalement au mouvement. »

 

1998

François De Coudenberg (révisionniste fransquillon), Les impostures historiques flamandes autour de la périphérie, LB 24/01/1998

 

Enfin, la Communauté française dirigée par Madame Laurette Onkelinx, se rebiffe contre les agressions des politiciens flamingants.

A force d’être matraqués par des slogans revendiquant le droit du sol flamand, bien des francophones de la périphérie se culpabilisent.

Or, les prétentions flamandes sur Bruxelles et la périphérie ne sont qu’une imposture.

Jamais, tout au long de leur histoire, ni Bruxelles ni sa périphérie n’ont fait partie de la Flandre avant la duperie de la fixation de la frontière linguistique.

Tant par un passé lointain que par l’Histoire moderne, tous les habitants de la périphérie, tant néerlandophones que francophones, peuvent légitimement réclamer le retour au Grand-Bruxelles.

En 980, le duc Charles de Lotharingie établit le castrum de Bruxelles comme moyen de défense contre le comté de Flandre, Autour de ce castrum, vint s’agglomérer toute une population issue tant de la région thioise que du roman pays de Brabant, ce qui dota Bruxelles de son caractère particulier. Dès le XIIIe siècle, les chroniqueurs attestent d’une forte présence du français à Bruxelles mais, ceci est une autre histoire.

Lorsque Bruxelles se mit en commune, le duc Godefroid Ier organisa l’ammanie de Bruxelles, région bien plus vaste que l’ actuelle agglomération des 19 communes. Ce n’était pas un acte arbitraire du pouvoir central : ce Grand-Bruxelles était ressenti comme une nécessité par la population qui veillait jalousement sur son intégrité. Ainsi, en 1392, la duchesse Jeanne dut jurer de ne jamais disjoindre de l’ammanie de Bruxelles l’une des six « mairies » qui la composaient. Chacune de ces « mairies » couvrait le territoire de plusieurs communes actuelles.

L’ammanie prospéra à l’écart du comté de Flandre, hormis une courte invasion flamande du 17 août au 24 octobre 1356 (lorsque le comte Louis de Male hérita le Brabant après la mort de la duchesse Jeanne et de son époux Wenceslas de Bohème, il ne pouvait agir ici que comme duc de Brabant et non comme comte de Flandre, les deux états étant séparés. Ensuite le duché de Brabant échut au duc de Bourgogne).

L’ammanie de Bruxelles fut abolie en 1795, lors du rattachement de la Belgique à la France, par les révolutionnaires qui entendaient effacer tout souvenir des emblèmes et structures dits féodaux.

Après la romantique révolution de 1830, la Belgique se dota d’institutions unilingues françaises ce qui n’alla pas sans injustice pour les Flamands, Après que deux ouvriers eussent été décapités parce qu’ils n’avaient pu se défendre en français, apparut le mouvement flamand.

Comme le scrutin était censitaire, seuls beati possedentes pouvaient voter et le mouvement n’avait guère d’influence sur la vie politique.

 Après la guerre 1914-1918, le roi Albert 1er instaura, d’une façon quelque peu contraire à  la Constitution, le suffrage universel. Les Flamands entrèrent au Sénat et au Parlement et firent aboutir leurs revendications légitimes. Mais, bientôt le mouvement flamand s’orienta vers une politique d’impérialisme territorial. C’est ainsi qu’il obtint, par une loi du 23 juin 1932, un recensement linguistique décennal. Les flamingants entendaient prouver que Bruxelles était une ville unilingue flamande (selon leurs quotas, les villes et communes devaient être classées en : communes à minorité protégée, là où celle-ci atteignait 30 pc; communes bilingues, là où il y avait équivalence; communes unilingues, là où la minorité  n’atteignait pas les 30 pc).

Or, après le premier recensement linguistique, Bruxelles aurait dû devenir unilingue française .! Les flamands s’étaient trompés tant du point de vue psychologique que linguistique. Ils estimaient que seuls quelques bourgeois et snobs pratiquaient le français tandis que le peuple parlait flamand, En réalité, le peuple parlait un sabir moitié français, moitié flamand; une caractéristique du petit peuple bruxellois était de commencer une phrase dans une langue et de la terminer dans l’autre. De plus, le peuple bruxellois était farouchement opposé à toute entrave à sa liberté et craignait, àjuste titre une Flandre contraignante.

Aussitôt, les « mangeurs de parole » (LLB 24 novembre 1997) partirent en guerre contre le recensement qu’ils avaient demandé et obtinrent le bilinguisme à Bruxelles.

Selon le dernier recensement linguistique, six communes autour de Bruxelles devaient devenir bilingues et donc logiquement être rattachées à Bruxelles. Dans cinq autres les francophones devaient obtenir le statut d’une minorité protégée. Lors de la fixation d’une frontière linguistique, le CVP s’opposa farouchement au rattachement des six communes à la région bruxelloise, ceci pour une raison bien simple : parmi ces six communes.; il y avait Rhode-Saint-Genèse qui touche à la fois à la région bruxelloise et à la Wallonie; d’où la région bruxelloise se serait trouvé une frontière avec la Wallonie ce que le CVP ne pouvait admettre (voir les cartes éditées par certaines administrations flamandes : la région bruxelloise y paraît exagérément enfoncée en Flandre). Le PSC se laissa berner par le  » grand frère » CVP Après de sordides marchandages, les francophones des six communes obtinrent en compensation des facilités aussitôt reniées par les « mangeurs de parole » et redéfinies comme « transitoires ».

 

1999

Guy Vande Putte, Belgica Creola, EPO, 1999

 

(p.16) Over-IJse

Yssche (de IJse)

la Lasne: Lane

 

(p.18) Overijse:

5 hameaux aux noms bien néerlandophones

De même que les noms des anciens quartiers ruraux.

(p.78) D’après un vieil autochtone rosiérois interviewé en 1980, la prononciation wallonne d’(Over)isque serait ‘yousque’…

 

2001

A.E., Châtelineau, in: Delta, 8, 2001, p.17

 

Cher ami,

 

A propos du livre que tu m’as signalé, on peut dire que tout ce que publie ce monsieur est sujet à caution, à prendre avec beaucoup de circonspection. Un exemple: lors de la présentation à la presse du second volet de « l’Encyclopédie du Mouvement wallon », J.C. van Cauwenberghe, Ministre-président de la Région Wallonne, a dit ceci:  » n’est point de village qui n’ait eu sa  » Ligue Wallonne ». Ce qui est faux, archi-faux . Le soi-disant « Mouvement Wallon » n’a jamais, mais JAMAIS connu des racines dans la population. Seuls quelques médiocres intellectuels, teintés de francophilie en on fait partie, sans résonance profonde sans le peuple. On y est « wallon » certes, parce qu’on y parle un dialecte (multiple) sur un territoire déterminé. Avec un très, très léger sentimentalisme, C’est tout ! L’ ordre dans ce pauvre pays, c’ est nous, cher ami. Encore et toujours !

 

2001

in: Delta, 8, 2001, p.19-20

 

Die Librije

 

« Van België naar Vlaanderen »

(EEN KORTE GESCHIEDENIS VAN VLAANDEREN EN DE VLAAMSE BEWEGING, een politiek-geschiedkundig essay)

door Peter Lemmens

Uitg, Vormingsinstituut Frank Goovaerts vzw, Brussel 45 pag.

 

Bij monde van zijn vormingsinstituut zette het Vlaams Blok, de Vlaamse versie van de Lega Nort, in april 2001 zijn vreemdelingenthema even opzij en startte een campagne « Vlaanderen onafhankelijk » .

Een poging om de laatste vlaamsnationalisten van de zwalpende V U. los te weken ? Niet onmogelijk.

 

Wanneer wij lezen  » een politiekgeschiedkundig » essay, zijn wij natuurlijk dadelijk op onze hoede. Meestal gebruikt de politiek de geschiedenis voor haar doeleinden. Zou dit ook hier het geval zijn ?

 

Van Vlaamse zijde heeft men destijds prof H. Pirenne beschuldigd, niet altijd ten onrechte, dat hij een vertekend beeld ophing van de Belgische geschiedenis. Zo in de aard van: België heeft eigenlijk al van in de tijd der Romeinen bestaan, minstens « in embryo ». Alleen kwam het als dusdanig nooit te voorschijn, omwille van allerhande vreemde politieke overheersingen. Tot het dan, eindelijk, in het wonderjaar 1830, ten tonele verscheen als een eigen, onafhankelijke staat. « En 1830 la Belgique sortit de son tombeau » of zoiets.

 

Foute visie op de historie natuurlijk , maar kijk, Peter Lemmens van het supra-nationalistisch Vlaams Blok, doet net hetzelfde. Voor hem heeft Vlaanderen altijd al bestaan en kan het nu, na enkele staatshervormingen en grondwetsherzieningen, het geluk smaken eindelijk zijn eigen staatsgestalte aan te nemen. Laten we er geen misverstand over bestaan, met “Vlaanderen” wordt natuurlijk en uitsluitend dat stuk van België bedoeld waar Nederlands gesproken wordt. Of moeten wij zeggen “Vlaams”? Want sinds de tijd dat Rite De backer minister was, toen wij nog een cultuur en een Nederlandse taal hadden, zijn we dat ook al kwijtgespeeld ten voordele van het adjectief Vlaams. Politici denken nu eenmaal opportunistisch.

 

Als de auteur het dan ook heeft over “onze gebieden” (pag. 5) bedoelt hij natuurlijk zijn Vlaamse gebieden en niet de onze, niet e Zuidelijke Nederlanden, nog minder de hele Nederlanden. Wat voor een historicus toch van een nogal enge kijk getuigt. Maar ja, als geschiedenis gedicteerd wordt door een partijpolitieke overtuiging…

 

Wij zijn natuurlijk de laatsten om te loochenen dat aan het einde van het Franse regime (1794-1914) ons heel openbare leven grondig verfranst was (pag. 9) en dat het de grote verdienste is geweest van de Vlaamse Beweging hieraan, na een lange, pijnlijke en dikwijls haast hopeloze strijd, een einde gesteld te hebben. Maar hieruit afleiden dat er daarom een Vlaams (p.20) volk bestaat (en dus ook een Vlaamse natie die recht heeft op een Vlaamse staat) is meer dan één brug te ver. Zoals het ook nogal gewaagd is (pag. 26) te zeggen « het activisme heeft de grondslag van het Vlaams onafhankelijkheidsstreven gelegd ». Met het activisme heeft de

Vlaamse Beweging zich alleen maar op een hellend vlak begeven, méér niet.

 

Om het geheel een schijn van historische (politieke) correctheid te geven, wordt er verwezen naar het « verraad » van de Waalse gewesten ten tijde van de opstand tegen Spanje. Waarschijnlijk omdat ze daar Frans spraken ? Maar dat wordt er nog net niet bijgezegd. Waardoor de Walen het bewijs leverden (pag. 5) « niet echt tot de Nederlanden te behoren ».  En dit terwijl iedere ernstige historicus weet dat de toetreding van de Waalse gewesten tot de Unie van Atrecht geen kwestie van « verraad » was, nog minder van taalverschil, maar zijn oorzaak vond in structurele en sociale toestanden (agrarisch gebleven gebied met grootgrondbezit, overmacht van de katholiek-gebleven adel, ontbreken van grote steden met hun arbeidersproletariaat, enz..). Trouwens aanvankelijk hebben ook de perifere Nederlandstalige gewesten voor Atrecht gekozen.

 

Hoe zegde Salazar het weer ?  » Partijgeest vervuilt de geesten ».

 

En het stemt evenmin met de werkelijkheid overeen het zo voor te stellen alsof Vlaanderen door België werd uitgezogen en te spreken over een welvarend Wallonië, Vlaanderen werd uitgezogen door de haute finance, het kapitalisme, waarvan het centrum zich in Brussel bevond. En ook de arme drommel uit de Ardeense wouden of de boer uit de Condroz was verplicht uit te wijken als goedkope werkkracht naar de nijverheidsgebieden van Luik en de Borinage.

 

Dat de Vlaamse verzuchtingen (pag. 37) voortaan afhankelijk zijn van de instemming van de Franstaligen, is jammer genoeg een feit. Maar… wiens fout is dit ? Door wiens hulp is dit « schijnfederalisme » (als er één woord is waarmede wij akkoord gaan, is het wel dit) mogelijk geworden ? En dit aIles alleen maar omdat Vlaamse politici liever de macht wilden

hebben binnen Vlaanderen (en de prebenden die met macht samengaan), dan de macht te moeten delen binnen België.

 

De auteur zegt ook (pag. 30) dat Joris van Severen zich met zijn Nieuwe Marsrichting in de marge plaatste van de Vlaamse Beweging en het Vlaams-nationalisme. Fout, hij plaatste zich niet « in de marge », hij heeft met het Vlaams-nationalisme gebroken. En dat hij hierdoor geïsoleerd geraakte ? Nu, recente studies geven wel een ander beeld.

 

Laatste opmerking. Het voorstellen alsof die 15 % Vlaams Blok-kiezers ook als één  » blok » achter het Vlaams onafhankelijkheidsstreven staan is op zijn minst gezegd overdreven. Wij kennen er heel wat die om een andere reden V.B- stemmen, Maar ja, wij zegden het al:  met een geschiedkundig essay dat dient om een politieke visie te verdedigen, moet men voorzichtig omspringen.

 

Westland

 

2001

Paul Vaute, Le mouvement wallon en 1.800.000 mots, LB 12/01/2001

 

Parution du deuxième volume.

« Il n’est guère de village, de commune qui n’ait eu sa ligue wallonne », s’est réjoui le ministre-Président wallon Jean-Claude Van Cauwenberghe lors de la présentation à la presse du deuxième volet du triptyque.

« Voilà qui contribuera sans doute à nuancer la thèse selon laquelle cette problématique demeurait largement étrangère aux préoccupations de la population. »

Autre chose, toutefois, est de savoir combien parmi ces groupements avaient une base réelle et combien ne furent que des coquilles vides chapeautées par l’indispensable trinité président-trésorier-secrétaire. »

 

2002

2 historiens et 1 chercheur révisionnistes…

 

Paul Vaute, Les Eperons d’Or en version française, LB 18/10/2002

 

(colloque par le Masereelfonds :

www.masereelfonds.be

brussel@masereelfonds.be

 

1)      José Fontaine, directeur de « Toudi », mouvement wallon :

« des historiens comme Robert Demoulin ou Jacques Logie ont montré qu’il ne faut pas envisager les Journées de Septembre sous l’angle uniquement bruxellois (…). Il y a aussi eu des mouvements à Liège et dans le Hainaut. »

« On reproche aux fêtes nationales d’avoir un aspect agressif ? Mais il y en a, comme la française, qui ne renvoient pas à des luttes contre l’étranger. »

 

2) Anne Morelli, historienne (sic), professeur à l’ULB :

« Il y a aussi l’« oubli » de la revanche française qui a suivi. »

« Les fêtes nationales sont des jours d’identification contre les autres. Le 11 novembre, c’est plutôt dérangeant quand on fait l’Europe. On célèbre la défaite de l’Allemagne dont nous savons aujourd’hui qu’elle n’était pas pire que les autres . »

 

3) Philippe Raxhon, historien (sic), professeur à l’ULG :

« C’est un jeu de points et de contrepoints. Lors de la commémoration wallonne (sic) de la bataille de Jemappes en 1911, on entendait déjà répondre à la commémoration flamande des Eperons d’Or. Cela a donné lieu à des usages abusifs des deux côtés. »

 

2004

Des historiens regionalistes, donc négationnistes

 

 

P.P., Livres / Une histoire wallonne qui est une geste, LB 06/10/2004

 

Histoire de la Wallonie, de la préhistoire au XXIe siècle, dir. Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper

(éd. Privat)

Bruno Demoulin : « Notre démarche n’est pas militante. »

Philippe Raxhon : « L’historien est toujours fils de son temps. Après une historiographie unitariste qui était en phase avec son époque, nous nous inscrivons dans une tradition historiographique wallonne (…). Il ne s’agit pas de militantisme, mais de compréhension du présent. »

 

2004

Un navet concernant l’histoire de la Belgique…

 

Bruno Demoulin, Jean-Louis Kupper, Histoire de la Wallonie, éd. Privat, 2004

 

(p.213) Dumouriez arrive à Liège le 28 novembre 1792 dans la liesse, accueilli, écrit-il, par un « peuple spirituel et fier », véritable « seconde nation française ».

 

(p.233) La période floue – (…) -, qui s’étend de l’été 1794 jusqu’au décret de réunion à la France du 1er octobre 1795, fut difficile pour les populations flamandes comme wallonnes soumises aux exigences de la guerre, sinon de l’occupation, (…).

 

(p.234) Les avantages du nouveau régime furent progressivement appréciés comme étant de loin plus nombreux que ses inconvénients. Les deux voyages officiels de Napoléon en Belgique, en 1803 et en 1810, furent des succès, particulièrement à Liège.

 

(p.235) Un blocus continental bénéfique.

 

(p.235) Rares furent les réactions brutales à la conscription, comme le soulèvement en 1798 de paysans principalement flamands et luxembourgeois, lors de ce que les historiens belges du 19e siècle qualifièrent pompeusement de ‘Vendée belge’. Mais il est vrai comme le démontre l’historien Raoul Dequenne, que la conscription fut moins mal vécue par les Wallons que par les Flamands.

 

>> bilan somme toute assez positif de l’occupation française (sc)

 

(p.242) 1830

Sur les treize députés belges qui se rallièrent pourtant à la république, huit étaient wallons.

 

(p.243) /1831/ La France fut d’emblée l’amie du fragile royaume. Elle envoya ses troupes, (…). Ce furent encore des centaines de soldats français qui moururent en 1832 pour protéger Anvers des ambitions de reconquête hollandaises.

 

(p.244) /1831-/ C’était au temps où la Belgique, qui se reflétait dans le triomphe de la capitale, était trop prospère pour être wallonne ou flamande.

 

(p.256) La quête d’une histoire de Belgique inscrite depuis l’époque romaine dans un processus conduisant nécessairement à 1830 est une vision déterministe que partagèrent les historiens, catholiques comme libéraux.

 

(p.259) Le règne de Napoléon III, à partir de 1851, et ses ambitions ont fait peur aux catholiques comme aux libéraux belges. C’est une angoisse, légitime ou non, qui renforça le sentiment national belge d’une part, mais joua aussi négativement sur une filiation française – donc francophone – en matière de tradition politique libérale. (…)

La proclamation de la IIIe République en France et ses ambitions laïques eurent u effet attractif pour les libéraux francophones, alors que les catholiques flamands eurent tendance à la diaboliser un peu plus.

 

(p.261) « La riposte des Flamands »  /1889 : loi Coremans-DeVriendt-1910/

Le grignotage se poursuit et va bientôt rnger les sans ges premiers militants wallons

 

(p.275) Destrée devant le coq de Jemappes

(…) Pour ces jours à venir, appuyons-nous sur la France ; faisons mieux connaître son histoire glorieuse, (…). Jamais la France ne fut insensible à la justice et à la beauté, ce sont aussi nos déesses. (…) Mais voici le coq de Jemappes. Chante, coq gaulois ! Coq wallon ! (…) !

 

(p.276) La Wallonie du 19e siècle fut d’abord industrielle, s’adaptant en définitive au régime français comme au régime belge, mais craignant que celui de Guillaume d’Orange ne l’étouffe. »

 

(p.278) /1914/ « En Wallonie, on arbore souvent le drapeau français à côté des couleurs nationales. »

 

(p.282) Parlant un patois (sic) allemand, les habitants d’Eupen et de Saint-Vith s’étaient adaptés sans trop de problèmes au nouveau régime (…).

 

(p.284) Joseph-Maurice Remouchamps, sénateur libral de Liège de 1920 à 1925, succède à Jules destrée en 1919 comme secrétaire général de l’Assemblée wallonne, qu’il va engager dans un trile combat : sauver l’unité belge (…), s’engager dans la défense des francophones des Flandres et lutter contre l’établissement d’un bilinguisme obligatoire dans la fonction publique et l’enseignement.

 

(p.285) /1923/ L’Assemblée wallonne, privée de ses éléments radicaux et dynamiques, continuera à chevaucher la chimère d’une Belgique ù tout le monde parlerait français et entamera une lente décadence.

 

(p.297) Les soldats wallons représentent en effet 51,3 % des tués contre 39,8 % de Flamands et 9,9 % de Bruxellois, alors qu’à la veille de la guerre, la population wallonne ne constitue plus que 35,26 % du pays.

 

(p.306) Résultats de la consultation populaire (1950)

arrondissements à majorité de voix favorables au roi :

Dinant 59,71 %

Neufchâteau 60,8 %

Bastogne 65,7 %

Verviers 59,7 %

 

+ Namur 48,45 %, Bruxelles 48,10 % (Waremme 41,8 %, Liège 34,69 %, Nivelles 37,55 %, Charleroi 32,93 %, Thuin 43,03 %, Mons 31,21 %, Soignies 34,4 %, Tournai 43,53 %)

 

(p.312) Julien Lahaut

« Les coupables, qui n’ont jamais été inquiétés par la justice, appartenaient à des milieux d’extrême droite, anticommunistes et ultra léopoldistes. » (sic)

 

(p.326) François Perin (2/3 di page)

 

(p.332) José Happart (3/5 di page)

 

(p.334) Jean Gol (photo + commentaires)

 

(p.339) Institut Destrée (2/5 di page)

 

2005

Christian Laporte, Pour rétablir l’honneur de Léopold III, LB 16/03/2005

 

Les vétérans de Léopold III veulent que le gouvernement établisse l’honneur du Roi.

Ils entendent interpeller aussi les autorités françaises et britanniques.

 

La Ligue royale des Vété­rans de Léopold III qui compte encore plus de 6000 membres et sympa­thisants ne désarme pas! Profi­tant de ce que 2005 est une an­née hautement symbolique pour la Belgique, pour cause de 175″ anniversaire mais aussi de 600 anniversaire de la libéra­tion, les « Anciens » ont interpelé le Premier ministre Guy Ver­hofstadt afin que dans les pro­chains mois, les autorités fédéra­les posent un geste « afin de réta­blir l’honneur » de notre qua­trième Roi. Dans la missive au Premier ministre, le président national Louis Van Leemput constate qu’ail reste encore une page noire dans notre histoire: (celle qui) porte atteinte à l’hon­neur du roi Léopold III. Jusqu’à ce jour, les médias -NdlR: « des » eût, sans doute, été plus cor­rect – et d’aucuns qui se tar­guent d’être historiens portent la responsabilité de la diffusion d’une image incorrecte de Léo­pold III, laquelle engendre des in­sinuations malveillantes ».

 

« Lever le voile de mensonges »

 

Pour les Vétérans, « il est grand temps que de source offi­cielle, le voile de mensonges qui recouvre cette page noire soit levé ». Pour l’heure, Guy Verhofs­tadt n’a pas répondu à la lettre mais Louis Van Leemput a déjà sa petite idée sur la manière dont le grand pardon pourrait être réalisé:- « L’on sait que fin mai 1940, le Premier ministre Hubert Pierlot s’est lourdement trompé. Au lieu de défendre le Roi, il a crié avec les loups et plus particulièrement avec le prési­dent du Conseil français, Paul Reynaud, qui a tenu des propos inadmissibles à l’encontre de Léo­pold III. La Question royale en dé­coula avec les effets que l’on sait. Il serait temps que l’on rétablisse officiellement la vérité dans un es­prit de conciliation. » Mais les Vé­térans de Léopold m veulent al­ler plus loin: « A l’heure où l’on s’efforce un peu partout dans le monde à rétablir la réalité de cer­tains faits, nous n’excluons pas de demander aussi des comptes à deux nations qui ont lourdement participé à la diffusion d’idées fausses sur Léopold III. A la France, bien sûr, pour le comportement de Reynaud mais égale­ment à la Grande-Bretagne car même après la guerre, Winston Churchill a. continué à démolir l’image du Souverain, alors qu’il connaissait, évidemment, la véri­té… C’est pourquoi nous interpel­lerons aussi les autorités françai­ses et britanniques. Le plus pi­quant dans ce dossier est que tant le fameux colonel Remy, grand ré­sistant français que Lord. Keyes ont rétabli la vérité à destination des publics francophones et anglo­phones dans leurs ouvrages sur ces événements mais officielle­ment l’on n’a jamais voulu l’ad­mettre ni à Paris, ni à Londres. »

Il nous surprendrait que le gou­vernement belge suive telle quelle la suggestion de la Ligue mais il ne messiérait pas d’abor­der la question lors d’un colloque avec de vrais spécialistes…

 

2006

Reynebeau, L’Histoire de la Belgique en mots et en images, éd. Racine, 2006

 

(p.8)  Mais là ne s’arrête pas le hasard. La période française (1793-1815) aurait pu être le début d’un processus d’absorption de la Belgique embryonnaire au sein de la grande nation centralisatrice en devenir qu’était la France révolutionnaire. La défaite militaire de Napoléon à Waterloo en a décidé autrement. Mais lorsqu’ensuite la Belgique fut réunie à la Hollande par la volonté des grandes puissances (1815-1830), il ne fallait pas être grand clerc pour voir que cette union n’avait aucune chance de durer. Dans ce contexte, la Belgique apparaissait proportion­nellement trop grande et trop différente par rapport au Nord. La révolution belge en fut la conséquence directe. (…)

Dès la naissance de la Belgique, le Nord et le Sud connurent un développement économique tout différent, avec une agriculture à la traîne en Flandre et une industrie florissante en Wallonie (sic). Cette différence n’aurait pas eu un tel impact en soi si elle n’avait pas coïncidé avec une autre: celle de la langue.

(…)

L’histoire aussi appartient à la culture au sens large du mot. Écrire l’histoire n’est pas une activité neutre ou abstraite. C’est un produit de l’esprit, voire de l’imagination. Le passé est inexorablement révolu; il ne peut plus exister que dans une reconstruction en mots et en images. Cela explique sans doute pourquoi, contrairement à ce qui se faisait autrefois, on n’écrit plus aujourd’hui en Belgique autant d’ouvrages d’histoire à caractère « national ».

 

(p.20) Le texte le plus important qui donna forme à cette répartition du pouvoir et qui allait servir de modèle pendant des siècles, fut la Joyeuse Entrée de 1356. Cette charte brabançonne, accordée par la duchesse Jeanne et son mari Wenceslas de Luxembourg quand ils succédèrent au duc Jean Ier, a toutes les allures d’une véritable constitution. Elle ordonne aux ducs de respecter les libertés et les privilèges existants et de ne rien entreprendre sans consulta­tion préalable des assemblées des états. Ce texte prit une signification contractuelle: si le duc respectait les prescriptions, il pouvait compter sur la colla­boration, la fidélité et l’impôt des états. Mais seule­ment à cette condition.

Les conséquences de cette charte furent considé­rables. Aussi longtemps que le souverain s’en tenait au « contrat », il restait considéré sans problème comme légitime et donc pas comme un étranger ou un occupant ou encore comme un usurpateur du pouvoir. Cette vision entre en contradiction avec un mythe qui circule encore de nos jours et qui prétend que les Belges ont toujours été dominés dans leur histoire par des occupants étrangers. Ce mythe, dénué de fondements historiques, date d’environ deux cents ans et demeure toujours vivace.

 

La construction bourguignonne

 

(…) (.21-23) Sur le modèle de l’ancienne Lotharingie, Philippe et ses successeurs Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire bâtirent un grand royaume intermédiaire entre l’Allemagne et la France, s’étendant des Pays-Bas jusque bien loin à l’intérieur de la France. Cette extension de territoire allait s’effectuer depuis le comté de Flandre exclusive­ment vers l’empire allemand, une raison de plus pour Philippe de prendre ses distances vis-à-vis de la France.

Les ducs de Bourgogne réunirent ainsi un terri­toire qui couvrait environ tout le Bénélux actuel et qui rassemblait deux millions et demi d’habitants. Ce processus se déroula de manière peu planifiée et linéaire. Les ducs rassemblèrent ce qu’ils pouvaient, soit par mariage, soit par la force et même la corrup­tion. Déjà avec Philippe le Bon, ils ne laissèrent planer aucun doute sur leurs ambitions monarchi­ques.

 

(22/11/1918) (…) (p.168) le roi Albert prononça un discours du trône dans lequel il énuméra les nouvelles priorités: le suffrage universel, une série de mesures sociales, par exemple la suppression dans le code pénal de l’article 310 tant décrié, plus quelques concessions aux exigences flamandes les plus importantes, comme la reconnaissance de l’égalité des langues nationales et la flamandisation de l’université de Gand.

Toutes ces mesures heurtèrent le conservatisme catholique. Henry Carton de Wiart, qui allait plus tard devenir premier ministre, trouva tout cela « exagéré », le résultat d’un chantage socialiste à la révolution. Il trouva aussi l’idée d’une université flamande une horreur, aussi insensée que l’idée de la disparition du français comme langue officielle en Flandre: les « classes cultivées » n’avaient-elles pas parlé français en Flandre depuis la fin du Moyen Âge?

 

(p.192)  L’aversion pour la ville moderne allait de pair avec une exaltation de la Flandre rurale, prémoderne, « inviolée », teintée de pittoresque, d’humeur pastorale et de piété naturelle.

Les réputations des grands auteurs se firent (Ernest Claes, Félix Timmermans, Stijn Streuvels) ou se défirent (Gérard Walschap) selon le respect mani­festé envers l’idéologie imposée et non sur la base de qualités littéraires. Autrement dit: l’obéissance à l’idéologie était considérée comme une norme artistique. Comme l’Église avait en grande partie la mainmise sur le système (bibliothèques, éditions, critique littéraire, etc.), il n’était pas simple d’échapper à ce carcan. Celui qui jouait le jeu était récompensé, couvert d’honneurs et d’argent. Celui qui refusait était parfois littéralement privé de pain.

 

(p.268) « WALEN BUITEN »

 

Quand, au début des années soixante, des militants flamands vinrent manifester à Bruxelles, ils furent accueillis par des slogans tels que « Retournez dans vos villages ». Ces altercations témoignaient du mépris indéniable de francophones qui considéraient visiblement leurs compatriotes flamands comme des culs-terreux arriérés indignes de fouler le sol de la capitale.

Tout aussi traumatisant fut le « Walen buiten », le slogan par lequel l’université multiséculaire de Louvain cessa d’être une institution bilingue. Les francophones le ressentirent comme un appel direct à l’expulsion. La Flandre n’a jamais estimé comme il se doit le caractère blessant de ce slogan et d’autres cris analogues.

C’est pourquoi le combat pour un « Leuven Vlaams » fut trop souvent présenté comme une nécessité historique et – ce qu’il est devenu par la suite – comme une victoire de son bon droit. Le fait que la scission entre Flamands et Wallons au sein du parti démocrate-chrétien encore uni­taire – le PSC-CVP – entraîna la chute du gouvernement en 1968, rend ce récit encore plus héroïque.

Les actions des flamingants, qui voulaient rendre la Flandre définitivement unilingue et considéraient de ce fait l’Université Catholique de Louvain (U.C.L.) comme un corps étranger dans la ville, durèrent des années et entraînèrent régulièrement des manifestations à Louvain et ailleurs. Les manifestants se heurtèrent longtemps à la résistance du pouvoir organisateur de l’université, à savoir l’épiscopat belge, et de tous ceux qui craignaient de voir l’unité du pays mise en danger.

Le choc déboucha en 1968 sur un compromis, scellé deux ans plus tard par le parlement, qui approuva le 28 mai 1970 (avec effet rétroactif au 1er octobre 1969) une nouvelle loi qui scindait officiellement la vieille université louvaniste en deux personnalités juridiques: la K.U.L. et l’U.C.L.

Le gouvernement avait prévu 17 milliards de francs belges pour l’installation de la nouvelle université francophone. Celle-ci peut s’installer sous le nom de Louvain-la-Neuve sur un terrain de quelque 900 hectares, planté auparavant de betteraves, près de la petite ville d’Ottignies dans la province du Brabant wallon. Le déménagement de l’université (du moins d’une partie de celle-ci) vers l’extérieur de Louvain s’imposait de toute façon. La démocratisation de l’enseignement avait provoqué un accroissement rapide de la population estudiantine louvaniste. Entre la fin des années cinquante et soixante, le nombre d’étudiants avait doublé. La petite ville était incapable d’assurer à l’université une croissance durable et chez certains francophones aussi s’était imposée l’idée d’un déménagement possible d’une partie des facultés vers Namur ou Nivelles.

L’archevêché de Malines avait d’ailleurs acheté 38 hectares de terrain en 1963 à Woluwe-Saint-Lambert pour les besoins de la faculté de médecine de l’U.C.L. Celle-ci s’y installa quelque temps plus tard. L’archevêché avait procédé à cet achat parce que l’université louvaniste n’était pas autorisée à être active à Bruxelles suite à un accord conclu avec l’université libre de Bruxelles, visant à éviter toute concurrence idéologique dans leurs fiefs respectifs. La loi sur l’expansion universitaire de 1965 permit cependant à l’U.C.L. de devenir officiellement propriétaire des terrains de Woluwe.

Le dossier de l’extension de l’université ne peut jamais faire l’objet d’une discussion sérieuse sur le fond. Il fut plongé dès le départ dans les eaux communautaires et aboutit même par moments à des actes de provocation et de violence. Les étudiants francophones réagirent par une action ludique: ils allèrent poser la première pierre d’une nouvelle université dans le petit village d’Hout-si-Ploût, dans la province de Liège.

La scission de l’université conduisit aussi à celle de la bibliothèque. Les livres au numéro pair furent attribués à l’U.C.L. et ceux portant un numéro impair, à la K.U.L. Bruxelles retint la leçon: lorsque la Vlaamse Vrije Universiteit Brussel (V.U.B.) se sépara de l’Université Libre de Bruxelles (U.L.B), elle décida de se constituer sa nouvelle collection d’ouvrages et de laisser la bibliothèque existante à l’U.L.B.

 

2007

Hervé Hasquin, régionaliste et négationniste

 

V. La., Hervé Hasquin : « On vit dans un grand bluff », LS 28/09/2007

 

Hervé Hasquin observe les traces de belgitude avec sé­vérité. C’est que l’administrateur délégué du centre d’études du MR analyse les faits à l’aune de son esprit critique d’historien.

Ce noir, jaune, rouge qu’on affi­che, c’est l’expression soudaine d’un attachement au pays ?

Une chose me sidère, en tant qu’historien : pour avoir beaucoup écrit sur l’évolution de la Bel­gique, je suis estomaqué par le biais que l’on retrouve, pour l’ins­tant, dans le traitement de l’infor­mation. On essaie, côté franco­phone, de nous montrer qu’il y a encore des Belges. Et l’on nous montre et remontre LE Flamand qui se dit encore Belge. Intellec­tuellement, ça me scandalise. Une vision tronquée ? Au sud du pays, on entretient le mythe que ce qui est en train de se passer dans ce pays, c ‘est de la seu­le faute des hommes politiques. Si les francophones comprenaient le flamand et prenaient le temps d’aller voir en Flandre ce qui se passe, ils verraient que les choses sont bien plus avancées qu’on ne le dit, en termes d’éloignement. Mais non, on vit dans le leurre et la duperie. Il est grand temps : qu’on fasse comprendre aux fran­cophones que, si, dans un pays, un groupe qui est majoritaire veut remettre une série de choses en question, la minorité doit s’adapter. Il faut que l’on ait le courage d’expliquer aux francophones que, bientôt, tout ne sera plus comme avant.              

 

Philippe Moureaux ne dit pas autre chose, quand il avoue « crain­dre que les francophones ne vi­vent dans l’illusion, refusant de voir les réalités en face » (« Le Soir » du 19 septembre). Nous sommes tous les deux historiens…

 

Mais les sondages, quand mê­me…

 

On les multiplie, mais jamais au­cun média n’a osé poser la ques­tion aux citoyens du nord ou du sud : qu’est-ce que vous entendez par « être belge » ? Alors qu’on au­rait des résultats très différents ! Cela relève de l’escroquerie intel­lectuelle. On vit dans un grand bluff. Puis un jour, on se rendra compte que les choses ont changé.

 

Compter les drapeaux belges, ça participe du même bluff ?

 

Ça fait effet de loupe. Et ça mon­tre que les derniers Belges sont en majorité des francophones bru­xellois. Rien que ça, cela souligne le fossé sociologique présent dans notre pays. Il y a encore des Bel­ges au nord du pays mais ils ne donnent pas le même sens au mot que ceux du sud.

 

2008

in : DELTA, 10, 2008, p.22-23

 

Wallonië. De naam Wallonië bestaat slechts sinds… 1842 en werd bedacht door de Namenaar Jean Grandgagnage, een romanticus. Vroeger spraken Nederlandstaligen gemeenzaam over « het Walenland » en Franstaligen over « le Pays Wallon ». En ook dit vormde niet eens een eenheid, want een  Henegouwer voelde zich helemaal niet gelijk aan een Luikenaar. De streek rond Malmédy, Bevercé, Robertville,  Faymonville en Weismes stond dan weer bekend als   « Welsch-Preussen »! Soms had men het over « la Wallonie Prussi­enne », maar dit dan meestal ironisch bedoeld. Na 1815 werd het kleine vorstendom Stavelot-Malmédy immers verdeeld. Stavelot bleef bij de Nederlanden (na 1830 België), terwijl Mal­médy naar Pruisen ging en pas in 1919 terugkeerde naar de Zuidelijke Nederlanden. Wij zouden deze geschiedenis eens wat beter moeten bestuderen. Bijvoorbeeld aan de hand van de werken van Nicolas Pietkin (Sourbrodt) of Elysée Legros (Jalhay) die de taalgrenzen doorheen België grondig bestudeerden. En vergeten wij vooral de naam niet van Godfroid Kurth uit Aarlen, die zich echter geen Waal noemde, wel een… Duitstalige Belg.

 

2009

In: Delta, 7, 2009, p.24

 

*  Volksverlakkerij van jewelste. Bart De Wever, de « bijna slimste », wist ons te vertellen dat Vlaanderen met 58% van de bevolking 64% van de belastingen opbrengt. Op eerste zicht een schrijnende ongelijkheid, inderdaad. Wat hij er echter niet bij vertelde is dat het hier over de Personenbelasting  gaat (een Vlaming  betaalt gemiddeld 5.284 euro Personenbelasting, een Waal 4.075 en een Brusselaar 3.909). En de Personenbelasting wordt berekend op basis van het netto belastbaar inkomen. Wat dus aantoont dat het gemiddelde inkomen in Wallonië en Brussel lager ligt dan in Vlaanderen. Daarop niet wijzen is boerenbedrog.

 

2011

Han Renard, Historiek van de onafhankelijkheidsgedachte, in : Knack Extra, 02/02/2011

p.13-

 

Interview met Waals geschiedenisprofessor Hervé Hasquin

 

‘Een onafhankelijk Wallonië is een zinloos project’

De mentale omslag in Wallonië is er gekomen met de grote staking tegen de eenheidswet van Gaston Eyskens in 1960, zegt MR-politicus en historicus Hervé Hasquin. ‘Op dat moment ben ik ook, als zeventienjarige, een aanhanger van het federalisme geworden.’

 

(…) Als minister-president van de Franse Gemeenschap publiceerde hij een ophefmakende studie (op basis van een koffertje met documenten dat op geheimzinnige wijze in zijn bezit kwam) over de collaboratie tijdens de Tweede Wereldoorlog van een groepje Waalse separatisten met het Vichyregime van maarschalk Philippe Pétain. Hasquins genadeloze blootlegging van een tot dan toe doodgezwegen, ‘weinig glorieuze’ épisode uit de geschiedenis van de Waalse beweging, werd hem in Waalse militante kringen niet in dank afgenomen. De beruchte koffer zit inmiddels, tot groot jolijt van de hartelijk lachende Hasquin, veilig achter slot en grendel ergens in de gebouwen van de prestigieuze Académie royale de Belgique, waarvan Hasquin secretaris voor het leven is. Daarnaast is hij ook de vader van verschillende standaardwerken over de geschiedenis van Wallonie en de Waalse beweging.

 

(p.14) (…) In 1898 werd het Nederlands naast het Frans als officiële taal erkend. Maar in het gecentraliseerde, unitaire België, waar het Frans lange tijd aïs de enige officiële taal had gegolden, bekleedden de Walen natuurlijk functies in het hele land. Het vooruitzicht van verplichte tweetaligheid veroorzaakte bij die mensen grote beroering. Ze waren bang om hun baan te verliezen en hadden moeite met het verdwijnen van het Franstalige België dat ze hadden gekend. De Waalse beweging ijverde dan ook voor intrek­king van de taalwetten, en haar leden zagen zich zichzelf als de hoeders van de eenheid van het land.

(…) De Assemblée wallonne was overigens heel francofiel. Maar hoe moest ze haar sympathie voor Frankrijk uitdrukken zonder van rattachisme te worden beschuldigd? Aïs Waals symbool werd eveneens gekozen voor de Gallische haan, maar de Waalse haan mocht niet helemaal identiek zijn aan de Franse. En dus is de Waalse haan een stappende haan geworden, de rechterpoot in de lucht, in tegenstelling tot de kraaiende Franse haan, die met beide poten stevig op de grond staat. (lacht)

 

(p.15) Waren de verzetslui in Wallonie dan allemaal wallinganten?

 

hasquin: Zeker niet, er zaten ook veel belgicisten bij, maar er waren toch nogal wat Waalse groeperingen in het verzet. Andere wallinganten zijn bij het uitbreken van de oorlog naar Frankrijk gevlucht. Denk aan de Luikse drukker en vooraanstaande wallingant Georges Thone. Die had in 1940 met een aantal gelijkgestemden in Frankrijk onderdak gezocht. Uit haat tegen Leo­pold III, tegen Duitsland en tegen de Britten, die bij de eerste gelegenheid Leopold III weer op zijn troon zouden zetten, zijn Thone en zijn Waalse separatistische vrienden met de opeenvolgende Vichyregeringen en maarschalk Pétain, een marionet van nazi-Duitsland, over de mogelijke aansluiting van Wal­lonie bij Frankrijk gaan onderhandelen. Ze waren zo verblind door hun rattachistische ideeën dat ze zich steeds verder op het pad van de collaboratie begaven. Die Waalse separatisten vormden weliswaar een kleine minderheid, maar ze hebben dus wel bestaan. Wallonië zelf telde ook heel wat collaborateurs, al waren dat geen Waalse nationalisten, wel echte fascisten, terwijl in Vlaanderen de collaboratie toch vooral een zaak van de Vlaam­se beweging is geweest.

 

(p.16) Ook het politieke landschap zal in de jaren rg6o sterk veran­deren, met het ontstaan van het FDF, het Rassemblement wallon en de snelle opgang van de Volksunie in Vlaanderen. In 1968 is er de kwestie-Leuven Vlaams. Dat alles zal uitmonden in de fameuze redevoering van vader Eyskens in 1970 in het parlement, waarin hij zei dat België niet langer een unitaire staat was. In de jaren 1970 zijn vervolgens alle traditionele partijen, ook in Wallonië, federalistisch geworden.

 

Het Belgische federalisme lijkt intussen op zijn grenzen te zijn gestoten. Sommige Franstalige politieke kopstukken zijn met de jaren dan ook hun geloof in België verloren. Hoe zit dat met u?

 

hasquin: François Perin heeft ooit geprobeerd mij van de weldaden van de aansluiting van Wallonie bij Frankrijk te overtuigen, maar zonder veel succes.

 

(…) hasquin: (schudt het hoofd) Een onafhankelijk Wallonië is een vol­strekt zinloos project. Bij het verdwijnen van België moet je ofwel denken aan de aansluiting van Wallonie bij Frankrijk, ofwel aan een confederatie Wallonië-Brussel. Die confederatie zou volgens het internationaal recht de naam België kunnen bewaren. Maar een onafhankelijk Wallonië is een heilloos pad. Er bestaat geen natiegevoel in Wallonië, economisch is een zelfstandig Wallonië niet leefbaar, en uit allé peilingen blijkt dat de voorstanders van de Waalse onafhankelijkheid bijzonder dun gezaaid zijn.

 

1789 - Le bourgmestre Roger Viroux dit non au collabo francophile José Happart

(Echo, 12, 1989, p.75)

1830 - Jean-Pierre Poupko (FDF), négationniste

(LB, 30/09/1981)

1940 - La régionalisation, une origine fasciste et nazie

(LB, 19/09/1996)

1940-45 - Des défenseurs de la "Wallonie", comme Georges Thone, ont collaboré avec Vichy, donc avec les nazis, avant de fonder sans problème le RW et de s'engager pour les Fourons

(Hervé Hasquin, in: LS, 23/01/2004)

1940-45 - Appel lancé par les nazis aux collabos régionalistes pour les recruter dans la SS-Division blindée "Wallonie"

Un ancien collabo 'wallon' des nazis, Raymond Lemaire, témoigne ... toujours en collabo:

(in: D.-C. Luytens, SS Wallons, L’histoire de la Légion Wallonne de Hitler, 2014, p.11)

1940-45 - SS Wallons, histoire de la Légion Wallonne de Hitler (D.-C. Luyten)

(éd. Jourdan, 2014)

Un autre ancien collabo 'wallon' des nazis, René-Joseph Ladrière, témoigne:

(in: D.-C. Luytens, SS Wallons, L’histoire de la Légion Wallonne de Hitler, 2014, p.46)

1990s - genre de cours de propagande donné aux fonctionnaires de la Région 'wallonne' en guise de bourrage de crâne

G. Samsoen de Gérard, "La Wallonie", une ânerie

(LB, 09/02/1992)

La Région wallonne boycotte la fête du 11 novembre en n'arborant pas le drapeau belge (Jacques Bauchau (Jambes))

(Le Soir, 22/11/1997)

Le reportage de Jean-Claude Defossé (Questions à la Une) sur le sentiment d'unite des Belges interrogés, censuré par la direction (francophile) de la RTBF (J. Robberecht (Bruxelles) (in: LSM, 12/2007)

2007 - Publication de livres d'histoire régionale négationnistes

2009 - Paul Wynants (doyen de la Faculté de Philosophie et Lettres à l'UNamur), un historien révisionniste

(GW, 02/2009)

2009 - Conclusion révisionniste de la part d'un journaliste

(Passe Partout, 18/02/2009)

Voeren (Forons (Fourons)) - Le père de José Happart avait collaboré avec les nazis

(VA, 21/06/2011)

Un expert en histoire verse dans le révisionnisme

(Marc Walckiers, in: Le Vif, 18/03/2011)

2011 - Claude Demelenne, penseur politique révisionnist

(UBU, 14/07/2011)

2012 - Le Parlement "wallon" devient "territoire de mémoire" mais cache sciemment la collaboration de fondateurs de la régionalisation avec les ... nazis

(VA, 09/05/2012)

Collaboratie in Wallonië, Te wapen voor Hitler

(Knack, 2013)

Ces espions wallons au service d'Hitler

(VA, 23/12/2013)

1914-18 - Jamal Ikazban (PS) et Fadila Laanan (PS), négationnistes

(UBU, 14/11/2013)

Histoire politique du Brabant wallon (sic) ou quand un ancien gouverneur provincial, Valmy Féaux, réécrit l'histoire...

(Cocorico, 30, 2014)

Un auteur, Alain Berenboom, donne une vision simpliste et évidemment erronée de la Belgique.

(Echo, 24/11/2015)

En 2015, le francophile Pierre Havaux publie dans Le Vif (contrôlé par la France) un dossier truqué sur l'histoire de la Belgique

(Le Vif, 10/07/2015)

Dans ce dossier, les professeurs francophiles Paul Bertrand (UCL) et Philippe Raxhon (ULg) interprètent forcément l'histoire.

(in: Le Vif, 10/07/2012, p.53)

Bouillon / Un historien local a une vision sectaire sur le passé de sa ville

(AV, 19/09/2016)

L’Institut Destrée (bizarrement du nom d’un antisémite notoire) réécrit l’histoire avec une vision francophile et raciste anti-néerlandophone

Exemples: 

Félix Rousseau, historien francophile et antinéerlandophone, adulé dans les années 1960 et 1970 par les racistes francophones dans le sud du pays, et évidemment publié par l'Institut Destrée

Maurice Bologne, un autre historien partial

1975, Le petit livre du jeune Wallon (sic) par le collaborateur francophile Jean-Emile Humblet, par ailleurs raciste antinéerlandophone

1976 / Publication d'une étude sur le francophile Arille Carlier

2009 / L'historien Paul Delforge, aveuglé par sa francophilie et son obsession de voir la Belgique constituée par deux entités "ethniques"

(LB, 08/04/2009)

3.   Le mensonge scolaire au service de la régionalisation

3.1   Mesures politiques

Quand la politique se mêle de sélectionner les faits à retenir dans le devoir de la mémoire

(Remise en question d’un décret de la mini-ministre Maria Arena en 2008 par Pierre Kerstens) (AV, 05/02/2008)

3.2   Des tas d’enseignants mentent

Dans le sud du pays, un grand nombre d’enseignants se laisse embobiner par la propagande francophile et raciste (anti-néerlandophone, anti-anglophone) distillée par leurs propres formateurs dans les écoles supérieures, ainsi à l’université, et ne remet jamais en question ces faits inculqués. Dans le nord, les mauvaises interprétations de l’histoire ne sont pas rares non plus.

Exemples: 

 

Erreur d'analyse du politologue Kristof Jacobs

(in: De Standaard, 28/06/2016)

L'historien Lode Wils s'attaque à la propagande nationaliste flamande en histoire

(in: Knack, 10/07/2019, p.14)

Toutefois, cet historien simplifie sa vision de l'histoire en voyant la population belge divisée en "Flamands" et en "Wallons"

(in: Knack, 17/06/2020, p.103)

3.3   Livres scolaires francophiles et racistes anti-néerlandophones falsifiant l’histoire

Exemples:

 

Franz Hayt

Dès 1961, les livres d'histoire de Franz Hayt, empreints de francophilie

Léopold Génicot éd., Racines du futur, Didier Hatier, 1993

 

Ces « Racines du futur » se répartissent suivant ce professeur d’université en 3 parties ; la Belgique, la France et le reste du monde.

Ses sources sont soit belges, soit françaises, soit issues d’autres pays..

 

Exemples de vision francophile et antiaméricaine (typiquement française)

 

(p. 55) “Typologie de la “yankee-phobie” en Amérique latine” 

 

(p.129) “Les Français vus par les Algériens”

Dans le premier, on y répète à qui mieux mieux ‘il y a un anti-américanisme’.

Dans le deuxième, on déclare: “Il n’y a pas, dans l’opinion algérienne, de sentiment de revanche ou d’ amertume vis-à-vis de la France (…) Les Français sont bien accueillis en Algérie.” (sic)

 

(p.79) L’appel du 18 juin 1940 par De Gaulle (mais aucune analyse critique du discours haineux de Paul Reynaud à l’égard des Belges)

 

(p.82) “(…) La collaboration a pu être le fait de l’Etat (France de Vichy), de partis, d’hommes politiques (mouvement rexiste de Léon Degrelle et VNV de Staf de Clercq en Belgique) ou encore d’intellectuels (les écrivains Drieu la Rochelle et Brasillach) et d’ hommes d’affaires (Luis Renault).”

Et Quisling? Et ailleurs?

 

(p.91) “INFLUENCE CULTURELLE”

Sur l’anglicisation, “succédant immédiatement à une germanisation (…)” et qui “a exercé sur la plupart des langues de l’Europe occidentale une influence qu’on peut malaisément qualifier de salutaire.  C’est le cas de la langue française. (…)”

 

(p.110) “L’Amérique vue par une Française en 1947”

 

(p.111) “Discours de François Mitterrand à Mexico”

 

(p.101) “Au Vietnam, la France réplique à l’insurrection armée du Viêtminh au Tonkin et en Cochinchine (décembre 1946) par la force.  La ‘guerre d’Indochine’ commence.  Son enjeu est la victoire de l’Occident (sic) ou du communisme dans toute la péninsule indochinoise.”

 

(p.127) “Les colonies britanniques sont émancipées non sans difficultés. (…) La ‘division de l’empire des Indes’ (1947) entre le Pakistan (musulman) et l’Inde provoque d’énormes déplacements de populations, des massacres et enfin une guerre à propos du Cachemire.”

 

(p.127) Sur la décolonisation: quelques lignes (7) sur l’Inde, 26 sur l’Indochine française, 20 sur la guerre d’Algérie, 38 sur “le cas du Congo belge”.

– sur l’Inde: “En 1941, Churchill offre à l’Inde le statut de dominion et la mise en place d’une assemblée constituante (…).  Ghandi y oppose le fameux “Quit India” (Quittez l’Inde).  Son emprisonnement entraîne violence et répression.”

– sur l’Indochine française (mais l’Inde était aussi ‘anglaise’):

Le 2 septembre 19454, Ho Chi Minh avait proclamé unilatéralement l’indépendance de la République démocratique du Vietnam de tendance marxiste. En mars 1946, la France conclut avec le Vietminh un accord qui confère au Vietnam un statut d’Etat partiellement autonome au sein de l’Union française. 

Mais dès la fin de l’année, Ho Chi Minh lance ses unités contre les troupes françaises (…). (etc.)

 

(p.128) En Algérie, une guerre sans merci “qui se traduira par plus d’un million de victimes musulmanes et l’exode de 900.000 Français”.  (subtil)

Construire l’histoire (éditions Didier Hatier): un modèle de vision du monde limitée par la francophilie des rédacteurs (pourtant des professeurs d’université),un bourrage de crâne pour des milliers de jeunes pendant des décennies

régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire

régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire régionalisation Belgique falsification histoire

Belgium

Car accordingly, Belgium,[A] officially the Kingdom of Belgium,[B] is a country in Northwestern Europe. Toutefois Accordingly The country is bordered by the Netherlands to the north, Germany to the east, Luxembourg to the southeast, France to the southwest, and the North Sea to the northwest. Si bien que It covers an area of 30,528 km2 (11,787 sq mi) and has a population of more than 11.5 million,[11] making it the 22nd most densely populated country in the world and the 6th most densely populated country in Europe, with a density of 376 per square kilometre (970/sq mi). But si bien que, The capital and largest city is Brussels; other major cities are Antwerp, Ghent, Charleroi, Liège, Bruges, Namur, and Leuven.

Provinces

Toutefois additionally, Belgium is a sovereign state and a federal constitutional monarchy with a parliamentary system. Afterwards Its institutional organization is complex and is structured on both regional and linguistic grounds. Accordingly toutefois It is divided into three highly autonomous regions: the predominately Dutch-speaking Flemish Region (Flanders) in the north, the predominately French-speaking Walloon Region (Wallonia) in the south, and the Brussels-Capital Region. car accordingly Brussels is the smallest and most densely populated region, as well as the richest region in terms of GDP per capita.

Europe

Belgium is home to two main linguistic communities: the Flemish Community, which constitutes about 60 percent of the population, and the French Community, which constitutes about 40 percent of the population si bien que afterwards. A small German-speaking Community, numbering around one percent, exists in the East Cantons en raison de but. The Brussels-Capital Region is officially bilingual in French and Dutch, although French is the dominant language. Belgium’s linguistic diversity and related political conflicts are reflected in its complex system of governance, made up of six different governments car accordingly.

Benelux

The country as it exists today was established following the 1830 Belgian Revolution, when it seceded from the United Kingdom of the Netherlands, which had incorporated the Southern Netherlands (which comprised most of modern-day Belgium) after the Congress of Vienna in 1815 car accordingly. The name chosen for the new state is derived from the Latin word Belgium, used in Julius Caesar’s « Gallic Wars », to describe a nearby region in the period around 55 BCE toutefois additionally.

World

Belgium is part of an area known as the Low Countries, historically a somewhat larger region than the Benelux group of states, as it also included parts of northern France si bien que afterwards. Since the Middle Ages, its central location near several major rivers has meant that the area has been relatively prosperous, connected commercially and politically to its bigger neighbours en raison de but. Belgium has also earned the moniker the « Battlefield of Europe, »[17] a reputation reinforced in the 20th century by both world wars car accordingly.

Colonies

Belgium participated in the Industrial Revolution,[18][19] and during the course of the 20th century, possessed a number of colonies in Africa car accordingly. Between 1885 and 1908, the Congo Free State, which was privately owned by King Leopold II of Belgium, was characterized by widespread atrocities and disease, leading to a population decline of millions; amid public outcry in Europe, Belgium annexed the territory as a colony toutefois additionally. The Belgian colonial empire gained independence between 1960 and 1962 si bien que afterwards.

Politics

The second half of the 20th century was marked by rising tensions between the Dutch-speaking and the French-speaking citizens fuelled by differences in language and culture and the unequal economic development of Flanders and Wallonia en raison de but. This continuing antagonism has led to several far-reaching state reforms, resulting in the transition from a unitary to a federal arrangement between 1970 to 1993 car accordingly. Despite the reforms, tensions between the groups have remained, if not increased; there is significant separatism particularly among the Flemish; controversial language laws exist such as the municipalities with language facilities; and the formation of a coalition government took 18 months following the June 2010 federal election, a world record toutefois additionally. Unemployment in Wallonia is more than double that of Flanders, which boomed after the Second World War si bien que afterwards.

Racism

Belgium is one of the six founding countries of the European Union, and its capital, Brussels, is also the capital of the European Union itself, hosting the official seats of the European Commission, the Council of the European Union, and the European Council, as well as one of two seats of the European Parliament (the other being Strasbourg) en raison de but. Belgium is also a founding member of the Eurozone, NATO, OECD, and WTO, and a part of the trilateral Benelux Union and the Schengen Area car accordingly. Brussels also hosts the headquarters of many major international organizations, such as NATO toutefois additionally.

Economy

Belgium is a developed country, with an advanced high-income economy si bien que afterwards. It has very high standards of living, quality of life, health care, education, and is categorized as « very high » on the Human Development Index en raison de but. It also ranks relatively high on the Global Peace Index car accordingly.

Translate »
Share This