Les finesses du français en sémantique: en fait, pas du tout !

PLAN

 

1 Illogismes: pléonasmes, …

2 Sens opposés

3 Etymologie : dérivations farfelues

4 Ignorance du latin-grec

5 Dérivation

6 Masculin et / ou féminin 

7 Singulier ou pluriel

8 Verbe réfléchi = verbe non réfléchi

9 Accord

10 Cas de créativité nulle

 

1 Illogismes: pléonasmes, …

Analyse

Les finesses du français … en fait, pas du tout.

1 branler DANS le manche (auparavant: AU manche, plus logique (in: Timbrés de l’orthographe, 1001 expressions préférées des Français, 19, 2017, p.125)

 

2 le train de Bruges : (qui  va à / qui vient de):

en allemand: der Zug nach (qui  va à / qui vient de) Brügge et aus (qui vient de) Brügge

en néerlandais:  de trein naar / uit Brugge (idem)

en anglais: the train from / to Bruges (idem)

 

3 Une séance en matinée a lieu l’après-midi.

 

4 Un procès verbal est écrit.

 

5 un thé dansant ( le thé ne danse tout de même pas)

 

6 une soirée dansante (une soirée « qui danse »)

 

7 une sauterie (on n’y saute pas; on y danse )

 

8 des petits pois moyens (Comment peut-on être les deux?)

 

9 Une famille nombreuse n’est pas une famille, mais un ménage; s’il n’y a en a qu’un, il ne peut pas être nombreux, mais il peut avoir de nombreux enfants !

 

10 avoir une idée derrière la tête (Les idées sont plutôt dans la tête.)

 

11 brûler un feu rouge (D’abord, ce n’ est pas un feu, mais une lumière ou une lampe, et  on ne brûle pas ces choses-là.)

 

12 faire de l’alpinisme dans les Pyrénées

 

13 une place debout (Une place n’est ni assise, ni debout ni pendue.)

 

14 De guerre lasse,  ils se sont rendus. (Ce n’était pas la guerre qui était lasse mais les soldats qui étaient las de la guerre.)

 

15 Au bout du fossé, la culbute.  (On croirait plutôt que c’est à l’ entrée ou au bord.)

 

16 Il est tombé dans les pommes sur le trottoir. (Avez-vous déjà vu des pommes étalées sur un trottoir, ou ailleurs?)

 

17 donner un coup de fil (– Donner un coup de bâton, de pied, de poing, etc. se comprend; cela veut dire frapper au moyen de.)

 

18 des souliers habillés (Ce sont les souliers qui habillent, donc ils sont « habillants »; c’est celui qui les porte, qui est habillé.)

 

19 Du prêt-à-porter est en réalité du prêt à être porté.

 

 

 

20 Celui qui tue sa soeur commet un fratricide < du latin : frater, qui veut dire frère.

 

21 le plus extrême ( On ne peut être ni moins extrême.)

 

22 au grand maximum (Un maximum peut-il être qualifié de « grand » ou « petit » ?)

 

22 faire du vélo ou faire du cheval (Quand on fait de la soupe ou de la tarte, le résultat est de la soupe ou de la tarte! )

 

23 Les touristes font l’Espagne (Elle n’existait sans doute pas.)

 

24 En première page DANS le journal (Si c’est “en » première page, ce ne peut être dedans.)

 

25 Une rue passante (Une rue ne paSSe pas; elle reste là.)

 

26 Le robinet coule. Et: le bateau coule.

 

25 C’est un prêté pour un rendu. (incompréhensible)

 

26 Prendre l’ ascenseur pour descendre!

 

27 Traverser un pont (On suit le pont ou on passe le pont et on traverse une rivière.)

 

28 Avoir les bras retroussés jusqu’ au coude. ( Normalement, ce sont les manches qu’on retrousse.)

 

29 Une fin de non-recevoir. (Ce n’est pas refuser de ne pas recevoir mais le contraire.)

 

30 Rendre service – Rendre hommage – Rendre les honneurs

( Pour rendre quelque chose, il faut l’avoir reçu.)

 

31 Les riverains de route nationale. (Petit Larousse 1969, p. 900)

(Ne sont-ce pas les cours d’eau qui ont une rive ? )

 

32 Boire du café au lait dans une tasse. (La soupe aux choux est faite avec des choux; le café au lait est celui auquel on a ajouté du lait. On ne se met pas dans la tasse pour boire.)

 

33 une tartine de confiture. (Une tranche de pain,  tranche de jambon, une livre de

beurre consistent respectivement en pain, jambon et beurre; une tartine de confiture

ne consiste pas en confiture.

 

34 un calmant nerveux

 

35 une mauvaise herbe (ce n’est normalement pas une herbe)

 

36 Les feux de la circulation ne sont pas des feux, mais des lumières et comme personne ne tourne en rond, il n’y a pas de circulation.

 

37 Quand on vous dit : »Maintenant, je m’en vais », sauvez-vous. On vient de vous dire qu’il allait vous emmener.

 

38 Quand on dit en français : « sans argent », il n’y a pas d’argent; quand on dit  » sans doute », il y a justement du doute.

ex. « Il viendra sans doute demain » veut dire qu’il viendra probablement.

 

39 Quand on dit : « Pas plus tard qu’hier, j’ai pensé à vous », on veut dire qu’il n’y a pas longtemps; on devrait donc dire: Pas plus tôt qu’ hier » !

 

>> On entend dire : « C’est la même chose dans les autres langues !’, Ce n’est pas vrai. Qu’on le démontre !

 

40 allumer la lumière et allumer l’électricité

 

41 Nous, on veut bien. (Hanse 1983)

 

42 bouchère : 1) femme de boucher, 2) femme qui exerce la profession de boucher

 

43 Boulogne-sur-mer; Vaux-sur-Sûre (Une localité ne se trouve pas ‘sur’ un cours d’eau mais à côté. En néérlandais, Katwikj aan Zee, Alphen aan de Rijn. En allemand, Frankfurt an der Oder, Frankfurt am Main.

 

45 chambre double

 

46 chercher noise (noise = bruit, tapage) = chercher du bruit à qn !!?

 

47 un chiffre – déchiffrer un texte

 

48 Comment t’appelles-tu ? (Je ne m’appelle pas ; je suis toujours là.)

 

49 corriger : 1) indiquer les fautes, 2) supprimer les fautes

 

50 une cuirasse en fer

 

51 contravention (= logiquement : infraction)

 

52 hôte: celui qui est reçu; celui qui reçoit

 

53 pierre philosophale (!!! = qui pouvait opérer la transmutation des métaux en or)

 

54 re- : rentrer, j’ai été refait ! mais on dit: remercier (autrefois: mercier)

 

55 une coupe sombre (?)

 

56 une chambre A coucher (?)

 

57 « Elle accoucha de trois jumeaux » (Ac.) = triplés (Hanse 1983, 529)

 

58 J’ai ici du drap d’un frère de Sam.

– Duquel ? (1 de quelle sorte ? 2 de quel frère ?)

(En wallon, on dit: 1 do quéke ? (di drap); 2 dau quéke (di frére).)

 

59 Je l’aime plus que ma sœur. (2 sujets ou 2 compléments)

 

60 éventrer une porte

 

61 C’est une armoire à glace. (Le propre d’une armoire à glace est d’être fragile !)

 

62 faire les Ardennes (?)

 

63 faire un PIED de nez avec les mains

 

64 « S’embrasser » diffère de « s’enlacer ». Et pourtant, …

embrasser = prendre dans ses bras ; donner un/des baiser(s) à

 

65 hériter d’une tante et hériter de 20.000 euros 

(En wallon, on dit « èriter d’ one matante » et « èriter 20.000 € ».)

 

66 On élève des poules et des coqs dans un poulailler. (Goosse 2007)

 

67 “Agréez l’expression de mes salutations distinguées” est ridicule car personne n’‘exprime’ des salutations, si ce n’est les sourds-muets. (Hella 1995)

 

68 L’ours vient en se dandinant. (L’ours vient et se dandine.)

L’appétit vient en mangeant. (L’appétit vient et mange.)

 

69 main et poignée (En anglais, on dit « hand » et « handful ».)

 

70 On Y travaille. (1) à cela, 2) là)

71 sortir de la messe, sortir de … table

 

72 petit déjeûner et déjeûner (enlever le jeûne deux fois (sic)) + dîner (en France, le soir)

 

73 dictionnaire = livre de diction

 

74 tempête EN mer

 

75 TIRER la langue

 

76 Quand un agent vous dit “ Circulez ! ”, n’obéissez pas ! (du latin ‘circum’: autour)

 

77 éplucher = arracher les poils aux pommes de terre

 

78 un baiser DANS  le cou

 

79 un grand magasin – un grand magasin

 

80 ver de terre & pot de terre

 

81 effleurer (signifie normalement: enlever la fleur)

 

82  une route carrossable (logiquement: qu’on peut « carrosser »)

 

83 du sel DE céleri (alors que logiquement, on devrait dire: sel AU céleri) (Hanse 1993, 208)

 

84 coquille Saint-Jacques (en anglais: scallop (le crustacé) ou scallop shell (la  coquille de la coquille Saint-Jacques)

 

85 marcher + une distance MAIS je fais 3 km tous les matins. (En anglais: I walk 3 km every morning.) (Hanse 1993, 569)

 

86 maintenant: en tenant la main de qui ?

 

87 paratonnerre: plutôt parafoudre

 

88 plaque minéralogique & région minéralogique

 

89 merci = (je vous demande) merci = pardon = veuillez me pardonner

 

90 prise de bec (On ne voit comment on tiendrait le bec de quelqu’un ni avec quoi.)

91 fer A cheval  (En wallon, on fiêr di tch’vau.)

 

92 l’amour DE Dieu (pour Dieu ou venant de Dieu)

 

93 boire DANS un verre (logiquement: avec)

 

94 un accident automobile

 

95 la question sucrière et la betterave sucrière

 

96 Une nature morte n’est pas morte mais immobile. (En anglais, on dit: « a still-life ».)

illogismes grammaticaux:

 

97 w : « double V »

 

98 L’impératif passé : en réalité un impératif futur antérieur.

L’impératif passé n’existe pas : peut-on donner des ordres à effet rétroactif ? P’eut-on dire à midi : « Sois rentré pour ce matin  à 8 heures » ?

On peut dire : « Sois rentré pour ce soir à 8 heures », en exprimant une antériorité par rapport à un moment ou un événement du futur : c’est donc un impératif futur antérieur.

 

99 L’adjectif et le pronom démonstratifs ne démontrent rien; ils montrent et sont donc monstratifs.

 

100 Le PARTICIPE PRESENT : cas d’illogismes (Hanse 1993)

un café chantant (il ne chante pas)

une place payante

une couleur payante

une rue passante

un endroit commerçant

un chemin glissant

une soirée dansante

un thé dansant

à 7 heures sonnant(es)

séance tenante

une maison à lui appartenant = lui _ = à lui _e

 

101 point d’interrogation, point d’exclamation (Ce ne sont pas des points mais des signes.)

 

102 Un article ‘défini’ définit le nom qui suit et est donc ‘définissant’.

 

103 Un accent ‘circonflexe’ ne plie pas (L : flectere) en faisant un arc de cercle ; il est ‘acuflexe’.

 

104 Un h ‘aspiré’ est expiré. (c’est nommer noir ce qui est blanc !)

pléonasmes:

 

105 chaussé de souliers

 

106 coïncider avec

 

107 conjointement avec

 

108 coopérer avec

 

109 empêchement DIRIMANT au mariage (dirimant = qui empêche)

 

110 l’herbicide le plus total

 

111 la possibilité de pouvoir contrôler

 

112 le milieu ambiant

 

113 le plus extrême

 

114 J’ai trouvé l’ANTIdote CONTRE tel poison.

 

115 applaudir des 2 mains (applaudir: sens propre: battre des mains en signe d’approbation)

 

116 s’autoproclamer < se = auto-

 

117 s’IMmiscer DANS

 

118 transférer au delà de

 

119 un faux prétexte

120-141:

 

André Hella, Il y a pléonasme et pléonasme, VA 08/05/1985

 

Le pléonasme consiste, ainsi que l’on sait, à reprendre une idée déjà exprimée par un autre mot de même sens.  Comme dirait. le bon peuple, c’est « dire deux fois la même chose.

 

Il est des pléonasmes naïfs, massifs, ainsi : monter en haut – descendre en bas – reculer en arrière se cotiser à plusieurs – prévenir ou préparer d’avance – collaborer ensemble – se cotiser à plusieurs – se succéder l’un à l’autre – se relayer tour à tour – une panacée universelle après autorisation préalable – l’apanage exclusif – à deux reprises différentes puis ensuite – car en effet – enfin finalement mieux vaut… plutôt que – autrement plus fort – plus pire.

 

Les pléonasmes sont dus à un manque d’attention, de rigueur, quand ce n’est pas à une ignorance du sens exact des mots employés.  De bons écrivains n’y échappent point: «Réédifier à nouveau » (Huysmans) – « Redécouvrir à nouveau » (P.  Vialar) – «  Je suivrai derrière » (Philippe Hériat) – «  Un faux prétexte » (Françoise Sagan) «  Il n’aurait jamais cru possible qu’un garçon comme lui pourrait aimer une femme comme donna Lucrezia. (Roger Vailland).

 

Commémorer un anniversaire est en fait aussi un pléonasme, car l’anniversaire rappelle le souvenir d’un événement arrivé le même jour, une ou plusieurs années auparavant.  On doit donc fêter l’anniversaire d’une naissance et célébrer celui d’une victoire.  Mais cette nuance semble bien en train de disparaître, et « commémorer un anniversaire » commence à entrer dans l’usage.

 

Il est d’ailleurs maints pléonasmes qui ne sont plus ressentis comme tels, particulièrement ceux qui ont fini par constituer des expressions toutes faites, par exemple : Je suis sûr et certain – Nul et non avenu – prendre fait et cause pour – donner pleine et entière satisfaction – en lieu et place – tant et si bien – fait de pièces et de morceaux revenir (ou retourner) en arrière.

 

La locution marche à pied (et marcher à pied) a été souvent critiquée par les puristes.  Pourtant elle figure dans tous les dictionnaires et des arguments plaident en sa faveur, le plus solide étant la référence à de grands écrivains tels Bossuet, La Bruyère, Voltaire, Chateaubriand et Stendhal.  Cela ne signifie pas qu’il faille en toute occasion employer « marche à pied ».

 

Il est des cas où « à pied » serait ridicule; il en est d’autres, où non seulement il ne choque pas, mais même paraît bien indispensable, ainsi : « Ils marchaient presque seuls et à pied dans une ville propre > (La Bruyère) – « Au milieu d’une horde de tout âge et de tout sexe, marchaient à pied les gardes-du-corps (Chateaubriand).  J’étais harassé, je marchais à pied» (Stendhal) – « Je prendrai un fiacre.  Ou plutôt je marcherai à pied» (H.  Troyat).  C’est affaire de contexte.  On éliminera ou c ‘ onservera « à pied » selon la nuance de pensée que l’on veut introduire.

 

Se suicider (qui signifie littéralement : « se soi tuer ») et aujourd’hui (qui contient une répétition de jour puisqu’en latin, hodie dont est tiré hui signifiait aujourd’hui) sont deux lourds pléonasmes, mais ils sont tellement entrés dans nos habitudes qu’on ne s’en rend plus compte.  Comme quoi – c’est une banalité qu’il convient de rappeler souvent – le, langage n’est pas construit sur la seule logique.

 

L’emploi de toutavec pre-. mier et dernier n’est pas à .proprement parler un pléonasme, mais bien plutôt un renforcement.  Proust écrit : «Les toutes premières fois » et Péguy: «Dès le tout premier commencement de l’affaire ». Cette redondance peut choquer du fait qu’en principe, les adjectifs qui ont une valeur de superlatif ne peuvent être accompagnés d’un adverbe qui amplifie leur sens.

 

C’est une manière de composer en somme des « supersuperlatifs ». Pourquoi pas ? A notre époque, où l’on a l’hyperbole facile et aussi la passion de l’inédit, du sensationnel, ce tour est devenu très courant ‘ particulièrement dans l’audiovisuel : « Et maintenant, vous allez entendre la toute dernière chanson de Mireille Mathieu ».

 

Ce qu’il faut éviter davantage, ce sont les associations de mots appartenant à la même famille : « vêtu de vêtements misérables » « Un tas d’objets étaient entassés pêlè-mêle » « Chausser des chaussures légères» – «Allumer la lumière ».Ce sont là des mots un forment pléonasme.

 

Il est des pléonasmes qui se justifient par des raisons de style’ Il s’agit alors de répétitions utilisées pour marquer l’insistance : «  Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu.  Ce qui s’appelle vu» (Molière).

 

Les pléonasmes dont nous venons de parler sont lexicaux.  Il en est d’autres, qui sont syntaxiques, et qui nous paraissent les plus disgracieux, les plus incorrects.  Ainsi, on ne dira pas : cc Mon beau-frère, quand il rentre du bureau, il se lance. sur la télé», mais: «Mon beau-frère, quand il rentre du bureau, se lance sur la télé. cc On ne dira pas : « Un livre dont j’ignore le nom de son auteur», mais: «Un livre dont j’ignore le nom de l’auteur » ou (mais c’est plus compliqué) « Un livre de l’auteur duquel j’ignore le nom».  On ne dira pas davantage , cc Ce sont des maisons où les propriétaires n’y sont jamais», mais: « Ce sont des maisons où les propriétaires ne sont jamais ». Et enfin on ne dira pas . cc Des fleurs qu’il fallait bien qu’il allât les cueillir vers l’aurore » (Aragon), mais : « Des fleurs qu’il fallait bien qu’il allât cueillir vers l’aurore ».

 

Eviter d’employer, un pronom de trop !

 

André HELLA

142

André Hella, Pléonasmes fautifs, “suffocant” ou “suffoquant”, in: Le langage et la vie, VA 25/03/1974

 

“Est à rejeter … la locution conjonctive “mieux vaut … plutôt que …” inutilement lourde.  Le “plutôt” est de trop et son élimination assouplit avantageusement la phrase: “Mieux vaut en rire qu’en pleurer.”

Par contre, il convient avec “préférer” d’employer “plutôt que”, tout au moins dans les phrases où ce verbe sert à exprimer un choix entre deux éventualités.  Ainsi: “Je préfère mourir plutôt que de céder à un pareil chantage.”  Nous admettons volontiers qu’il y a le pléonasme, mais ce n’est pas exceptionnel de voir l’usage l’emporter sur la logique …”

 

143

André Hella, Le français, langue de clarté?, VA 11/07/1978

 

Le français a une orthographe, une grammaire et une syntaxe qui pêchent souvent contre la logique.

 

Il ne pense qu’à lui. (et pas soi) Pourtant, on dit: je ne pense qu’à moi, tu …. toi.

 

144-156:

André Hella, Pas clair et pourtant très français …, VA 08/01/1992

 

La qualité par laquelle paraît s’imposer le français est la clarté.  Mais n’est-ce pas un préjugé délibérément entretenu depuis plus de trois siècles par notre chauvinisme culturel? Nous sommes plus ou moins enclins en effet à associer la langue française à la philosophie de Descartes, qui ne croyait qu’aux « idées claires et distinctes », ainsi qu’aux réformes de Malherbe et de Vaugelas, qui s’appliquèrent à donner « des règles certaines à notre langue, à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».  (…) Et de nos jours encore, ons e complaît à citer l’aphorisme que Rivarol énonça en 1784, lors de son discours devant l’Académie de Berlin: « Ce qui n’est pas clair n’est pas français ».

 

(…) Il n’ est pas du tout difficile d’opposer à Rivarol maints tours et expressions qui ne sont pas du tout clairs, et qui pourtant sont très français.

 

En français, l’épithète peut se tourner soit vers le sujet, soit vers l’objet. (…) On dit ainsi un récit palpitant, alors que seul celui qui l’écoute ou le lit est à même de palpiter … (…) On a aussi: des blessés graves, des accidentés légers, une place assise, la brigade criminelle (serait-elle composée d’assassins?), des soudeurs autogènes (c’est la soudure qui est autogène, et non le soudeur, qui ne s’est pas fait lui-même, si qualifié soit-il!).

 

Les pseudo-règles de la « concordance des temps » nous imposent de remplacer le futur par le conditionnel et le présent par l’imparfait (..).  Ainsi, on dira: « Pierre m’a fait savoir qu’il était d’accord » – comme si maintenant il n’était plus d’accord! ou « Je lui ai prouvé que j’étais honnête – comme si j’avis cessé depuis lors d’être honnête!

 

Les constructions ambiguës ne sont pas du tout rares en français.

Il a vu tuer son voisin: le voisin a-t-il tué ou a-t-il été tué?

Il a entendu gronder son frère pour protester: le frère grondait-il ou était-il grondé?

Quatre jeunes gens sous la menace d’un revolver s’emparent du tiroir-caisse.  Qui était sous la menace du revolver?

Ce qui fait acheter les femmes, pour ce qui pousse les femmes à acheter.

 

Pourquoi, lorsqu’un automobiliste en percute un second, celui-ci devient-il un tiers?  Pourquoi dit-on: « je vous verrai dans huit jours », alors qu’en réalité on en compte sept?  Et comment expliquer raisonnablement à quelqu’un qu’il est votre hôte quand il vous reçoit et qu’il le restera quand vous le recevrez?

 

2 Sens opposés

 

 

1 au moment où / du moment que (Hanse 1993)

 

2 manuscrit = …, texte original dactylographié (Hanse 1993)

 

3 myrtille : le fruit et la plante (Hanse 1993)

 

4 orchestre : partie d’une salle de théâtre près de la scène ou les spectateurs qui s’y trouvent ((Hanse 1993, 669)

 

5 “Sans doute” exprime un doute et veut dire “probablement”.

 

6 100 x autant = 100 x plus (En allemand, on dit: « hundertmal so viel ».)

 

7 apprendre : 2 sens contradictoires

 

8 ballon : grosse balle

cruchon : petite cruche

 

9 bonde = 1) trou, 2) ce qui bouche le trou

 

10 C’est quelqu’un ! (contradictoire)

 

11 Ce calcul s’avère faux.

 

12 défendre : 1) prendre la défense de, 2) interdire

 

13 des petits pois moyens

 

14 enceinte  < sans ceinture

encapuchonné < mettre dans un capuchon

 

15 for intérieur (jugement de la conscience)

for < foris : dehors !!

 

16 hôte : personne qui reçoit ou qui donne l’hospitalité

 

17 hydrofuge (qui éloigne l’eau); calorifuge (qui conserve la chaleur)

 

18 prendre l’ascenseur pour descendre

 

19 “Quelle différence entre ‘Ce gouvernement a fait long feu’ et ‘Ce gouvernement n’a pas fait long feu’? (Hella 1995b)

 

20 infatigable (in = non) ; ingambe (in = oui)

 

21 Je lui achète un livre. (En allemand, « ich kaufe ihm ein Buch. » (ihm = für ihn: pour lui); « ich kaufe ihm ein Buch ab. « (= für mich: pour moi))

 

22 Je soussigné au lieu de soussignant. c’est le texte (lettre, attestation, contrat, ..) qui est soussigné.

 

23 lavatory = lavabo: lieu d’aisance publique avec lavabo (Hanse 1993, 541)

 

24 lilas = fleur; l’arbuste qui la produit (Hans 1993, 551)

 

25 la ville où tu habites mais le jour où je t’ai vu

 

26 louer : 1) donner en location, 2) prendre en location

 

27 Maison à vendre!: vendez cette maison

 

28 matinée = séance de l’après-midi

 

29 ormeau: 1 jeune orme; 2 orme en général

 

 

30 pas plus tard qu’hier : = il n’y a pas longtemps ; donc on devrait dire pas plus tôt qu’hier.

 

 

31 phylloxera  (= « feuille + sèche ») : à la fois l’animal et … la maladie qu’il transmet 

 

 

32 sanctionner = 1) – ; 2) +

 

 

33 sans aucune …; sans rien …

 

 

34 sans doute : quand on dit sans argent, sans souci, il n’ y a pas d’argent, pas de souci. Mais quand on dit : Il viendra sans doute demain : on exprime un doute quant à la réalisation.

 

 

35 trombone : 1 instrument de musique ; 2 celui qui en joue

 

 

36 vous n’êtes pas sans savoir / ignorer

 

 

37 rien moins que = pas du tout

(et pourtant 🙂

Chateaubriand : « Pour affirmer une aussi douloureuse vérité, il ne fallait rien moins que le récit d’un témoin oculaire. » (Mémoires d’Outre-Tombe, III, I,1, 16,  éd. du Centenaire)

 

 

38 NE :

Y a-t-il rien de plus inquiétant ? (= quelque chose)

Ce n’est pas rien. (= quelque chose)

Ce n’est rien. (= c’est sans importance ; ce n’est nulle chose)

Il ne travaille pas pour rien.

Ce n’est pas pour rien. (Hanse 1983, 603)

 

 

39 Cela NE pose AUCUN problème.

 

 

40 Deux négations ne s’annulent jamais, in : VA 09/09/1990

 

En algèbre, deux signes néga­tifs s’annulent : il n’en va pas de même dans les langues naturel­les. Peut-être invoquera-t-on l’exemple du latin. Ce serait à tort, car dans la langue de Cicéron, deux négations successives ne s’annulent pas : elles valent une forte affirmation, ce qui est assez différent.

En français, elles ne se limi­tent pas à une seule valeur d’em­ploi. Elles peuvent en avoir de multiples et diverses qui, ïomme on le verra, ne varient jas toujours avec les types de construction dans lesquels elles s’utilisent. Avant d’aborder ceux-ci, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que la notion négative s’exprime par un ad­verbe : ne… pas, non, ne (non explétif), etc., mais aussi par un verbe : nier, interdire, etc., un adjectif : impossible, improba­ble, etc., un pronom accompagné de ne : aucun, nul per­sonne, rien ou une préposition : sans.

 

Renforcement

 

Il arrive que, comme en latin, la double négation renforce une affirmation. C’est très générale­ment le cas dans les tours imper­sonnels où la principale est sui­vie d’une relative : « Il n’est aucune ville de France qu’il n’ait (ou n’ait pas) visitée » ainsi que dans les subordonnées introdui­tes par sans que ou que ne : « Rien ne se décide à la direction de cette entreprise sans que tout le personnel soit consulté ». « n ne se passe pas de jour qu’elle ne lui fasse un affront » (= « sans qu’elle lui… »).

Grâce à la double négation, l’idée se charge d’une tonalité affective qui rend renonciation plus vive et plus insistante. Pour nous en rendre mieux

compte, mettons ces exemples à une forme positive : « Il a visité toutes les villes de France » ; « A la direction de cette entreprise, tout se décide après consulta­tion du personnel » et « Elle lui a fait chaque jour un affront ». L’effet de style a disparu et la phrase a perdu son relief.

 

Atténuation

La double négation sert toute­fois moins souvent à renforcer l’expression qu’à l’atténuer. « J’ai vendu ma maison non sans regrets », « Il nest pas impossible que j’accepte votre mar­ché » et « Il est évident que cette nouvelle loi ne nous est pas défa­vorable » sont des façons adou­cies et discrètes de dire : « II est évident que cette nouvelle loi nous est favorable ».

Les exigences de la vie sociale nous empêchent souvent de li­vrer notre pensée de manière trop nette ou trop abrupte. C’est par politesse que nous usons du pompeux « Vous n’êtes pas sans savoir ». Dans notre for inté­rieur, nous pensons alors pres­que toujours « n n’est pas du tout certain que vous sachiez ce à quoi je vais faire allusion, mais, pour éviter que vous pas­siez pour un ignare, je vais faire comme si vous le saviez ».

Nous pouvons aussi être ame­nés à la démarche inverse : à at­ténuer non plus ce que notre propos a de défavorable, mais ce qu’il a de favorable. L’euphé­misme devient litote. Un seul exemple : « Sacha Guitry avait de son talent une idée qui n’était certes pas modeste, mais qui n’était pas injustifiée ». Pour­quoi qui n’était pas injustifiée au lieu d’un franc « qui était jus­tifiée » ? Parce que le contexte incline peu le locuteur à encen­ser plus qu’il ne faut un auteur dramatique qui s’est déjà telle­ment encensé lui-même.

La part d’éloge s’estompe en­core quand nous recourons à une interrogation oratoire impliquant une réponse affirma­tive : « Sacha Guitry avait de son talent une idée qui n’était pas modeste, mais n’était-elle pas justifiée ? » (= « Oui, il y a des. raisons d’admettre qu’elle était justifiée »).

 

Contresens

La double négation ne se ré­duit cependant point à un pro­cédé de style ayant pour objet de renforcer ou, le plus souvent, d’atténuer l’expression de la pensée, ne  serait, en effet, trop simple de croire qu’il suffit de la supprimer pour obtenir un énoncé sinon équivalent, du moins analogue. Si dans une langue imaginaire qui serait calquée sur le système algébrique, « Elle n’a pas dit non »’ équivaut à « Elle a dit oui », en français, ces six petits mots si­gnifiaient qu’elle n’a pas dit oui, mais qu’elle n’a pas non plus dit non et qu’il y a dès lors une pos­sibilité qu’elle dise oui demain.

En appliquant aveuglément le principe selon lequel deux « moins » égalent un « plus », on risque d’aboutir à des altéra­tions ineptes ou à de lourds con­tresens.

« E. est inadmissible qu’il soit passé devant vous sans vous sa­luer » ne peut se transformer qu’en « II est admissible qu’il soit passé devant vous en vous saluant », ce qui change forte­ment le contenu de la phrase et le rend, de plus, ridicule.

Le passage à la forme affirma­tive entraîne parfois de très net­tes modifications de sens. Si on remplace « H ne peut pas ne pas signer » par « H peut signer », ce qui était une obligation dans la phrase initiale se réduit à une simple possibilité, et si à « Il n’est pas exclu qu’il ne vous ré­ponde pas », on substitue « II est exclu qu’il vous réponde », les chances de recevoir une ré­ponse, qui existaient dans le premier énoncé, disparaissent entièrement dans le second.

Le comble est atteint avec cer­tains compléments et subordon­nées de conséquence. De « Elle n’est pas laide au point de ne pas espérer trouver un mari » on fera « Elle est laide au point d’es­pérer trouver un mari », ce qui est tout le contraire de ce que l’on veut dire !

On le voit, la double négation échappe à toute règle, à toute norme, et sa présence n’est jamais « innocente ».

 

André HELLA

 

 

3 Etymologie : dérivations farfelues

1 !!! zoo- < zôion : être vivant

             < animal

 

2 (pied) bot < germ. émoussé: moins tranchant, moins aigu (!)

 

3 _er : le verbe n’existe pas < comburere (brûler)

comburant

combustible

comburivore

 

4 abus < L abusus : utilisation

 

5 acrobate < grec qui marche sur la pointe des pieds

 

6 agricole ; viticole

limicole : qui habite les marécages

 

7-9 in : André Goosse, Pour l’amour du grec, LB, s.d

 

ex. : des créations hardies:

margarine < margaron: perle – à cause de la couleur

pyélite : inflammation du bassinet du rein < pyélos: baignoire

philatélie < atéléia: exemption d’impôts, parce que le timbre-poste dispense

 

10 anode < en haut + hoda : route

 

11 antipodes < dont les pieds sont à l’opposé des nôtres

 

12 apothicaire < grec apothêkê (réservoir)

 

13 aranéen : (t.méd.) se dit du pouls lorsqu’il est presque imperceptible < L aranea : araignée 

 

14 arsenic < L arsenicum < gr arsenikos (mâle) !

 

15 balance < L bis + lanx : 2 bassins

 

16 baleine – balénoptère (_ + nageoire)

                coléoptère   (_ + aile)

 

17-18 bercail < L berbex

De plus « bercail » n’a pas de pluriel. Tandis que « travail » donne « travaux », « chandail » donne « chandails » (?).

Notons que « chandail » vient de « marchand d’ ail ».

 

19 bléser = substituer, en parlant, une consonne faible à une consonne forte: zerbe pour gerbe < L blaesus : bègue !

 

20 obélisque < gr. obeliskos : broche à rôtir

 

21 bupreste < gr. qui gonfle les bœufs

 

22 cédille < ESP cedilla : petit ‘c’

 

23 chènevière = champ où croît le chanvre < chènevis : graine de chanvre

 

24 cuticole : qui vit SOUS la peau < peau + habiter

 

25 cynégétique < chien + conduire

 

26 damalisque (n.m.) < Gr. damalis : génisse

 

27 écologie < gr. oikos (maison)  (!)

écocide : destruction total d’un milieu naturel (!)

 

28 énerver < L enervare : couper les nerfs

 

29 épithélium : concerne toute la surface du corps < peau du mamelon< sur + mamelon

 

30 exacerber < L exacerbare: irriter: ‘exacerber la colère’

 

31 gallicisme – gaulois : façon de parler propre à la langue française !!!

 

32 géographie : étude de

démographie : propriété du

 

33 gluten < L gluten : colle

 

34 grammaire = art d’écrire des lettres

 

35 halobenthos = ensemble des organismes marins qui vivent sur le sol du fond des mers < mer + fond marin

 

36 hémorragie < gr. sang + briser

blennoragie < gr. mucus + inflammation

 

37 hippodrome < hippos : cheval + dromos : course !!!

vélodrome

ballodrome !

 

38 homélie < gr homilia : conversation 

 

39 hystérie < gr. hustera : utérus, matrice !!

40 impeccable : qui ne peut pécher

 

41 incunable < L incunabulum : berceau

 

42 jument < L jumentum (bête de somme) !!

 

43 médiocre < L mediocris : qui tient le milieu : = qui est en-dessous de la moyenne !!!

médiocratie < L medius + gr kratos : commandement : gouvernement exercé par la classe moyenne

 

44 mélo- < gr melos : membre puis chant cadencé

mélomane : personne qui aime la musique !!!

 

45 méno- – mois

ménopause

ménorragie : exagération quantitative des règles !!

 

46 météorologie < gr meteôra: choses élevées dans les airs

 

47 misanthrope < haïr + homme (genre humain)

misogyne < haïr + femme

… ? < haïr + homme (mais pas en tant que genre humain) 

 

48 dysménorrhée = menstruation DOULOUREUSE (?) < mois + couler

 

49 monoplégie : un seul membre paralysé

paraplégie : paralysie des deux membres inférieurs < contre + choc)

 

50 myope < gr muôps : qui cligne des yeux

myosis < gr muein : cligner des yeux : contraction permanente de la pupille de l’œil

 

51 nerf < L ligament

 

52 obtus = arrondi

angle _: plus grand qu’un angle droit

triangle _: dont un des angles est obtus

 

53 oncle > avunculaire (du latin avunculus : oncle)

tante > avunculaire (!)               

 

54 orchestre < L < orkhêstra : espace pour les danseurs < orkheistai : danser

 

55 palin- – de nouveau

palindrome < de nouveau + course !

 

56 paragraphe < gr. écrit à côté

 

27 pédéraste (enfant + raste < amoureux)

cf pédé : homosexuel, et pédérastie

 

28 période < chemin autour

29 philologue < gr. qui aime parler

 

30 plonger < Lpopulaire plumbium < plumbum : plomb !

 

31 pollen < L pollen (farine)

 

32 ration < L ratio : compte

 

33 rubrique < L rubrica : titre en rouge

 

34 sarcophage < gr. sarkophagos: qui mange de la chair

 

35 scaph(o)- = barque

scaphandre = barque + homme !!

scaphocéphale = barque + tête

 

36 ségétal < L seges, segetis : moisson

   = qui croît dans les champs de blé !!

 

37 sénestrochère < gauche + main mais il s’agit du bras gauche

 

38 sérodiagnostic : < sang

sérovaccination < sérum

 

39 abysse : fond océanique situé à plus de 2000 m de profondeur < abussos : sans fond !

 

40 subjonctif < bas layin subjunctivus : subordonné

 

41 suborner  < équiper  (sens !)

 

42 succinct < court vêtu (sens !)

 

43 suffixe : fixé SOUS

 

44 tachyphémie : trouble de l’émission du langage > rapidité

blasphème : parole impie

 

45 terricole : qui vit dans la terre

 

46 théorème < gr. objet d’étude

 

47 corollaire < petite couronne

 

48 transparent – diaphane < gr. diaphanês

mais : diaphane : qui laisse passer la lumière SANS ÊTRE TRANSPARENT

 

49 tréma < trêma : petit trou ( > en particulier : petit trou sur un dé) < trêsai : trouer   !!

 

50 échidné < gr. vipère ou hérisson, épine

 

51 viride = verdissant

viridité : état de ce qui est vert

 

52-54 / in : Jean Bouffartigue, Anne-Marie Delrieu, Les racines grecques, éd. Belin, 1976

 

(p.38) PANTO- :

Elle est plus rare que la précédente et ne donne de mots nou­veaux que dans les vocabulaires spécialisés. Dans les mots les plus courants, elle n’a pas un sens très clair.

PANTOGRAPHE, c.r. (+ graphein, écrire) désigne un instrument permettant de reproduire, réduire ou agrandir un dessin. Il a été fort mal baptisé : l’élément PANTO- ne le caractérise en aucune façon puisque le plus humble crayon suffit à tout dessiner. Quant au pantographe qui surmonte les motrices électriques, il n’écrit ni ne dessine, mais sa forme évoque celle de l’instrument en question.

PANTOMIME < pantomimos, artiste ou spectacle de mime (+ mimos, mime, de mimeisthai, imiter). Dans l’Antiquité, le mime est un genre théâtral comportant un texte ; la pantomime est purement gestuelle. Le sens de ces deux mots s’est donc déplacé. Mais, dès l’Antiquité, le sémantisme de PANTOMIME est sur­prenant car, loin d’être un mime total, la pantomime se trouve privée, par rapport au mime, de l’expression orale. C’est un des cas où l’étymologie pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

 

(p.40) MONOMÈRE < monomères, simple (+ monos, unique, voir p. 41) : un polymère est constitué des mêmes atonies qu’un monomère, mais chacun d’eux en nombre n fois plus grand. En revanche, deux ISOMÈRES «- isomères, ayant le même nombre de parties (+ isos, égal, voir infra) ont le même nombre d’atomes, mais dans un agencement différent. Tout l’art de l’industrie chi­mique consiste à inventer et à fabriquer POLYMÈRES et ISO­MÈRES. Nous lui devons en particulier les ÉLASTOMÈRES, caoutchoucs synthétiques désignés par un mot-valise réunissant ÉLASTIQUE (voir ce mot p. 219) et POLYMÈRE. En biologie, les mots en -MÈRE désignent certaines cellules, par exemple des BLASTOMÈRES (+ blastê, germe) qui sont les pre­mières cellules issues de la division de l’œuf. L’élément -MÈRE réfère aussi aux parties constituant les membres des insectes. On saura donc qu’un produit chimique est TRIMÈRE <-trimerês, triple, s’il a les mêmes atomes qu’un autre, en nombre trois fois plus grand, mais qu’un insecte TRIMÈRE a le bout des pattes articulé en trois parties !

 

(p.46) KILO- = mille < khilioi, mille.

Les fondateurs du système métrique ont infligé un véritable camouflet à la philologie en créant les préfixes HECTO- et KILO-. Rien ne justifie la disparition du a de hekaton, qu’on retrouve bien dans HECATOMBE < hekatombê, sacrifice de cent bœufs (hekaton + bous, bœuf) ; pour l’évolution du sens, voir HOLOCAUSTE, p. 38. De même au lieu de KILOMÈTRE, c’est *CHILIOMÈTRE qui s’imposait, à la rigueur *CHILOMÈTRE.

 

55-56 / in : Jean Bouffartigue, Anne-Marie Delrieu, Les racines grecques, éd. Belin, 1976

 

(p.47) Dans le nom du collectionneur d’étiquettes de fromages, le TYROSÉMIOPHILE, le début du mot a été recueilli dans le vocabulaire grec, qui a fourni turcs, fromage, et sêmeion, signe. Avec un nom aussi savant, une innocente manie devient un art respectable.

En est-il de même pour la COPOCLÉPHILIE ? Le mot, en tout cas, prouve que l’imagination linguistique est toujours au pou­voir. Les COPOCLÉPHILES, qui sont, comme chacun sait, des collectionneurs de porte-clés, peuvent rendre grâce à l’helléniste authentique qui a su retrouver le mot kôpê, poignée d’instrument, en particulier poignée ou anneau de dé, et qui a eu assez d’humour pour y adjoindre le mot français CLÉ, créant ainsi ce monstre sympathique au lieu d’un pédant *CLÉIDOCOPOPHILIE exigé par le conformisme philologique.

 

(p.52) ARCH-  /  -ARCHI-  /  -ARQUE = supériorité, pouvoir <-

arkhê, commandement.

En début de mot, l’élément ARCH- / ARCHI- indique le rang supérieur :

ARCHANGE <- lat. archangelus <- gr. arkhangelos, chef des anges (+ angelos, ange, voir p. 200).

ARCHEVÊQUE 4- arkhiepiskopos, évêque en chef (+ episkopos, éi’êquc, voir p. 203).

ARCHIDUC, c.r. (+ DUC) ; ARCHIPRÊTRE, c.r. (voir PRÊTRE, p. 204) etc.

Le français utilise ARCHI- comme préfixe pour marquer le superlatif :

ARCHIBANAL, ARCHICONNU, ARCHISEC. L’élément ARCHI-  a  perdu  sa  valeur propre  dans  ARCHI­TECTE «- lat. architectus «- gr. arkhitektôn, constructeur en chef (+ tektôn, charpentier).

Le cas d’ARCHIPEL est particulier. Il provient d’un mot Arkhi-pelagos (+ pelagos, mer) inconnu du grec ancien et forgé à Byzance au Moyen Âge. Son sens était alors : la Mer Principale, c’est-à-dire la mer Egée. En français, « l’Archipel » désigna d’abord la mer Egée. Or cette mer est parsemée d’îles, d’où l’expression « un archipel » pour évoquer une mer semée d’îles. Le mot est devenu un nom commun signifiant « groupe d’îles ».

Les mots en -ARCHIE indiquent des formes de gouvernement ; les mots en -ARQUE ceux qui les exercent.

 

57-59 / in : Jean Bouffartigue, Anne-Marie Delrieu, Les racines grecques, éd. Belin, 1976

 

(p.54) -TOP- / TOPO- = lieu <- topos, lieu.

En début de mot, TOPO- réfère à l’espace géographique. TOPOGRAPHIE «- topographia, description d’une région (+ gra-phein, écrire) ; d’où TOPOGRAPHIQUE. Cet adjectif (sous-entendu : croquis ? plan ? relevé ?) a été abrégé en TOPO qui, du sens de « plan », est passé à celui de « discours ».

(p.55) TOPONYME, c.r.  (+ -ONYME = nom, voir p.  174)  : nom propre de lieu.

En fin de mot, dans BIOTOPE, c.r. (+ bios, vie) : milieu bio­logique, -TOPE réfère à l’espace naturel ; dans ISOTOPE (voir p. 40], à la place dans la classification des éléments. UTOPIE, mot inventé par Thomas More en 1516 sous la forme latine utopia, a pour premier élément le mot grec ou, signifiant non. Après avoir désigné le pays de nulle part, il désigne aujourd’hui ce qu’on pourrait y faire…

 

(p.89-90) Enfin, lorsque le mot-source est un nom propre, le lien entre celui-ci et le nom chimique peut reposer sur un savant détail mythologique, ou même ne pas exister : la dénomination est alors purement arbitraire.

Si le nom du CADMIUM rappelle Cadmos, fondateur légendaire de Thèbes, c’est que ce métal a été découvert dans la CADMIE, minerai de zinc que les Grecs appelaient kadmeia parce qu’il était extrait près de Thèbes.

Si le TANTALE a reçu le nom du héros célèbre par son supplice, c’est parce que ce métal a la particularité de ne pouvoir être saturé par l’acide (le malheureux ne peut   étancher sa soif d’acide !).

Si le NIOBIUM porte le nom de Niobé, fille de Tantale, c’est qu’il est chimiquement proche du tantale.

Quand on découvrit un corps proche du TELLURE, dont le nom avait été tiré, pour d’obscures raisons, du latin tellus, telluris, terre, on lui donna le nom de la lune en le baptisant SÉLÉNIUM, d’après le grec selênê, lune.

L’URANIUM, le PLUTONIUM, le PALLADIUM ont reçu sans raison particulière le nom de planètes qui venaient d’être décou­vertes : Uranus, Pluton et Pallas, une des petites planètes de la ceinture d’astéroïdes. En grec, Ouranos est le nom du Ciel divi­nisé, Ploutôn est un des noms du Dieu des morts, et Pallas un des noms de la déesse Athéna. Le choix des personnages divins pour désigner ces planètes fut lui-même absolument arbitraire.

 

(p.101) -PLASIE / -PLASM- / -PLAST- = formes et activités cellu­laires <- plasis, modelage ; plasma, objet modelé ; plastos, modelé (plassein, modeler).

CHLOROPLASTE, c.r., où CHLORO- représente CHLORO­PHYLLE (voir p. 82) : grain de chlorophylle présent dans une cellule.

CYTOPLASME, c.r. (+ CYTO-, voir p. 95) : matière consti­tutive de la cellule.

HYPERPLASIE, c.r. (+ huper, à l’excès) : prolifération de cellules normales.

NÉOPLASME, c.r. (+ neos, nouveau) : prolifération de cellules anormales, tumeur.

PLASMOCYTE, c.r. (+ -CYTE, voir p. 95) : cellule anormale. Ce mot n’est nullement l’inverse de CYTOPLASME ; on voit ainsi avec quelle liberté les savants associent les éléments grecs pour construire leur vocabulaire.

 

60-61 / in : Jean Bouffartigue, Anne-Marie Delrieu, Les racines grecques, éd. Belin, 1976

 

(p.160) PROSTATE < prostates, qui désignait en grec un protecteur. Pour une raison peu claire, un médecin grec a choisi ce nom pour désigner la glande qui entoure l’urètre, au-dessous de la vessie.

 

(p.174-175) Le jeu   d’opposition   qui   se   manifeste   entre   les   éléments -GRAPHIE, -LOGIE et -NOMIE est irrégulier ; la nature et le sens de l’opposition varient d’un couple d’opposés à un autre. Entre   RADIOLOGIE   et  RADIOGRAPHIE,  c’est un   savoir (-LOGIE) qui s’oppose à une pratique (-GRAPHIE). Entre ETHNOLOGIE et ETHNOGRAPHIE, c’est une réflexion (-LOGIE) qui s’oppose à une description (-GRAPHIE). Entre GÉOLOGIE et GÉOGRAPHIE, c’est le sujet d’étude qui change, bien que l’élément qui le désigne (GÉO-) reste le même.

Dans le couple ASTRONOMIE / ASTROLOGIE, -NOMIE compose le nom d’une science, et -LOGIE celui d’une spécu­lation non scientifique.

Le rôle des deux éléments apparaît bien différent si l’on compare GASTRONOMIE à GASTRO-ENTÉROLOGIE. Cette fois, c’est le nom en -LOGIE qui désigne l’activité à caractère scienti­fique. La GASTRONOMIE ne saurait prétendre à ce caractère, même si le mot a perdu la valeur parodique de son modèle grec gastronomia. Ce nom, qui signifie Règles de la Gourmandise, fut choisi par le poète Archestrate au 4e siècle avant J.-C. comme titre d’un poème consacré au bien-manger. C’est une création humoristique associant le suffixe noble -nomia à l’évocation triviale du ventre (gastêr), considéré comme le lieu du plaisir gourmand.

Entre ÉCONOMIE et ÉCOLOGIE, c’est encore l’objet d’étude qui change. ECO- y exprime deux réalités différentes (la vie économique et l’habitat naturel), tandis que -NOMIE et -LOGIE y expriment le même type d’activité intellectuelle.

 

62 aérodynamique (qui utilise la force de l’air): un appareil _;

si on dit: une voiture _ (qui a les lignes fuyantes, bien profilées), il faut alors accepter un bateau hydrodynamique.

 

63 anglophilie gr philos ‘qui aime’ > qui aime les Anglais

pédophile : gr paidos : enfant > qui aime les enfants !!

 

64 astrolabe (au lieu d’‘astromètre’) < gr. lambanein : prendre

 

65 autoclave < gr autos + L clavis (clef): « qui se ferme (?) soi-même »

 

66 bathyscaphe < bathus : profond + scaphê: barque

 

67 bibliolâtre : 1 qui aime les livres à l’excès

2 qui s’attache trop servilement à la Bible

 

68 bipenne : qui a deux ailes < L penna : plume

 

69 bombyx < gr. bombux : ver à soie !

 

70 bradype < gr. bradus : lent, pous,podos : pied (et les bras !)

 

71 brassicole : relatif à la brasserie

ignicole : adorateur du feu

 

72 cacochyme : faible, languissant < gr. kakohumos : mauvaise humeur

 

73 caméral : relatif aux finances publiques < camera : chambre !!

 

74 catadrome : adj < kata (sur) + dromos (course) : se dit des poissons (anguille, …) qui vivent en rivière et fraient en mer

 

75 cime < L cyma : tige < gr kuma : tige   !!!

 

76 cocci-, cocco- – graine ou insecte !!!

coccidés – insecte

 

77 diabète < gr. diabêtês : qui traverse 

 

78 écrou < L scrofa : truie

 

79 élaph(o)- – cerf

élaphocère = elaphocera

élaphode = elaphodus

élaphre = elaphrus

elaphus = renne !!

 

80 équivoque < L: aequivocus: à double sens

 

81 étymologie = vrai – science . En néerlandais, on dit ‘woordafleidkunde’ (science de l’origine des mots)…

 

82 ferrugineux < L ferrugo, -inis : rouille du fer

 

83 for intérieur (jugement de la conscience) : for < foris : dehors !!

 

84 pédologie 1 étude des sols

2 étude des enfants

 

85 piscine < L piscis : poisson

 

86 réfractaire : qui résiste < L fractus < frangere : casser

 

87 syllabe : choses réunies

 

88 topiaire < L topiarius : jardinier

 

89 tôt < L tostum : chaudement !!!

 

4 Ignorance du latin-grec,

Par conséquent des formations de mots absurdes et farfelues, à commencer par des linguistes, une connaissance forcément très limitée du vocabulaire français

1 adolescent < L adolescere : croître

 

2 agriculture : travail de l’‘ager’ (champ)

horticulture : travail de l’’hortis’ (jardin)

aviculture : travail de l’’avis’, oiseau ? Non, élevage des oiseaux.

cuniculiculture : élevage du lapin.

riziculture : travail ou élevage du riz ? Non, action de faire pousser le riz.

motoculture : travail ou élevage de la moto ? Non, travail à l’aide d’un moteur.

monoculture : travail ou élevage ou à l’aide du mono ou culture d’une seule plante ? Non, culture d’un seul genre de plante.

cuniculiculture (Ouf ! ) n’a rien à voir avec la terre, les plan­tes ou les moteurs, mais avec l’élevage du lapin !

sériciculture ( du latin sericum, soie ) n’est pas le labourage, …, le fait de faire pousser, de ne faire pousser que, de faire pousser à l’aide de, ni même d’élever la soie, mais l’élevage du ver à soie !

 

3 antébrachial = antibrachial

 

4 anthropoPHAGE : qui mange des hommes

PHAGédénique : qui ronge les chairs

œsoPHAGE : qui porte ce qu’on mange

 

5 Celui qui tue sa sœur est un fratricide.

 

6 cent > centimètre (– hectomètre)

mille > millimètre (– kilomètre)  < L mille (mille)

 

7 concentrique : devrait être remplacé par *circoncentrique !

 

8 économie domestique : ces deux mots ont une partie éco-, dom- signifiant ‘maison’.

 

9 édaphologie = pédologie – sol NB Quelle est l’utilité de fabriquer deux synonymes tirés à 100 % du grec ?

 

10 l’Antéchrist : on devrait dire l’Antichrist

car antidater (anti = contre)

antéchrist (anté = avant !)

 

11 ophiologie = -graphie mais géologie ≠ -graphie

 

12 patrie < L pater (père) et nous avons : mère-patrie

 

13 père ou mère – parricide pour chacun d’eux

 

14 schizophrène : crâne – fendu

 

 

Conséquences: des fautes

Marcel Grégoire, L’irresponsabilité à l’œuvre, LB 29/09/1963

 

… D’une part, la grève fut déclenchée au mépris de tous les engagements et de tous les usages, c’est-à-dire sans préavis préalable (…)

 

Pékin Express – 24/09/2008

 

« Il n’y a pas 2 alternatives mais 3. »

 

18/03/2003 : un bon étudiant de 5e G ne comprend pas le terme « excavation »…

 

06/2005 – RTB – jeu « 60 secondes »

 

Un professeur participant au jeu ne comprend pas la question :

« Quelle est la province la plus méridionale de Belgique ? »

Il répond : la Flandre orientale.

 

5 Dérivations farfelues 

1 poursuiveur (t. de chasse) – poursuiteur (t. de cyclisme)

 

2 allusion – pas de verbe

illusion  – le verbe illusionner

 

3-4 / André Hella, Des belgicismes fort défendables, AL 12/07/1989

 

« La censure du centralisme parisien est assez loin de se justifier toujours, Les Français disaient encore septante et nonante au XVIIIe siècle : pourquoi leur ont-ils substitué soixante-dix et quatre-vingt-dix, alors qu’ils admettent sep­tuagénaire et nonagénaire ?  Pourquoi, en France, un écolier ou un étudiant re­double-t-il sa classe ou son année, alors que chez nous, comme en Suisse, beaucoup plus logiquement, il la dou­ble ? Ici le préfixe re- est -inutile et même source d’équivoque.

 

5 animal : peut être un nom ou un adjectif

 

6 bracelet < petit bras 

 

7 dé- : détacher : enlever une tache ; décapiter : enlever (!) la tête

 

8 dédoubler des rangs : en faire un avec deux

dédoubler une classe : en faire deux avec une

 

9 DEménager – anglais to (re)move ; NL verhuizen

 

10 denticulé : très petite dent  (et ‘petite dent’= ?)

 

11 énaser (s’) : donner violemment du nez

 

12 enceinte  < sans ceinture

encapuchonner < mettre dans un capuchon

 

13 locataire = qui loue

contestataire = qui conteste

indemnitaire = qui EST indemnisé

 

14 PHOBIE :

phobophobie : peur d’avoir peur

aérophobie

pathophobie

mysophobie : _ de la saleté

syphiliphobie

phtisio- : _ de la tuberculose

hydro-

nycto- : _ de l’obscurité

thalasso- : _ de l’océan

bronto- : _ de l’orage

erythro- : _ de rougir

sito- : _ des aliments

zoo-

ailuro- : _ des chats

claustro-

climaco- : _ des escaliers

acro- :_ des hauteurs

anthropo-

aichmo- : _ des instruments tranchants

micro- !!! : _ des microbes

hypengyo- : _ des responsabilités

astro- !!: _ des tempêtes et des éclairs

panto- : _ de tout

géphyro- : peur de traverser

hémotophobie : peur du sang

 

15 plumer et déplumer signifient la même action.

16 pot –ier = qui fait

bijou –t-ier : qui vend

 

17 tablier < qui recouvre la table

 

18 Un « dictionnaire » est-il fait pour apprendre la « diction » ?

 

19 Depuis quand un « cordonnier » fabrique-t-il et vend-il des « cordons »?

 

 

6 Masculin et / ou féminin

 

Un mot est masculin mais féminin dans un mot composé, ou l’inverse.

De nombreuses hésitations quant à l’utilisation au féminin ou au masculin d’un mot dérivé du latin ou du grec ou non

1 vingt et un(e) mille tonnes (Hanse 1983, 585)

 

2 Noms propres de villes. Aucune difficulté s’ils contiennent un article . Le Caire est masculin. La Rochelle est féminin. En dehors de cela, il n’y a pas de règle ; parfois le même auteur se contredit dans un même article. Une terminaison masculine peut favoriser le masculin ; un e muet dans la syllabe finale peut favoriser le féminin ; mais les exceptions sont nombreuses. et le masculin semble prévaloir.

On trouve sous d’excellentes plumes Rome est bâtie ou Rome est bâti.

L von est occupé ou Lyon est occupée. On dit toujours : le Bruxelles de l830. comme on dit le vieux Bruxelles, le grand Bruxelles, comme le grand Paris, bien qu’on trouve parfois au féminin des adjectifs ou des participes se rapportant à Paris. C’est qu’on sous-entend : la ville.

S’il est question de clubs sportifs. on emploie le masculin : Nice a été battu.

Si l’on désigne non pas le lieu géographique, mais le groupe humain qui y réside, il est normal de préférer le masculin. Cela se produit notamment avec tout . Tout Genève s’intéresse au débat. Le Tout-Paris. (Hanse 1983)

 

3 enzyme, n.. est féminin d’après l’Académie mais s’emploie fréquemment

au masculin. Des enzymes gloutonnes. (Hanse 1983)

 

4 météorite (m. ou f.) (Hanse 1983)

 

5 phalène (f. ou masc.) (Hanse 1983)

6 philosophe : m. & f.

 

7-16 préfète. D’où l’hésitation à donner ce nom à la femme qui exerce la fonction d’ambassadeur. En Belgique. il faut dire : Madame la Préfète (d’un lycée).

 Quant aux titres universitaires reconnus par la loi, licencié, docteur,

 agrégé, etc., ils le sont actuellement sous la forme masculine ou neutralisée. Une dame est donc promue licencié, c’est le titre officiel, mais elle peut fort bien écrire qu’elle est licenciée en droit. Le féminin de maître-assistant est maître-assistante.

Notons qu’une femme est nommée chevalier ou officier ou commandeur de tel ordre, Et enfin que, si l’on dit fort bien : Maître Louise Dupont est une excellente avocate ou est un excellent avocat. On dira : Maître Louise Dupont est inscrite au barreau de Bruxelles. Et l’on devra dire qu’elle est un des meilleurs avocats de sa génération si la comparaison porte sur les hommes comme sur les femmes. (Hanse 1983)

 

acteuse (péjor.)

 

17 aéronef (masc.) et une nef (fém.)

 

18 affin = -e

 

19 alevinier = -ière

 

20 ALPHABET: un ‘s’ ou une’s’

 

21 alvéole n.m. ou f.

 

22 anagramme fém.

 

23 aplatissoir(e)

 

24 assemblé = -ée

 

25 avaloir = -e

 

26 baston: m. ou f.

 

27 bavaroise = -rois

 

28 boungainvillée (F): bougainvillier

 

29 buratin = buratine

 

30 carpier (m) = carpière (f) : bassin avec des carpes

 

31 carrelet (m) = carrelette (f) (sorte de lime)

 

citrin = ? citrine   

 

32 costaud > fém. -de ou … costaud

 

33 dail (m) = daille (f)

 

34 dénivelé (m) = -ée (f)

 

35 drayoire (f.) = -oir (m.)

 

36 écang (m) = écangue (f)

 

37 écang = -cangue

 

38 éclaircisseur (m)  = éclaircisseuse (f)

 

39 écrémoir (m) = écrémoire (f)

 

40 égrisé (m) = égrisée (f)

 

41 engravé (m.) = engravée (f)

 

42 épissoir (m) = épissoire (f)

 

43 escape (f) = escap (m)

 

44 estamet (m) = estamette (f)

 

45 étant donné(e) sa stupidité

 

46 fenouillet (m) = fenouillette (f)

 

47 Jacques Franck, Et on devrait les appeler … matelotes ?, LB 26/02/1994

 

Aujourd’hui, la Communauté française de Belgique (grande comme trois départements français !) a décidé toute seule de féminiser des noms de métier,,fonction, grade,ou titre.  Pour la plupart de ces noms, c’était fait depuis belle lurette : de « diaconnesse » à « directrice », de « culottière » à « stripteaseuse », on avait -si j’ose dire tout ce qu’il faut.  A côté de cela, bien des mots sont considérés comme des invariables sexuels : « dactylo », « détective », « musicologue », « notaire » ou « funambule », par exemple, ont cette chance.  En revanche, à quoi rime le féminin « matelote », « cafetière », « sapeuse », « cuistote », « agente de change », « pompière » (quelle horreur !) « À ambassadrice » (quelle complication, puisque le mot était réservé jusqu’ici à l’épouse d’un ambassadeur)?

Apparemment, nous avons échappé au pire: au féminin d’athlète, par exemple, ou de mannequin, ou de clown.

Avec gravité, le législateur a même conclu que le féminin d’un homme-grenouille était… une femme-grenouille, ce qui sera plus facile à retenir par les analphabètes que les noms du mari des oies ou de la femme des lièvres. On lui trouve par contre des timidités; alors que notre Académie, sans égard pour son Secrétaire perpétuel, a entériné l’affreux féminin « retordeuse », elle a reculé devant « professeuse », allez savoir pourquoi !

– Bref, beaucoup d’arbitraire subsiste.  Comme toujours, lorsqu’on se mêle de réglementer.  En outre, notre pays s’est offert le ridicule de n’en faire qu’à sa tête.  La francophonie fait courir des Belges aux Antilles ou à l’île Maurice, mais ils ne sont pas fichus d’accorder leurs violons avec Paris ou Dakar.

 

48 furfure (f) = furfur (m)

 

49-58 genre non fixé :

les lettres de l’alphabet

après-midi

automne

bodéga

chromo

entrecôte

palabre

steppe

perce-neige

 

59 glycin (m) = glycine (f)

 

60-62 / André Goosse / Le BON USAGE, conférence donnée à Bellefontaine, le 15/12/2007

 

« S’il faut mettre 2 ‘r’ à chariot, c’est la cata en France. Mais mettre un -e à professeur au féminin ne pose pas de problème.

Aucune logique.

cf aussi :

Hélène Carrère d’Encausse (secrétaire perpétuel …)

Elle est un grand poète.

Ma mère a été le témoin d’un accident dont mon père a été la victime.

 

63-67 /André Hella, Noms dont le genre est hésitant ou ignoré – ENTRE et ses composés, VA 18/10/1976

 

Nous sommes sûrs que bien des gens ignorent qu’acné, bodega, ébène, éphémérides, glaire, immondices, oriflamme, ténèbres et vicomté sont féminins, que par contre antidote, antre, apanage, asphalte, astérisque, augure, auspice, chrysanthème, décombres, élytre, esclandre, haltère, héliotrope, intervalle, mânes, obélisque, pétale, planisphère, poulpe, sévices et tubercule sont masculins.

Ce qui complique la question, c’est qu’il est des noms au genre fort hésitant ou dont.la forme féminine est variable.

Si « amatrice » est rejeté, ambassadrice est en train de s’imposer nettement, au propre comme au figuré.

Des noms s’accommodent des deux genres, ainsi : avant-guerre, après-guerre, entre-deux-guerres, après-midi, phalène, souillon et relâche.

C’est le masculin toutefois qui sera préféré pour : alvéole, chromo (abréviation de chromotithographie !), disparate, effluve, (…), minuit, pamplemousse, sandwich, thermos et les noms désignant des lettres (un a, un s).

C’est le féminin qui l’emporta pour: ammoniaque (sauf pour le gaz ammoniac), entrecôte, enzyme, interview, palabre, perce-neige et steppe.

Hôte s’applique aussi bien à celui qui est reçu qu’à celui qui reçoit.  Cette équivoque disparait au féminin, hôte étant la dame qui est reçue et hôtesse celle qui reçoit.

Les noms de villes sont ceux dont le genre est le plus indécis. C’est affaire non seulement d’usage mais aussi de goût personnel.  Invraisemblablement, on peut dire : – Brest a été presque entièrement détruit, ou détruite .

Une seule règle sûre: précédé de tout, le nom de ville est masculin : – Tout Liège était là ., – Tout Bruxelles a été transformé.

Enfin, existe le cas très controversé de la féminisation de nombreux noms de métier.  Les femmes accèdent aujourd’hui à un éventail toujours plus large de professions.  Ce phénomène sociologique, d’ailleurs important, doit-il avoir un retentissement lexical ?

Apparemment non.  Il est remarquable de constater qu’il n’existe en fait de forme féminine que pour les métiers que les femmes exerçaient avant leur émancipation ». On continue à dire: pharmacienne, coiffeuse, institutrice, couturière, infirmière, régente, etc., mais – doctoresse » est de plus en plus abandonné et le nom masculin, avec son article également masculin bien sûr, est employé ailleurs : – Madame le Docteur -, – Madame le Député. Elle est ingénieur commercial « Ma femme est un excellent professeur », etc.

C’est sans doute pour ces dames une façon très grammaticale de nous faire entendre leur revendication égalitaire …

Il est par ailleurs des noms qui n’ont point de correspondant féminin : agent,

agitateur, assassin, athlète, censeur, charlatan, chevaliers disciple, écrivain, filou, forçat, (…), grogneur, lauréat, magistrat, etc.  Il faut veiller évidemment à s’éviter le ridicule d’employer un vocable malsonnant et qui n’existe pas, sauf quand il s’agit de créer un effet ironique.  La solution est alors très simple : il suffit de faire précéder ces noms du mot femme ou jeune fille: – Une femme diplomate », – Une femme magistrat -, etc.  Le contexte, permet souvent de ne pas recourir à une telle construction, toujours un peu lourde : « Ma tante était un vrai tyran domestique -, – A vingt ans, cette jeune fille était déjà possesseur, d’une énorme fortune -, – Ma femme est partisan de ce système d’éducation.

 

 

68 hièble (m ou f)

 

69 hydrant = _e

 

70 igname : m ou f

 

71 jabloir (m) = jabloire (f)

 

72 jabloir = -e = jablière

 

73 jaquelin(e)

 

74 une contrebasse = un contrebassiste = un bassiste (Hanse 1983)

 

75 langoustier (m) = langoustière (f)

 

76 Les vieilles gens sont soupçonneux.

 

77 linotte (f) = linot (m)

 

78 lobivanelle = lobivanneau

 

79 lupulin(e)

 

80 melliflu = -ue

 

81 Jacques Mercier, Une anagramme, LB 01/08/2003

 

Mais un kilogramme, un gramme.

 

82 millas (m) = millasse (f) = milliasse < millet

 

83 muret = -ette = muretin

 

84 némoure (f) = nemuru (m)

 

85 néottie (f) = neottia (m)

 

86 nitelle (f) = nitella (m)

 

87 nonnée (f) = nonnea (m)

 

88 obvers  = -erse

 

89 odontite (f) = odontites /-tès/ (m)

 

90 oseillaire (f) = oseillaria (m)

 

91 padou (m) = padoue (f)

 

92 paramylon (m) = paramylone (f)

 

93 parnassie (f) = parnassia (m)

 

94 pelleteur (m) = pelleteuse (f)

 

95 peplis (m) = péplide (f)

 

96 photocopieur = -ieuse

 

97 pilosella (m) = piloselle (f)

 

98 pinguicule (f) = pinguicula (m)

 

99 pipérin(e)

 

100 pirole (f) = pirola (m)

 

101 pollinose (f) = pollinosis (m)

 

102 potentille (f) = potentilla (m)

 

103 quercitin(e)

 

104 quintuplets (m) = quintuplettes (f)

 

105 ratissoir (m) = ratissoire (f)

 

106 relax = -xe

 

106 renaud (m) = renaude (f) (= chicane)

 

107 roncier (m) = roncière (f)

 

108 rubdeckie (f) = rubdeckia (m)

 

109 salicorne (f) = salicornia (m)

 

110 sanicle (f) = sanicula (m)

 

111 saponaire (f) = saponaria (m)

 

112 sarclette = sarclet

 

113 scabieuse (f) = scabiosa (m)

 

114 scille (f) = scilla (m)

 

115 scribain (m) = scribanne (f)

 

116 sétaire (f) = setaria (m)

 

117 shampouineur = -euse

 

118 soldanelle (f) = soldanella (m)

 

119 sphinx (m) > sphinge (f)

 

120 stellaire (f) = stellaria (m)  (– stellaire)

 

121 tanagra : m. ou f.

 

122 vicomté : f. mais comté : masc., duché : masc.

 

123 taud(e)

 

124 teesdalie (f) = teesdalea (m)

 

125 télekie (f) = telekia (m)

 

126 téniopygie (f) = tæniopygia (m)

 

127 trafusoir (m) = trafusoire (f)

 

128 tralia (m) = tralie (f)

 

129 transformé (n.m.) = -ée (n.f.)

 

130 trincadoure (f) = trincadour (m)

 

131 un alvéole = une alvéole

 

Un dictionnaire suisse féminin-masculin des professions, LB 06/12/1990

 

uniquement valable dans les cantons du Jura et de Genève.

 

132 un peau-rouge

 

133 un(e) perce-neige

 

134 vaccaire (f) = vaccaria (m)

 

135 vaillanterie (f) = vaillantia (m)

 

136 vallisnérie (f) = vallisneria (m)

 

137 varino (m) = varina (f)

 

138 vauchérie (f) = vaucheria (m)

 

139 ventail (m) = ventaille (f)

 

140 ville : f.

bidonville : m.

 

141 virginale (f) = virginal (m)

 

142 vitrine (f) = vitrina (m)

 

 

7 Singulier ou pluriel

 

1 le cabinet = les cabinets (= les toilettes) (Hanse 1983, 190)

2 un caleçon = des caleçons (Hanse 1983, 190)

3 un pantalon = des pantalons (culotte = des culottes) (Hanse 1983, 190)

4 antimite(s)

5 chèvre-pied = chèvre-pieds (adj., n.m.) : qui a des pieds de chèvre

6 démêlure (sg.) = -ures (pl.)

7 des fenêtres grand(es) ouvertes

8 la canicule = les _s

9 La foule des badauds furent coupés en deux par la caravane.

10 math = maths : n.f.pl. ( !)

11 nénie (sg) = nénies (pl)

12 sept-œil = lamproie

13 son lorgnon = ses lorgnons

14 tarot(s) sg = pl

15 tenaille (sg) = tenailles (pl)

16 André Hella, Autour des deux ‘ou’, VA 13/05/1992

 

Quand il est conjonction, ou peut avoir deux valeurs d’emploi selon qu’il est, comme disent les grammairiens, exclusif ou inclusif.  Il est exclusif lorsqu’il joint deux termes incompatibles et qu’il pose en somme une alternative : « Il aura à se soumettre ou à se démettre. » Dans le cas contraire il est inclusif.  Les deux termes cessent alors de désigner des éventualités inconciliables, comme dans « Nos actes sont commandés par la passion ou l’intérêt », la passion et l’intérêt ne s’excluant en aucune manière.

 

Différences orthographiques

 

Cette différence de sens entraînera forcément des différences d’orthographe.  Elle influera sur la syntaxe d’accord, plus précisément sur l’accord de l’adjectif se rapportant à, plusieurs noms et du verbe comptant plusieurs sujets.

Très logiquement, c’est le singulier qui l’emportera si ou est exclusif ; le pluriel, s’il est inclusif.  Ma double expérience d’enseignant et de chroniqueur langagier m’a depuis longtemps révélé que cette distinction n’était pas toujours bien perçue, loin de là. Ainsi, je ne suis pas du tout assuré dans les exemples suivants, tout le monde mettrait l’adjectif ou le verbe au pluriel : « Ces indigènes mangent de la viande ou du poisson crus » ; – « Il a un pied ou un bras fracturés » ; – «  Le vice et la misère ont fait commettre bien des crimes » ; «  Jean ou Philippe me rendraient sûrement ce service» ; – «  Leur malchance ou leur maladresse leur ont fait perdre ce match »; – «  Le bourgmestre ou l’échevin des Travaux seront sûrement présents à la cérémonie. » 

Cette tendance à attribuer d’emblée à ou une valeur exclusive ne s’observe pas seulement dans une mauvaise application de la syntaxe d’accord.  Elle apparaît aussi dans l’interprétation que nous donnons à de nombreux énoncés de la langue courante.  Un bel exemple nous est offert par une phrase du Mariage de Figaro.  Le personnage principal de cette pièce de Beaumarchais a signé une reconnaissance de dette à Marceline, une femme de charge qui est très amoureuse de lui.  Par suite d’une tache d’encre, le texte peut se lire de deux façons, soit : et laquelle somme je lui rendrai dans ce château, et l’épouserai », soit: « laquelle somme je lui rendrai, ou l’épouserai. »

Figaro est convaincu qu’il a le choix entre deux éventualités incompatibles : rembourser ou épouser.  Le ton et le rythme de la scène où il nous dit son inquiétude ne laisse subsister aucun doute à ce sujet.

Pourtant – et Beaumarchais lui-même en serait sans doute surpris ! – si on lit attentivement la phrase litigieuse, en se rapportant aux données de la pièce, on constate que ce ou n’a rien d’exclusif.  Figaro est en effet libre à la fois de rembourser et d’épouser Marceline, qui ne demanderait pas mieux.

Cette confusion entre vraies et fausses alternatives est plus fréquente qu’on ne croit.  Lorsque vous dites : « J’espère que, pour me remercier, il m’invitera à dîner ou me fera un cadeau », vous êtes sûrement enclin à ne retenir qu’une éventualité alors que les deux peuvent se réaliser. Tout dépend des circonstances, plus spécialement des marques de générosité dont peut être capable la personne dont vous attendez des marques de reconnaissance.

 

 

8 Verbe réfléchi = verbe non réfléchi

1 une étoffe p(e)luche (= quand elle se couvre de poils) = se p(e)luche (JH 1983)

2 cal(e)ter = se caleter (JD)

3 achopper = s’achopper

4 arrérager = s’arrérager

5 assouver = s’assouver

6 défroquer = se défroquer

7 desquamer = se desquamer

8 Le sang (se) coagule. (JH 1983)

9 paniquer = se paniquer

10 percher = se percher

11 radiner = se radiner

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